Jean-Baptiste Lully (parfois de Lully ; en italien Giovanni Battista Lulli) né le à FlorenceHenry Prunières, Lully : Biographie critique illustrée de douze planches hors texte. Les Musiciens célèbres, Librairie Renouard, édition Henri Laurens, Paris. et mort le à Paris (paroisse de la Madeleine), est un compositeur et violoniste français d’origine italienne de la période baroque actif en France sous le règne de . Naturalisé français en 1661, il est nommé, la même année, de la musique du roi et l'année suivante maître de musique de la famille royale.

Par ses dons de musicien et d'organisateur comme de courtisan, voire d'intrigant, Lully domine la vie musicale en France à l'époque du Roi-Soleil. Il conçoit et organise plusieurs formes de musique : la tragédie en musique, le grand motet, l'ouverture à la française. Il est une figure majeure de la musique baroque française. Son influence s'exerce sur toute la musique européenne de son temps. Des compositeurs éminents tels Henry Purcell, Georg Friedrich Haendel, Jean-Sébastien Bach ou Jean-Philippe Rameau lui sont redevables.

Biographie

Ascendance La famille Lulli est originaire du hameau de Campestri dans le Mugello, au nord de la Toscane. Le grand père paternel de Giovanni Battista, Mado Lulli, fils de Domenico et petit-fils de Mado Lulli, y naquis le . Celui-ci, probablement d'origine paysanne, eut sept enfants avec sa femme Maria Domenica parmi lesquels Lorenzo, le père de Giovanni Battista. Lorenzo Lulli, né le , avait trois frères, Cosimo, Filippo et Giambattista, et trois sœurs.

A la mort de son père, Lorenzo Lulli reçoit en héritage un bois de marronniers au côté de ses frères Cosimo et Filippo et d'un cousin nommé Giovanni Lulli. Les trois frère Lulli tirent alors leurs bénéfices de l'exploitation et de la vente du produit de leurs marronniers.

La présence de Lorenzo Lulli à Florence est attestée dès . Le , il se marie avec Caterina del Sera, fille du meunier Gabriello del Sera. Cette alliance permet à Lorenzo d'exercer à son tour en tant que meunier, ainsi que cela est attesté dès 1628. Ce mariage lui permet d'entrer dans le cercle de la petite bourgeoisie florentine et un bonne gestion de ses affaires semble alors l'avoir amené à une certaine aisance financière.vignette|264x264px

Enfance florentine Jean-Baptiste Lully naît le à Florence, dans le quartier du Borgo Ognissanti, non loin de l'Arno. Il est baptisé le lendemain sous le nom de Giovanni Battista Lulli en l'église Santa Lucia sul Prato. Ses parrain et marraine sont Antonio Comparini et Maddalena BellieriActe de baptême de Jean-Baptiste Lully, paroisse Santa Lucia sul Prato de Florence : Lunedi 29 : Gio. Bat.a di Lorenzo di Maldo Lulli e di Catna di Gabriello del Sera ps. Lucia nel Prato n. a di 28 ho 16 1/2 C. Antonio di Jacopo Comparini C. Madalena di Giovanni Bellieri., cité dans Bulletin français de la Société internationale de musique (janvier 1909).. Son frère ainé et sa sœur meurent prématurément : Verginio, né en 1621, meurt à seulement en 1638, et Margherita en 1639.

Apprentissage en France Vers 1645, il est remarqué par Roger de Lorraine, chevalier de Guise. Arrivé en France l'année suivante, 1986, ., il entre à quatorze ans comme garçon de chambre chez la nièce du chevalier, la duchesse de Montpensier, dite « la Grande Mademoiselle », qui désire parfaire ses connaissances en italien. Mais le trouvant laid., elle l'envoie en cuisine.

La duchesse entretient un petit orchestre privé dont les six violons donnent de nombreux concerts. Lulli apprend ainsi le violon, le clavecin, la théorie et la composition musicales. Peut-être reçoit-il des leçons de Nicolas Métru ou des organistes Nicolas Gigault et François Roberday.. Il se montre par ailleurs excellent danseur. Ses talents enfin reconnus, il crée pour sa protectrice la « Compagnie des violons de Mademoiselle ». Elle en tire une grande fierté car ils jouent mieux que ceux du roi.

