Marco Pallis (1895-1989) est un alpiniste, musicien, compositeur, écrivain, traducteur gréco-britannique. Il séjourne au Tibet où il découvre et étudie le bouddhisme tibétain. Ami de Frithjof Schuon, il est aussi en relation avec l'historien de l'art Ananda Coomaraswamy. De par ses affinités avec l'école traditionaliste, il traduit en anglais l'Introduction générale à l'étude des doctrines hindoues de René Guénon, auquel il rend visite au Caire en 1947.. Il traduit aussi des textes grecs anciens. Écrivain, ses ouvrages traitent de la religion et de la culture du Tibet.

Début de sa vie vignette|En dehors de Lesdain , par , peintre de bataille sur le front de l'Ouest

Marco Pallis est né à Liverpool le , plus jeune fils de parents grecs aisés et cosmopolites. Son père est Alexandros Pallis. Encore jeune pendant la Première Guerre mondiale, Pallis, après avoir aidé brièvement l'Armée du salut en Serbie, s'enrôla dans l'armée britannique. Sa première tâche débuta en 1916 comme interprète de l'armée en Macédoine. Le paludisme et une inflammation sévère de son œil droit coupèrent court à son service macédonien. Après une convalescence forcée et interminable à Malte, il entra chez les Grenadier Guards, où il reçut une formation d'artilleur. En 1918, en tant que sous-lieutenant, il fut envoyé dans les tranchées du front de l'Ouest. Pendant la bataille de Cambrai, du 8 au , lors d'une attaque pendant laquelle son capitaine et son premier lieutenant furent tués, Pallis fut touché au genou ; pour lui la guerre était finieJoseph A. Fitzgerald, The Way and the Mountain: Tibet, Buddhism, and Tradition, p. xiv..

Après la guerre, outre ses devoirs de famille, Pallis s'est consacré à ses deux passions : l'alpinisme et la musique. Dès qu'il le pouvait, il se livrait à l'escalade, bien que les médecins lui eussent dit qu'il ne lui serait peut-être plus possible de marcher à cause de sa blessure au genouSelon un de ses partenaires d'escalade en Himalaya, « Pallis cache une bonne dose de détermination derrière sa manière douce. » (Freddie Spencer Chapman, Helvellyn to Himalaya: Including an Account of the First Ascent of Chomolhari [London: The Travel Book Club, 1941], ).. Ainsi, il est allé en expédition en Arctique, en Suisse, dans les Dolomites et, plus près de chez lui, dans le massif de Snowdonia, au Peak District et dans les montagnes écossaises.

À la même période, Pallis a étudié la musique avec Arnold Dolmetsch, un spécialiste distingué de la musique anglaise ancienne, compositeur et interprèteArnold Dolmetsch (1858-1940), était un pionnier dans le domaine de la musique anglaise ancienne. Son cercle d'amis et de collaborateurs s'étendait à nombre des principaux personnages littéraires et artistiques de la fin du XIX siècle, incluant William Morris, George Bernard Shaw, Ezra Pound, et W.B. Yeats.. Sous l'influence de DolmetschDolmetsch also influenced Pallis intellectually, through pointing the way to the writings of the traditionalist metaphysician and critic of the modern world René Guénon, and the great Indologist and historian of sacred art Ananda K. Coomaraswamy. These authors helped Pallis to see the indispensable role tradition plays in perpetuating the transcendent and foundational ideals of a civilization. This understanding of tradition per se, was to inform Pallis’ later writings on Tibet and its traditions., Pallis n'a pas tardé à découvrir un amour pour la musique ancienne, en particulier la musique de chambre des , ainsi que pour la viole de gambe. Même quand il partait escalader dans la région entre le Sutlej et le Gange, lui et ses amis mélomanes n'oubliaient pas d'apporter leurs instruments Vivre à l'interculturel: Robert Vachon, un itinéraire spirituel à la croisée...Par Joseph Baxer..

