Paul Georges Dieulafoy, né le à Toulouse et décédé le à Paris, est un médecin français, titulaire de la chaire de pathologie interne à la faculté de médecine de Paris, président de l'Académie nationale de médecine. Il est connu pour ses travaux en pathologie digestive et en particulier sur la sémiologie de l’appendicite.

Biographie Paul Georges Dieulafoy est né à Toulouse, fils de Joseph Marie Armand Jules Dieulafoy qui était négociant et de Thérèse Eugénie Dammien. Il a un frère cadet, Marcel Dieulafoy qui est un archéologue réputé.

Il commence ses études à l'école de médecine de Toulouse où il est l’interne de son oncle, Paul Dieulafoy, professeur de clinique chirurgicale. C’est son exemple qui pousse le jeune Georges à s’engager dans la carrière médicale. De ce début en chirurgie, il garde un souvenir mitigé : « J’aurai été chirurgien, disait-il plus tard, si l’antisepsie avait alors existé ». Il supporte mal l’effroyable mortalité post-opératoire et se tourne vers la médecine interne.

Arrivé à Paris en 1863, avec une lettre de recommandations pour Armand Trousseau dont il connaît les CliniquesArmand Trousseau, Clinique médicale de l'Hôtel-Dieu de Paris, J.-B. Baillière et fils (Paris), 1868, de l'Hôtel-Dieu (Hôtel-Dieu de Paris). Il suit chaque jour les visites du maître, dont il devint l’externe au concours de 1864. C’est dans ce service qu’il se lie d’amitié avec Maurice Krishaber (1836-1883)Ce chirurgien, qui s’était spécialisé en oto-rhino-laryngologie, a laissé son nom à une canule de trachéotomie. qui devint son ami intime et son collaborateur. L’année suivante, le , Dieulafoy est nommé interne, avec la place de major devant Raphaël Lépine (1840-1919)Raphaël Lépine était agrégé de médecine, médecin des hôpitaux de Paris et devint professeur à la faculté de médecine de Lyon.. Il suit son internat chez Alfred Velpeau, puis chez Sigismond Jaccoud à l’hôpital Saint-Antoine et enfin chez Pierre Charles Édouard PotainMédecin des hôpitaux, professeur de pathologie médicale et de clinique médicale, il est membre de l'Académie de médecine. Il est reconnu pour ses études sur la mesure de la pression artérielle. à l’hôpital de la Charité. Médaille d’Or, il a la possibilité de faire deux années d’internat supplémentaires.

Le , il soutient sa thèse dont le sujet attire d'emblée l'attention, par la sagacité de son observation et le caractère saisissant de son exposé. Cette maladie est particulièrement fréquente, avant le captage des eaux de la Vanne et la construction du réservoir de Montsouris.

À cette époque de sa vie, Georges Dieulafoy fréquente les salons parisiens. Il est élégant, svelte, entretient sa forme physique dans les gymnases et les salles d’armes et sa compagnie était appréciée. Il a l’occasion d’être invité aux réceptions de l'Impératrice Eugénie qu’il accompagne à l’inauguration du Canal de Suez. Il en profite pour visiter l'Égypte. Pendant la Guerre franco-prussienne de 1870, il suit, comme médecin, un bataillon de marche aux combats de Buzenval puis du Bourget avant d’être affecté à une ambulance installée dans l’église de la Sainte-Trinité. Après la période de la Commune de Paris, le calme revenu, Dieulafoy peut utiliser son droit à deux années supplémentaires d’internat.

En 1872, il épouse sa cousine, , chez les parents de laquelle il est hébergé depuis son arrivée à Paris. Le jeune couple s’installe rue Caumartin et les années qui suivent sont consacrées au travail et en particulier la préparation du concours d’agrégation. Après un premier échec en 1872, il est reçu en 1875 professeur agrégé puis l’année suivante médecin des hôpitaux.

