thumb|Jean II adoubant des chevaliers, enluminure des , BnF. La féodalité est un système politique, ayant notamment existé en Occident chrétien entre les , dans lequel l'autorité centrale s'associe avec les seigneurs locaux et ceux-ci avec leur population, selon un système complet d'obligations et de services reposant sur le droit féodal.

En France, certains aspects de la féodalité se maintiennent jusqu'à l'abolition des privilèges, la nuit du 4 août 1789, durant la Révolution française.

Étymologie Le terme « féodalité » est issu du latin médiévalOn ne trouve pas le mot dans le dictionnaire latin-français Gaffiot, mais on le trouve dans Du Cange, Glossarium mediae et infimae latinitatis. , , apparenté au vieux haut allemand fehu, et au gotique faihu, Centre national de ressources textuelles et lexicales.. Le mot « féodalité » est un mot savant et tardif employé au , dérivé du mot « fief » par l’intermédiaire de l’adjectif « féodal » ; « fief » et « féodal » sont beaucoup plus anciens : sous leur forme latine — la seule usitée à l’origine —, « fief », en latin fevum, remonte au , mais ne s’est guère répandu qu’au , tandis que « féodal », en latin feodalis, date du Jean-François Lemarignier, La France médiévale. Institutions et société, Armand Colin, 2005, 100..

Définition : une ou plusieurs féodalités ? Plusieurs définitions peuvent être proposées au terme de féodalité.

D'après Claude Gauvard, la féodalité désigne l'ensemble des institutions qui régissent les rapports entre le seigneur et son vassal, à la fois le lien personnel au seigneur (la vassalité) et le lien réel qui constitue le fief.

La féodalité peut être conçue comme un système politique caractérisé par de forts liens de dépendance d'homme à homme, avec une forte hiérarchisation d'instances autonomes, l'autorité centrale, le pouvoir souverain, la puissance publique étant partagés dans les faits avec des principautés ou des seigneuries, et un important morcellement du droit de propriété s'appuyant sur la détention de fiefs. La féodalité peut aussi être définie comme un ensemble d'institutions et de relations concernant toute la société dite féodaleChristian Lauranson-Rosaz, « Le débat sur la mutation féodale », dans Scienza & Politica, 26. 2002, Bologne, ., créant et régissant des obligations et des services — principalement militaires — de la part d'un homme libre, dit « vassal », ayant le plus souvent pour effet la concession par le seigneur au vassal d'un bien, dit « fief ».

Le sens de « féodalité » utilisé au dépend du contexte chronologique et spatial : il renvoie en réalité au système de gestion diluée de la puissance publique, la potestas en latin, en Occident entre la fin du . L'État et l'autorité publique, issus du monde gréco-romain, restaurés sous l'empire carolingien, se disloquent. Les anciens agents de l'Empire responsables des prérogatives régaliennes se les approprient et affirment leur autonomie à partir de l'affaiblissement de la lignée carolingienne à la fin du .

