Christopher Columbus Kraft, Jr., dit Chris Kraft, né le à Phoebus et mort le à Houston, est un ingénieur et responsable de la National Aeronautics and Space Administration (NASA). Il joue durant sa carrière un rôle important dans la gestion du centre de contrôle de mission de la NASA.
Après ses études à l'Institut polytechnique et université d'État de Virginie (Virginia Tech) en 1944, Christopher Kraft est embauché par le National Advisory Committee for Aeronautics (Naca), le prédécesseur de la NASA. Il travaille pendant plus d'une décennie dans la recherche aéronautique avant de rejoindre en 1958 le groupe de travail sur l'espace, une petite équipe chargée d'envoyer le premier Américain dans l'espace. Affecté à la division des opérations de vol, Kraft devient directeur de vol de la NASA. Il est en service au cours de missions historiques comme celles du premier Américain dans l'espace (Mercury-Redstone 3), du premier vol orbital américain (Mercury-Atlas 6) et de la première sortie extravéhiculaire (Gemini 4).
Au début du programme Apollo, Christopher Kraft prend sa retraite comme directeur de vol pour se concentrer sur la gestion et la planification des missions. En 1972, il devient directeur de ce qui deviendra le centre spatial Lyndon B. Johnson, en suivant les traces de son mentor Robert Gilruth. Il occupe le poste jusqu'à sa retraite de la NASA en 1982. Pendant celle-ci, Christopher Kraft est consultant pour de nombreuses entreprises dont IBM et Rockwell International et il publie une autobiographie intitulée (2001).
Plus que toute autre personne, Christopher Kraft est responsable de la formation de l'organisation du centre de contrôle de mission de la NASA. Le centre de contrôle de mission du centre spatial Lyndon B. Johnson de Houston est baptisé en son honneur le .
Biographie Famille et études vignette|gauche|alt=Photographie aérienne d'un rond-point partiellement piéton avec une statue en son centre.|Le deuxième prénom de Christopher Kraft provient du Columbus Circle à Manhattan.
Né à Phoebus en Virginie le , Christopher Kraft doit son nom à son père, Christopher Columbus Kraft né à New York en 1892 près du tout nouveau Columbus Circle. Le père de Christopher Kraft, fils d'immigrés bavarois, trouve son nom embarrassant, mais le transmet néanmoins à son fils. Dans les années à venir, Christopher Kraft le jugera particulièrement approprié par sa référence au navigateur Christophe Colomb, qui inaugure une longue période d'exploration des Européens vers le continent américain au . Christopher Kraft commente ainsi dans son autobiographie que, avec le choix de son nom, « une partie de l'orientation de [sa] vie a été réglée dès le début ». Sa mère, Vanda Olivia (née Suddreth), est infirmière.
Lorsqu'il est enfant, Christopher Kraft joue dans un corps de percussions de l'American Legion et devient le premier clairon de l'État. Il est également un joueur passionné de baseball et continue à pratiquer ce sport à l'université, ayant par exemple, une année, une excellente moyenne au bâton de 0,340..
En 1942, Kraft commence ses études à l'Institut polytechnique et université d'État de Virginie (« Virginia Tech ») et devient membre du corps des cadets de Virginia Tech. Au cours de sa première année, il tente de s'enrôler dans l'armée en tant que cadet de la marine américaine, mais est rejeté à cause d'une main droite blessée, provoquée par une brûlure à l'âge de trois ans. En raison des exigences de la guerre en personnel qualifié, Virginia Tech fonctionne selon un calendrier accéléré de douze mois et Kraft termine ses études en seulement deux ans. En décembre 1944, il obtient un baccalauréat en sciences en ingénierie et technologie spatiale.
Carrière à la NASA
vignette|redresse|alt=Photographie colorisée de Robert Gilruth en costume.|Le pionnier américain de l'aéronautique et de l'astronautique Robert Gilruth, ici vers 1965, deviendra le mentor de Christopher Kraft.
