(, parfois , ou Dimanche sanglant) est le nom donné à la tuerie survenue le dimanche dans le quartier de Bogside à Derry en Irlande du Nord, au cours de laquelle vingt-huit manifestants pacifistes des droits civiques et des passants ont été pris pour cible par des soldats de l'armée britannique.
Treize hommes dont sept adolescents sont morts immédiatement ; un autre homme blessé ce jour-là est mort quatre mois et demi plus tard. Quatorze personnes furent également blessées, douze par balles et deux écrasées par des véhicules militaires'Bloody Sunday', Derry 30 January 1972 – Names of the Dead and Injured CAIN Web Service, 23 March 2006. Retrieved 27 August 2006.. Cinq de ces blessés ont été touchés dans le dosExtracts from 'The Road to Bloody Sunday' by Raymond McClean. Retrieved 16 February 2007..
Le drame est survenu au cours de la marche de l'association nord-irlandaise pour les droits civiques ; les soldats impliqués appartenaient au du régiment de parachutistes du Royaume-Uni.
John Lennon, dans son album sorti en 1972, le groupe punk de l'Ulster, avec son titre , puis le groupe de rock U2 dans sa chanson , rendent hommage aux victimes de cet événement.
Contexte
vignette|gauche|Mémorial à Londonderry, sur les lieux de l’événement. À la fin des années 1960, la discrimination contre la minorité catholique (délimitation des circonscriptions électorales favorisant le vote protestant (pratique connue sous le nom de gerrymandering), attribution des logements publics.) conduit des organisations telles que l'Association nord-irlandaise pour les droits civiques (NICRA) à mettre en place une campagne non-violente pour promouvoir l'égalité de droits entre catholiques et protestants.. Cependant, à la suite d'attaques sur les droits civils des manifestants par les loyalistes protestants, ainsi que par les membres de la Police royale de l'Ulster (RUC), la colère et la violence s'amplifient.. En 1969, la bataille du Bogside éclate après les perturbations qui ont suivi une parade des .. Les résidents du Bogside ont érigé des barricades autour de la zone afin de résister aux incursions de la police. Après trois jours d'émeutes la Police royale d'Ulster s'avère incapable de rétablir l'ordre ; le gouvernement d'Irlande du Nord demande alors le déploiement de l'armée britannique..
Celle-ci est d'abord accueillie par les catholiques comme une force neutre par rapport à la Police royale d'Ulster, mais les relations entre les nationalistes et l'armée se détériorent rapidement.. Le , deux émeutiers (Seamus Cusack et Desmond Beattie) sont abattus dans le Bogside par des soldats dans des circonstances controversées.. Les soldats ont affirmé qu'ils étaient armés, ce qui a été démenti par la population locale, ainsi que par des nationalistes modérés (dont John Hume et Gerry Fitt qui quittent alors le Parlement d'Irlande du Nord en signe de protestation)..
En réponse à l'escalade de la violence à travers l'Irlande du Nord, l'internement sans procès est introduit le . Dans un geste de quid pro quo pour les nationalistes, toutes les marches et défilés sont interdits, y compris la marche éclair des de Derry qui devait avoir lieu le The Irish War: The Hidden Conflict Between the IRA and British Intelligence, .. L'introduction de l'internement provoque des troubles dans toute l'Irlande du Nord, avec tuées en trois jours d'émeutes.. Le Paul Challenor est le premier soldat à être tué par l'Armée républicaine irlandaise provisoire, à Londonderry, où il a été abattu par un sniper à . Six autres soldats avaient été tués à Londonderry à la mi-Brits, .. ont été tirées sur l'armée britannique, qui a dû faire face aussi à et artisanales et qui a dû tirer en retour de feu.
