vignette|Angela Davis en conférence de l'université d'Alberta. Le Black feminism (en français « féminisme noir ») est un mouvement féministe né aux États-Unis dans les années 1960-1970, lors du mouvement des droits civiques. Il se caractérise par la volonté d'associer les critiques du sexisme et du racisme, et d'élaborer un point de vue spécifique tant à l'intérieur du mouvement féministe que du mouvement du Black Nationalism.
L'expression « Black feminism » et problèmes de traduction Selon Elsa Dorlin, professeure de philosophie politique et sociale à l'université Paris-VIII et auteure de « Black feminism Revolution! La Révolution du féminisme Noir ! », une introduction à Black Feminism -Anthologie du féminisme africain-américain, 1975-2000 (L'Harmattan, 2007), la première anthologie, en français, de textes de ce mouvement :
Histoire du mouvement Le Black feminism trouve ses origines dans un malaise au sein du mouvement des droits civiques et du mouvement féministe nord-américain lors des années 1970. En effet, il revendique un point de vue particulier des femmes afro-américaines à la fois sur le féminisme en général, et sur les luttes contre la ségrégation raciale. En tant que tel, le Black feminism n'est pas limité aux femmes afro-américaines: dès ses origines, il inclut des femmes chicanas, orientales, etc. Il est plutôt caractérisé par la volonté de lier ensemble les problématiques du sexisme, du racisme et de l'oppression de classe.
Les femmes porto-ricaines des Young Lords, parmi elles Denise Oliver-Velez et Iris Morales, mettent en place dès 1969 une commission non mixte pour exiger de l'organisation une position et des pratiques non sexistes. Elles expérimentent et commencent à théoriser ce qui deviendra l'intersectionnalité des luttes des femmes latinas et afro-américaines.
L'un des textes pionniers du mouvement est publié en 1969 par : An argument for Black women’s liberation as a revolutionnary force (« Un argument pour la libération des femmes noires comme force révolutionnaire ») critique l'oppression commune de toutes les femmes, qu'elles soient blanches, noires, porto-ricaines, mexicaines, riches ou pauvres, etc.
L'année d'après, la (Alliance des Femmes du Tiers-Monde) publie le Black Women's Manifesto (Manifeste des Femmes noires), dans lesquelles elles affirment l'existence d'une spécificité de l'oppression dirigée contre les femmes noires. Cosigné par Gayle Linch, Eleanor Holmes Norton, Maxine Williams, et Linda La Rue, le manifeste, qui s'oppose tant bien au racisme qu'au capitalisme, affirme :
Le Black feminism développe le concept d'intersectionnalité, appelé à un avenir prometteur dans la Troisième vague féministe. Il souligne l'existence d'enjeux spécifiques aux femmes noires, ignorées par le mouvement féministe dominé par les Blancs. Ainsi, Angela Davis, proche du Black Panther Party, montre qu'alors que les Afro-Américaines étaient victimes d'un programme de stérilisations contraintes, les femmes blanches étaient contraintes aux avortements clandestinsAngela Davis, Women, Race and Class (1981) .. La Brigade des femmes du Weather Underground, un groupe radical blanc proche du Black Power, organise des attentats comme celui du , contre les locaux du HEW (Département de la Santé et des Services sociaux) à San Francisco, exigeant que les femmes gèrent elles-mêmes l'organisation et dénonçant les stérilisations contraintes des femmes de couleur pratiquées par le HEW. Si la position du Weather Underground à l'égard du féminisme et du Black feminism a pu faire débat, il n'en demeure pas moins que le numéro 2 de son journal clandestin, Osawatomie, y prêtait une certaine attention.
