Le droit héraldique de l'Église catholique est fondé sur l'ordre hiérarchique de sa constitution. Tandis que le droit d'état de la noblesse, à l'origine des armoiries, était subordonné à l'exercice du métier des armes et à la naissance, le droit d'état de la hiérarchie est fondé sur l'exercice des charges ecclésiastiques et sur une consécration (ordination pour les prêtres et les évêques, profession pour les religieux, bénédiction abbatiale pour les abbés).. La naissance ne joue aucun rôle décisif.
Histoire Au début de l'héraldique, le port des armes était inséparable de la guerre et du tournoi. Si la participation à des entreprises belliqueuses était interdite au clergé, à l'exception des aumôniers de l'ost, le tournoi l'était encore plus. Cet exercice, souvent sanglant et meurtrier, fut, quoiqu'avec peu de succès, toujours condamné par l'Église catholique et même interdit sous peine d'excommunication, non seulement aux clercs, mais aussi aux laïquesSynode de Clermont, 1130, Can. 9 ; II concile du Latran, 1139, can. 14, IV synode de Reims, 1148, can. 12, III concile du Latran, 1178, can. 20, synode de Tolède, 1473, can. 20..
Même si l'on voit Guillaume de Joinville, évêque de Langres (1209-1215) faire usage des armoiries de son diocèse, sans toutefois y ajouter de symboles ecclésiastiques, l'usage des armoiries dans l'Église ne s'est vraiment répandu que vers le milieu du , près d'un siècle après son début dans la chevalerie. C'est surtout l'emploi du blason dans les sceaux qui l'a mis en vogue au sein de l'Église.
Il y eut néanmoins au début une hésitation marquée pour l'attribution d'armoiries aux ecclésiastiques. Dans l'armorial zurichois, Zürcher Wappenrole de 1240, on trouve de prélats, mais elle ne figurent pas encore sur des écus de modèle courant, mais sur des bannières. En effet, les dignitaires ecclésiastiques ne pouvaient pas participer personnellement aux expéditions militaires et s'armer de l'écu et du heaume, mais ils étaient tenus d'envoyer leur contingent féodal à leur suzerain.
Les dames, elles non plus, ne faisaient pas la guerre, mais les sceaux de la seconde moitié du prouvent déjà qu'elles adoptaient avec fierté, comme signes personnels, les écus de leurs pères ou époux.
Quelques années après l'établissement de l'armorial zurichois, le Codex Seffken dit Wappenbuch von den Ersten représente les armoiries des évêchés avec heaume et écu. L'usage des armoiries s'était si largement répandu dans la vie civile, que personne ne pouvaient plus se formaliser de voir les ecclésiastiques l'adopter à leur tour.
Il devint très vite général dans le clergé. Miles de Nanteuil 1222, Robert de Cressonsart 1240 et Guillaume de Gretz 1261, évêques de Beauvais, utilisent les armoiries de leur évêché. Dans les sceaux du clergé inférieur, les armoiries familiales apparaissent même avant le milieu du .
Ornements extérieurs des armoiries Le blason, au sens restreint d'emblèmes représentés sur l'écu, représente des personnes physiques ou juridiques. Les Chapeaux sommant l'écu et divers autres ornements extérieurs indiquent leur rang et leur dignité ; cela établit une distinction facile de tous les grades de la hiérarchie et rend de grands service d'ordre pratique.
Pour représenter les dignités ecclésiastiques, l'art héraldique se sert d'ornements et d'insignes liturgiques, et notamment de coiffures, comme le fait l'héraldique laïque qui emploie, comme timbres, des casques, des couronnes et des toques. Ces insignes sont toujours en usage.
L'insigne héraldique ecclésiastique le plus commun est le chapeau avec sa cordelière. Leur couleur varie généralement de la même manière, suivant la nature de la charge. Le nombre de houppes est d'autant plus grand que la dignité est importante.
Les ecclésiastiques qui ont une charge pastorale ont de plus l'écu accolé sur un insigne à hampe : bourdon, crosse, croix de procession. Dans l'héraldique d'empire, les ecclésiastiques superposent les attributs impériaux (toque et panache) et ecclésiastiques (chapeau, cordon et insigne).