Nommé tout d’abord chef de service à l’hôpital Tenon en 1879, il passe en 1879 à Saint-Antoine et en 1886 à l’hôpital Necker. En 1887, il succède à Alfred Hardy, atteint par la limite d’âge, comme professeur de pathologie interne. En 1896, Dieulafoy est choisi pour succéder à Germain Sée (1818-1896), qui, âgé de 78 ans, quittait la chaire de clinique médicale de l’Hôtel-Dieu. Malgré son souhait de voir transférer la chaire à Necker, il accepte ce poste prestigieux qu’avait occupé Armand Trousseau. vignette|Trousseau, Martineau, Dieulafoy et Vergely - Hôtel Dieu de Paris (année 1865), : Les Biographies médicales. Notes pour servir à l'histoire de la médecine et des grands médecins, J.-B. Baillière (Paris) , [s.d.].

Il obtient tout d’abord que d’importants travaux de rénovation soient entrepris afin d’augmenter le nombre de places de l’amphithéâtre où s’entassait, chaque semaine, un nombre de plus en plus grand d’étudiants ou de médecins confirmés. Puis il demande que cette salle obtint le nom de Trousseau et il fait placer un buste de son maître, face au public. Ces leçons magistrales avaient lieu le samedi de dix heures trente à onze heures trente et parfois midi. Le mercredi est consacré à une présentation de malades par l’un des chefs de clinique et Dieulafoy en fait la critique et donnait ses propres conclusions. Les lundi, mardi, jeudi et vendredi a lieu une visite approfondie du service d’hospitalisation qui compte cinquante lits d'hommes et trente de femmes. Ces visites sont suivies par une assistance considérable et l’enseignement a lieu au lit du malade. Chaque matin, vers neuf heures trente, le coupé attelé de deux chevaux entrait dans la cour de l'Hôtel-Dieu et l’arrivée du « patron » était annoncée par une cloche et tous les membres de l’équipe médicale rejoignaient son bureau, où étaient rapidement exposés les événements de la nuit.

Cette époque est l’apogée de son activité et de sa renommée. Il avait quitté la rue de Caumartin pour un bel hôtel particulier qu’il avait fait construire au 38 de l'avenue Montaigne, dans le quartier des Champs-Élysées. La décoration en est particulièrement riche avec de nombreux marbres et bronzes dans le hall d'entrée, alors que les salons sont notamment ornés d’œuvres de Jean-François Millet, Eugène Delacroix ou Jean-Baptiste Corot.

Il mène une vie réglée. Tous les matins, à huit heures, un coupé blanc qui le conduit d’abord, rue de Ponthieu, où réside sa mère qui s’était installée à Paris après le décès de son mari (pour se rapprocher de ses deux fils, Georges et Marcel). Après ce moment de visite filiale, il se rend chez un ou deux fidèles clients avant d’arriver à l’hôpital vers neuf heures trente. L’après-midi est réservé aux consultations qui sont données au premier étage de l’hôtel de la rue Montaigne (actuelle rue Jean-Mermoz). Sa clientèle est essentiellement recrutée dans la noblesse, le haut commerce et la haute bourgeoisie.

Très rarement l'hôtel particulier s'ouvre pour des réceptions ou des dîners« Les fêtes médicales. « Le banquet du », Gazette médicale de Paris, 1899, série 11, , , Texte intégral.« Le banquet de l'internat de Paris », Gazette médicale de Paris, 1899, série 11, , Texte intégral. à l’occasion de congrès ou de passages à Paris de personnalités médicales de province ou de l’étranger. Tous les ans, il prend plaisir à réunir à sa table tous ses anciens internes et leurs épouses. Sans enfant, Dieulafoy est profondément attaché à ses élèves. Il a une grande satisfaction de suivre leur ascension tels, parmi les chirurgiens, Georges MarionGeorges Marion (1869-1960) : chirurgien des hôpitaux de Paris (1900), professeur de pathologie chirurgicale (1932), de clinique urologique (1933) de la faculté de médecine. ou parmi les médecins des hôpitaux, Charles Gandy, Eugène ApertEugène Apert (1868-1940) est médecin des hôpitaux de Paris, spécialiste de la maladie de Lobstein, des affections endocriniennes, du virilisme surrénal ou hirsutisme surrénal (syndrome d'Apert et Cushing). ou Maurice LoeperMaurice Loeper (1875-1961), médecin des hôpitaux de Paris (1909), professeur à la faculté de médecine de Paris (1927) et membre de l'Académie nationale de médecine (1933).Maurice Loeper notice bio-bibliographique dans le site de la Biu Santé..