Voyages dans l'Himalaya et au Tibet vignette|Le Lachen Gomchen Rinpoché devant son ermitage au Sikkim vers 1915. Sa passion pour la montagne a amené Pallis à son troisième amour : le Tibet et sa civilisation. En 1923, Pallis visita le Tibet pour la première fois, pour s'y livrer à l'escalade. Il retourna en Himalaya pour des expéditions plus prolongées, et séjourna dans des monastères du Sikkim et du Ladakh en 1933 puis en 1936 Harry Oldmeadow, Journeys East: 20th Century Western Encounters with Eastern Religious Traditions, , année où il rencontre Lachen Gomchen RinpochéSophia Wadia, The Aryan Path, Volume 11, 1940, : "Sikkim in 1936 was the second borderland explored, and there the learned Lachen Lama, who taught Madame David-Neel, greatly impressed Mr. Pallis. ". Son livre très connu Cimes et Lamas décrit ces derniers voyages et la transformation qu'il a vécue. De par sa qualité d'étranger bienveillant, simple observateur, il a pu pénétrer au plus profond du cœur de la vie tibétaine. Il a remplacé ses vêtements occidentaux par la robe tibétaine, et a approfondi son étude de la langue, de la culture et du bouddhisme. Séjournant souvent dans les monastères, il a reçu son éducation religieuse directement des lamasArnaud Desjardins, écrivain et cinéaste français, raconte une histoire qui confirme, si besoin était, les sources de l'autorité de Pallis. Au début des années 1960, guidé par l'interprète personnel du Dalaï Lama, Desjardins a rencontré et interviewé de nombreux maîtres spirituels tibétains parmi les plus respectés, aujourd'hui en exil. (Arnaud Desjardins, Le Message des Tibétains (The Message of the Tibetans [London: Stuart & Watkins, 1969], )). Parmi les grands maîtres que Pallis a rencontrés se trouve l'abbé de Lachen.. La Deuxième Guerre mondialeSous l'influence du bouddhisme, Pallis est devenu objecteur de conscience pendant la Deuxième Guerre mondiale ; pour son service alternatif, il est devenu officier de police à Liverpool. a interrompu ses voyages jusqu'en 1947, quand lui et son ami Richard Nicholson ont pu retourner au Tibet une dernière fois avant l'invasion chinoise. Déjà bouddhiste pratiquant depuis 1936, alors qu'il se trouvait à Shigatse, au Tibet, Pallis a été initié dans un des ordres ; il était âgé de 52 ans. Quand il est parti du Tibet, on peut dire que Marco Pallis, désormais nommé Thubden Tendzin, avait complété son voyage intérieur vers sa patrie spirituelle. Il a continué à être un pratiquant fidèle du bouddhisme tibétain, et un défenseur infatigable du Tibet, jusqu'à sa mort quelque 43 ans plus tard Famous Western Expolorers to LadakhPar Prem Singh Jina..

Après le renversement du Tibet vignette|Rechung Rinpoché, Chögyam Trungpa et Akong Rinpoché en 1963Chogyam Trungpa, The Collected Works of Chogyam Trungpa, .. Le renversement du Tibet indépendant par les communistes chinois a constitué un des événements les plus tristes de la vie de Pallis. En réponse, Pallis fit ce qu'il put, surtout par ses écrits, qui ont aidé le public à prendre conscience de la valeur du monde tibétain. Cela a dû aussi procurer beaucoup de joie à Pallis de pouvoir aider des membres de la diaspora tibétaine en Angleterre. En de multiples occasions, Pallis a ouvert son appartement à Londres pour accueillir des Tibétains en visite. Il a aussi offert son aide d'autres façons, comme au jeune Chögyam Trungpa, voyageant avec lui et l'encourageant, alors qu'il venait d'arriver en Angleterre et n'avait pas encore la renommée mondiale qu'il allait bientôt atteindrePour en lire plus au sujet de la relation entre Trungpa et Pallis, voir l'article de Pallis Discovering the Interior Life, publié dans The Sword of Gnosis: Metaphysics, Cosmology, Tradition, Symbolism (New York, NY: Penguin, 1974).. Quelques années plus tard, il fut demandé à Pallis d'écrire la préface du premier livre de Trungpa, l'emblématique Né au Tibet. Trungpa exprimera ses « remerciements reconnaissants » pour « la grande aide » que Pallis a apportée à la mise au point du livre et ajoute Chögyam Trungpa, Né au Tibet, Ed Buchet/Chastel 1968, Ed. Seuil 1991.