Après avoir obtenu son diplôme, Kraft accepte un poste au sein de la compagnie aéronautique Chance Vought, futur Vought, dans le Connecticut. Il envoie également une candidature au National Advisory Committee for Aeronautics (Naca), une agence gouvernementale dont le centre de recherche Langley est situé à Hampton en Virginie. Kraft considère que c'est trop près de chez lui, mais postule pour se prémunir d'un éventuel refus de Vought. À son arrivée à Chance Vought, il ne peut être embauché sans son acte de naissance, qu'il n'a pas sur lui. Ennuyé par la mentalité bureaucratique de l'entreprise, il décide d'accepter l'offre du Naca, son second choix.
Dans les années 1940, le Naca est un organisme de recherche et développement voué à l'aéronautique de pointe. À Langley, des souffleries de pointe sont utilisées pour tester de nouveaux modèles d'avion et des études sont en cours sur de nouveaux concepts tels que l'avion-fusée Bell X-1.. Kraft est affecté à la division de recherche en vol, où Robert Gilruth est alors responsable. Son travail avec le Naca consiste notamment à mettre au point un prototype de système d'atténuation de rafale pour un avion volant dans des conditions de turbulence. Cela implique de corriger les variations induites par l'atmosphère en déviant automatiquement les gouvernes. Il découvre également que les tourbillons marginaux sont responsables de la majeure partie de la turbulence de sillage qu'entraînent les avions en vol. Cette découverte est oubliée puis redécouverte de manière indépendante.
Bien qu'il apprécie son travail, Kraft le trouve de plus en plus stressant, d'autant plus qu'il ne se considère pas comme un théoricien affirmé. En 1956, il est diagnostiqué avec un ulcère et commence à penser à un changement de carrière.
Directeur de vol Opérations de vol En 1957, le vol de Spoutnik 1 par les Soviétiques incite les États-Unis à accélérer leur programme spatial naissant. Le , le président des États-Unis Dwight D. Eisenhower signe le National Aeronautics and Space Act qui crée la National Aeronautics and Space Administration (NASA) et intègre le Naca au sein de cette nouvelle organisation. Le centre de recherche Langley devient partie intégrante de la NASA, tout comme ses employés tels que Kraft.. Même avant que la NASA ne commence officiellement à exister en octobre, Gilruth invite Kraft à faire partie d'un nouveau groupe qui travaille sur les problèmes de mise en orbite d'un être humain. Sans trop hésiter, il accepte l'offre. Lorsque le groupe de travail sur l'espace est officiellement formé le 5 novembre, Kraft devient l'un des à être affecté au programme Mercury, qui vise à envoyer un homme dans l'espace.
vignette|gauche|alt=Photographie couleur du centre de contrôle Mercury, prise depuis la zone d'observation.|Le centre de contrôle Mercury le dans sa configuration pour le programme Mercury.
En tant que membre du groupe de travail sur l'espace, Kraft est affecté à la division des opérations aériennes, qui élabore des plans et des arrangements pour l'exploitation de l'engin spatial Mercury en vol ainsi que pour le contrôle et la surveillance des missions depuis le sol. Kraft devient l'assistant de Chuck Mathews, le responsable de la division, et se voit confier la responsabilité d'élaborer un plan de mission. Compte tenu de l'analyse lapidaire du problème par Mathews, cela semble presque simple : « Chris, vous proposez un plan de mission de base. Vous savez, ce qui se passe sur la façon dont nous transportons un homme d'une rampe de lancement dans l'espace et inversement. Ce serait bien si vous le mainteniez en vie ».
Cependant, lorsque Kraft commence à planifier les opérations aériennes de la NASA, aucun être humain n'a encore voyagé dans l'espace. En fait, la tâche qui lui incombe est vaste et nécessite une attention particulière aux plans de vol, aux délais, aux procédures, aux règles de mission, au suivi des engins spatiaux, à la télémesure, à l'assistance au sol, aux réseaux de télécommunications et à la gestion des imprévus.
