Le Bigfoot ou Sasquatch est une créature légendaire qui vivrait au Canada et aux États-Unis. La multiplication des témoignages pourrait laisser penser qu'il ne s'agirait pas d'un individu, mais de plusieurs hypothétiques créatures.
Le nom (« grand pied » en anglais) lui a été donné par les premiers colons lors de la conquête de l'Ouest, du fait de sa grande taille présumée et surtout des empreintes gigantesques qu'il laisserait après son passage. Cet être humanoïde occuperait principalement les grandes chaînes de montagnes (Adirondacks, Rocheuses, et Appalaches) ainsi que les régions très boisées et faiblement peuplées par l'homme (les Everglades). Le nom sasquatch vient du halkomelem « sésq̓əc » Merriam-Webster dictionary, « géant velu ».
Le terme autochtone « sasquatch » est plus utilisé au Canada, en particulier en Alberta et dans les chaînes de montagnes, tandis qu'aux États-Unis et en Europe le terme « bigfoot » lui est préféré. Ces êtres sont généralement décrits comme étant des hominidés. L'absence persistante de preuve matérielle de son existence conduit toutefois la plupart des scientifiques à les considérer comme relevant du folkloreM. Aquaron, (2008) - « Bigfoot et Sasquatch », dans Du Bigfoot au Yéti, anthropologie de l'imaginaire, G. Boëtsch et J. Gagnepain, (Éds.), Catalogue de l'exposition, Actes du colloque L'Humain, entre réalité et imaginaire, Quinson, juillet 2007, ..
Histoire Lorsque les premiers Européens débarquent aux Amériques, le Sasquatch est déjà mentionné par les peuples autochtones qui le dépeignent dans leur artisanat. Ces Premières Nations évoquent dans leur mythes des populations de géants vivant au cœur des forêts, certains étant plus ou moins hostiles à l'égard de l'homme comme le omah, le skoocoom, le stiyaha ou le Genoskwa[Bigfoot in Native Culture, K.Moskowitz Strain, Hancock House Publishers(2008). On retrouve ces récits aux quatre coins du continent nord-américain, de l'Oregon à la Floride en passant par le Canada et l'AlaskaMonster, myth or man ? Peter Byrne, Acropolis Books Ltd., 1975. En 1840, le révérend Elkanah Walker, missionnaire protestant, rapporte que les récits concernant ces géants sont nombreux parmi les Amérindiens vivant à Spokane, dans l'État de Washington. Ces derniers affirment que ces êtres volent du saumon et dégagent une forte odeur The diary of Elkanah Walker.
Avec l'expansion de la civilisation et la ruée vers l'or, les témoignages des autochtones se multiplient. En juillet 1924, un groupe de cinq mineurs travaille à extraire un filon d'or dans une région accidentée du mont Saint Helens (Lewis River). Ils se sentent bientôt observés et trouvent des empreintes inhabituelles. L'un d'eux tire sur ce qui semble être un gros animal qui réussit à fuir. La nuit venue, leur cabane en bois est bombardée par des pierres et des branches. Au petit matin, les mineurs se résignent à quitter la montagne, non sans avoir abattu l'une de ces créatures qui chute dans un ravin. Bien que les mineurs ne veuillent pas de publicité, les faits sont relatés dans la presse. Le site est depuis connu sous le nom de Ape Canyon (« le canyon du singe ») (Forêt nationale Gifford Pinchot)I fought the Apemen of Mount St. Helens, Fred BeckHauntings and Horrors, Daniel Cohen, 2002.