Historiographie du paradigme de la société féodale

Cette société féodale serait, d'après certains historiens comme Pierre Bonnassie ou Jean-Pierre Poly, le résultat de la disparition de l'autorité publique autour du , due à une crise sociopolitique, la mutation féodaleLes chefs de file de l'école dite « mutationniste » sont Pierre Bonnassie et Jean-Pierre Poly. Voir Pierre Bonnassie, La Catalogne du milieu du à la fin du . Croissance et mutation d'une société, Toulouse, 2 vol., 1975-1976 ; Jean-Pierre Poly, La Provence et la société féodale, 879-1166. Contribution à l'étude des structures féodales dans le Midi, Paris, 1976 ; Jean-Pierre Poly et Éric Bournazel, La mutation féodale, s, Paris, PUF, 1980 [Nouvelle Clio, ]. ; mais plus récemment, d'autres chercheurs comme Dominique Barthélemy, ne distinguent pas de changement majeur entre les temps carolingiens et le Pour cette ligne anti-mutationniste, voir Dominique Barthélemy, « La mutation féodale a-t-elle eu lieu ? », Annales ESC, t. 47, mai-juin 1992, ; La société dans le comté de Vendôme de l'an mil au , Fayard, 1993 ; L'an Mil et la Paix de Dieu. La France chrétienne et féodale (980-1060), Paris, 1999.. Selon Pierre Riché, la limite de l'an mille ne se justifie que du point de vue symbolique, et non sur la base d'une réelle rupture historique.. Quelques auteurs vont jusqu'à nier la notion même de féodalitéD'après Elizabeth Brown, la féodalité est seulement une construction théorique. Voir Elizabeth Brown, « The Tyranny of a Construct : Feudalism and Historians of Medieval Europe », American Historical Review, vol. 79, 1974, .. Georges Duby, qui se dit plus spontanément historien du féodalisme qu'historien du Moyen Âge, développe dans son ouvrage Les Trois Ordres ou l'imaginaire du féodalisme la notion de révolution féodale, concept issu de la thèse de la « mutation de l’an mil » ou de la « mutation féodale ».

Au , l'Occident connaît de nouvelles invasions : Vikings, Hongrois, Sarrasins. Ainsi grâce à leurs navires bien adaptés, les Vikings, venus de Scandinavie (Nord de l'Europe, d'où « Normands »), parviennent à remonter les cours d'eau et à piller l'Occident. La défense du pays est exercée par les représentants du roi dans une circonscription (comtes), car le roi n'a pas d'armée suffisante pour surveiller les estuaires et les fleuves. Avec les dignitaires ecclésiastiques, en se substituant localement au roi et en exerçant les mêmes droits que lui dans leurs seigneuries, ils dominent leurs populations.

Principes

Du reste, le même seigneur peut être suzerain pour certains fiefs (ceux qu'il a conférés) et vassal pour d'autres (ceux qu'il a reçus). Ainsi Sigismond, roi des Burgondes, écrit-il en 518 à l'empereur romain Justin, installé à Constantinople, pour rappeler les liens de dépendance personnelle que ces deux personnes entretiennent l'une envers l'autre : Sigismond n'est que le délégué de l'empereur sur un certain nombre de comtés, et il n'est son délégué que parce qu'il lui a rendu hommage ; ce lien entre vassalité et service public perdure jusqu'au K.F. Werner, Naissance de la Noblesse, ..

Origines du système féodal

Système vassalique Les Pépinides héritent du système de relations personnelles germaniques, de la clientèle de la noblesse mérovingienne. Rapidement, pour être en mesure de rémunérer les fidélités, les maires du palais pratiquent le procédé du « chasement » : un vassal est doté d'un bénéfice, souvent les revenus d'un domaine, communément ecclésiastique, et doit subvenir à ses besoins, les siens et ceux de sa petite suite, sur ce domaine. En général, lorsqu'il s'agit d'un domaine ecclésiastique, le guerrier est placé sous la dépendance de l'abbé, mais cette fiction est permise par la mise en place de la précaire : l'abbé confie le domaine au maire du palais pippinide, qui le rétrocède en précaire (precaria en latin) aux fidèles.

La vacance du trône mérovingien entre 737 et 743 est tellement émaillée de révoltes que les fils de Charles Martel éprouvent en 743 le besoin de tirer d'un monastère un rejeton mérovingien, installé sur le trône, mais sans pouvoir réel.

Système vassalique carolingien, moyen de gestion de l'État C'est naturellement que les Carolingiens reprennent à leur compte le système mis en place par leur ancêtre Charles Martel, mais l'appliquent à la gestion territoriale de l'État franc.

Bénéfice, rémunération d'un office public La dynastie carolingienne s'appuie sur le système vassalique pour réorganiser l'État. Charlemagne réorganise les royaumes en vastes ensembles territoriaux, placés sous la tutelle des missi dominici (« envoyés du maître ») qui gèrent une circonscription territoriale, le missaticum, constituée de plusieurs comtés, placés chacun d'entre eux sous la férule d'un fonctionnaire public, le comte, rémunéré par la remise temporaire de terres et/ou de revenus publics, le bénéfice, qui constitue sa rémunération.

