La Cisjordanie (en , Al-Dhifa al-Gharbia : « Rive ouest [du Jourdain] ») est un territoire palestinien, occupé illégalement par Israël depuis 1967., limité au nord, à l'ouest et au sud par la ligne d'armistice du 3 avril 1949 entre Israéliens et Jordaniens, résultant de la guerre israélo-arabe de 1948-1949, et à l'est par le Jourdain et la mer Morte qui font frontière avec la Jordanie.

Le territoire couvre une surface de et est peuplé de Palestiniens (environ d'habitants essentiellement de confession musulmane, les chrétiens représentant environ 2 % de cette population). En 2024, il compte quelque , répartis en plus de (« district de Judée et Samarie »). À ce chiffre de colons, il faut ajouter les quelque établis à Jérusalem-Est depuis la conquête consécutive à la guerre des Six jours de 1967.

La Cisjordanie englobe les villes de Jérusalem-Est, Jéricho, Naplouse, Hébron, Jénine et Tulkarem, de nombreux lieux saints des trois religions abrahamiques, et également des villes nouvelles construites après 1967 : Ariel, Ma'aleh Adumim, Betar Illit et le Goush Etzion. Ces dernières sont des colonies israéliennes, considérées par les pays membres de l'ONU comme illégales au regard du droit international.

À la suite des accords d'Oslo (1993) et de l'Accord intérimaire sur la Cisjordanie et la bande de Gaza (1995), l'État d'Israël en administre seul la plus grande partie, la zone C (60 %) ; la zone B (22 %) est administrée par Israël pour la partie sécuritaire, et par l'Autorité palestinienne pour la partie civile ; la zone A (18 %) est entièrement sous administration palestinienne. L'Autorité palestinienne revendique toute l'étendue de l'ancien territoire annexé par la Jordanie avant le , comme base, avec la bande de Gaza, de l'État de Palestine. Si la communauté internationale la considère comme un territoire occupé, l'État d'Israël y voit un territoire disputé, car Israël n'a pas conquis ce territoire sur un État palestinien souverain mais l'a pris à la Jordanie en 1967 à la suite de la Guerre des Six Jours après que la Jordanie l'a attaqué.

Entre 1990 et 2001, le statut du territoire de Cisjordanie fait l'objet de négociations infructueuses entre l'Autorité palestinienne et Israël. Depuis 2002, à la suite de la Seconde intifada, Israël édifie en Cisjordanie une barrière de séparation, sous la forme d'un long et haut mur en béton dans les secteurs urbains, ou sous la forme de barrières hautes, avec zone protégée visant, selon l'armée israélienne, à « lutter contre les intrusions de terroristes palestiniens » sur le territoire israélienSauver des vies : La clôture antiterroriste d'Israël, par le ministère des Affaires étrangères de l'État d'Israël, octobre 2004.. Toutefois, la politique de « discriminations systématiques et le régime de ségrégation » imposés par l’État israélien aux Palestiniens en Cisjordanie constitue un « apartheid » selon la Cour internationale de justice, depuis 2024, qui demande en outre à cette même date l'évacuation d'Israël de Cisjordanie et de Jérusalem-Est. Le , Israël approuve un plan massif d’extension colonial, visant à rendre impossible la création d’un État de Palestine en coupant la continuité territoriale de la Cisjordanie occupée.

Dénominations Le territoire de la Cisjordanie a différentes appellations qui varient selon l'époque, la langue utilisée ou les motivations politiques des locuteurs. Ainsi, le territoire est-il désigné sous les termes plus ou moins neutres de « Cisjordanie », « rive occidentale » (West Bank en anglais) ou encore « Judée-Samarie ».

« Cisjordanie » gauche|vignette|Carte du tracé du Jourdain (Jordan River). La Cisjordanie est indiquée avec son appellation anglaise West Bank.En français et dans la plupart des langues latines, le nom propre est la dénomination usuelle du territoire.

L'étymologie du toponyme , utilisée par les géographes européens dès le Le terme latin « » est par exemple mentionné dans , ou encore « Cisjordanie » dans ., signifie « en deçà du Jourdain » (en référence au fleuve Jourdain). En effet, le terme est composé du préfixe latin cis- signifiant [consulté le 2017]. ou , et de Jordanie, toponyme lui-même dérivé de « Jourdain » [consulté le 2017].. Le terme s'oppose ainsi à l'appellation , qui désigne le territoire « au-delà du Jourdain ». Initialement, et encore aujourd'hui pour certains chercheurs, le terme « Cisjordanie » (Cisjordan en anglais) désigne toute la région historique nommée Palestine« The area situated to the West of the Jordan River, referred to as Cisjordan or West Bank (from Latin Cis-Jordan, meaning on this side of the Jordan River), was designated as Palestine, intended to be the birthplace of the new Jewish state. »“Eretz Yisrael” seems as problematic a term for the land west of the Jordan River as “Palestine.” For convenience, I refer to “Cisjordan”; no political program is preferred or assumed by this. Palestine refers to a Palestinian entity or state while “Israel” refers to the state of Israel, whether in their present borders or not; neither necessarily refers to all of Cisjordan.« Historically the name Cana’an was indeed used in the Late Bronze Age. But the name did not always refer to the Cisjordan area from Gaza to the Litani River. Nor was it the only term used in connection with this area (between the Wadi Gaza and the Litani). Other names such as Palestine, as well as earlier names, such as Retenu and Djahi, were also used for this area (including, at times, the inland regions of western Palestine and the Transjordan) at some point in the course of the Late Bronze Age. Cana’an referred to a geographical region of varying size, along the Mediterranean coast of Lebanon, Palestine and Syria (and not just Palestine). At times this included regions inland. ».