L'une des contributions les plus importantes de Kraft au vol spatial habité est le concept originel du centre de contrôle de mission. De nombreux ingénieurs du programme Mercury avaient déjà travaillé sur les essais en vol d'aéronefs, dans lesquels le rôle de l'assistance au sol est minimal. Kraft s'est vite rendu compte qu'un astronaute ne peut pas faire beaucoup de choses, en particulier pendant la phase rapide du décollage. Le vaisseau Mercury nécessite cependant une surveillance et un soutien en temps réel d'ingénieurs spécialisés. « J'ai vu une équipe d'ingénieurs hautement qualifiés, chaque expert sur une partie différente de la capsule Mercury. Nous disposerions d'un flux de données de télémesures précises afin que les experts puissent surveiller leurs systèmes, voir et même prévoir les problèmes et transmettre des instructions à l'astronaute ». Ces concepts façonnent le centre de contrôle Mercury situé à la base de lancement de Cap Canaveral en Floride.
vignette|alt=Photographie en noir et blanc d'un chimpanzé sanglé à son siège de vol en attente de l'entrée sans la capsule. Son soigneur se tient à côté de lui.|Enos en train d'être préparé avant son insertion dans la capsule Mercury-Atlas 5 le .
Un autre concept important mis au point par Kraft est l'idée du directeur de vol, celui qui coordonne l'équipe d'ingénieurs et prend des décisions en temps réel sur la conduite de la mission. Comme Mathews s'en est souvenu plus tard, Kraft est venu le voir un jour en lui disant : « Il faut qu'il y ait une personne en charge des vols alors que ceux-ci se déroulent réellement, et je veux être cette personne ». De cette manière informelle, le poste de directeur de vol est né.
Le vol de Mercury-Atlas 5, qui envoie le chimpanzéDans le cadre du programme spatial américain, plusieurs grands singes sont utilisés comme cobayes. Dix mois plus tôt, le , un autre chimpanzé, Ham, est devenu le premier hominidé à être allé dans l'espace via la mission Mercury-Redstone 2. Enos au premier vol spatial orbital américain transportant un passager vivant, est une expérience essentielle pour Kraft. La couverture médiatique de ces premières missions transportant des passagers non humains est quelquefois ironique, à l'instar d'un article du magazine Time qui s'intitulait , mais Kraft les considère pourtant comme des tests importants pour les futurs astronautes et les procédures du contrôle de mission, puisqu'ils sont comme des répétitions pour les missions habitées qui allaient suivre. À l'origine, le vol de Mercury-Atlas 5 doit durer trois orbites mais l'échec de l'un des propulseurs au peroxyde d'hydrogène contrôlant l'attitude de l'engin spatial oblige Kraft à prendre la décision de ramener la capsule sur Terre après deux orbites. Après le vol, l'astronaute John Glenn déclare qu'il pense qu'un passager humain aurait pu maîtriser la capsule sans qu'il soit nécessaire d'avorter la mission, affirmant ainsi la supériorité des astronautes sur les « chimponautes ».. Néanmoins, pour Kraft, le vol d'Enos représente une preuve de l'importance de la prise de décision en temps réel dans le centre de contrôle de mission. Cela lui donne également sa première expérience d'une responsabilité, qu'il assumerait en tant que directeur de vol, de la vie d'autrui, qu'il soit humain ou chimpanzé.
Programme Mercury
vignette|gauche|alt=Photographie en noir et blanc de Kraft, assis devant sa console et montrant du doigt quelque chose ou quelq'un hors cadre.|Christopher Kraft travaillant sur sa console au centre de contrôle Mercury dans les années 1960.
Kraft sert de directeur de vol au cours des six missions habitées du programme Mercury. Lors de la dernière mission, Mercury-Atlas 9, il partage la responsabilité avec son adjoint John Hodge.