Le centre de télécommunication par satellite de Pleumeur-Bodou (CTS), situé dans les Côtes-d'Armor, est un téléport construit à l'origine pour des expérimentations de télécommunication par satellite, avec « Telstar », le premier satellite de télécommunications, et est à l'origine de la première transmission télévisée en mondovision via ce satellite en 1962.. Ce satellite nécessite une antenne spécifique de large diamètre et capable de suivre en temps réel la trajectoire du satellite : il s'agit de l'antenne "PB1" et son fameux radôme qui existe toujours sur le site.

Le site s'étend ensuite, durant les années 1970 et 1980 avec d'autres antennes plus traditionnelles, destinées à l'exploitation du service Intelsat.

Les télécommunications par satellite deviennent de plus en plus concurrencées par les câbles sous-marins et le site de Pleumeur est progressivement fermé à partir de 1999 jusqu'à 2003.

Depuis, le site a changé d'usage. Une part a été transformée en musée avec la Cité des Télécoms qui permet toujours d'observer l'antenne PB1. D'autre part une association opère l'antenne PB8 pour le suivi d'objets spatiaux, notamment dans le cadre du programme Artemis de la NASA..

Histoire

La première liaison télévisée intercontinentale au monde

thumb|Le menhir inauguré par Charles de Gaulle, en 1962. thumb|Zoom sur l'inscription. À la suite du lancement par les Soviétiques du premier satellite artificiel de l'histoire, Spoutnik, les Américains veulent une revanche et décident de lancer les programmes 'Telstar' (téléphone des étoiles) et 'Relay', destinés à relier les deux continents (Europe - États-Unis). Le programme Telstar sera développé conjointement par AT&T et par Bell Labs. ; ils concevront dans la foulée la permettant de faire les essais à Andover dans le Maine.

Il est nécessaire de disposer de deux sites de part et d'autre de l'océan Atlantique pour que la liaison soit opérationnelle. Il faudra donc mettre en place de chaque côté de l'Atlantique des stations relais (Earth Stations). Un accord sera signé en ce sens, en , entre la NASA, BPO et le CNET (actuel Orange Labs). Très tôt la France s'intéressera au projet car elle entrevoit déjà la possibilité de capter du trafic téléphonique et TV mondial et donc un certain bénéfice commercial. Le Président français de l'époque (Charles de Gaulle), ayant donc décidé de s'investir dans le projet, donne son feu vert pour la création d'une station relais. La course est lancée.

La Grande-Bretagne, par l'intermédiaire du BPO (British Post-Office), se joint au mouvement en construisant à son tour sur son territoire une station relais à Goonhilly Downs(), en Cornouaille.

Sous l'impulsion de Pierre Marzin, breton d'origine et directeur du CNET à l'époque, il est décidé fin août 1961 de construire le radôme (contraction du mot : « radar » et de « dôme »)Le cahier des amis de la cité des Télécoms/Jean-Pierre Colin. Le temps étant compté pour lancer les expérimentations, il est décidé d'acheter et d'utiliser la technologie américaine pour construire la station relais française ; les États-Unis fourniront la technologie, la France construira le site et les infrastructures. Après des recherches pour trouver un site qui conviendrait à l'implantation de la future station, la commune de Pleumeur-Bodou en Bretagne est choisie car ayant un sol particulier (roche granitique), une localisation particulière (absence de perturbations électromagnétiques), un horizon très dégagé et une proximité des laboratoires du CNET de Lannion, font que ce site sera choisi .

thumb|left|100px|La mire reçue à … Après un chantier de neuf mois conduit par la CGE (Compagnie générale d'électricité), un temps record pour construire l'antenne et l'enveloppe en Dacron du radôme, le site est enfin prêt. de terrassement dont de rocher, de béton et d'acier seront nécessaires pour construire la première station. Malgré les difficultés techniques de dernière minute et un temps exécrable pendant la construction les techniciens de la CGE réussissent leur pari et livrent le site à la date prévue. On peut dire que le CTS a vu le jour à cette époque.

Un pylône de collimation de de haut sera même érigé sur l'île Losquet, une île proche de l'Île-Grande, afin de tester les équipements électroniques de télécommunication, les radars, le système de poursuite de la nouvelle antenne cornet ; un « répondeur » étant fixé au sommet et destiné à « simuler » le passage du satellite Telstar. Le , l'antenne cornet est enfin prête à fonctionner soit trois jours avant le lancement de Telstar.

Le , à , la station capte les premières images de télévision transmises en direct par satellite entre la et Pleumeur-Bodou. 190 techniciens auront la primeur, cette nuit-là, de participer à la première transmission « mondiovisée » au monde.

Le général de Gaulle viendra inaugurer ce nouvel outil de télécommunication le sur invitation de Pierre Marzin ; un menhir gravé dressé devant le bâtiment central de commande sera inauguré également, le même jour, afin de commémorer cet événement..

L'antenne du radôme restera en service jusqu'en 1985 puis deviendra en 1991 l'attraction de la Cité des télécoms. Le radôme est classé monument historique depuis le . Cette antenne est la dernière existante au monde du programme Telstar, puisque le second radôme construit à l'identique aux États-Unis dans l’État du Maine () a été démantelé par les États-Unis, de même que l'anglaise à Goonhilly Downs.

L'expansion des services, la course technologique… Le CTS poursuivra son expansion au fil du temps ; à la suite de la formation de divers consortiums internationaux destinés à favoriser le développement des liaisons satellitaires entre les nations (Intelsat au niveau mondial et Eutelsat au niveau européen), les années suivantes verront la création de plusieurs antennes paraboliques permettant de tisser un réseau de télécommunication satellitaire mondial.

