Les élections municipales de 2008 à Toulouse voient une victoire historique de la gauche qui remporte une mairie qui lui échappait depuis .

Fief historique de la SFIO, Toulouse a en effet basculé à droite en 1971 et n'en a plus changé pendant 35 ans jusqu'en 2008.

Son candidat sortant Jean-Luc Moudenc (UMP) arrivait cependant en position défavorable à cette élection, Ségolène Royal étant arrivée en tête sur Toulouse au second tour de la présidentielle avec 57,60 % des voix, et Jean-Luc Moudenc ayant été largement battu aux législatives suivantes, recueillant seulement 45,45 % des voix au second tour.

Le , le candidat socialiste Pierre Cohen l'emporte finalement d'une courte avance avec 50,42 % des voix et d'avance sur son rival Jean-Luc Moudenc.

Candidats

Huit candidats briguent la mairie de Toulouse : Pierre Cohen (PS), « Toulouse à gauche tu gagnes », avec le PCF, les Verts, le PRG et le MRC, Thierry Dupin (PT), « pour la renationalisation d'Airbus » Jean-Luc Forget (MoDem), « Toulouse autrement » André Gallego (MoDem dissident), « 100 % pour Toulouse », Myriam Martin (LCR), « Debout! », avec le CUALCollectif Unitaire Anti-Libéral et les Motivés ! Jean-Luc Moudenc (UMP), « Toulouse pour tous », avec le NC, le MPF et le CPNT, maire sortant François Simon (AMPAlternative Midi-Pyrénées), « l'autre liste », avec le POc Sandra Torremocha (LO)

Pierre Cohen (PS)

Longtemps pressenti comme favori du parti socialiste, Martin Malvy a annoncé le qu'il ne serait pas candidat, préférant se consacrer à la présidence du conseil régionalA Toulouse, la défection qui handicape le PS pour 2008, Libération, . C'est finalement Pierre Cohen, alors maire de Ramonville qui est désigné le comme candidat par les militants du PSAu , seules quatre personnes ont présenté leur candidature : Pierre Cohen, déjà cité, l'avocat Christophe Lèguevaques, l'ancienne rectrice Nicole Belloubet-Frier et Jean-Michel Fabre conseiller général du canton de Toulouse IV et proche d'Arnaud Montebourg. Pierre Cohen n'ayant pas obtenu la majorité absolue (48 % des voix), la veille, il demeurait le seul candidat du second tour après le désistement en sa faveur de Jean-Michel Fabre, son principal adversaire (28,7 % des suffrages) dans la course à l'investiture.

Pierre Cohen conduira dès le premier tour une liste d'union entre le PS, le PCF, les VertsUnion de la gauche à Toulouse: les Verts lèvent l'hypothèque, Libération, , le PRG et le MRC, ainsi que des « personnalités de la société civile » comme Daniel Benyahia, membre du MEDEF, en troisième position sur la listeLEXPRESS.fr - Municipales 2008 : en direct des villes ou Magyd Cherfi, ancien membre des Motivés !Un début d'unité à gauche, en position non-éligibleMagyd Cherfi : «Je ne suis pas un candidat bling-bling», Libération, . Ce dernier a tenté d'appeler à l'unité de la gauche dès le premier tour, après que les Motivé-e-s eurent choisi, malgré un score de 12,49 % aux dernières municipales, de ne pas reconduire de liste autonomeTexte-manifeste pour les municipales 2008 à Toulouse par Magyd Cherfi. Son engagement avec le PS est cependant dénoncé par les Motivé-e-s dans une lettre ouverte à son encontre intitulée « Magyd, ton choix n’est pas le nôtre »Magyd, ton choix n’est pas le nôtre, .

La liste définitive est composée de 36 candidats PS (52 %), 11 Verts (16 %), 9 PCF (13 %), 4 PRG (5,7 %), 2 MRC (2,8 %) et 5 candidats de la « société civile »La liste de Pierre Cohen en chiffres, La Dépêche du Midi, .

Cette liste d'union n'aura cependant pas vu le jour sans difficultés dans certains partis comme chez les Verts où le soutien à la liste de Pierre Cohen n'a pas fait l'unanimité. Ainsi, Marie-Françoise Mendez se présentera sur la liste de Jean-Luc Moudenc alors que Pierre Labeyrie a fait le choix d'aller sur « l'autre liste » de François Simon, entraînant une procédure d'exclusion à leur encontreLes Verts toulousains se dispersent sur trois listes, Libération, .