La même année, un prospecteur du nom de Albert Ostman est prétendument enlevé par un groupe de créatures anthropomorphes alors qu'il campe dans une région sauvage de la Colombie-Britannique. Après une semaine de captivité, il aurait réussi à échapper à la vigilance de ses ravisseurs après que l'un d'eux est tombé malade en avalant son tabac à priser. Il ne raconte son histoire que bien des années plus tard, en 1957, ayant jusque-là craint les railleriesSasquatch: The Apes Among Us, John Green (1978). La crédibilité du témoignage d'Ostman a été cependant mise en doute par sa proximité avec des récits canadiens sur le Diable, sa divergence avec les autres témoignages sur le sasquatch, et par l'absence d'oublis de détails lors de répétition de son récit au cours du temps, ce qui irait contre les mécanismes normaux de la mémoire, et trahirait une histoire inventée de toutes pièces..
Des empreintes géantes de forme humaine ont été photographiées en 1958 sur un chantier Californien à Bluff Creek. vignette|Film de Patterson et Gimlin. En 1967, Roger Patterson et Robert Gimlin présentent le populaire mais controversé documentaire Bigfoot (aussi connu sous le nom de Patterson-Gimlin film). Le , alors que les deux hommes s'aventurent à cheval dans les bois de Bluff Creek (Californie), ils aperçoivent une imposante créature au bord d'une rivière asséchée. Les chevaux se cabrent, affolés. Patterson met pied à terre et sort sa caméra d'une sacoche. L'être bipède s'éloigne d'un pas rapide, non sans se retourner plusieurs fois vers les deux hommes. Les partisans de l'existence du bigfoot soutiennent que de nombreux éléments penchent pour la crédibilité de cette vidéo ; notamment la démarche de la créature souvent rapprochée de celle du gorille, thèse renforcée par la protubérance d'os de la jambe, ressortant un pas sur deux. Chez les grands singes, cette démarche particulière est très connue des anthropologues. En outre, ils soutiennent que la longueur démesurée des bras, le buste et la tête de l'animal se tournant ensemble vers la caméra, le poids estimé à partir des empreintes (), le pas rapide mais aussi les muscles saillants écartent l'hypothèse d'un homme costuméKrover Grantz, Big foot prints ; a sasquatch evidence, Hancock House Pub Ltd;1999.Sauvages et velus, Jean Roche, Exergue, 2000. Le documentaire de Christopher Loft, paru en 2009 a mis en évidence les travaux d'une équipe de scientifiques qui a permis de constater que si un homme peut imiter la démarche de la créature, certaines postures semblent impossibles à reproduire (flexion du genou), et les moyens techniques des costumiers de l'époque ne permettaient pas de créer un costume adapté à sa morphologie et sa musculatureChristopher Loft, L'abominable hommes des bois, 1999.
Des anthropologues et biologistes renommés comme Grover Krantz, Jeffrey Meldrum ou Ivan T. Sanderson analysent les témoignages et les preuves matérielles (empreintes, poils) de manière sérieuse..
thumb|Une représentation du Bigfoot Une nouvelle génération de chercheurs est apparue vers les années 2000, comme le Bigfoot Field Researchers Organization (BRFO) ou le TcsjrBigfoot. Ces chercheurs américains, le plus souvent de simples amateurs ou chasseurs, n'hésitent pas à s'enfoncer dans des zones de montagnes très peu explorées, voire à effectuer des recherches nocturnes sur des terrains accidentés dans l'espoir de filmer ou de photographier la ou les créatures.
Le , l'opérateur de ferry Bobby Clarke a raconté avoir vu une créature ressemblant à un bigfoot sur les berges du fleuve Nelson à Norway House, au Manitoba (Canada) ; il a pu filmer la scènehttps://www.cbc.ca/news/canada/bigfoot-tape-thrills-manitoba-community-1.559115. En juillet de cette même année, des habitants de Teslin, au Yukon, ainsi que de l'Alaska, ont affirmé avoir aperçu un sasquatch.. Ils ont récupéré des touffes de poils dans des buissons. Après une analyse de l'ADN, le David Coltman de l'Université de l'Alberta a annoncé qu'il s'agissait de poils de bison..
