Vincent Delpuech, né à Port-de-Bouc (Bouches-du-Rhône) le et mort à Marseille le , est un journaliste et un homme politique françaisBlès A., Dictionnaire historique des rues de Marseille, Marseille, éd. Jeanne Laffitte, 1989..
Sous la République De père marseillais et de mère languedocienne, il s'inscrit aux écoles primaires supérieures de Marseille avant de devenir employé au service de l'état civil de la ville de Marseille puis journaliste. En 1913, Frédéric Chevillon, député de Marseille, l'introduit en politique avant de mourir pendant la Première Guerre mondiale, au cours de laquelle Vincent Delpuech est caporal d'infanterie coloniale. Il participe à ce titre aux campagnes d'Orient, et combat dans le détroit des Dardanelles. Il ne sort pas indemne de la guerre, et se voit attribuer une pension "pour maladie imputable au service.".
Après la guerre, il devient secrétaire du député et futur sénateur Benoît Bergeon, et dès 1919, il devient président d'honneur de la presse marseillaise.
Durant l'entre-deux-guerres, il est successivement administrateur directeur du journal Le Radical (de Marseille) de 1921 à 1933, coadministrateur du Bavard en 1931, avant de devenir le président du conseil d'administration du journal Le Petit Provençal en 1933. Il donne un nouveau souffle au journal, en multipliant les pages spéciales sur le sport, la culture, l'agriculture, faisant du quotidien l'un des plus importants supports de presse du Sud-Est de la France. Il était également président de la Fédération internationale de la presse périodique.
Radical socialiste, il est élu maire de la commune de Peynier en 1934Litteralis Ass., Peynier, sur les chemins de la mémoire, 2000, p. 109, ce qui lui permet d'être nommé vice-président de l'Amicale des maires des Bouches-du-Rhône. En 1935, il est fait officier de la Légion d'honneurArchives départementales des Bouches-du-Rhône, 147 E 1D 9, délibérations du conseil municipal de la commune de Peynier, 1932-1942 : séance du 14 septembre 1935, p. 71.. Sa réputation ne fait que prendre de l'ampleur, et de nombreux quotidiens le nomment membre d'honneur : La Dépêche de Rouen, La France du Centre, La Montagne de Clermont-Ferrand, La Dépêche Dauphinoise. Il cumule d'autres fonctions honorifiques : vice-président de la foire de Marseille, administrateur du Crédit immobilier des Bouches-du-Rhône, administrateur de l'Office des Mutilés et Combattants, président du Syndicat intercommunal d'adduction d'eau du Puits-du-Rousset, pour les cantons de Trets et Roquevaire. Il est, à ce titre, le premier à jeter les bases de l'intercommunalité dans l'est du département des Bouches-du-Rhône.
Lors de l'élection sénatoriale de 1939, il décide de se présenter comme indépendant, en espérant récupérer des voix à son ancien mentor Bergeon. Il est élu au second tour sénateur des Bouches-du-Rhône le Anciens sénateurs : Vincent DELPUECH. Il est inscrit dans le groupe de la Gauche démocratique, et fait partie des commissions chargées des Travaux publics et de la Marine, dans lesquelles il va œuvrer pour que le port fluvial de Strasbourg devienne port autonome.
Sous le régime de Vichy Après la défaite de la France face à l'Allemagne, il fait partie des parlementaires qui votent les pouvoirs constituants au maréchal Pétain le , mettant fin à la IIIe République et permettant l'avènement du Régime de Vichy (voir Vote des pleins pouvoirs à Philippe Pétain le 10 juillet 1940)http://www.assemblee-nationale.fr/histoire/vote-80.pdf. Il retrouve sa place dans les deux commissions du Sénat où il siégeait déjà, et intègre également la commission des Mines.
À l'automne 1940 il devient administrateur du journal L'Œuvre, amené par Fernand BouissonJean-Paul Cointet, 1998, "Marcel Déat, Du socialisme au National Socialisme" p205. Ce journal, dirigé depuis le par Marcel Déat, est désormais ouvertement engagé dans la voie de la collaboration et de l'antisémitisme. Sa ligne éditoriale sous le régime de Vichy fut celle d'un collaborationnisme pro-nazi défendant les thèses du Rassemblement national populaire, parti de DéatAndré Brissaud (préface de Robert Aron), La Dernière année de Vichy (1943-1944), Librairie Académique Perrin, Paris, 1965, 587, ..