Thierry Dupin (PT)

Le Parti des travailleurs présente sa propre liste aux élections municipales derrière Thierry Dupin, intitulée « Pour la renationalisation d'Airbus, pour la laïcité et contre les directives de l'Union européenne ».

Cette liste, soutenue par le Parti ouvrier indépendant (émanation du Parti des travailleurs), déclare être « la seule à évoquer les questions d'Airbus et de l'Europe à Toulouse »Toulouse. Première réunion publique pour la liste Dupin, La Dépêche du Midi, .

Jean-Luc Forget (MoDem)

Investi directement par François Bayrou début décembre, non sans remousLe paysage des listes en présence s'affine, , Jean-Luc Forget mènera la liste du MoDem intitulée « Toulouse autrement » aux municipales.

Malgré les propositions de Jean-Luc Moudenc au mois d'août, puis à nouveau début janvier pour intégrer le MoDem sur sa liste (UMP), conscient qu'une candidature séparée pourrait lui nuire, Jean-Luc Forget a déclaré vouloir apporter une nouvelle offre politique en toute indépendance et liberté, tout en réfutant vouloir causer la chute de tel ou tel candidat. Il a ainsi maintenu sa volonté de présenter une liste MoDem indépendante autour de thèmes tels que l'environnement, l'urbanisme, la culture et la sécuritéJ-L Forget (MoDem) : « On veut notre liberté », La Dépêche du Midi, .

S'il explique qu'il ne « joue pas les trublions », il déclare néanmoins qu'« après d’une même municipalité, c’est une grande lessive à laquelle aspirent les toulousains » et souhaite être à même de se maintenir au second tour pour être en position d'arbitre, pour décider qui méritera ou non son soutienMunicipales: le Modem du centriste Forget dans les pattes de Moudenc, Libération, .

Cette position ne fait cependant pas l'unanimité dans les rangs du MoDem, qui perd en route André Gallego (parti monter une liste indépendante), et surtout la présidente du MoDem 31, Elisabeth Husson Barnier, partie rejoindre la liste UMP de Jean-Luc Moudenc. Celle-ci est également suivie par Martine Susset (Cap21) et le conseiller régional Michel Valdiguié, ancien patron de l’UDF de Haute-Garonne. Le départ de sa présidente n'a toutefois pas ébranlé Jean-Luc Forget qui déclare qu'il « ne constitue ni une surprise ni un événement », jugeant que celle-ci « a sacrifié ses convictions sur l’autel de son ambition »Toulouse. La présidente du Modem rejoint la liste Moudenc, La Dépêche du Midi, .

À la suite de son départ, Elisabeth Husson-Barnier fait l'objet d'une « suspension immédiate » du MoDem, mais pourrait également être poursuivie devant la CNIL car elle est suspectée d'avoir utilisé le fichier des adhérents MoDem de Toulouse pour le compte de Jean-Luc Moudenc, ce qu'elle démentToulouse. Le MoDem va suspendre Elisabeth Husson-Barnier, La Dépêche du Midi, .

André Gallego (MoDem dissident)

Candidat à l'investiture du MoDem, André Gallego n'a pas apprécié l'investiture directe par François Bayrou de son concurrent Jean-Luc Forget, et a donc décidé de présenter sa propre liste « 100 % pour Toulouse », sous l'étiquette « humaniste ». Tout en déclarant n'être le « concurrent de personne », il annonce viser « bien mieux » que les 9,41 % récoltés sous les couleurs du MoDem aux dernières législatives sur la André Gallego: le candidat humaniste qui ne veut déranger personne, Libération, .

Il a publié un livre « Un Grenelle pour Toulouse », où il présente son programme axé sur des thèmes comme la propreté, la citoyenneté ou les quartiers. Mustapha Benzitouni, vice-président de l'association Agora et impliqué dans la vie sociale des quartiers, le secondera sur la listeToulouse. Une nouvelle liste "100 % pour Toulouse", La Dépêche du Midi, .