Le , Shaylane Beatty, une habitante de Lac Dechambault, en Saskatchewan (Canada), conduisait en direction de la ville de Prince Albert quand elle affirme avoir vu une créature proche du bord de l'autoroute à Torch River. Plusieurs hommes du village se sont rendus sur place et ont trouvé des traces de pas qu'ils ont suivies dans la neige. Ils ont trouvé une touffe de poils bruns et pris des photographies des traces Jeremy Warren, Claims she saw Bigfoot, Saskatchewan News Network, Sightings the talk of 'sasquatch-ewan', CBC News, .
Le , deux américains affirment avoir trouvé, et stocké dans un congélateur, le cadavre d'un bigfoot de . Plusieurs conférences de presse ont été données, notamment pour CNN. Il s'est révélé que le cadavre en question était un simple costume de gorille en caoutchouc. Les deux explorateurs avaient omis de déclarer qu'ils vendaient des produits dérivés liés à la légende du Bigfoot..
Le , une équipe de scientifiques de la société dirigée par le docteur Melba S. Ketchum, à Nacogdoches, Texas, a publié un communiqué de presse indiquant avoir confirmé l'existence d'une nouvelle espèce hybride d'hominidé vivant en Amérique du Nord et ce, sur la base d'analyse de l'ADN provenant d'échantillons de cheveux prélevés lors d'une prétendue rencontre avec Bigfoot. Cette étude aurait ainsi permis le séquençage de vingt génomes mitochondriaux et de trois génomes nucléaires. Cette annonce a ensuite été discréditée comme un travail génétiquement peu convaincant et publié dans une revue créée 9 jours avant la publication, dont ce fut l'unique numéro.
Hypothèses et controverses Des cryptozoologues sont partisans de l'authenticité du sasquatch. Ils affirment qu'une aire de répartition vaste n'est pas nécessairement contradictoire avec l'existence de cette espèce. Pour assurer sa survie, une espèce a besoin de centaines, sinon de milliers d'individus. Certains zoologues et cryptozoologues affirment qu'une zone aussi vaste que l'Amérique du Nord, avec ses immenses parcelles de terres quasiment impraticables la plupart du temps, rend possible qu'une espèce d'anthropoïde encore inconnue vive avec un millier de représentants, surtout si cette dernière peut sans difficulté fuir l'être humainRichard D. Nolane (1996). Chroniques cryptozoologiques Tome 2 : Sur les traces du Yéti et autres créatures clandestines. Édition Soleil Productions.
Aucun cadavre de sasquatch n'a pu être retrouvé ni aucun spécimen capturé. Les supposées traces trouvées jusqu'ici (excréments, cadavres d'animaux tués d'une manière ne correspondant pas à celle de leurs prédateurs naturels ou bien énormes empreintes de pas laissées dans la terre) n'ont pas suffi à convaincre la communauté scientifique de son existence. La multiplicité des témoignages ne peut être retenue comme un argument probant (d'autant que certains se sont révélés être des canulars). Selon A. Boese, « Peu de scientifiques acceptent la probabilité de l'existence de telles créatures, la plupart considèrent que ces rapports sont une combinaison de folklore et de canular. »Boese, A. (2002) - The Museum of Hoaxes: a collection of pranks, stunts, deceptions, and other wonderful stories contrived for the public from the Middle Ages to the New Millenium, Adelaide, Hardcover.
Des survivants de la Préhistoire Le savant belge Bernard Heuvelmans, l'un des pères fondateurs de la cryptozoologie, est partisan de la théorie de la survivance d’espèces d’hominidés parallèles à . Avec son apparence humanoïde velue, ses mains puissantes, son front fuyant et ses arcades sourcilières développées, les sasquatchs seraient les descendants d'une population ancestrale séparée des humains actuelsL'Homme de Néanderthal est toujours vivant, Bernard Heuvelmans/B.F.Porchnev, 1974 - Réédité en 2011 aux Éditions de l’Œil du Sphinx..
Un Gigantopithèque thumb|Moulage d'une mandibule de Gigantopithèque.