vignette|Agrandissement d'un détail de la photo d'un prétendu « disque volant » aperçu le 31 juillet 1952 à Passaic (New Jersey, États-Unis). L'ufologue évoque une imposture () imaginée par George C. Stock et son ami John H. Riley (un photographe professionnel s'occupant de développement et de tirage) et l'assimilation courante du disque avec son dôme à un sombrero (). L’ufologie, aussi dénommée ovniologie. ou ovnilogie., est une discipline qui consiste à recueillir, analyser et interpréter les données se rapportant aux phénomènes des objets volants non identifiés (ovnis), par exemple des témoignages oraux ou écrits, des photographies, ou des traces au sol.
Le sigle anglais (pour « ), rendu par « ovni » en français, apparaît dans certains documents de l'armée de l'air des États-Unis dès la fin de l'année 1947 même si de nombreux auteurs attribuent l'invention du terme au capitaine Edward J. Ruppelt (premier directeur du projet Blue Book) en 1952, pour remplacer l'expression populaire de « flying saucer » (« soucoupe volante ») Edward J. Ruppelt, The Report on Unidentified Flying Objects.. Le terme « UFO » a donné le néologisme , rendu en français par le calque « ufologie ».
Si en France, on parle volontiers d'« ufologues », son équivalent est peu utilisée en anglais, l'expression utilisée étant surtout celle de (« chercheur sur les ovnis »). Le terme ufologues semble s'être répandu dans les années 1970, au fur et à mesure que les termes « UFO » et « ovni » devenaient largement connus.
L'ufologie se divise en plusieurs « écoles » ou courants. Au départ, dans les années 1950, la plupart des personnes qui seront qualifiées par la suite d'« ufologues » sont de l'avis que les soucoupes volantes (le terme « ovni » commence à se répandre aux États-Unis à partir de 1956 et en France à partir des années 1970) sont d'origine extraterrestre (on dit alors « interplanétaire »). Dans les années 1950, certains amateurs de soucoupes évoquent des théories plus marginales (terre creuse, univers parallèles). À partir de 1977, un courant sceptique, qui explique les ovnis comme des méprises, fait son apparition. On parle du modèle sociopsychologique du phénomène ovni. Vers la même époque, d'autres auteurs proposent une explication parapsychologique.
Parmi les ufologues se trouvent aussi bien des universitaires que des personnes sans formation particulièreVoir dans les annexes du Moniteur belge, les statuts de la Sobeps, où, parmi les administrateurs, il y a des scientifiques, tandis que parmi les responsables du réseau d'enquête on trouve un négociant en philatélie et un décorateur.Au GEPA se trouvent aussi bien des militaires que des scientifiques, mais aussi des techniciens sans formation spécifique..
Origine
Certains auteurs comme le sociologue Pierre Lagrange font le lien entre les récits de science-fiction et les témoignages de « soucoupes volantes », arguant que les seconds s'inspirent très largement des premiers (non seulement les romans mais aussi les bandes dessinées ou les feuilletons radiophoniques voire télévisésMichel Meurger, Scientifiction I - . Alien Abductions, éd. Encrage, Paris, 1995 (collection Interface ).Bertrand Méheust, Science-fiction et soucoupes volantes, éd. Mercure de France, 1976..
D'autres auteurs soutiennent que l'ufologie est apparue dans les années 1950, à la suite de la médiatisation de l'observation de Kenneth Arnold et de l'incident de Roswell, le témoignage de l'équipage d'un vol de la compagnie américaine United Airlines rapportant avoir été escorté par neuf objets en forme de disque au-dessus de l'Idaho dans la soirée du ou la mort du capitaine Mantell, dont l'avion explosa en percutant un ballon-sonde rempli d'héliumC'est la version officielle. et dont le pilote prétendit poursuivre un ovni. L'incident de Roswell n'eut, en 1947, que peu de retentissement, car l'histoire d'occupants trouvés dans les débris ne prit corps que dans les années 1980. La première interprétation du phénomène des soucoupes fut qu'il s'agissait d'engins terrestres secrets (AVNI : arme volante non-identifiée). Dans les années 1950, les livres publiés par George Adamski étaient encore pris au sérieux et n'étaient pas encore considérés par la plupart des observateurs comme des mystifications. L'explication de ces sociologues sera à l'origine du modèle sociopsychologique du phénomène ovni. Bien que le terme soit entré en usage tardivement, la pratique que l'on peut qualifier d'ufologique, apparaît peu après les premières observations de « soucoupes volantes » au cours de l'été 1947. C'est surtout vers 1951, avec la création des premiers groupes d'enquêteurs amateurs, comme la Commission Ouranos en France, l' (APRO) aux États-Unis, que l'ufologie fait son apparition.