Bourdon Le bourdon descend, comme la crosse., du bâton de pèlerin. Le plus souvent il est d'argent ou de bois recouvert d'argent. En son sommet, il se termine par un bouton en forme de pomme, de fleur de lis ou d'une petite chapelle. Il sert à donner des signaux pendant l'office choral.
Il est la marque de certains dignitaires de chapitres n'ayant pas droit aux insignes pontificaux, comme les prieurs, primiciers, grands chantres ou pré-chantres. Il porte alors le nom de bâton cantoral ou bâton de chantre.
C'est aussi l'insigne héraldique des prieurs et supérieurs locaux de certains ordres monastiques.
Chapeau Coiffure faisant partie des ornements extérieurs, figurant un chapeau à large bord appelé Galero, généralement réservée aux ecclésiastiques. Il est accompagné d'une cordelière, dont la couleur, les entrelacs et le nombre de nœuds (houppes, aussi appelés glands, ou fiocchi) reflète le rang de l'ecclésiastique. C’est Tristan de Salazar qui aurait introduit en France les chapeaux figurant sur les armoiries des prélats, apparus dès 1400 en EspagneDictionnaire étymologique, historique, et anecdotique des proverbes et des locutions Par Pierre Marie Quitard.
Chapelet Le rosaire, ou chapelet, est le signe héraldique des religieux. Les abbesses en caractérisent leurs armes avec la crosse et le velum. Les chevaliers profès de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem entourent leur écu, posé sur la croix de Malte, d'un chapelet d'argent dont la croix reproduit celle de l'Ordre.
Clefs Les clefs sont l'un des insignes héraldiques du Pontife romain, avec la tiare.
Les clefs désignent le pouvoir de lier et de délier accordé par le Christ à Pierre et à ses successeurs.
Posées en sautoir, l'une est d'or, l'autre d'argent. La clef d'or, qui va de dextre à sénestre, signifie le pouvoir qui s'étend au ciel ; la clef d'argent symbolise le pouvoir sur les fidèles de la terre. Elles sont unies par un cordon de gueules, en signe de l'union des deux pouvoirs. Les poignées sont en bas, car elles sont dans la main du pape ; les pannetons sont en haut, car le pouvoir de lier et de délier engage le Ciel. Les pannetons sont évidés en forme de croix pour rappeler que le pape reçoit ses pouvoirs par la mort du Christ.
Cordon C'est un des ornements extérieurs de l'écu des ecclésiastiques (avec le chapeau). Le cordon est en général représenté avec des entrelacs variés, généralement des nœuds en huit. Il se termine par des houppes dont le nombre correspond à la dignité du possesseur des armes. (cf. Cordelière)
Couronnes et décorations Les patriarches, archevêques et évêques ne peuvent plus faire usage des insignes de titres nobiliaires familiaux ou de dignités séculières, mais ils pouvaient jadis utiliser les ornements extérieurs correspondant aux titres nobiliaires éventuellement attachés à leur siège ou à leur abbayeMilitantis Ecclesiæ Regimini, Innocent X ; Décret du , Sacrée congrégation consistoriale : [...] Quapropter Sanctitas Sua hoc edi iussit consistoriale decretum, quo Patriarchae, Archiepiscopi et Episcopi omnes tam residentiales quam titulares in posterum in suis sigillis et insignibus seu armis, itemque in edictorum inscriptionibus, titulos nobiliares, coronas, signa aliasque notas saeculares, quae nobilitatem propriae familiae vel gentis ostendant, addere penitus prohibentur, nisi forte dignitas aliqua saecularis ipsi episcopali aut archiepiscopali sedi sit adnexa; aut nisi agatur de ordine equestri S. Ioannis Hierosolymitani aut Ssmi Sepulchri.. Cet usage a été supprimé en 1951 sous le pontificat de Pie XIIDécret du , Sacrée congrégation consistoriale : [...] Quapropter, praesenti Consistoriali Decreto, idem Ssmus Dominus Noster decernere dignatus est ut Ordinarii omnes in suis sigillis et insignibus seu armis, necnon in epistularum ac edictorum inscriptionibus, titulorum nobiliarium, coronar um aliarumve saecularium notar um usu in posterum prorsus abstineant, etiam si ipsi episcopali vel archiepiscopali sedi sint adnexa..