Le comte est régulièrement contrôlé par le roi, qui délègue sur place des missi dominici, deux en général, un évêque et un comte de son entourage, chargés de contrôler sa gestion et de s'assurer que la part du roi est régulièrement versée.

Fonctionnement du système Durant le règne de Charlemagne et une partie de celui de son fils, le système fonctionne bien, sans révolte nobiliaire grave, mais ce système s'appuyait sur l'existence de butin, prélevé lors de campagnes militaires victorieuses. La disparition du butin, liée à la fin des guerres d'expansion, est donc l'une des causes principales de la fragilisation du système. Le butin permet en effet au roi de récompenser les fidélités sans pour autant aliéner ses biens propres et les fiscs royaux. Au cours du règne de Louis le Pieux, l'essor territorial ne prend plus la forme de campagnes militaires victorieuses, mais de lents efforts de grignotage de terres à l'Est et en Espagne. La part due au roi du versement des amendes et les nominations sont contrôlées par le roi jusque dans les années 830, dans tout l'empire, et dans certaines contrées jusque dans les années 870. Les missi dominici assurent leurs fonctions au service du roi, mais la restriction de l'horizon territorial finit aussi par les toucher dans les années 865

Dérèglement du système sous le règne de Louis le Pieux À partir des années 830, l'empire franc s'enfonce dans les guerres civiles autour de la succession de Louis le Pieux, avec, d'une part, l'empereur Louis appuyé sur le clan Welf de son épouse Judith, qui soutient son fils Charles le Chauve, et, d'autre part, les deux fils, Louis et Lothaire. Les grands du royaume profitent des dissensions familiales pour augmenter leurs revenus, leurs immunités, les terres publiques qu'ils contrôlent déjà… Ils dessinent ainsi les configurations mouvantes des années 830, se rapprochant des fils ou du père, selon leurs intérêts ; pendant cette période, chacune des parties, les fils aînés de Louis, d'une part, et Louis, de l'autre, mènent une lutte d'influence pour le soutien de la noblesse, chacun débauchant les fidèles de l'autre en promettant et en donnant beaucoup : des domaines, des abbayes, des charges lucratives. Cependant, à aucun moment, la fiction du contrôle de ces bénéfices par le roi n'est remise en cause : la potestas (pouvoir de juger) se parcellise, mais ne disparaît pas

Charles le Chauve et le système : un louvoiement perpétuel À peine entré en possession de sa part d'héritage, Charles le Chauve définit en 843, par le capitulaire de Coulaines, les termes du contrat qui le lie à son aristocratie, dont une partie a été déracinée, selon les clauses du traité de Verdun : aux uns, « la jouissance paisible de leur fonction » ; à l'autre, « aide et conseil ». Cette formation (« fonction ») indique que Charles le Chauve s'appuie sur une noblesse de fonctionnaires (entendu, qui exerce des fonctions au sein de l'État), de plus en plus territorialisée et de moins en moins amovible. En outre, si le roi dispose d'un pouvoir de contrôle, mais aussi de nomination aux grands commandements, les nominations, de fait, sont validées par les grands de son royaume. Le roi contrôle directement un certain nombre de domaines, de monastères et de revenus et dispose donc encore d'une certaine marge de manœuvre face à son aristocratie ; en outre, il s'appuie sur le clergé, dont Hincmar, archevêque de Reims, théoricien et garant du système mis en place durant son règne. Charles le Chauve dispose encore de pouvoirs réels, mais, au fil de son règne, ses moyens s'amenuisent et c'est par une intense activité qu'il parvient à les maintenir, et sur certains points à les abonder, appuyé sur un clergé fidèle, groupé autour d'Hincmar de Reims.

Roi, arbitre du système et garant de son équilibre