Dès 1947, des groupes que l'on peut qualifier d'occultistes ou de fortéens, et qui existaient avant qu'on ne parle de soucoupes volantes, s'emparent du sujet. C'est le cas du BSRA de ou de la , créée dans le sillage de Charles Fort.
Au milieu des années 1950, les groupes spécialisés dans l'étude des soucoupes volantes vont se distinguer en deux courants : un courant dit « mainstream » d'ufologues préoccupés par l'établissement des faits ; un courant dit « soucoupique » qui n'hésite pas à rapprocher les ovnis de tout un folklore alors en plein développement (Hommes en Noir, continents disparus, terre creuse). Les magazines publiés par Ray Palmer, par Gray Barker, illustrent ce courant. Les activités de groupes américains comme l'Aerial Phenomena Research Organization (APRO), le Comité national d’enquête sur les phénomènes aériens (NICAP), le Civilian Saucer Intelligence (CSI), ou le Groupe d'étude des phénomènes aériens (GEPA) et la revue Lumières dans la Nuit en France, sont représentatifs de l'ufologie stricto sensu.
Le témoignage en ufologie Selon le physicien Michel Wautelet, Les Ovni, Michel Wautelet, Physicalia Magazine, 1993, volume 15, , page 58, ligne 23.. Le témoignage pose la question de la réalité de ce qu'il rapporte mais également de sa fiabilité. Les travaux de la psychologue Elisabeth Loftus montrent que notre mémoire est changeante, influençable et qu'il pourrait y avoir distorsion du témoignage en fonction des questions posées par un enquêteur Changing Beliefs About Implausible Autobiographical Events Our changeable memories: legal and practical implications.
L'estimation des distances Beaucoup de cas d'ovnis se basent sur l'estimation des distances faite par le témoin. Le témoin ne possédant aucun instrument de télémesure et sans arrière-plan de référence, ne peut savoir si l'objet est petit et proche ou grand et éloigné.
vignette|droite|300px|Pour un observateur situé en O n'estimant pas correctement les distances, mais percevant l'écartement, un objet éloigné et grand (en bleu) peut être perçu comme rapproché et petit (en rose). Voir calcul de l'angle solide.
La parallaxe et l'œil humain La vision humaine possède une faible distance entre les deux yeux et ne peut servir d'instrument de mesure fiable pour estimer des lumières nocturnes. En astronomie, on mesure la distance des astres par la parallaxe annuelleGeorge Gamow, Un, deux, trois... l'infini, Cassini, 2005 .. Des confusions avec la planète Vénus furent répertoriéesMichel Monnerie, Et si les Ovnis n'existaient pas, Les humanoïdes Associés, 1978. où l'œil humain ne distingue pas la distance d'avion ou d'aéronef dans l'atmosphère avec celle de planètes ou d'étoiles. L'observation des gendarmesScience et Vie Junior, janvier 1990 lors de la vague belge d'ovnis résulte selon les sceptiques d'une confusion avec la planète Vénus.
Cas particulier d'estimation erronée L'« Ovni du »L'ovni du , Inforespace, , avril 1987.Commentaires, Inforespace, , novembre 1986, . s'avéra en réalité être des débris de rentrée dans l'atmosphère d'un météoreCiel et Terre, , , nov.-déc. 1986. ou d'un lanceur soviétiqueAfis, , janv.-fév. 1987.. La grande distance entre les débris ignés, conjuguée à la grande distance entre les objets et les témoins, fit croire à ces derniers à un seul objet plus petit à plus petite distance, donc à quelque chose de mystérieux.
