Gustave van de Woestyne, né à Gand le et mort à Uccle le , est un peintre, dessinateur et illustrateur belge, membre du premier groupe de l'école de Laethem-Saint-Martin. Il ne resta pas insensible au modernisme et l'artiste incorpora progressivement des éléments de style expressionniste et post-cubiste dans son œuvre. Il est l'un des représentants les plus originaux de l'art moderne en Belgique. En tant que symboliste et admirateur de l'art médiéval, mais aussi en tant qu'être humain des mouvements modernistes tels que l'expressionnisme et le néoréalisme, il a créé une œuvre qui n'a laissé personne indifférent à son époque. Son travail est surprenant et parfois déconcertant en raison de la vision originale, des solutions audacieuses et de la tension qui se cache souvent sous le design classique..

Biographie Portrait Le père de Gustave Van de Woestyne, industriel gantois, meurt en 1890. Dans ses jeunes années, Gustave Van de Woestyne se montre insouciant, capricieux, affable, rétif à toute discipline. C'est un doux qui a des gestes obliques, des perplexités et des timidités de séminariste. Il suit les cours de l'Athénée de Gand et, dès ses quatorze ans, fréquente durant quatre ans certains cours de l'Académie de Gand auprès de Jean Delvin et Jules Evariste van Biesbroeck. Le développement de son talent plastique va de pair avec sa formation musicale, qu'il reçoit de l'organiste J. Verhasselt. gauche|vignette|229px|Les Deux Printemps, 1910, Musée royal des Beaux-Arts d'Anvers.

Durant cette période, il entre en contact avec Albert Servaes (1883-1966), Alphonse Dessenis (1874-1952) et Jules De Praetere (1879-1947). Il découvre l'œuvre de George Minne (1866-1941), et celle Paul Cézanne (1839-1906) et de Vincent van Gogh (1853-1890) à l'occasion des expositions organisées par La Libre Esthétique à Bruxelles.

Cet étonné de tout, ce perpétuel distrait, dont le visage à force de rêverie a pris un air boudeur, a le regard à demi caché sous l'arcade sourcilière, une bouche au dessin hésitant, un menton dont les lignes légèrement fuyantes dénotent plutôt la faiblesse que la décision. Sa chevelure est caractéristique : aplatis sur le haut du crâne, ses cheveux se rassemblent en masse compacte et bouclée dans la nuque.

Sa mise toujours recherchée et rare suit les caprices de la mode. Sa façon de parler en aparté et de rentrer en lui-même lui donne des allures de cénobite, sa façon de fixer les choses et de sonder les êtres, des allures d'hypnotiseur.

Laethem-Saint-Martin vignette|Angèle, 1913, Collection privée

À l'âge de 17 ans, il relève de maladie et doit aller en convalescence à la campagne. Sa mère prend l'initiative de l'installer avec son frère Karel à Laethem. Son frère Karel raconte : . Le charme du village agissant, le séjour des deux frères, qui n'était prévu que pour quelques mois, se prolonge. Aux diverses raisons de convenance personnelle qui attirent les artistes vers les bois et les vergers de Laethem s'en ajoute une autre, très prosaïque celle-là : l'exceptionnel bon marché de la vie en ce village perdu, vivant quasi de ses propres ressources.

Lui-même considère son séjour à Laethem comme le point de départ de sa carrière de peintre. Quelques jours avant de s'y installer, il détruit l'ensemble de ses travaux exécutés à l'Académie de Gand. De 1899 à 1909 il exécute une série de toiles qui met à l'épreuve sa vocation d'artiste, et connaît une période de grande exaltation mystique.

En 1902, il devient membre de Open Wegen, cercle artistique fondé par son frère Karel qui organise des conférences et des concerts. La même année, l'exposition consacrée aux primitifs flamands à BrugesLes primitifs flamands à Bruges l'impressionne vivement.

Il visite Paris en 1903 en compagnie d'Émile Verhaeren, et après le mariage de son frère en 1904, il réside quelque temps à Louvain avec Valerius De Saedeleer.