En 1652, après la Fronde et la disgrâce de sa turbulente cousine, engage Lulli dans la Grande Bande des Violons du Roi, composée de . En 1653, Lulli danse avec le monarque dans le Ballet royal de la nuit. Il obtient rapidement la direction d'un nouvel ensemble, La Bande des Petits Violons. En 1659, il triomphe avec le Ballet d'Alcidiane. Sa réputation est consacrée et il devient premier compositeur de la Cour.

Ascension sociale Courtisan habile jusqu'à l'opportunisme, et homme d'affaires avisé, il s'assure la protection du roi. Il devient compositeur de la chambre puis de la musique royale.

vignette|upright|Acte de baptême de Louis Lully le à Fontainebleau, avec les signatures de Jean-Baptiste Lully, de et de Marie-Thérèse d'Autriche.

Il est naturalisé français en 1661 et son nom s'orthographie Lully. Le , il épouse à Paris, en l'église Saint-Eustache, Madeleine Lambert (1643-1720), fille de Michel Lambert et de Gabrielle DupuyExtrait du registre paroissial de l'église Saint-Eustache à Paris (1662), cité par Auguste Jal dans son Dictionnaire critique de biographie et d'histoire, Paris, Henri Plon, 1872, : .. De cette union naitront six enfantsTous les actes paroissiaux parisiens anciens ont été détruits lors des incendies de la Commune de Paris de 1871, mais les dates et églises de baptême des enfants de Lully sont citées par Auguste Jal dans son Dictionnaire critique de biographie et d'histoire, . : Catherine-Madeleine (1663-1703), baptisée le en l'église Saint-Eustache, qui épouse Jean-Nicolas de Francine le en l'église Saint-Roch (il succédera à son beau-père à la tête de l'Académie royale de musique ; Louis (1664-1734), né le , ondoyé le en l'église Saint-Thomas-du-Louvre et baptisé le au château de Fontainebleau ; (1665-1743), baptisé le en l'église Saint-Thomas-du-Louvre ; Anne Gabrielle Hilaire (1666-1748), baptisée le en l'église Saint-Roch, qui épouse Jacques du Moulin, greffier à la Cour des aides, le en la même église ; Jean-Louis (1667-1688), baptisé le en l'église Saint-Roch ; Louise-Marie (1668-), baptisée le en l'église Saint-Roch, qui épouse Pierre Thiersaut de Mérancourt.

Il fait construire par l'architecte Daniel Gittard, élève de Louis Le Vau, l'hôtel Lully situé à l'angle du 45, rue des Petits-Champs et 47, rue Sainte-Anne, dans l'actuel et y demeure avec sa famille. Il quitte cet hôtel en 1683 pour habiter une autre maison qu'il possédait à la Ville l'Évêque (28-30 rue Boissy-d'Anglas), où il mourutJacques Hillairet : Dictionnaire historique des rues de Paris.

Mainmise sur la musique À partir de 1664, Lully travaille régulièrement avec Molière, qui le surnomme le paillard. Il crée ainsi la comédie-ballet, sans cependant renoncer aux ballets de cour. Les pièces de Molière sont alors une combinaison de comédies, de ballets et de chants : L'Amour médecin en 1665, la Pastorale comique en 1667, George Dandin en 1668, Monsieur de Pourceaugnac en 1669, Le Bourgeois gentilhomme et sa turquerie en 1670. Jusqu'à cette date, Lully est l'intime du dramaturge. À ce titre, il participe à un banquet resté célèbre. Cette étroite collaboration cesse en , quand Lully rachète le privilège accordé en 1669 à Perrin, de l'Académie d'Opéra. Il obtient des lettres patentes interdisant à toute personne Despois-Mesnard, ).. L'Académie d'Opéra prend dès lors, et jusqu'à la Révolution, le nom d'Académie royale de musiqueJean Gourret, Ces hommes qui ont fait l'Opéra, 1984, . et s'installe dans la salle du jeu de paume rue de Vaugirard. À la demande de Lully, un décret d' restreint davantage les libertés de représentation en limitant le nombre de musiciens des formations musicales parisiennes..

En 1673, Lully compose sa première tragédie en musique (tragédie lyrique), Cadmus et Hermione, sur un livret de Philippe Quinault qui devient son librettiste attitré. Lully déloge les comédiens de Molière juste après la mort de ce dernier et installe l'Académie royale de musique en dans l'aile droite du Palais-Cardinal (Palais Royal). Il fait agrandir la salle qui peut accueillir jusqu'à 3000 personnes..