Pendant longtemps, le CTS restera le principal centre de télécommunication pour les liaisons vers l'étranger. En 1978, il sera secondé, en France, par un autre site toujours en activité : Bercenay-en-Othe, dans l'Aube. Grâce au savoir-faire en matière de télécommunications spatiale, la France installera plusieurs stations terriennes, à l'image de Pleumeur-Bodou, dans les départements d'Outre-Mer et dans plusieurs pays d'Afrique francophone, en France à Rambouillet (situé en grande partie sur le territoire de la commune de Saint-Symphorien-le-Château en Eure-et-Loir, vendu par France Télécom à Eutelsat en 2004) et Issus Aussaguel (Haute-Garonne).

La fin…

Le CTS n'étant plus compétitif dans le domaine des transmissions de données, concurrencé par l'essor des fibres optiques déployées par des câbles transatlantiques, la fermeture progressive du site sera décidée. L'annonce brutale par France Télécom de la fermeture du CTS et de l'IRET SNE (formation), en , engendrera de forts mouvements sociaux à Lannion et sa région.. La fermeture s'étalera de 1999 jusqu'en .

Les dernières activités restantes en 1999 ont été transférées sur l'autre site "téléport" encore opérationnel en France, situé à Bercenay-en-Othe, dans le département de l'Aube. Le matériel non démantelé a été transféré sur Bercenay en tant que lot d'appoint, pour les antennes de cet autre téléport.

Chiffres clés thumb|250px|Vue du restaurant du CTS depuis PB3 (antenne parabolique). Personnels sur site au plus fort de l'activité du CTS : jusqu'à 200 personnes. Personnel sur site à la fermeture du CTS : 11. Date d'ouverture du CTS : . premières images reçues Date de fermeture du CTS : administrative (arrêt des activités) en 1999, le site a quant à lui définitivement fermé ses portes en . 1 restaurant pour le personnel administratif. 2 courts de tennis. Nombre total d'antennes sur le site : 15.

Directeurs du CTS de 1962 à 2003

Nom De AM. Alain Le Bihan19621966M. Michel Popot19661974M. Jean-Pierre Colin19741985M. Robert Petit19851988M. Bernard Druais19851989M. Jean Andraud19901994M. Bernard Bertrand19951999M. Christian Pigny20002001M. Claude Le Guellec20022003

Le CTS à l'époque opérationnelle thumb|Dates et durées de vie des antennes sur le site de Pleumeur-Bodou. Les antennes sont nommées PB('X'), le ('X') désignant l'ordre de mise en route des antennes lors de la construction du site. PB1 désigne donc l'antenne Cornet + son radôme, etc. La plupart des antennes apparaissant sur les photos satellite et aériennes du site ci-dessous prises en 2003 et 2005, citées dans cet article n'existent plus aujourd'hui, en . Les antennes restantes sont toutes désormais hors service actif, elles sont placées en « position de survie », pointées au zénith, à la verticale (), de façon à minimiser leur prise au vent. Il n'y a plus aucune maintenance technique sur les antennes.

Il faut aussi savoir que les antennes étaient toutes reliées au bâtiment central par des guides d'ondes, afin de piloter les équipements à distance. Pour PB2, par exemple, les liaisons en émission se faisaient à , la réception se faisant en 2 bandes à et . À partir de PB3 on utilisera des guides d'ondes de section elliptique, afin de transporter le signal vers le bâtiment principal.

Douze antennes ont été construites entre 1961 et 1991, elles ont connu diverses périodes d'activité. Certaines antennes ont eu une durée de vie écourtée (un à deux ans, comme PB1) d'autres sont restées en place quelques dizaines d'années. (PB3 par exemple).

Certaines antennes ont également eu des changements de « missions » dans leur vie, à l'image de « TTC&M » construite pour les besoins du consortium INTELSAT tout d'abord, et qui, à la fin du contrat d'activité, a repris une fonction de transmissions de données classique, à l'image de ses consœurs.

PB1/ "Le Radôme" thumb|Coupe schématique de PB1.

Date de mise en service : 1962 Date de mise hors service : 1985 Hauteur de l'antenne cornet : Longueur de l'antenne cornet : Diamètre base du radôme : Diamètre de la sphère enveloppante : Surface réflecteur : Gain réception : à Gain émission : à Température de bruit au zénith : 32 kelvin, radôme sec () Poids : Matériau constituant : alliage aluminium-magnésium

Le Radôme et l’antenne cornet sont classés en 2000 au titre des Monuments historiques et labellisés Patrimoine du , en 2004.

L'antenne cornet PB1 : « La Grande Oreille » thumb|L'antenne cornet PB1. PB1 fut la première antenne mise en service en 1962 : c'est en fait le nom de l'antenne cornet sous le radôme. Pour positionner l'antenne cornet avec une extrême précision (3/ de degré) on utilisait une première « antenne traqueur » d'acquisition, permettant de repérer le satellite à suivre avec une précision de 10°, l'acquisition du signal balise satellite étant réalisée en VHF () par cette antenne, une deuxième antenne de tracking (antenne traqueur de précision), permettait alors de verrouiller complètement le satellite au 15/ de degrés près. L'ensemble était piloté par des calculateurs IBM 1620, des calculateurs IBM 1623 (gestion des circuits mémoires) et des IBM 1622 (Lecteurs de cartes perforées) qui repositionnaient le tout, toutes les 4 secondes, en utilisant de puissants servomoteurs pour aligner l'antenne. thumb|Un des deux moteurs hydrauliques Vickers. Deux étaient installées sur l'antenne : la cabine inférieure servait aux instruments de poursuite et d'alignement pilotant ainsi les servo-moteurs hydrauliques. Cette cabine contenait également les équipements de puissance électrique pour l'amplificateur ; les équipements de récupération du gaz hélium après son évaporation dans le MASER lors du refroidissement.