Il envisage de se faire moine en 1905De 1905 à 1908, il soignera occasionnellement des malades à Louvain., et entre comme novice à l'abbaye bénédictine du Mont-César à Louvain. Après un séjour de trois mois, il revient à Laethem, désormais convaincu de sa vocation artistique plutôt que monacale. Il y peint dans un style hiératique le Portrait du curé van WambekeLe curé du village, l'abbé van Wambeke de Portemont, est un homme éminemment sympathique, d'esprit cultivé et ouvert. Il ouvre aux artistes son presbytère et son jardin aux splendides arbres fruitiers et met à leur disposition sa bibliothèque aussi bien que sa cave.. Dessenis peint le Portrait de Gustave van de Woestijne.

Louvain, Etterbeck et Tiegem Il épouse Prudence De Schepper en 1908 et quitte Laethem pour Louvain en 1909.

De Louvain où il passe (1909-1912) des années fécondes et agréables entouré d'amis professeurs d'université et autresIl s'y lie d'amitié avec Alfred Delaunois, peintre de moines et d'intérieurs de couvent., il se rend, après un court séjour à Bruxelles, au village de TiegemNon loin du Lijsternest de Stijn Streuvels dont il a illustré en 1908 la réédition de Reinaert De Vos. où il retrouve son ami Saedeleer. Son fils Maxime naît en 1911.

vignette|Le mangeur de porridge , 1911, Collection privée En 1912, il réside à Etterbeek et en 1913 il s'établit à Tiegem où travaille déjà Saedeleer.

Voyages et exil Il part à Florence au printemps 1914, en compagnie de Valerius de Saedeleer, mais la guerre fait de lui et de sa famille des réfugiés au Pays de Galles de 1914 à 1919. Il y peint des œuvres de caractère allégorique, dont L'Infirme qui apprend à marcher à un petit enfant

De retour en Belgique en 1919, il s'installe à Waregem et exécute, à l'entrée de sa maison, une fresque intitulée Donner l'hospitalité à l'étranger. Il y habite en 1921 la villa Het rozenhuis.

Il expose à la Galerie le Centaure à Bruxelles en 1924, et part pour Vienne, puis visite Florence et Venise au printemps 1925.

La Reconnaissance officielle A son retour il quitte Waregem pour Malines où il est appelé en qualité de directeur de l'Académie royale des beaux-arts et de l'École industrielle de cette ville. Il emmène en 1927, ses étudiants en voyage à Florence pour y étudier la technique de la fresque. Conjointement, il est nommé professeur à l'Institut national de la Cambre à Bruxelles, fonctions qu'il remplira pendant trois ans. Un an plus tard il est nommé professeur à l'Institut supérieur des beaux-arts d'Anvers ; il le restera jusqu'en 1947.

À Bruxelles se fonde le cercle Les IX dont il fera partie Neuf artistes flamands en faisaient partie : Gustave van de Woestijne, Frits Van den Berghe, Hippolyte Daeye, Jespers, Willem Paerels, Constant Permeke, Ramah, Gustave De Smet et Edgard Tytgat.

En 1930, au Palais des beaux-arts de Bruxelles une vaste exposition rétrospective intitulée Les tapis de Saedeleer réunit des tapis des Flandres réalisés au point noué, notamment d'après des cartons de Gustave van de Woestijne

Il fait partie des peintres et écrivains les plus célèbres de Flandre qui accueille la reine Élisabeth de Belgique en 1931 dans la région de la Lys.

En 1934, il expose à la galerie Janus d'Anvers, et participe à la fondation de l'association Les Compagnons de l'Art groupant des artistes de tendances diversesUne première et vaste exposition du groupement Les compagnons de l'Art a lieu au Palais des beaux-arts de Bruxelles en 1938 : l'œuvre de chacun des principaux artistes de Laethem y est largement représentée.. Il figure parmi les artistes de Laethem présents à l'exposition intitulée L'art flamand dans la région de la Lys oranisée par la ville de Deinze.

Il abandonne ses fonctions de directeur de l'Académie de Malines en 1939, et s'installe à Bruxelles, où il compose Le Christ dans le désert, mais sa production perd peu à peu de sa régularité comme de son ampleur.

En 1941, il expose à la galerie Apollo de Bruxelles .

