L'exploitation cinématographique est le secteur économique qui assure la projection des films auprès du public, dans les salles de cinéma. Il s'agit de l’une des branches de la filière cinématographique avec la production et la distribution de films.

Quelle que soit l’importance des établissements, les salles de cinéma accomplissent bien, sous le vocable d'exploitation, une fonction commerciale. Certains professionnels, notamment dans le secteur de l'art et essai, privilégient une expression originale : montreur de films. qu’ils associent à leur conception du cinéma qui se veut « non commerciale ».

Histoire Premiers films, premières projections 190px|gauche|vignette|Fonctionnement du Théâtre optique en 1892 (gravure de Louis Poyet). Les premières projections animées apparaissent en France le , sur les Grands boulevards parisiens, au sous-sol du Musée Grévin. C’est Émile Reynaud qui présente ses pantomimes lumineuses, les premiers dessin animés de l’histoire, dont Pauvre Pierrot, grâce à son Théâtre optique. . Reynaud, ancien professeur de sciences et inventeur, dessine et peint directement sur une pellicule de de large de son invention, composée de carrés de gélatine protégés par de la gomme-laque et assemblés entre eux pour former une bande continue grâce à des cadres cartonnés (identiques aux cadres de diapositives). Ce dispositif peut être rapproché des procédés qu’on appelle aujourd’hui l’animation sans caméra. Le Théâtre optique permet de projeter ses dessins de personnages en mouvement à un public payant rassemblé devant un écran. La projection est effectuée par l’arrière (rétroprojection) et le public ne voit pas l’appareil de projection. La salle est petite mais Reynaud y accueillera, de 1892 à 1900, plus d’un demi-million de spectateurs. Antoine Lumière, le père des frères Lumière, assiste au printemps 1894 à l’une de ces séances après avoir vu en démonstration sur les mêmes grands boulevards, un kinétoscope Edison. 150px|droite|vignette|Un Kinestoscope Parlor à San Francisco (1894). Dès 1893, aux États-Unis, se multiplient les Kinetoscope Parlors, les ancêtres des salles de cinéma américaines (qui s’ouvrent également en Europe). Les films sont enregistrés sur une pellicule de de large, munie de 4 perforations de chaque côté des photogrammes, enduite sur une face de produit photosensible. C’est en effet l’inventeur du phonographe, Thomas Edison qui a eu l’idée d’exploiter en salle la projection individuelle sur petit écran des films qu’il a produits et qu’a signés le premier réalisateur du cinéma, le Britannique William Kennedy Laurie Dickson. Auparavant, Edison a imaginé un appareil de prise de vues animées, la caméra argentique kinétographe, avec laquelle Dickson a tourné les premiers films du cinéma (c’est Edison qui a adopté ce mot anglais, qui signifie « fine couche », « pellicule », pour désigner les bobineaux enregistrés). Ces films où la vie semble avoir été capturée, vont enflammer la recherche mondiale dans l’espoir de trouver des mécanismes plus performants encore et notamment de leur appliquer une projection sur grand écran, ce à quoi Edison se refuse obstinément, bien que son assistant Dickson ne voit aucune difficulté à mettre au point un tel appareil. Edison va être rattrapé par Louis Lumière, avec l’invention de la caméra Cinématographe qui est dite « réversible » car elle est à la fois appareil de prise de vues et appareil de projection.

La première séance publique du cinématographe Lumière est organisée à ParisPierre-André Hélène, Une légende au cœur de Paris, Hôtel Scribe Paris, . le , dans le salon indien (au sous-sol) du Grand Café, rue des Capucines.

Premières projections numériques Les premières séances publiques de cinéma numérique (sans pellicule argentique) aux États-Unis se déroulent à New York et Los Angeles le Charles S. Swartz (editor), Understanding digital cinema, 2005, .Philippe Loranchet, Le cinéma numérique : la technique derrière la magie, Éditions Dujarric, Paris, 2000, ..

