Roger Wybot, né Warin (changement de nom le ) le à Paris et mort le dans la même ville, est un militaire français, spécialisé dans le renseignement. Il a entre autres dirigé la section de contre-espionnage du Bureau central de renseignements et d'action (BCRA) durant la Seconde Guerre mondiale, et participé à la création de la direction de la Surveillance du territoire français, dont il a été le premier directeur de 1944 à 1959. Il est donc au cours de cette période le protagoniste de plusieurs affaires importantes pour la France.
Biographie Il suit ses études au lycée Chaptal. Bachelier, il prépare le concours de l'École polytechnique, où il est admissible. Officier de réserve en situation d'activité, il entre finalement dans l'armée d'active en 1935, après être passé par l'École d'application de l'artillerie de Fontainebleau. En 1938, lors de la semi-mobilisation décrétée après la crise de Munich, on lui confie le commandement d'une batterie de DCA dans le fort du Trou-d'Enfer, dans la forêt de Marly. Il y trouve des réservistes près de la mutinerie, car ils semblent avoir été « oubliés » par l'intendance, et n'ont pas mangé depuis 3 jours. Après avoir réglé les problèmes d'approvisionnement, la discipline revient, ce qui impressionne sa hiérarchie. Il sera ensuite affecté à la tête de la du fort de Châtillon.
La Seconde Guerre mondiale thumb|Schémas détaillant, dans un rapport à l’en–tête du Service de renseignements (SR), la structure du réseau Ronald et le projet, porté par son chef Roger Wybot, d’une organisation combinant en les cloisonnant renseignement et action, Londres, . Archives nationales de France. En 1940, à la suite de l'armistice, Roger Warin souhaite continuer la lutte, mais hésite entre Londres, encore peu estimé, et Vichy. C'est la rencontre avec le colonel Groussard qui lui fait choisir Vichy : celui-ci lui propose d'entrer au Centre d'Information et d'Études, un organisme officiel de Pétain, mais que Groussard souhaite détourner pour en faire un réseau de résistance camouflé. Le centre ne vit pas longtemps. En , des luttes de pouvoir entre Pierre Laval et Philippe Pétain mènent Groussard à arrêter Laval et ses compagnons. Le régime nazi n'accepte pas cette intervention qu'il considère comme une tentative pour s'emparer du pouvoir, et envoie ses troupes les libérer. Les « groupes de protection » sont officiellement dissous, Groussard, désavoué, est bientôt traqué.
Roger Warin tente alors de rallier Londres avec ses compagnons, en passant par l'Espagne. Bloqués à Perpignan, ils y retrouvent Groussard, qui leur présente Pierre Fourcaud, envoyé du général de Gaulle. Ils décident de s'enrôler dans les Forces françaises libres et de rester en France pour créer un réseau. Il est alors intégré dans le BMA (Bureau des menées antinationales) de Marseille, centre de contre-espionnage devant officiellement collaborer avec l'ennemi, et faire la chasse aux agents gaullistes ou communistes. Roger Warin a alors 28 ans, et débute dans le domaine de l'espionnage. Il lui apparaît rapidement que sa double activité n'échappe pas à ses supérieurs, mais ceux-ci lui semblent très anti-allemands avant tout. À partir de , on lui confiera même la surveillance dans la région marseillaise des « affaires anglo-américaines », c'est-à-dire des activités des agents alliés et gaullistes. Il tirera de cette position des informations sur les services de Vichy qu'il transmettra à Pierre Fourcaud. Plusieurs fois, en les prévenant, il aide des agents découverts par ses services à échapper à la police, comme pour Saint Jacques et Marie-Madeleine Fourcade. Fort de ses succès, il est contacté par le commandant Paillole qui s'occupe du contre-espionnage clandestin de Vichy, les TR (Travaux Ruraux), luttant contre les agents allemands dans la zone libre. Celui-ci lui propose d'entrer à son service, et planifie de partir en pour épauler un des responsables de la zone de Paris.