Son œuvre

L'influence des préraphaélites et des symbolistes est perceptible dans ses premières œuvres. Son évolution spirituelle et le choix de ses sujets sont peu influencés par les endroits où il passe. À partir de dix-sept ans, alors qu'il réside déjà à Laethem, il se laisse inspirer par les peintres brabançons, brugeois et gantois des En compagnie de son frère, il fait de nombreuses visites à la fameuse exposition brugeoise de 1902 consacrée aux primitifs flamands, qui ont fortement influencé son style. L'influence des maîtres anciens se voit surtout dans ses nombreux portraits. Les tableaux religieux, souvent situés dans la région rurale de la Lys, sont probablement imités de Pieter Brueghel l'Ancien..

Son frère Karel propose de traiter son œuvre par tranches : ce sont le groupe paysan, le groupe religieux et le groupe des expériences personnelles ; dans ce dernier il range surtout les portraits. Inventif, Gustave van de Woestijne suggère à ses camarades des méthodes picturales délaissées, défend des points de vue inattendus mais féconds, met Albert Servaes sur la voie de l'expressionnisme, oriente Valerius de Saedeleer dans son travail synthétique, contribue à donner à l'art de George Minne sa tournure religieuse. Lui-même a une très étrange façon de travailler : alors que sur le reste de la toile rien n'est encore ébauché, il y dessine et peint un détail (généralement un œil) qu'il achève avec la dernière minutie. C'est à partir de ce point central fignolé à l'extrême que l'œuvre se parachève, en quelque sorte par rayonnement.

vignette|<center>L'Aveugle, 1910Musée royal des Beaux-Arts d'Anvers À leur manière il peint quelques portraits qui donnent le ton à une bonne partie de ceux qu'il exécutera plus tard. C'est l'époque du Portrait de Madame Minne, Saint Dominique recevant le rosaire des mains de la Vierge Marie (1900) Tableau d'autel qu'il offrira en 1905 à l'église de Laethem., du Saint Jean-Baptiste, Deeske (1901), du Portrait d'un adolescent, du Portrait de l'abbé Van Wambeke (1905). À Laethem, comme plus tard à Louvain et Tiegem, tel un somnambule à demi décroché du réel, il longe en pensées les berges d'une Lys de rêve, passe devant les fermes à volets verts, toit de chaume et façade d'une blancheur immaculée. Il voit circuler des fées, des Vierges et des anges de son éden. Il entre dans des jardins de légende où vivent des arbres aux branches contorsionnées. Soudain il se trouve face à face avec un visage de paysan, muet et ridé comme celui d'une momie. C'est tour à tour Quelqu'un s'en est allé, Fumée d'opium, Le Jardin au paon, La Cour de sainte Agnès, Le Bêcheur, L'Aveugle, Tête de vieux paysan, Tête d'homme, les paysans Kerkhove et Deeske. La vie quotidienne est peuplée de personnages impalpables telle cette Vierge qui surgit à l'avant-plan de Dimanche après-midi. Une brume légère s'élève et rend les tons laiteux. Dans les forêts lunaires, des branches d'arbres pareilles à des bras crispés cherchent à s'étirer, un soleil de minuit se mire dans une eau glauque, des falaises crayeuses se dressent comme des murs, des oiseaux au vol lourd apportent des présages, et c'est Hora alba, Le Printemps, L'Éternel reflet.

vignette|<center>En revenant des champs, 1911Collection privée Portrait de Prudence De Schepper, l’épouse de l’artiste, 1910, huile sur papier, , Musée des beaux-arts de Gand Portrait de NandjeLe prénom néerlandais Nandje est le diminutif de Nand = Ferdinand., 1910 L'Aveugle, 1910 Le Berger, 1910, musée Alice et David van Buuren Paysan (ou Le Soir), 1910, huile sur toile, , Musée des beaux-arts de Gand Portrait de Karel van de Woestijne, 1910 dessin Hora alba, 1911 La Cour de sainte Agnès, 1911, musée Alice et David van Buuren Tête de bonne d'enfant, 1912 Jeune paysanne, 1913, huile sur toile, , Musée des beaux-arts de Gand "grand-mère" Madame Gevaert, 1913 Portrait de Valerius De Saedeleer, 1914 Portrait de Jozef De Craene, 1914 Dimanche après-midi, 1914, huile sur toile, , Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique L'Infirme qui apprend à marcher à un petit enfant, 1917 Les Dormeurs, 1918 La Flandre en exil, 1918