Rien n'a été statué concernant l'usage de tels insignes par d'autres ecclésiastiques.
Tous les clercs peuvent toutefois porter les insignes des ordres militaires tels l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem ou des ordres chevaleresques comme l'ordre équestre du Saint-Sépulcre de JérusalemDécret du , Sacrée congrégation consistoriale : [...] nisi agatur de ordine equestri S. Ioannis Hierosolymitani aut Ssmi Sepulchri.. Parfois, en fonction de leur rang d'appartenance dans les deux ordres cités, ils portent les croix de ces ordres à l'intérieur de l'écu, en chef (commandeurs) ou aux 1 et 4 d'un écartelé (grand-maître).
Croix de procession Signe héraldique de l'ordre épiscopal. C'est l'unique signe que seuls les évêques ont le droit de porter.
Posée en pal derrière l'écu, elle est à une traverse pour les évêques et à double traverse pour les archevêques, les primats et les patriarches.
Les cardinaux qui n'ont pas reçu la consécration épiscopale ne s'en servent pas, sauf quand ils sont légats du pape.
Crosse Avec la mitre, la crosse est un des premiers insignes pontificaux que l'art héraldique ait adopté comme marque de dignité. Symbole du Bon Pasteur, elle indique la juridiction.
Les abbés et tous les prélats inférieurs aux évêques accrochent à la crosse un voile (velum ou panisellus ou sudarium) partant du bouton, car originellement ils n'avaient pas l'usage des gants dans la liturgie pontificale. Ce voile servait à tenir la crosse pour éviter de la toucher avec des mains moites. Parfois deux crosses en sautoir (en X), sont le symbole d'une "double dignité". Un exemple : visible sur la dalle armoriée de la ferme de l'abbaye de Villers .
La crosse est le plus souvent représentée ouverte à dextre. En France, la crosse des évêques était depuis plusieurs siècles tournée vers l'extérieur de l'écu, alors que celle des abbés devrait être tournée vers le milieu, signifiant que leur juridiction ne s'exerce qu'à l'intérieur de leur monastère.
Son usage héraldique a été interdit sur les armes épiscopales par l'instruction Ut sive sollicite du .
Épée temporelle Posée en pal derrière l'écu ou en sautoir avec la crosse, l'épée temporelle, d'argent, représentait la juridiction civile avant la sécularisation des principautés ecclésiastiques. Elle symbolisait le droit de l'épée ou du sang, la haute juridiction, accordée aux prélats dans leurs territoires par le souverain temporel. Il n'existe plus aujourd'hui que deux principautés ecclésiastiques souveraines : la Cité du Vatican, au pape, et la principauté d'Andorre à l'évêque de la Seu d'Urgell (en coseigneurie avec le chef de l'État français)
Mitre La mitre est l’insigne des évêques et des abbés ou de certains chapitres privilégiés.
C’est une coiffure à deux pointes (qui apparaissent confondues dans les vues de face), et deux fanons ou bandes, qui retombent sur les épaules. Les deux pointes et les deux fanons signifient la science des deux Testaments que le pontife doit posséder.
Elle apparaît parfois sur le blason lui-même : D’azur à une mitre d’argent, accompagnée de trois fleurs de lys d’or, qui est de Saintonge. Azur à une mitre d’or : apparaît dans les armes de Tolède. Argent à une mitre et une crosse d’or : apparaît dans les armes d’Andorre (évêché d’Urgel).
Son usage héraldique a été interdit sur les armes épiscopales par l'instruction Ut sive sollicite du Dans la pratique, elle figure encore parfois dans les armoiries d'évêques ou d'abbés mitrés.
Pallium Ornement liturgique réservé au pape, aux primats et aux archevêques métropolitains et parfois même attaché à certains évêchés, le pallium est une bande circulaire de laine blanche ornée de croix noires.
Il caractérise les armes des archevêques métropolitains, posés en général en pointe de l'écu, parfois le sommant.
Pavillon