Les activités de l'Armée républicaine irlandaise provisoire ont également augmenté dans le Nord de l'Irlande avec une trentaine de soldats britanniques tués dans les derniers mois de 1971, contre dix soldats tués pendant la période pré-internement durant la même année. L'armée républicaine irlandaise officielle et l'armée républicaine irlandaise provisoire avaient établi à Londonderry une « zone de non-droit » pour l'armée britannique et la Police royale grâce à l'utilisation des barricadesBrits, .. À la fin de l'année 1971, avaient été mises en place pour empêcher l'accès à ce qui était connu comme le Free Derry ; 16 d'entre elles étaient impraticables, même pour les véhicules blindés d'une tonne de l'armée britannique. Les membres de l'IRA ont monté ouvertement des barrages routiers en face des médias, et des affrontements quotidiens ont eu lieu entre jeunes nationalistes et soldats britanniques à un endroit connu sous le nom de « ». En raison des émeutes et des dommages causés aux magasins par les bombes incendiaires, le total des dommages subis par les entreprises locales est estimé à .
Malgré l'interdiction, l'Association nord-irlandaise pour les droits civiques planifie une manifestation pacifique à Londonderry le pour protester contre l’internement administratif, décidé par le Parlement nord-irlandais le . Informées de cette marche, les autorités ont décidé de l'autoriser de façon qu'elle se poursuive dans la zone nationaliste de la ville, le but étant de l'empêcher d'atteindre le (siège du conseil de la cité de Derry), comme c'était initialement prévu par les organisateurs. Le major-général Robert Ford, alors commandant des forces terrestres en Irlande du Nord, a donné l'ordre au du régiment de parachutistes () de se rendre à Londonderry avec pour mission d'arrêter les possibles émeutiers pendant la marche.. Le Régiment parachutiste arrive à Londonderry le matin du dimanche et prend position dans la ville..
Événement du Bloody Sunday Les manifestants avaient prévu de marcher vers le Guildhall, mais en raison de barricades de l'armée conçues pour modifier le parcours, ils furent redirigés vers . Un groupe d'adolescents se sépara du défilé et tenta de franchir la barricade pour marcher vers le Guildhall. Ils attaquèrent la barricade de l'armée britannique avec des pierres. À ce stade, un canon à eau, des gaz lacrymogènes et des balles en caoutchouc sont utilisés pour disperser les émeutiers. Ces affrontements entre les soldats et les jeunes étaient alors courants, même si des observateurs ont rapporté que les émeutes étaient peu intenses, : « …the level of rioting was no greater than usual – and no petrol bombs or nail bombs were being thrown. ». Sur la , deux civils, Damien Donaghy et John Johnston, sont blessés par balle par des soldats qui affirmeront que ce dernier portait un objet noir cylindrique, : « Seconds after the corporal fired, he would say that he spotted the same man with a black cylindrical object in one hand strike what appeared to be a match against the wall. Johnston was standing a few feet from Donaghy. One of the bullets sliced through his right thigh. ».
À un certain moment, des rapports donnés au centre de commandement de l'Armée auraient indiqué qu'un sniper de l'IRA opérait dans la zone. À , la brigade autorise le régiment parachutiste britannique à entrer dans le Bogside. L'ordre de tirer à balles réelles est donné et un jeune homme est abattu alors qu'il descendait la , loin de la progression des troupes. Cette première victime, Jackie Duddy, était parmi la foule qui s'enfuyait. Il courait aux côtés d'un prêtre, le futur évêque Edward Daly, lorsqu'il fut abattu dans le dos. La poursuite des violences par les troupes britanniques s'intensifie et finalement l'ordre est donné de mobiliser les troupes dans une opération d'arrestation, à la poursuite de la queue du groupe principal des manifestants dans .
Malgré un ordre de cessez-le-feu du quartier général de l'armée, plus d'une centaine de cartouches furent tirées directement dans la foule par les troupes sous le commandement du Major Ted Loden. Douze autres personnes furent tuées., beaucoup d'entre elles tentaient d'aider celles déjà tombées sous les balles. Quatorze autres furent blessées, douze par des tirs de soldats et deux renversées par des véhicules blindés.
