vignette|Situation de la Thaïlande en Asie
L’histoire de la Thaïlande examine les événements sur le territoire actuel de l'État de Thaïlande et les régions voisines qui y sont liées, comme la Birmanie, le Laos, le Cambodge et la péninsule Malaise sur une période de plusieurs milliers d'années avant le temps présent. Le pays actuel, de , a en 2023 une population de , Thaïlandaise et Thaïlandais, principalement Thaï. La (revendiquée) dépasse le million de personnes. La population du pays était, en millions, de 20 vers 1950, de 40 vers 1973, de 50 vers 1983 et de 60 vers 1996.
Appelée autrefois le Siam (thaï : สยาม, Sayam), la Thaïlande n'a adopté son nom actuel, , qu'en 1939.
Avant l'arrivée des peuples thaï depuis le sud de la Chine, il a existé dans la région plusieurs royaumes indianisés successifs ou concurrents dirigés par des môns, des khmers ou des malais.
Les thaï établirent leurs propres royaumes au , d'abord Sukhothaï et le Lanna, puis le royaume d'Ayutthaya. Ces États se combattirent entre eux et furent constamment menacés ou envahis par l'Empire khmer, les birmans et le Vietnam. Progressivement plus puissant, le Siam émerge au milieu du , et plusieurs régions vassales (Cambodge, Laos) lui sont disputées ; le royaume souffre des empiétements de l'Europe coloniale au et au début du . Les Thaï se targuent d'être le seul peuple d'Asie du Sud-Est à n'avoir jamais été colonisé, mais certains historiens évoquent un protectorat de fait, avec l'établissement de divers traités à partir de 1853 signés avec les puissances européennes (Allemagne, Danemark, France, Empire britannique). Entre 1863 et 1909, le Siam perd près de 50 % de son territoire« La Thaïlande n'a jamais été colonisée ? Vous en êtes sûr ? », in: Grande(s) et petites histoires de la Thaïlande, 29 août 2011..
Depuis la fin de la monarchie absolue en 1932, le Siam, devenu la Prathet Thai (ประเทศไทย, « patrie/terre des Thaï ») en 1939, vit sous un régime contrôlé par le pouvoir militaire, en dépit d'un système parlementaire. Ce système est régulièrement affaibli, car les militaires jouent un rôle prépondérant dans la vie politique actuelle du pays.
Préhistoire Il y a trois périodes préhistoriques définies par la nature des outils fabriqués par les hommes : l'âge de pierre, il y a 500 000 à 4 000 ans ; l'âge du bronze, il a y 4 000 à 2 500 ans ; et l'âge du fer, il y a de 2 500 à 1 500 ans. vignette|Musée de site de Ban Chiang.
Les plus anciens vestiges d'humains sont des galets aménagés découverts dans la province de Lampang. Ils remontent à plus de et sont attribuables à Homo erectusMichel Jacq-Hergoualch, Le Siam, Guide Belles Lettres des Civilisations, Les Belles Lettres 2004, , p. 39.. On a trouvé de plus dans cette même province, dans le district de Ko Kha, un fragment de crâne d'Homo erectus (un os frontal) en 1999.
Les traces de présence Homo sapiens les plus anciennes de Thaïlande se trouve dans la province de Krabi : on y a découvert des restes humains, des outils, des bijoux et des peintures rupestres d'Homo sapiens (25 000 - 30 000 ans avant notre ère). Le plus vieux squelette d'un Homo sapiens, celui d'une femme, datant d'environ 25 000 ans, a été trouvé dans la grotte de Moh Khieo située dans le district de Muang Krabi. Deux autres squelettes de femme Homo sapiens, vieux de 13 640 à 12 100 ans, ainsi que des os et des crocs d'animaux, des graines et des outils de pierre, ont été trouvés dans la province de Mae Hong Son.
Il y a en Thaïlande plus d'une centaine de sites archéologiques présentant des peintures et gravures rupestres, dans 9 provinces différentes et en particulier dans le Nord-Est, en Isan.
En Thaïlande, le néolithique avec l'agriculture et la culture du riz ainsi que l'élevage de buffles, cochons et poulets commence il y a environ 4 000 ans.