Myriam Martin (LCR)

À gauche du PS, un appel à un rassemblement de la gauche antilibérale avait été lancé dans le but de constituer une liste unitaire rassemblant l'Alternative Midi-Pyrénées (AMP), la LCR, Lutte ouvrière, les Motivés !, le PCF et le Partit occitanMunicipales : vers une liste de gauche antilibérale, La Dépêche du Midi, . Les bases d'une telle candidature unitaire ont été posées par les collectifs antilibéraux et la LCR le Communiqué commun de l’appel « Municipales 2008 : unité antilibérale » et de la LCR-Toulouse, rejoints par la suite par les Motivé-e-s, qui expliquent vouloir rassembler ceux « qui veulent se réapproprier les choix qui les concernent » dans un rassemblement de « la gauche qui ne renonce pas », tout en apportant leurs sept ans d'expérience au conseil municipalMunicipales 2008 : rassemblement !, Communiqué officiel des Motivés !, .

Cette liste unitaire intitulée « Debout! » regroupe donc finalement la LCR, les antilibéraux et les Motivés ! autour de la porte-parole de la LCR31, Myriam MartinLCR : « L’autre » alternative à gauche, , et a été lancée le lors d'une réunion publique regroupant ces trois composantes. Elle annonce vouloir replacer le social et l'humain au centre de la vie, en s'appuyant sur des collectifs, dans tous les quartiers de la ville, et pose comme préalable le refus de toute cogestion avec l'équipe PS de Pierre Cohen, sujet de désaccord majeur avec l'« autre liste » de François SimonToulouse. Le front antilibéral s'organise, La Dépêche du Midi, .

Myriam Martin explique ainsi que s'il existe des éléments de convergence entre leurs programmes respectifs, le problème est que « François Simon se dit prêt à faire alliance avec les sociaux libéraux du Parti socialiste. Nous pas ! ». Les éventuels élus de « Debout! » garderont donc toute indépendance de vote et de proposition à l'intérieur du conseil municipal, sans solidarité de gestion avec le PS, afin de garder comme priorité leur programme d'« urgence sociale »Myriam Martin, liste “Debout!” : contrairement à l'Autre liste de François Simon, nous ne composerons pas avec le social libéralisme, Libération, .

Initialement annoncés sur la liste de François Simon, les Alternatifs 31 ont finalement rallié la liste « Debout! » afin d'éviter « la multiplicité des candidatures à la gauche du PS », tout en espérant être suivis par François SimonToulouse. Et si François Simon rejoignait les « Debout ! », La Dépêche du Midi, .

Jean-Luc Moudenc (UMP)

Maire de Toulouse élu en 2001 et démissionnaire après avoir été nommé ministre de la santé le , Philippe Douste-Blazy a finalement renoncé à tenter de reprendre le poste de maire, laissant le champ libre à l'actuel maire Jean-Luc Moudenc et à l'ancien ministre et ancien président du CSA Dominique Baudis qui était maire de Toulouse de 1983 à 2001. Mais c'est finalement sans surprise que Jean-Luc Moudenc a été désigné par l'UMP comme tête de liste aux municipales de 2008L’UMP constitue sa liste, , sans le soutien de Philippe Douste-Blazy, mais avec celui de Dominique Baudis.

Pour sa liste « Toulouse pour tous », il tente non sans difficultés d'appliquer à l'échelle toulousaine la stratégie sarkoziste d'« ouverture » vers les personnalités de gaucheOuverture : à Toulouse, ce n'est pas gagné, La Dépêche du Midi, Ouverture à gauche: Moudenc part à la pêche au gros, Libération, Municipales : l'UMP Moudenc "Kouchnérise" à gauche, Libération, , réussissant à débaucher l'ex-Verte Marie-Françoise Mendez, ainsi qu'Yvette Benayoun-Nakache et Robert Gély, conseillers municipaux d'opposition PSBenayoun-Nakache et Gély (PS) passent chez Moudenc, La Dépêche du Midi, , provoquant l'ire de leurs anciens camaradesLes anciens camarades de Benayoun-Nakache exigent sa démission, La Dépêche du Midi, . Robert Gély explique son départ « Ce que j'ai apprécié chez Moudenc, c'est sa volonté de pratiquer l'ouverture d'emblée, dès la définition de son programme à laquelle je participe. Et en cas de succès, je suis assuré d'occuper un poste d'adjoint. » tout en précisant qu'il ne renie pas ses convictions et que sa référence personnelle reste toujours François MitterrandRobert Gély: «François Mitterrand reste ma référence», La Dépêche du Midi, .