La première séance publique de cinéma numérique d'Europe est réalisée à ParisVoir Philippe Binant, « Au cœur de la projection numérique », Actions, 29, 12-13, Kodak, Paris, 2007., le , par Philippe BinantCahiers du cinéma, n° hors-série, avril 2000, .Claude Forest, « De la pellicule aux pixels : l'anomie des exploitants de salles de cinéma », in Laurent Creton, Kira Kitsopanidou (sous la direction de), Les salles de cinéma : enjeux, défis et perspectives, Armand Colin, Paris, 2013.Déploiement du cinéma numérique.

Parc de cinémas en France

Fin 2025, la France comptait 2 060 établissements actifs, totalisant 6 401 salles.

Ces cinémas comptent de 1 à 27 salles. Les monoécrans (1 salle) représentent 54,1% du parc mais ne réalisent que 9% de la fréquentation. A l'inverse, les multiplexes (8 salles et +) représentent 12,3% des cinémas mais rassemblent 56,8% des entrées.

Le nombre de salles de cinéma en France augmente régulièrement puisqu'il était de 5 647 en 2014.

Leur fréquentation annuelle était régulièrement comprise entre 200 et 215 millions de spectateurs de 2009 à 2019. A la suite de la fermeture des cinémas durant la crise du covid-19, la meilleure année a été 2024 avec 181,6 millions d'entrées.

Principaux exploitants en France

En 2025, les 10 principaux groupes d'exploitation français sont : +CircuitCinémasÉcransEntréesPart de marchéPathé Cinémas7986331 651 96720,2%UGC Cinémas4851018 208 49411,6%CGR Cinémas7371017 802 29011,4%Megarama332645 872 8073,7%Kinepolis181995 505 2113,5%Cinéville241875 416 5773,5%MK211693 237 1082,1%Cinéwest13862 300 8371,5%Grand Écran141092 027 6071,3%Noé Cinémas24851 872 4451,2% Deux groupes importants ont fait l'objet d'un rachat par les leaders du secteur au cours des 10 dernières années : Cap Cinéma, alors n°4, repris en 2017 par CGR Cinémas, et CinéAlpesCircuit de cinémas fondé par Gérard Davoine (décédé le 2 juillet 2011 à l'âge de 81 ans).Site web du périodique Le Film français > Gérard Davoine disparaît (post du 13/07/2011 - 18:46), au classement 2018 des circuits avec 4,45 millions d’entrées, racheté par Pathé Gaumont en www.boxofficepro.fr > article "Pathé Gaumont officialise le rachat de CinéAlpes" par Cécile Desclaux, 28 novembre 2019.

Représentation des cinémas en France

L'organisme qui représente les exploitants en France est la Fédération Nationale des Cinémas Français (FNCF), créée en 1945. Elle fédère une trentaine de syndicats professionnels qui regroupent la quasi-totalité des exploitants de salles de cinéma. La FNCF représente l'ensemble des salles de cinéma vis à vis des pouvoirs publics, en particulier le Ministère de la Culture et le Centre National du Cinéma (CNC). Elle est également chargée du dialogue social au niveau de la branche et est la seule signataire des accords sociaux pour le compte des employeurs, notamment la convention collective.

L’Association française des cinémas d'art et d'essai (AFCAE), reconnue par le Ministère de la Culture depuis 1959, regroupe environ 1000 établissements classés art et essai..

Fréquentation des salles

Il est difficile, pour ne pas dire impossible, d’obtenir les chiffres fiables de la fréquentation des salles de cinéma hors de France. Certains résultats partiels sont cependant disponibles et intéressants. Ainsi, on peut comparer dans les principaux pays de l’Europe, le nombre d’écrans, le nombre d’entrées en millions, et le pourcentage de films originaires du pays concerné, projetés dans ces salles. Ces résultats sont ceux de l’année 2019https://www.cnc.fr/professionnels/etudes-et-rapports/bilans/bilan-2019-du-cnc_1197070, consulté le 12/06/2020.. Compte tenu des problèmes sanitaires liés à la maladie à coronavirus 2019, l’année en cours (2020) devrait être en dehors de toute comparaison.