Sur le site archéologique de Ban Chiang, dans le nord-est du pays, près d'Udon Thani, ont été découverts en 1967 des vestiges d'une culture inconnue datant de l'âge de bronze (4000 à 2500 ans av. J.-C.). Les habitants de ce site avaient développé des outils de bronze et commencé la culture du riz en rizière ce qui indique le début d’une société organisée. Des sépultures et un grand nombre de poteries peintes et objets en bronze plus tardifs ont été mis au jour. Le site a été classé patrimoine mondial de l'UNESCO en 1992.
Grotte de Ban Fa Suai
Avant l'arrivée des Thaï
La protohistoire de la Thaïlande s'inscrit dans la protohistoire de l'Asie du Sud-Est : Nusantao (Nusantao Maritime Trading and Communication Network, réseau de commerce et de communications maritime des Nusantao) Histoire du commerce dans l'océan Indien Indianisation de l'Asie du Sud-Est (dès 500 AEC / 2500 BP)
Histoire du commerce des épices Arts du combat de l'Insulinde Relations entre l'Empire romain et la Chine, échanges commerciaux entre la Rome antique et l'Inde Histoire de l'influence indienne en Asie du Sud-Est (dès 500 AEC) Indianisation de la péninsule Indochinoise Indosphère
Route de la soie maritime (150c-1450c) Chersonèse d'Or (Insulinde), Chryse et Argyre
Fou-nan et Chen-la vignette|Carte du Fou-nan et du Champa vers le . Au , une puissance maritime connue seulement par le nom que lui donnent les textes chinois, le Fou-nan, dont le centre économique était situé dans l'actuelle région d'Óc Eo dans le sud de la péninsule indochinoise, s'étend sur le sud du Vietnam, la basse vallée du fleuve Chao Phraya et le nord de la péninsule Malaise. La description qu'en donne le compte-rendu d'une mission chinoise venue entre 245 et 250, qui les décrits comme , on pense que les habitants du Fou-nan étaient ethniquement khmers.
À la fin du apparaît, dans le sud de l'actuel Laos, une nouvelle puissance, agraire celle-ci, et également connue seulement par son nom chinois : le Chenla (Chen-la). Ce royaume s'étend bientôt sur le nord du Cambodge actuel et le nord-est de l'actuelle Thaïlande, et finit par annexer le Fou-nan. On considère que le Chen-la est l'un des premiers empires khmers.
Cette vaste région (équivalent de la péninsule indochinoise moins le Đại Việt) était connue par les étrangers comme le Sovannaphum ou le Sovarnabhumi.
Les Môns vignette|upright|Statue de Surya, style de Dvaravati, Province de Phetchabun. Entre les , la civilisation que l'on appelle Dvâravatî s'épanouit dans le centre de la Thaïlande (voir indianisation de la péninsule Indochinoise). Cette civilisation appartient à un peuple, les Môns, vivant de la Basse-Birmanie au nord de la péninsule Malaise. La dispersion des sites attribués à Dvaravati amène à penser que sa prospérité est liée au commerce qui sillonne l'Asie du Sud-Est continentale.
Au , les Môn fondent sur le site de l'actuelle Lopburi le royaume de Lavo (disparu en 1388), et au celui d'Haripunjaya (disparu au , 661-1292) sur celui de l'actuelle Lamphun. Môns Royaumes môns
La péninsule Malaise Très tôt, la péninsule malaise s'intègre dans un réseau commercial maritime qui relie la Chine à l'Inde, qu'on appelle parfois la Route de la soie maritime. Les cités-États portuaires de la péninsule adoptent des modèles culturels et politiques indiens (voir Indianisation de l'Indonésie). Des textes chinois du mentionnent une cité qu'ils appellent Dun-sun, située dans le nord de la péninsule, qui contrôle les deux côtes.
Plus au sud, on a trouvé, près de la ville actuelle de Chaiya, des vestiges qu'on a datés du début du et appartenant à une cité que les textes chinois appellent Pan-pan.
À Chaiya même, on a trouvé une inscription datée de 697 de l'ère Saka (soit 775 ), qui proclame qu'un roi de Sriwijaya, cité-État dont l'emplacement était sur l'actuelle ville de Palembang dans le sud de l'île indonésienne de Sumatra, y a érigé un stupa.