Il existe une photo prise en 1963 lors d'un événement de la Société bouddhiste anglaise montrant Chögyam Trungpa et Marco Pallis aux côtés de , Rechung Rinpoché et Akong RinpochéChögyam Trungpa, Carolyn Rose Gimian, The Collected Works of Chögyam Trungpa: Born in Tibet, 2004,..

Écriture

Pallis a décrit la « tradition » comme étant le leitmotiv de son écriture. Il a écrit dans la perspective de ce qui est devenu l'École traditionaliste ou pérennialiste fondée par René Guénon, Ananda K. Coomaraswamy et Frithjof Schuon, qu'il a connus personnellementPallis traveled in India with Coomaraswamy's son Rama, who later also became a writer, and knew the elder Coomaraswamy through lengthy correspondence. Pallis corresponded with both Guénon and Schuon and was able in 1946 to visit Guénon at his home in Cairo; Pallis met with Schuon, either in Pallis' flat in London or in Schuon's home in Lausanne, nearly every year for over thirty years.. En tant que traditionaliste, Pallis adhérait au concept de « l'unité transcendante des religions » (titre d'un ouvrage de Schuon de 1948) et ce fut en partie cette compréhension qui a donné à Pallis le discernement nécessaire à l'approfondissement de la nature intérieure de la tradition spirituelle du Tibet. Il était un fidèle collaborateur de la revue (avec Schuon, Guénon et Coomaraswamy), écrivant à la fois sur la culture tibétaine et la pratique religieuse, ainsi que sur la philosophie pérennialisteRené Guénon, lectures et enjeux Frithjof Schuon and the Perennial Philosophy, Par Harry Oldmeadow..

Pallis a publié trois livres consacrés principalement à la tradition, au bouddhisme et au Tibet : Cimes et Lamas (Peaks and Lamas, 1939) ; The Way and the Mountain (1960) ; et A Buddhist Spectrum (1980)All of Pallis’ works are currently in print: Peaks and Lamas is published by Shoemaker & Hoard (Washington, D.C., 2005); A Buddhist Spectrum: Contributions to the Christian-Buddhist Dialogue and The Way and the Mountain, are published by World Wisdom (Bloomington, IN, 2003, 2008 respectively).. Plusieurs articles de Pallis sont présentés dans The Sword of Gnosis (l'épée de la gnose) de Jacob Needleman, The Sword of Gnosis: Metaphysics, Cosmology, Tradition, Symbolism (New York, NY: Penguin, 1974).. Après son dernier voyage au Tibet — alors qu'il habitait à Kalimpong, en IndeAprès son voyage au Tibet de 1947, Pallis a habité à Kalimpong pendant plusieurs années, retournant en Angleterre en 1952. Kalimpong était alors un centre d'activité littéraire et culturelle, de même qu'un refuge pour ceux qui étaient forcés de fuir le Tibet, y compris l'alpiniste autrichien Heinrich Harrer qui, tout de suite après son arrivée à Kalimpong, a commencé à écrire son ouvrage Sept ans d'aventures au Tibet. Pallis a établi nombre de relations durables à cette époque, y compris une rencontre avec la reine du Bhoutan et sa famille, avec qui il a visité plus tard l'Angleterre, et avec Heinrich Harrer, avec qui Pallis a collaboré plus tard pour exposer la fraude de l'écrivain Lobsang Rampa. Alors qu'il se trouvait à Kalimpong, Pallis, a aussi rencontré Gyalyum Chenmo (la « Grande mère »), la mère du Dalaï Lama, et il a développé une relation étroite avec l'abbé du proche monastère de Tharpa Choling.