Comblé d'honneurs et de richesses, il produit près d'une tragédie par an. Grâce à son monopole, il éclipse tous les compositeurs dramatiques de son époque (Marc-Antoine Charpentier, André Campra, Louis-Nicolas Clérambault). En 1681, il devient secrétaire du roi et, en conséquence, élevé à la noblesse héréditaire en qualité d'écuyer. Sa carrière atteint son apogée.

Déclin de la faveur royale Bisexuel, Lully entretient des relations intimes avec des femmes comme avec des hommes « Lully, Jean-Baptiste (1632-1687) » sur Glbtq.com, . Julie Anne McCornack Sadie, , . Michael Steen, , préface.. Lully ne cache pas sa bisexualité, ce qui lui vaut de violentes attaques personnelles, par exemple de Jean de la Fontaine dans Le Florentin. Vu leurs rapports privilégiés, ferme tout d'abord les yeux sur sa conduite. Mais sous l'influence de Madame de Maintenon, il tolère de moins en moins les relations entre les personnes de même sexe, que l'on nomme à cette époque bougrerie ou « vice italien ».

En 1685 éclate un scandale. Lully a noué une liaison avec un jeune page de la Chapelle nommé Brunet. Le compositeur perd alors de son crédit auprès du roi. Ce dernier n'assiste pas aux représentations d’Armide en 1686. Quand Lully compose sa dernière œuvre Acis et Galatée, une pastorale en forme d'opéra, c'est au château d'Anet, où il était venu pour une partie de chasse à l'invitation du duc de Vendôme et du Grand Prieur son frère, le , devant le fils du roi, que l'œuvre est jouée le ..

Mort Le , son doit être chanté pour la guérison du roi atteint d'une fistule anale, avec 150 musiciensCatherine Cessac, Marc-Antoine Charpentier, p. 160, 2005. Lors d'une des répétitions, Lully s'emporte contre ses musiciens et se blesse un orteil avec le lourd bâton de direction dont on frappe alors le sol pour battre la mesure. Sa jambe ne tarde pas à s'infecter. Mais, danseur, il refuse l'amputation. Kropp W et Jacobs RL, « » 1991;11:101-2. PMCID PMC2328962.. La gangrène se propage au reste du corps et infecte en grande partie le cerveau (1986) W. W. Norton & Company, ..

Il meurt peu après, le , « âgé de 54 ans, dans sa maison de campagne située rue de la Magdelaine » à la Ville l'ÉvêqueRegistre paroissial des Augustins, cité par Auguste Jal, Dictionnaire critique de biographie et d'histoire, Paris, Henri Plon, 1872, . La situation actuelle est 28 rue Boissy-d'Anglas..

Sépulture vignette|upright|Buste de Lully par Antoine Coysevox, basilique Notre-Dame-des-Victoires à Paris.

Son corps est transporté chez les religieux Augustins déchaussés (les Petits Pères) puis, selon ses dernières volontés, enseveli à l'église Notre-Dame-des-Victoires en présence de ses trois fils, comme en témoigne l'acte intégral de sépulture de Lully dans le registre paroissial de la paroisse Sainte-Madeleine-Ville-l'Évêque : Le vingt-deuxième jour de mars 1687, Messire Jean-Baptiste de Lully, escuyer, conseiller et secrétaire du Roy, maison et couronne de France, et de ses finances, et surintendant de la musique de Sa Majesté, est décédé en cette paroisse, en sa maison rue de la Magdeleine, âgé d'environ cinquante-cinq ans, le corps duquel ayant esté apporté dans cette église pour y faire les prières ordinaires, il a esté ensuite conduit pour nous soussigné, curé..., dans celle des religieux Augustins déchaussés de la place des Victoires, à Paris, où ledit sieur défunt avoit choisy sa sépulture par son testament, au convoy duquel ont assisté Messire Louis de Lully fils aîné ; Messire Jean-Baptiste de Lully, abbé de Saint-Georges-sur-Loire, second fils ; Messire Jean-Louis de Lully, surintendant de la musique du Roy, troisième fils dudit sieur défuntCité par Arthur Pougin dans La Nouvelle Revue, tome 23, Paris, juillet août 1883, page 618..

Son épouse achète en l'église Notre-Dame-des-Victoires la chapelle Saint-Nicolas-de-Tolentin au prix de .