Tambralinga (1000c-1365c), royaume de la péninsule malaise (sur territoire thaïlandais actuel, province de Nakhon Si Thammarat), suzerain de Sukhothaï
Les Khmers vignette|Ruines du Prasat Ta Muen Thom (), province de Surin. À partir du l'empire khmer, qui établit sa capitale à Angkor (voir Histoire du Cambodge), prend progressivement le contrôle de l'ensemble de l'Asie du Sud-Est continentale, imposant une domination sur ses cousins les Môns.
Migrations thaïs (depuis la Chine) À cette époque (), un premier groupe de Thaï, provenant de la Chine méridionale, commence à s'établir dans les marches septentrionales de l'Empire khmer, au nord des monts Dângrêk. Les Khmers, dont l'empire s'étend alors sur la région, appelle ces nouveaux venus « Śyâma », mot sanskrit (श्याम) qui signifie « brun » ou « foncé » Monier Monier-Williams, A Sanskrit-English dictionary etymologically and philologically arranged with special reference to cognate Indo-European languages, Oxford: Clarendon Press, 1898, page 1094. et qui a donné le mot Siam : vers 1130-1150, ils apparaissent comme mercenaires sur l'un des bas-reliefs d'Angkor Vat (galerie sud, aile ouest).
Pendant les , l'ethnie Thaï devient dominante dans la population de la région.
Royaumes de Sukhothaï et Lannathai (± 1238-1558) Royaume de Sukhothaï (1238-1438) Royaume de Lanna (1292–1774/1892, Chiang Mai)
Selon la tradition, les chefs de clan thaï de Sukhothaï s'affranchissent de la suzeraineté des Khmers en 1238 et élisent un roi. Le fils de ce roi, Ramkhamhaeng (1239-1317), c'est-à-dire « Rama le Hardi », est connu par une inscription datée de 1292, que les Thaï considèrent comme l'acte fondateur de leur nation. Après sa mort, le pouvoir de Sukhothai a décliné et est devenu sujet du royaume d'Ayutthaya en 1365, qui a dominé la Thaïlande méridionale et centrale jusqu'en 1700.
Beaucoup d'autres États thaï ont coexisté avec Sukhothai, notamment le royaume de Lannathai ou de Lanna dans le nord. Cet État a émergé à la même période que Sukhothaï, mais a survécu plus longtemps. Son histoire indépendante s’est terminée en 1558, quand il est tombé aux mains des Birmans ; il a ensuite été alternativement dominé par Ayutthaya et la Birmanie avant d'être conquis par le roi siamois Taksin en 1775.
Royaume d'Ayutthaya (1350-1767) vignette|Ruines du palais royal d'Ayutthaya. Royaume d'Ayutthaya Bouddhisme Theravāda Ambassade siamoise en France (1686) (1605-1680, Songkhla, actuelle province de Songkhla, péninsule malaise)
Le premier souverain d'Ayutthaya, le roi Ramathibodi I, apporte deux contributions importantes à l'histoire de la Thaïlande : l'établissement et la promotion du bouddhisme theravāda comme religion officielle, pour différencier son royaume du royaume hindou voisin d'Angkor, et la compilation du Dharmashastra, un code légal basé sur des sources hindoues et des coutumes thaïes traditionnelles. Le Dharmashastra est demeuré un instrument de la loi thaïe jusqu’à la fin du .
Ayutthaya a des contacts avec l'Occident, à commencer par les Portugais au . Mais jusque dans les années 1800, ce sont ses relations avec les nations voisines comme l'Inde et la Chine qui sont primordiales. Ayutthaya contrôle un territoire considérable, allant des royaumes du nord de la péninsule Malaise aux États du nord de la Thaïlande. Néanmoins, les Birmans, qui contrôlent le royaume de Lanna et ont également unifié leur royaume sous une dynastie puissante, lancent plusieurs tentatives d'invasion dans les années 1750 et 1760. Finalement, en 1767, les Birmans attaquent la ville d’Ayutthaya et la conquièrent. La famille royale fuit la ville où le roi meurt de faim dix jours plus tard, marquant la fin de la lignée royale d'Ayutthaya.
Royaume de Thonburi (1768-1782) Royaume de Thonburi Après plus de de puissance, en 1767, le royaume d'Ayutthaya est conquis par les armées birmanes, sa capitale incendiée et son territoire démembré. Le général Taksin parvient à réunifier le Siam à partir de sa nouvelle capitale de Thonburi et se fait proclamer roi en 1769.