Vincent Delpuech conserve également son poste de directeur du journal Le Petit Provençal pendant toute la durée de la guerreArchives départementales des Bouches-du-Rhône, DELTA 3320, La trahison du Petit Provençal. Vincent Delpuech et le Petit Provençal sont-ils au-dessus des lois ?. Dès 1940, Raphaël Alibert, secrétaire d'État à la Présidence du Conseil, avait préparé un décret visant à supprimer trois quotidiens ne soutenant pas assez la ligne du nouveau régime : La Dépêche, Le Petit Provençal et Le Progrès de LyonBIDUSSA (D.), PESCHANSKI (D.).– La France de Vichy, archives inédites d’Angelo Tasca, Milan, 1996, p. 168. En effet, le , Le Petit Provençal est le seul journal à retranscrire intégralement en première page l'appel du lancé par le général de Gaulle depuis LondresMESSMER (P.) – Après tant de batailles : mémoires, Paris, 1992, 462 p. ; BARATIER E. (dir.) – Histoire de Marseille, Toulouse, 1973, p. 426. Mais à partir de 1941, il passe un accord avec l'agence d'informations Inter-France, créée en 1937 par Dominique Sordet, membre de l'Action française. Cet accord permet au journal d'être considéré comme le principal quotidien politique local et régional par l'agence, laquelle est proche des dirigeants de Vichy. Le journal et son directeur soutiennent l'État de Vichy et l'occupant allemand. Ainsi, dès fin 1940, il est écrit sur les pages du quotidien : « Quoi que dise, quoi que fasse Pierre Laval, il a raisonArchives départementales des Bouches-du-Rhône, DELTA 3320, La trahison du Petit Provençal. Vincent Delpuech et le Petit Provençal sont-ils au-dessus des lois ?, p. 50. ». D'autre part on peut y lire des propos qui allaient bien au-delà des obligations de survie du journal sous la période d'occupation. Par exemple le un article évoque "d'importants perfectionnements apportés aux lois anti-juives" ou le "Un nouveau convoi d'ouvriers marseillais est parti hier pour le Reich [...]" avec "le même enthousiasme [...]" exprimant "leur satisfaction d'accomplir un grand acte de solidarité"Archives Départementales à Marseille, Cote 7 Mi 172 à 176.
En 1942, il devient président de la Société Le Radical.
Dans le même temps, les presses du Petit Provençal servaient, à partir d', à imprimer un nouveau journal, Le Mot d'Ordre, dirigé par deux anciens parlementaires : Louis-Oscar Frossard, chargé de l’Information dans le cabinet Reynaud, et René GouninBIDUSSA (D.), PESCHANSKI (D.).– La France de Vichy, archives inédites d’Angelo Tasca, Milan, 1996, n. 68, député U.S.R. proche de Marcel Déat. Ce journal est proche du pouvoir vichyste mais prend un ton souvent réticent face aux mesures gouvernementales et à la collaboration, dans les limites permises par la censure. Dans les bureaux du Petit Provençal à Toulon, le résistant Albert Lamarque profite du soutien logistique du journal pour participer à la reconstitution de la S.F.I.O. dans le Sud-Est de la France, pour y organiser une réunion Comité de coordination des mouvements de résistance, et pour entreposer et diffuser des journaux clandestins (lettre du ).. Rien n'indique cependant que Vincent Delpuech était au courant des agissements de Lamarque. Ainsi, Edmonde Charles-Roux, résistante notoire écrivit à son sujet : « Delpuech avait cru qu'il s'en tirerait en donnant de temps en temps des gages à la résistance. Il était intervenu en faveur de victimes d'arrestations arbitraires. Mais il avait aussi donné satisfaction aux inspecteurs de la LVF [Légion des Volontaires Français] en publiant des communiqués par lesquels ils appelaient à débarrasser la France des Juifs et des Francs-maçons aux ordres de l'AngleterreL'Homme de Marseille, Bernard Grasset (Paris 2001), pp. 47-49 ». Sans nul doute Vincent Delpuech aura subi des pressions pour publier ces appels, mais il a alors préféré céder plutôt que de saborder Le Petit Provençal.
