Oliver Wendell Holmes dit The Great Dissenter (le grand dissident), né le à Boston dans le Massachusetts, mort le à Washington (District de Columbia) est un juriste américain qui fut nommé par le président Theodore Roosevelt et confirmé par le Sénat juge à la Cour suprême des États-Unis de 1902 à 1932.

Biographie Jeunesse et formation

Jeunesse Oliver Wendell Holmes Jr est né le à Boston et est décédé le à Washington à l’âge de 93 ans. Oliver Wendell Holmes Jr repose au cimetière national d’Arlington. On le surnommait souvent “le grand dissident” à cause de l’éclat de ses opinions dissidentes.

Oliver Wendell Holmes Jr est le fils de l'écrivain et médecin Oliver Wendell Holmes. Après ses études secondaires, il est admis à l'Université Harvard en 1857. Holmes participe à la Guerre de Sécession, blessé par trois fois au feu, il est démobilisé en 1864. Il reprend ses études à la Faculté de droit de Harvard, d'où il sort diplômé en 1866. Il devient avocat, professeur de droit à Harvard, puis juge à la Cour suprême du Massachusetts. Il est enfin nommé à la Cour suprême des États-Unis par Theodore Roosevelt en 1902 à l’âge de .

Vie privée Holmes était marié à Fanny Dixwell. Ils se sont rencontrés en 1851 lorsqu'il est entré, à l'âge de dix ans, dans l'école latine privée de son père. Ils sont restés très amis à partir de 1858 et ont correspondu pendant que Holmes servait dans l'armée de l'Union pendant la guerre civile et qu'il se concentrait sur l'établissement de sa carrière. Ils se sont finalement mariés le . Un mois après leur mariage, elle souffre d'une grave attaque de fièvre rhumatismale mais elle arrive à s’en remettre . Par ailleurs, ils n’ont pas d’enfant , mais ont cependant adopté et élevé une nièce orpheline prénommée Dorothy Upham.

Fanny est une femme quelque peu recluse qui refuse d'accompagner Holmes dans toutes ses excursions en Europe, sauf une ou deux. Elle s’intéresse d’ailleurs très peu à la politique. Elle n’a partagé l'intérêt de Holmes pour les affaires politiques qu’une seule fois, juste après sa nomination à la Cour suprême. Par ailleurs, Fanny réalise de magnifiques broderies qu'elle expose dans des musées au début des années 1880, mais pour une raison inconnue, elle en détruit la plupart lorsqu'elle déménage avec Holmes à Washington, DC, en 1902. Celle-ci meurt le , à l'âge de 88 ans. Elle a été enterrée au cimetière national d'Arlington, à Arlington, en VirginieCatharine P. Wells, « Fanny Holmes », sur History of American Women, 26 juin 2011.

Études universitaires Holmes fréquentait des écoles privées à Boston, puis, comme son père, il finit par être admis à Harvard College en 1857. Le jeune Holmes n'était pas très impressionné par la Harvard de l'époque, dont il trouvait le programme abrutissant.

Entre-temps, il décide de s’engager dans la guerre de sécession. Mais Holmes retourne peu après à Boston où il décide d'étudier le droit et entre alors à la faculté de droit de Harvard en 1864. Au début, il n’est pas certain que le droit serait sa profession. Il avait même envisagé la médecine, ce à quoi son père s'opposait. À différentes occasions, il a déclaré que son "gouverneur" avait "mis la pression pour que j'aille à la faculté de droit" ou l'avait "poussé" à y aller. Néanmoins, il s'est rapidement plongé dans ses études et a décidé que le droit serait l'œuvre de sa vie. Il s'engage dans le droit, mais pas nécessairement dans la pratique privée.

En 1866, il est diplômé de la Harvard Law School et Holmes décide d’effectuer le traditionnel pèlerinage à l'étranger, visitant l'Angleterre, la France et la Suisse et rencontrant divers hommes distingués.