À la suite de la partition née de la guerre israélo-arabe de 1948-1949, le terme est employé spécifiquement pour désigner le secteur situé entre le Jourdain et la ligne d'armistice de 1949, incluant Jérusalem-Est, d'abord sous occupation par le royaume hachémite de Transjordanie, puis depuis 1967 sous occupation israélienne. À partir de 1988, la Cisjordanie est, avec la bande de Gaza, revendiquée par l'Organisation de libération de la Palestine pour la création d'un État de Palestine.

« Rive occidentale » vignette|La ville de Jéricho, située sur la rive occidentale du Jourdain. En arabe, langue des Palestiniens, cette région est nommée Al dhifa al gharbia, , qui signifie « Rive ouest » [du Jourdain].

Par la traduction littérale de cette appellation en arabe, le territoire est aussi connu en français comme la Entrée , la banque de données terminologiques et linguistiques du gouvernement du Canada [consulté le 2017]. [consulté le 2017], section du site officiel de l'Organisation des Nations unies [consulté le 2017]..

C'est également l’appellation qui est la plus courante en anglais, où le territoire est désigné sous le nom de (Rive occidentale du Jourdain), ou simplement « West Bank » (Rive occidentale). Jusqu'à ce que la Société des Nations adopte le Mandat britannique en 1922, le terme « Palestine » était un nom géographique d'application assez vague et désignait généralement le tiers sud de la Syrie ottomane. Le Jourdain était alors considéré comme la frontière entre la Palestine occidentale et la Palestine orientale. C'est sous administration britannique (1922-1948), que la rive orientale devient officiellement Transjordan (la Transjordanie) et que the West Bank (la rive occidentale) désigne le reste de la Palestine. À partir de 1948, l'appellation « West Bank » ne désigne plus que le territoire actuel, compris entre la Jordanie et Israël. À la suite de l’annexion jordanienne du territoire, un décret de 1950 du gouvernement jordanien introduit la dénomination « West Bank » et interdit l’usage officiel du terme « Palestine » pour cette zone.

Jusqu'en 1967, les Israéliens utilisent aussi majoritairement l'expression « la Rive occidentale » (en hébreu haGada haMa'aravit הגדה המערבית), ou en abrégé « la Rive » (haGada)..

« Judée-Samarie » Faisant référence aux régions antiques et bibliques de Judée et de Samarie, l’appellation « Judée-Samarie » est parfois utilisée pour désigner un territoire dont une partie deviendra l'actuelle Cisjordanie . Depuis 1967 et le début de l'occupation israélienne, son utilisation sert aussi à affirmer une identité juive du territoire, continuité entre la période biblique et le nouvel État hébreu, mais faisant totalement abstraction de tout ce qui s’est passé entre ces deux périodes. C'est la raison pour laquelle la dénomination anglophone West Bank (« Rive occidentale »), relative à la géographie est plus neutre. vignette|Vue aérienne de Jérusalem-Est en 2013.

En 1947, la résolution 181 de l'ONU (plan de partage de la Palestine - jamais appliqué) prévoit la création de deux États, l'un juif et l'autre arabe. Dans le texte de la résolution, parmi tous les territoires dévolus au futur État arabe, il est fait mention entre autres de la (qui correspond à la région des monts de Judée et de Samarie jusqu'à Beersheba). Les secteurs de Jérusalem et Bethléem y sont quant à eux exclus et relèvent du corpus separatum, zone neutre internationale. Cette ne correspond toutefois pas totalement à l'actuelle Cisjordanie, nettement plus réduite du fait des conquêtes israéliennes de 1948-1949, et qui à l'inverse inclut désormais Jérusalem-Est et Bethléem selon la communauté internationale.

En Israël, bien que l'utilisation de l'expression « Judée-Samarie » pour désigner la Cisjordanie soit minoritaire jusqu'en 1967, voire même jusqu'en 1977, cette dénomination est progressivement adoptée avec l'occupation de la Cisjordanie par l'armée israélienne, consécutive à la guerre des Six-Jours. Elle prend un caractère officiel avec une décision prise le par le gouverneur militaire israélien en Cisjordanie occupée, puis plus résolument depuis l'avènement du premier gouvernement de droite de Menahem Begin et l'accélération de la colonisation, à partir de .(en) « Immediately after the Likud election victory in 1977, the term Judea and Samaria was formally adopted as official usage instead of the West Bank. The message of the words Judea and Samaria is a message of continuity, while the message of "West Bank", "Occupied Territories" or even "Administered Territories" implies a temporary stage, perhaps presaging a changed territorial status », . L'objectif est alors d'hébraïser les toponymes en leur donnant une résonance biblique. Cette appellation est aussi reprise dans le nom israélien de « District de Judée et Samarie », non reconnu officiellement et qui couvre uniquement les colonies israéliennes implantées illégalement dans la zone C de Cisjordanie (territoires entièrement sous contrôle israélien).

Dès 1967, l'utilisation de l'expression « Judée-Samarie » est ouvertement revendiquée par les nationalistes israéliens, bien que cette appellation désigne une région historique aux délimitations floues.

Alors qu'elle est désormais utilisée par le gouvernement israélien et une grande partie des Israéliens, la dénomination « Judée-Samarie » n'est reprise par aucun autre pays. Pour le professeur israélien de linguistique Lewis Glinert, qui le regrette, « la bataille des mots est perdue pour les Israéliens » sur l'utilisation du terme West Bank car « Jordaniens, Britanniques et potentiellement le monde entier » utilisent toujours ce terme, depuis la fin de la Première Guerre israélo-arabe, Jerusalem Post, janvier 2004.