Avant de changer de poste, Roger Warin prend rendez-vous avec son chef Fourcaud, pour prévoir avec lui les modifications du réseau rendues nécessaires par son départ à Paris. Mais Fourcaud, qui s'est montré trop téméraire en approchant l'amiral de Laborde, est recherché par la police nationale. Celle-ci l'arrête en alors qu'il est en présence de Roger Warin, sur un quai de la gare Saint-Charles de Marseille. Warin, agent reconnu du BMA, est laissé libre sur le moment, mais est arrêté le lendemain. Toujours hésitants, ses collègues ne l'interrogent pas sérieusement, et tentent même de l'aider à s'évader, en le laissant seul dans un restaurant lors d'un repas. Mais Warin préfère rester, jouer l'innocent, et il est finalement blanchi.
Son chef de réseau arrêté, il contacte Londres pour demander des consignes, mais il s'avère que Fourcaud n'a jamais parlé de son équipe à ses supérieurs. Sous couvert d'une prise de contact avec les milieux parisiens, pour son futur travail avec Paillole, il part pour Londres, pour tenter de faire reconnaître son réseau. Il passe par Andorre, l'Espagne et le Portugal, manquant plusieurs fois de se faire arrêter, et finit par arriver à Londres. Il va y rester plusieurs mois ce qui est heureux pour lui car le lieutenant Martineau, son contact à Paris où il envisageait d'aller, se révèlera être un agent allemand.
Il est accueilli à Londres avec beaucoup de scepticisme, car les Alliés pensent qu'il pourrait être un agent provocateur. Finalement libre de ses mouvements, il contacte les services de renseignement français à Saint James's Square. C'est à ce moment qu'il devient officiellement membre des FFL et qu'il choisit à la demande de la France libre, pour protéger sa famille des représailles allemandes, son pseudonyme Wybot.
Le , il rencontre pour la première fois le général de Gaulle, mais leur entretien se passe très mal. Alors que le général est persuadé que la France est acquise au gaullisme, Wybot le déçoit et l'agace en lui expliquant que ce n'est pas le cas :
Le BCRA Le colonel Passy demande à Wybot de rester en Angleterre et d'entrer dans ses services de renseignement. Wybot, fort de son expérience à Marseille, critique sévèrement le SR français, qui ne dispose même pas d'un bottin pour vérifier les déclarations faites lors d'un interrogatoire. Il en dira entre autres : « Vous croyez faire du renseignement, en réalité vous jouez au boy-scout ». Passy lui demande donc de proposer une réorganisation du service, qui devient le Bureau Central de Renseignement et d'Action (BCRA) et qui s'installe une année au 10, Duke Street.
Il y développe ses méthodes d'interrogatoire, qui sont méthodiques, sans violence et rationnelles. Wybot préfère laisser parler l'interrogé sans accusations, tout en ne laissant aucun détail de côté. Souvent, d'après lui, la personne interrogée finit par se contredire et se trahir d'elle-même. « Je prends conscience de l'importance cruciale d'un interrogatoire, mécanisme ingénieux et implacable qui vous permet de dominer votre adversaire avant de l'enfermer dans les rets de votre froide raison. ». Il se révèle être un excellent psychologue, doublé d'un fin analyste des situations et un très bon évaluateur des personnes.
Il est aidé dans son travail par son apparence juvénile, qui n'incite pas ses interlocuteurs à la méfiance. En effet, âgé de 29 ans, il en paraît seulement 18. Il rapporte à ce sujet, lors d'une réception officielle : « Rencontrant un très haut et très digne fonctionnaire qui me voyait pour la première fois, je me présente : - Roger Wybot ! - Ah, jeune homme ! fait l'éminence en me tendant une main paternelle. Je connais très bien votre père, le directeur de la Surveillance du Territoire ! »
Au bout d'une année, il propose au général de Gaulle une réorganisation du service de contre-espionnage. Vu comme présomptueux, il est transféré dans un régiment d'artillerie déployé sur le champ de bataille en Afrique où il effectue une campagne avec d'excellents états de service.