Les victimes vignette|Ceinture portée par Patrick Doherty. L'entaille a été faite par la balle qui l'a tué..
John (Jackie) Duddy (). Abattu d'une balle dans le dos sur le parking des appartements de Rossville. Quatre témoins ont déclaré que Duddy n'était pas armé et était en train de fuir les parachutistes quand il fut tué. Trois d'entre eux ont vu un soldat viser délibérément le jeune homme lorsqu'il courait. Il est mort sept ans avant la naissance de son neveu , qui deviendra un boxeur célèbre.. Patrick Joseph Doherty (). Abattu par derrière alors qu'il tentait de ramper pour se mettre à l'abri sur le parking des appartements de Rossville. Doherty a fait l'objet d'une série de photographies, prises avant et après sa mort par le journaliste français Gilles Peress. Malgré le témoignage du « Soldat F » qui affirmait avoir tiré sur un homme tenant et utilisant un pistolet, John Widgery a reconnu que les photographies montraient que Doherty n'était pas armé, et que les tests médico-légaux pour trouver des résidus de tir sur ses mains se sont révélés négatifs.. Bernard McGuigan (). Tué d'une balle à l'arrière de la tête alors qu'il était allé aider Patrick Joseph Doherty, en agitant un mouchoir blanc pour indiquer aux soldats ses intentions pacifiques.. Hugh Pious Gilmour (). Après l'avoir touché au coude droit, la balle est entrée dans sa poitrine alors qu'il s'éloignait en courant des parachutistes sur . John Widgery a reconnu qu'une photographie prise quelques secondes après que Gilmour a été touché corrobore les dires de témoins affirmant qu'il n'était pas armé, et que les tests de résidus de tir ont été négatifs. Kevin McElhinney (). Abattu par derrière alors qu'il tentait de ramper pour se mettre à l'abri à l'entrée des appartements de Rossville. Deux témoins ont déclaré que McElhinney n'était pas armé. Michael Gerald Kelly (). Touché à l'estomac alors qu'il se tenait près des décombres de la barricade en face des appartements de Rossville. John Widgery a admis que Kelly n'était pas armé. John Pius Young (). Touché en pleine tête alors qu'il se tenait près des décombres de la barricade. Deux témoins ont déclaré qu'Young n'était pas armé. William Noel Nash (). Touché à la poitrine près de la barricade. Des témoins ont déclaré que Nash n'était pas armé et venait en aide à une autre personne touchée quand il a été tué. Michael M. McDaid (). Touché au visage à la barricade, alors qu'il était en train de quitter à pied le lieu où se trouvaient les parachutistes. La trajectoire de la balle a indiqué qu'il pourrait avoir été tué par des soldats placés sur les murs de Londonderry. James Joseph Wray (). Blessé puis abattu à bout portant alors qu'il était couché sur le sol. Les témoins (qui n'ont pas été appelés devant le Tribunal de Widgery) ont déclaré que Wray criait qu'il ne pouvait pas bouger ses jambes avant qu'il soit mortellement touché la deuxième fois. Gerald Donaghy (). Touché à l'estomac tout en essayant de courir pour se mettre à l'abri entre Glenfada Park et Abbey Park. Donaghy a été amené dans une maison voisine par des passants, où il a été examiné par un médecin. Ses poches ont été fouillées afin de l'identifier. Plus tard, la photo du cadavre de Donaghy a montré des bombes à clous dans ses poches. Ni ceux qui fouillèrent ses poches dans la maison, ni l'officier médical de l'armée britannique () qui le déclara mort peu après ne disent avoir vu des bombes. Donaghy avait été un membre de la Fianna Éireann, un mouvement de jeunesse républicain lié à l'Armée républicaine irlandaise. Paddy Ward, un informateur de la police. qui a témoigné lors de l'enquête de Saville, a affirmé qu'il avait donné deux bombes à clous à Donaghy plusieurs heures avant qu'il soit abattu..