En 1973, Margaret Sloan-Hunter et d'autres femmes fondent la National Black Feminist Organization à New York. Deux ans plus tard, d'autres militantes liées au mouvement des droits civiques, au Black Nationalism ou au Black Panther Party, telles que Barbara Smith, Cheryl L. Clarke et Akasha Gloria Hull créent le Combahee River Collective à partir d'une section locale de la National Black Feminist Organization. Ce groupe féministe lesbien et radical mentionne, dans son manifeste créateur, d'importantes figures féminines du mouvement abolitionnisme, telles que Sojourner Truth, Harriet Tubman, Frances Harper, Ida B. Wells et Mary Church Terrell, présidente de la National Association of Colored Women fondée en 1896. Le Combahee River Collective s'oppose au séparatisme lesbien, considérant que ces dernières ne s'intéressent qu'à l'oppression sexiste à l'exclusion d'autres formes de domination, fondée sur la « race », la classe, etc. Le Combahee River Collective rejetait ainsi toute essentialisation de la femme, qui en ferait une figure éternelle et universelle, toute biologisation du genre, s'intéressant de près aux analyses économiques et politiques des diverses formes de domination. Sous l'impulsion principale de Barbara Smith, le collectif publiera de nombreux essais sur le féminisme (notamment en 1983), ajoutant une nouvelle perspective aux Women's studies, qui étaient alors principalement l'œuvre critique de femmes blanches. L'héritage de ce groupe pour le Black feminism a été étudié par la militante afro-américaine féministe et antiraciste Keeanga-Yamahtta Taylor, dans un ouvrage édité pour le quarantième anniversaire de la déclaration du Combahee River Collective Keeanga-Yamahtta TAYLOR (éd.), How We Get Free: Black Feminism and the Combahee River Collective, Chicago, Haymarket Books, 2017..
En France La Coordination des Femmes noires, fondée en 1976 est active jusqu'en 1982. C'est le premier groupe constitué autour de l'identité noire. Elle a pour objectif de constituer une lutte intersectionnelle mêlant plusieurs catégories d’oppression. En 1982, l'organisation forme le Mouvement pour la Défense des Droits de la Femme Noire (MODEFEN). Mais les voix portées par ces associations sont rapidement oubliées, notamment parce qu'une partie de leurs membres rentrent dans leurs pays d'origine.
Le collectif lyonnais Madivine publie en 2000 la brochure Racisme, sexisme, homophobie contenant la traduction d'un texte de bell hooks.
Le groupe du 6 novembre publie Guerrières/Warriors en 2002 où se trouvent des entretiens avec et Barbara Neely.
Les Lesbiennes of Color créées en 2009 ont volontairement choisi une consonance anglophone et revendiquent la décolonisation des pensées féministes et lesbiennes françaises.
Mwasi, créé en 2014, est afroféministe décolonial. Les Peaux Cibles est un collectif afroféministe rennais.
Impact Le Black feminism est considéré comme un des courants importants qui ont permis le renouvellement des recherches féministes et la remise en question de l'occidentalocentrisme qui y dominait antérieurement. Il est ainsi une des sources d'inspiration du féminisme postcolonialOchy Curiel, « Critique postcoloniale et pratiques politiques du féminisme antiraciste », Mouvements, 2007/3 (), . DOI : 10.3917/mouv.051.0119, lire en ligne.
Figures majeures ou inspiratrices du Black feminism
Sueli Carneiro Mary Church Terrell Cheryl L. Clarke Patricia Hill Collins Anna J. Cooper Kimberlé Crenshaw Angela Davis Elsa Dorlin
Shirley Graham Du Bois Frances Harper bell hooks Akasha Gloria Hull Zora Neale Hurston
Esther Cooper Jackson Claudia Jones Feminista Jones Florynce Kennedy Audre Lorde
Barbara Neely Eleanor Holmes Norton Denise Oliver-Velez Rosa Parks Djamila Ribeiro Sonia Sanchez
Margaret Sloan-Hunter Barbara Smith Keeanga-Yamahtta Taylor Recy Taylor Awa Thiam Sojourner Truth Harriet Tubman Amina Wadud Alice Walker
Ida B. Wells Jurema Werneck
Notes et références
Voir aussi Bibliographie
Black feminism Revolution! La Révolution du féminisme Noir ! (L'Harmattan, 2007) - Anthologie de textes du mouvement. Introduction par Elsa Dorlin. Cahiers du Genre /2005 - Féminisme(s) : penser la pluralité Angela Davis, Blues Legacies and Black Feminism: Gertrude Ma Rainey, Bessie Smith, and Billie Holiday (1999) Elsa Dorlin, Performe ton genre : Performe ta race !, Repenser l'articulation entre sexisme et racisme à l'ère de la postcolonie Keeanga-Yamahtta TAYLOR (éd.), How We Get Free: Black Feminism and the Combahee River Collective, Chicago, Haymarket Books, 2017. Jennifer Nash, Réinventer le féminisme noir, Au-delà de l'intersectionnalité, Éditions Aldeia, 2022.
Articles connexes
Liens externes Réseau transnational et transdisciplinaire de jeunes chercheur-e-s travaillant sur le concept d'intersectionnalité : intersectionality.org
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