Il est contraint de quitter l'Hôtel-Dieu a l’âge de soixante dix ans, en 1909C’est l’un de ses élèves, Fernand Widal, qui lui succède Article en ligne. Mais il poursuivit son activité médicale et son enseignement au dispensaire Léon-Bourgeois qui vient d’ouvrir à l’hôpital Laennec et dont il prit la direction médicale. Élu à l'Académie nationale de médecine en 1890, Dieulafoy en devient le président en 1910Dieulafoy (Paul Georges) dans le site de la Bibliothèque de l’Académie de médecine..

C’est à partir de cette année-là que sa santé décline peu à peu et un incident plus grave l’immobilise fin . Il succombe le en son domicile dans le . Ses obsèques sont célébrées le samedi , en l'église Saint-Pierre-de-Chaillot, au milieu d'une foule considérable. Armand Fallières, président de la République, et Théodore Steeg, ministre de l'Instruction publique, se font représenter à la cérémonie. Il est inhumé au cimetière de Montmartre. Un hommage lui est rendu à l’Académie de médecine, en octobre.

Georges Dieulafoy acquiert une célébrité nationale et internationale par les nombreuses traductions (en anglais, en allemand et en espagnol) de ses traités médicaux. L'écrivain français Marcel Proust en parle en termes élogieux dans son œuvre À la recherche du temps perdu (notamment dans la partie intitulée Le Côté de Guermantes) dans le site lefoudeproust.fr.. À l'occasion de la maladie et du déclin de la grand-mère du narrateur, on peut lire :

Paul Georges Delafoy est inhumé le au cimetière de Montmartre (division 25)Cimetière de Montmartre-Registre annuel : Comberousse-Duclozet (1905-1911),

Hommage La rue Dieulafoy dans le arrondissement de Paris, ouverte en 1912 au voisinage de l’hôpital de la Croix-Rouge (aujourd'hui hôpital privé des Peupliers), porte son nom en son hommage.

Travaux scientifiques vignette|Plaque commémorative à l'Hôtel-Dieu de Paris.

C’est tout d’abord, en 1869, qu’il perfectionne la technique de la thoracentèse utilisée par Trousseau dans le traitement des pleurésies en mettant au point un aspirateur qui permettant de réaliser des ponctions évacuatrices, le « vide à la main ». Cet ingénieux appareil est détrôné par l’aspirateur de Potain qui permet une évacuation plus continueDès 1843, A. Trousseau pratiquait l’évacuation des épanchements pleuraux en poussant dans la plèvre un trocart muni d’une baudruche pour éviter la rentrée de l’air, le liquide était évacué à chaque mouvement respiratoire. Dieulafoy eut l’idée de relier le trocart au corps d’une seringue où un piston pouvait faire le vide et permettait ensuite d’évacuer le liquide en ouvrant le robinet d’expulsion : Aspirateur de Dieulafoy.. En 1872 il publie: « Diagnostic et traitement des épanchements aigus et chroniques de la plèvre par aspiration » et en 1873, un Traité de l’aspiration des liquides morbides. C'est dans l'exercice d'une telle ponction qu'il est représenté en 1908 par le caricaturiste Hector Moloch.

Dieulafoy a surtout laissé un Manuel de Pathologie interne qui, pendant trente ans, a été le vademecum de nombreuses générations d’étudiants. Publié initialement en 1880, ce manuel connaît, jusqu’en 1911, seize éditions de mises à jour et il fut pendant longtemps le résumé des connaissances de l’époque. Ce traité de pathologie aborde toutes les affections connues et l’on doit à Dieulafoy de nombreuses avancées. Par exemple, l’analyse clinique des symptômes du « mal de Bright » (insuffisance rénale chronique) est donnée dans le détail, alors que le dosage de l’urée dans le sang n’était pas d’actualité. Il fait la a distinction entre hématémèse et gastrorragie que l’on voit dans l’exulcération simple de l’estomac, connue aujourd’hui sous le nom d'ulcère de Dieulafoy.