Sous la République À la Libération, Vincent Delpuech est arrêté le et incarcéré à la prison Saint-Pierre à MarseilleArchives départementales des Bouches-du-Rhône.. Deux jours avant, il avait été déchu de son siège de maire de Peynier par arrêté préfectoral. Le , le Comité départemental de Libération des Bouches-du-Rhône dépose une plainte dans laquelle il est accusé « d'avoir servi servilement et jusqu'au dernier moment dans Le Petit Provençal, la politique de collaboration avec l'ennemi, par des appels à la collaboration, aux départs en Allemagne, à la LVF et à la Phalange africaine, ainsi que des attaques contre la Résistance et les Alliés de la FranceArchives départementales des Bouches-du-Rhône, DELTA 3320, La trahison du Petit Provençal. Vincent Delpuech et le Petit Provençal sont-ils au-dessus des lois ?, p. 2. ». Vincent Delpuech a également été soupçonné de prise d'intérêt dans les tractations économiques avec l'occupant. Il possédait un des réseaux politico-financiers les plus importants du département des Bouches-du-Rhône.
Edmonde Charles-Roux conclut à son sujet : « Delpuech était méprisable et sa presse pourrie. Il aurait à s'en expliquer devant le Comité d'épuration ».
Cependant, le commissaire de la République à Marseille classe l'affaire par ordonnance le Archives départementales des Bouches-du-Rhône, DELTA 3320, La trahison du Petit Provençal. Vincent Delpuech et le Petit Provençal sont-ils au-dessus des lois ?, p. 32., laquelle déclare : Il n'apparaît pas que Le Petit Provençal ait dépassé dans l'ensemble de ses articles ou de ses éditoriaux, les consignes impératives auxquelles il était soumis ; Il n'apparaît pas que ce quotidien aurait pu continuer de paraître en suivant une ligne politique autre que celle adoptée et en refusant la publication transmise par l'agence Havas ; Dans les conditions où M. Delpuech a continué la publication de ses journaux, on ne peut lui reprocher de ne pas les avoir sabordés, M. Delpuech étant également directeur du Radical de Marseille qui a fait l'objet d'une ordonnance de classement en date du Archives départementales des Bouches-du-Rhône, DELTA 3320, La trahison du Petit Provençal. Vincent Delpuech et le Petit Provençal sont-ils au-dessus des lois ?, p. 8..
La procédure judiciaire engagée contre Le Petit Provençal est également classée par l'ordonnance du Commissaire de la République du Archives départementales des Bouches-du-Rhône, DELTA 3320, La trahison du Petit Provençal. Vincent Delpuech et le Petit Provençal sont-ils au-dessus des lois ?, p. 9..
Parallèlement, un premier jugement du par le jury d'honneur de Marseille, présidé par le président René Cassin, le rendait inéligible en ces termes : "Considérant que l'intéressé a été pendant l'occupation administrateur de journaux considérés comme ayant servi les intérêts de l'ennemi; que, par ailleurs, rien n'établit qu'il ait traduit en actes de résistance ses sentiments antigouvernementaux"J.O. du 10 janvier 1946. Un second jugement du le rendra certes à nouveau éligible, mais précisait toutefois que "le fait d'avoir été pendant l'occupation administrateur de journaux [...] continue à figurer à son passif sur le plan politique"J.O. du 22 novembre 1946. Comme l'indique une brochure du journal Le Provençal publiée en 1948 : "Vincent Delpuech a bénéficié de puissantes protections"Archives départementales des Bouches-du-Rhône, DELTA 3320, La trahison du Petit Provençal. Vincent Delpuech et le Petit Provençal sont-ils au-dessus des lois ?. D'ailleurs en 1948, Max Juvénal, président du Comité de libération des Bouches-du-Rhône, avait apporté son soutien à Vincent Delpuech lors des élections au Conseil de la RépubliqueL’opinion des édiles municipaux et des chefs socialistes sur l’attitude de Vincent Delpuech pendant l’occupation. Imprimerie marseillaise, Marseille, 1948, 42 p., lettre de Max Juvénal.