Arrivé en Italie, il évite le conseil de guerre pour avoir fait des reproches véhéments à un supérieur.
Il y constitue aussi un fichier très précis, contenant beaucoup d'informations sur des personnes et sur les missions en cours. Ce fichier est très décrié, entre autres par Emmanuel d'Astier de La Vigerie, qui trouve le procédé antidémocratique.
La Direction de la Surveillance du Territoire (DST) Le , à 32 ans, Roger Wybot devient le premier directeur de la toute nouvelle direction de la Surveillance du territoire (ou DST), poste qu'il conservera jusqu'en 1959.
Un décret en date du viendra préciser les attributions de ce nouveau service :"Elle est responsable de la lutte contre les activités d'espionnage et d'ingérence des puissances étrangères sur l'ensemble des territoires de la souveraineté française".
La création de la DST, ses actions diverses, son histoire, sont relatées par Wybot lui-même dans son ouvrage : Roger Wybot et la bataille pour la DST.
Structure de la DST Sous sa direction, l'organigramme de la DST est organisée en quatre sous-directions.
La première est celle des services centraux qui gère le regroupement afin de garantir l'homogénéité idéologique des nouvelles recrues. Elle dirige l'administration, la sécurité et les relations avec les services alliés, principalement le FBI et la CIA. Enfin, elle gère la documentation centrale, véritable centre nerveux qui recueille, mémorise et analyse toutes les informations. Conçu en principe pour démasquer les espions des puissances adverses, ce "fichier à Wybot" va également très rapidement hanter une sérieuse partie du monde politique.
La seconde direction prend en charge les communications radios et doit détecter les émissions secrètes des agents de l'extérieur.
La troisième direction dirige la subversion et la lutte anti-terroriste.
La quatrième direction dirige le contre-espionnage opérationnel. Elle fonctionne sur un principe de zones géographiques et de zones sensibles comme les industries de l'armement et en lien avec la Défense nationale.
Pendant 14 années, Wybot assisté de son état-major composé d'anciens camarades de combat des campagnes d'Afrique et d'Italie, centralise les informations et les prises de décision. Seul le ministre de l'Intérieur et le directeur de la sûreté nationale de l'époque ont autorité sur lui et la DST. Il voit défiler à ce poste 28 ministères, 12 ministres de l'Intérieur et 5 directeurs généraux de la sûreté.
Les effectifs qui sont classés "secret défense" sont alors de 1 800 agents dont 600 techniciens et personnels administratifs.
La rivalité avec les autres services Rapidement, cette nouvelle structure dont la discipline, le cloisonnement et la disponibilité constante font un corps d'élite, se heurte aux autres services dont le Sdece (Service de Documentation extérieure et de Contre-espionnage) qui accepte mal de ne plus avoir le droit d'agir au sein des frontières du territoire national.
La préfecture de police observe également avec méfiance l'apparition de cette nouvelle structure.
Ces rivalités vont être rapidement l'occasion de sérieux accrochages entre ces services pourtant censés travailler de concert pour l'intérêt de la nation.
En revanche, Roger Wybot étant favorable au sionismeRoger Wybot et la bataille pour la DST (récit recueilli par Philippe Bernert), Presses de la Cité, 1975 , p.154, il fera collaborer la DST avec le Mossad auquel il fournira des renseignementsRoger Wybot et la bataille pour la DST (récit recueilli par Philippe Bernert), Presses de la Cité, 1975 , p.157 et conseillera afin qu'il améliore son organisationRoger Wybot et la bataille pour la DST (récit recueilli par Philippe Bernert), Presses de la Cité, 1975 , p.159 et enverra à cet effet en Israël, Stanislas Mangin, directeur adjoint de la DST lequel donnera notamment aux agents du Mossad des cours de contre-espionnage.
L'affaire des généraux