Un cas analogue se produisit aux États-Unis le , juillet 1974., où un bolide traversa le ciel selon une trajectoire quasi-horizontale. Ce qui fit dire aux ufologues de la Sobeps : .
L'interaction entre l'enquêteur et le témoin Les enquêteurs peuvent influencer le témoinGuide de l'enquêteur, éd. Sobeps, le guide déconseille les questions orientées. (ou le patient) et selon Jacques Scornaux, certains auraient tendance à . Cette influence de l'enquêteur sur le témoin peut augmenter de façon non négligeable le degré d'étrangeté d'un cas. Ainsi la question « Dans quelle direction s'est déplacé l'objet ? » présuppose qu'il s'agit d'un objet matériel et va renforcer chez le témoin l'idée de matérialité alors que rien ne présageait une telle choseGuide de l'enquêteur, éditions Sobeps..
Deux astronomes liégeois font remarquer que l'enquêteur est un amateur qui n'a reçu aucune formation spécifique, et qui risque, par ses questions ou ses remarques, d'orienter la déposition du témoinPierre Magain et Marc Rémy, Les Ovnis : un sujet de recherche ?, Physicalia magazine, 1993, vol. 15 , page 314, ligne 40..
Les nouveaux ufologues font remarquer que l'étude du profil psychologique du témoin est négligée par les ufologuesJacques Scornaux, « Et si Michel Monnerie n'avait pas tout à fait tort ? Réflexions à propos de l'ouvrage Et si les ovnis n'existaient pas ? », Inforespace , juillet 1978, , ligne 21.
Une faute élémentaire pratiquée lors de nombreuses enquêtes consiste à interroger les témoins en même temps : le témoignage d'une personne va influencer le groupe dans lequel le témoignage est reçuJacques Scornaux, « Et si Michel Monnerie n'avait pas tout à fait tort ? Réflexions à propos de l'ouvrage Et si les ovnis n'existaient pas ? », Inforespace , juillet 1978, , ligne 26..
Le côté subjectif du témoignage Très souvent il arrive au témoin de donner plus de poids à ce qu'il a vu ou cru voir en amplifiant certaines parties de son récit.
Dans les cas belges des années 1989-1990, on a pu observer le compte-rendu de gendarmes témoins de lumières étranges qu'ils attribuèrent au survol d'un aéronef. Ils prétendirent que .
Un journal français suggéra l'exagération de la manière suivante :
L'approche scientifique remet en cause la bonne foi du témoin dans les cas de canular, et elle cherche à essayer de comprendre les événements sans a priori dans tous les cas de figure.
Les dissemblances entre témoignages d'un même phénomène Le cas d'ovni le plus connu est celui de Morales-Robert lors de la vague belge d'ovnis. Robert décrit un avion (hublots, feux disposés en triangle, phare d'approche à intensité variable) alors que Morales donne un récit plus imaginatif pour décrire une sorte d'« engin venu d'ailleurs ». Le responsable du réseau d'enquêtes de la Sobeps tiendra au sujet de ce cas les propos suivants : Triangle et Pentagone, J.-L.V., Inforespace, , novembre 1990.. Ce cas sert d'évidence au fait qu'un banal avion sert de stimulus à la richesse imaginative des témoins. Le responsable du réseau d'enquêtes conclut : Triangle et Pentagone, J.-L. V., ibidem..
Description partielle par le témoin La vague d'ovnis belges est la parfaite illustration d'une description incomplète d'une observation, et cela dans le cadre d'une excitation médiatique faisant croire à Independance Day en . L'hélicoptère d'Ernage fut pris pour une structure triangulaire simplement parce que le témoin ne vit que la structure triangulaire inférieure d'un hélicoptère de type Blackhawk. Le cas de Robertmont où l'hélicoptère Blackhawk est escorté par trois hélicoptères de type Bell n'est pas perçu correctement par le témoin qui parle lui d'une « structure triangulaire » : Michel Bougard, « Escorté par des hélicoptères », Inforespace ..
Conditions particulières du témoignage