Après avoir réussi l’examen oral requis, il est admis au barreau du Massachusetts en 1867 et pratique le droit pendant 15 ans en tant que membre de plusieurs cabinets. De 1870 à 1873, il est rédacteur en chef de l'American Law Review. Il a édité la édition de l'ouvrage classique Commentaries on American Law (1873), du chancelier James Kent (1763-1847). Il a également donné des conférences sur le droit à Harvard.

À la faculté de droit, Holmes a connu une certaine agitation, trouvant que la tradition du droit, telle qu'elle était présentée dans un programme d'études sans inspiration, était stagnante et étroitement centrée sur les précédents. La science, la philosophie ou l'histoire du droit étaient négligées, et ce sont ces aspects, plutôt que ce qu'il a appelé plus tard "le petit changement de la pensée juridique", qui ont captivé l'esprit de Holmes et l'ont attiré dans les profondeurs d'une profession vers laquelle il n'avait d'abord pas ressenti une forte motivation. Par ailleurs, sa vie à Harvard peut être résumée à la vie étudiante normale de son temps.

Guerre civile américaine Oliver Wendell Holmes Jr. a combattu durant 3 ans pendant la guerre de sécession. Il est parti en guerre à l’âge de 19 ans. Il a été capitaine dans l’armée de l’Union à l’âge de 21 ans. Au début de la guerre de Sécession, Holmes était à la fin de sa dernière année à Harvard. Il a été gravement blessé à trois reprises.

Avant la guerre Ses idées ont en quelque sorte changé à la suite de cette expérience traumatisante qui a fait de lui, le témoin de la mort de ses plus proches amis.

Avant le début de la guerre, Holmes croyait en l’Union et également de manière croissante en l’abolition.  Ses idées étaient influencées par celles de sa mère qui était contre l’esclavagisme mais aussi de son ami “Pen” Hallowell (Norwood Penrose “Pen” Hallowell).

Pendant la guerre Holmes et Hallowell rejoignent le quatrième bataillon du Massachusetts et se retrouvent en stationnement à Fort Independance sur Castle Island alors même qu’ils n’ont pas encore leurs diplômes en main. Ils ont cependant décidé de démissionner, l’utilité de leur bataillon étant simplement cérémoniale. Ils obtiennent ainsi une place au sein du vingtième régiment du Massachusetts, unité appelée “The Harvard Regiment”. Ce surnom est dû au grand nombre de ses officiers les plus connus ayant fréquenté les bancs de la prestigieuse école. Il y avait un fort sentiment de connexion entre les officiers car la plupart servaient avec des amis, ou des connaissances de longue date.

Après la guerre Holmes se retrouve face à  un manque de confiance en sa propre capacité à résister à l’inconfort améliorer la formulation et aux blessures qui résultent des nombreuses batailles auxquelles il a participé.

Par ailleurs, Holmes qui croyait en l’Union va alors changer d’idée quand il se rend compte que le Nord est incapable de dominer et d’occuper le Sud du pays. En effet, il ne voyait pas la possibilité d’une quelconque victoire. De plus, la guerre lui a paru être un combat perpétuel, sans fin, sans issue.

A son retour, il fait alors face à la triste réalité qu’il ne pouvait tout simplement pas retourner dans son régiment, malgré la loyauté qu’il éprouve envers celui-ci. On remarque dès lors l’importance qu’a le régiment pour Holmes, qui se retrouve déçu de ne pas pouvoir le réintégrer.

L’expérience de la guerre civile a ainsi grandement influencé la vision de la vie de Holmes et de la loi. Bien qu'il glorifie plus tard son service en temps de guerre, il ne s'est pas engagé une nouvelle fois à l'expiration de son contrat. Il avait commencé la guerre en tant qu'idéaliste et abolitionniste ardent et la termine en étant désillusionné et découragé.