Pays Nombre d’écrans Densité (écrans pour 100000 hbts) Millions d’entrées % films nationaux France 6114 9,4 213 34,8 % Gde Bretagne 4340 6,5 176,1 13 % Allemagne 4961 6,0 118,6 21,5 % Italie 5205 8,6 104,7 21,6 % Espagne 3700 7,9 103,6 14,9 % Total 24320 Moyenne 7,68 716 ─

En termes de recettes également, la France est en tête des principaux pays européens. C’est le premier marché européen du film. Il faut cependant noter que les films français ont baissé en nombre au sein de ces statistiques européennes : de 78 en 2018 à 73 en 2019 (- 6,6 %), alors que la proportion de films américains a bondi de 88 en 2018 à 116 en 2019 (+ 32,3 %).

Consommation des films Si autrefois les films (et le cinéma en général) étaient identifiés en tant que produits de consommation culturelle indéfectiblement liés aux salles de cinéma, il n’en est plus de même aujourd’hui. Les spectateurs consomment beaucoup plus de films à la télévision (dont les chaînes sont devenues les acteurs majeurs de l’économie de la grande majorité des films), que dans les salles. En France, nous disposons de données financières précises, établies dans les bilans annuels du C.N.C. (Centre national du cinéma et de l'image animée) qui montrent que cette consommation individuelle ou familiale de films est pratiquement 5 fois plus importante que le visionnement en salle. Ce tableau compare les dépenses des ménages en ce qui concerne le spectacle cinématographique (visionnement de films) :

Année Dépenses salles en Millions € Dépenses télévision & vidéo en Millions € Rapport dépenses salle / dépenses télévision & vidéo 2014 1333 6844 5,13 2015 1331 6684 5,02 2016 1387 6529 4,71 2017 1380 6542 4,74 2018 1337 6727 5,03 2019 1447 6933 4,79Total sur 6 ans 8.215 40259 4,90

Répartition des recettes

Sur un ticket vendu, l'exploitant reverse deux taxes : la TVA (5,5 %) et la TSA (10,72 %), collectée par le CNC. La recette restante, qui représente 83,98 % du prix de chaque billet, est appelée la Base Film..

Cette Base Film sert d'assiette à la rémunération du distributeur du film, selon un taux de location qui est généralement de 50 %. Toutefois, ce taux diminue fréquemment au fur et à mesure de l'exploitation des films, selon des négociations menées chaque semaine. Le cinéma verse également une contribution de 1,515 % de la Base Film à la SACEM, dont 1,21 % pour le compte du distributeur.

Cartes illimitées

Au printemps de l’année 2000, le groupe UGC a mis en place une carte illimitée permettant aux bénéficiaires de celle-ci, de se rendre autant de fois qu’ils le souhaitent au cinéma, moyennant le paiement d’une somme annuelle (environ ). Le régime de cette carte est encadré par la Loi du ; plus précisément, l’article 97 de cette même loi soumet les exploitants à une autorisation préalable du CNC. À la suite de la création de cette carte, des exploitants indépendants ainsi que des professionnels ont saisi le Conseil de la Concurrence afin de dénoncer l’effet anticoncurrentiel de cette carte. En effet, ils considèrent que les prix de la carte sont abusivement bas violant ainsi l’article L 420-5 du Code de Commerce, et qu’ils entraînent une éviction des principaux concurrents sur le marché. Ils ont été déboutés de leur demande, et ce pour plusieurs raisons. Tout d’abord, la création de cette carte par UGC n’empêche pas ses concurrents de l’adopter également ; ainsi, dès le mois d’août de l’année 2000, GAUMONT a proposé aussi la carte illimitée. Aussi, UGC avait pris le soin de respecter les règles qui seront plus tard énoncées dans la Loi de 2001. De plus, d’après une étude, les adhérents de la carte illimitée vont en moyenne 46 fois par an au cinéma. Ainsi, le prix de la place de cinéma s’élève à ; d’après le Conseil de la Concurrence, tant que ce prix dépasse les (coûts variables), on ne peut pas considérer que le prix est abusivement bas. Enfin, et contrairement aux idées reçues, la carte illimitée ne menace pas le métier d’exploitant des salles de cinéma. En effet, depuis l’institution de cette carte, le nombre d’entrées vendues a augmenté, ce qui ne peut qu’être positif pour les exploitants.

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