Carrière et regards sur son œuvre Philosophie générale Il est considéré comme un théoricien du droit, sujet auquel il a consacré plusieurs ouvrages avant de devenir juge, notamment The common law et The path of the law. Dans ses livres, il aborde une approche sceptique vis-à-vis du droit et des règles, critiquant aussi bien le formalisme juridique que le jusnaturalisme : « L'évolution du droit n'est pas le fruit de la logique mais de l'expérience », « Ce que les juges font, rien de plus, rien de moins, voilà ce que j’appelle le droit ». On le considère à ce titre comme un précurseur du réalisme juridique. En résumé, Holmes reconnaît le pouvoir créateur de droit des juges pour mieux exiger sa limitation : « les juges légifèrent, et ils doivent le faire, mais uniquement de manière interstitielle » (Southern Pacific Company v. Jensen, 1917). Ainsi, selon Holmes, le droit ne peut être considéré comme un système rationnel, déduit de principes éthiques ou d’axiomes et « derrière la forme logique d’une décision se trouve toujours un jugement de valeur »Jérémie Van Meerbeeck, Lon Fuller, le jusnaturaliste procédural, Revue interdisciplinaire d'études juridiques, 2018/1 (Volume 80), pages 143 à 165.

Cette philosophie sceptique se ressent dans son approche du contrôle de constitutionnalité : Holmes n'accepte que très rarement d'invalider une loi, sauf lorsqu'est en jeu la liberté d'expression protégée par le Premier amendement. Parce qu'il n'y a pas de vérité absolue, les juges ne doivent pas s’immiscer dans des choix de sociétés pour lesquels les élus du peuple sont plus légitimes ; mais pour la même raison, tout un chacun peut faire valoir son point de vue, la compétition étant « le meilleur test de la vérité ».

À ce titre Holmes s'oppose à la majorité de la Cour de son époque lorsque celle-ci annule un par un des pans de la législation sociale en faveur des ouvriers. Par exemple dans l'affaire Lochner v. New York (1905), la Cour invoque la « liberté » des cocontractants pour invalider la limitation à 60 heures du travail hebdomadaire, ce à quoi Holmes répond dans son opinion dissidente : « Les propositions générales ne décident pas les affaires concrètes ».

D'un autre côté, Holmes critique la Cour pour avoir laissé passer le refus de naturalisation d'étrangers en raison de leur refus de faire allégeance aux armes : « s'il y a un principe auquel la Constitution attache le plus d'importance parmi tous les autres c'est celui de la liberté de pensée — pas pour les pensées que nous approuvons, mais pour celles que nous haïssons » (United States v. Schwimmer, 1929).

En 1927, rejoint par sept des huit autres juges, il rédige l'opinion de la Cour dans l'affaire Buck v. Bell où il valide la stérilisation forcée des malades mentaux avec un humour noir qui aujourd'hui choquerait : « trois générations d'imbéciles sont assez ».

Malgré cela, par la longévité de son mandat à la Cour, par ses opinions concises et lapidaires et ses aphorismes percutants, Oliver Wendell Holmes est l'un des juristes américains les plus cités et admirés dans l'histoire aux États-Unis. En le juge en chef des États-Unis John G. Roberts , nommé par George W. Bush, applique dans son opinion validant l'Obamacare le principe dégagé par Holmes selon lequel lorsqu'une loi est susceptible de deux interprétations dont l'une est constitutionnelle et l'autre non, le juge doit adopter l'interprétation qui sauve la loi ; au grand dam des quatre autres juges conservateurs qui votent dans la dissidence (NFIB v. Sebelius). Roberts écrit également que « ce n’est pas notre travail de prémunir le peuple contre les conséquences de ses choix politiques » édulcorant ainsi une phrase de Holmes dans sa correspondance privée : « si mes concitoyens voulaient aller en Enfer, je les aiderais. C'est mon travail. ».

The Path of The Law Son essai The Path of the Law, publié pour la première fois en 1898, est l'ouvrage fondateur de la théorie juridique américaine. Holmes y expose en détail sa rupture radicale avec le formalisme juridique et jette les bases des principales écoles contemporaines de la pensée juridique américaine. Il a été la principale source d'inspiration de l'école du réalisme juridique, et son insistance sur une approche pratique du droit et de l'analyse juridique a jeté les bases de la concentration ultérieure des réalistes sur les aspects pragmatiques et empiriques du droit et des procédures juridiques.