thumb|Symbole du féminisme islamique. Le féminisme musulman, également appelé féminisme islamique, est un mouvement féministe musulman, souvent proche de l'islam libéralZahra Ali, Amélie Le Renard, Anaïs Albert et Fanny Gallot, « Féminismes : islam, politique et libéralisme. Entretien croisé avec Zahra Ali et Amélie Le Renard », Tracés. Revue de Sciences humaines [En ligne], #15 | 2015, mis en ligne le 01 janvier 2017, consulté le 11 juin 2019. URL : http://journals.openedition.org/traces/6263 ; ., qui revendique un féminisme interne à l'islam et vise à une modification des rapports entre hommes et femmes au sein de la religion musulmane.
Il est comparable, en ce sens, à d'autres mouvements de théologie féministe, tel que le féminisme chrétien ou le féminisme judaïque, en ce qu'il se fonde sur une étude des textes sacrés pour affirmer l'égalité des genres..
Le féminisme islamique tente de créer un espace entre deux positions critiques : d'un côté, celle des fondamentalistes islamiques voyant dans « la juxtaposition des mots “féminisme” et “islamique”, l’héritage sourd d’un mode de pensée “occidental”, étranger aux différentes cultures islamiques », et de l'autre une position féministe ou/et occidentale qui soutient le caractère prétendument incompatible de l'islam et du féminisme, opinion souvent accompagnée d'une dénégation de l'existence de mouvements féministes spécifiques aux pays musulmans. Selon Valentine Moghadam (2006), sociologue et chef de la section « Égalité des genres et développement » à l'Organisation des Nations unies pour l'éducation, la science et la culture (Unesco), ces deux positions extrêmes ou l'islam davantage qu'elles ne permettent de comprendre l'émergence de ces mouvements réformistesColloque organisé par la Commission Islam et laïcité, en collaboration avec l'Unesco, ..
Le féminisme islamique est présent dans de nombreux pays, des États-Unis à l'Afrique du Sud, de l'Europe à l'Asie en passant par le Maghreb et le Machrek, et se mobilise contre le patriarcat à partir de références musulmanesExiste-t-il un féminisme musulman ?, livre issu d'un colloque à Paris, septembre 2006, organisé par la Commission Islam et laïcité de la Ligue des droits de l'homme (LDH), en collaboration avec l'Unesco. En-ligne, ..
Origine et revendications du mouvement Le féminisme musulman se fonde sur l’ pour interroger la place des femmes dans l'islam ou, selon une perspective géopolitique, dans les pays musulmans. Il accorde une place centrale à l'éducation comme élément d'autonomisation des femmes. Selon Valentine Moghadam, le féminisme musulman rejoint le féminisme chrétien et judaïque en s'enracinant dans une perspective religieuse.
Le terme de « féminisme musulman » a été élaboré au début des années 1990. principalement par des femmes iraniennes, laïques et féministes qui s'intéressaient à l'émergence d'un mouvement, depuis les années 1980, qui reformulaient les problématiques féministes à l'intérieur du paradigme islamique. Outre l'Iran, cette expression circulait oralement en Afrique du Sud (Shamima Shaikh), en Égypte, en Turquie, et dans les pays occidentaux. Cela fait suite à l'accès aux études supérieures de femmes issues des classes moyennes, qui ont repris le concept américain des études de genreCamille Sarret, « Le vent du Sud », article par initialement en janvier 2011 sous le titre « Renouveau du féminisme au Sud », Manière de voir , décembre 2016-janvier 2017, ..
Ce mouvement converge en Iran autour de la revue (Femmes), fondée par Shahla Sherkat, qui soulève le débat des relations de genre à l'intérieur de l'islam, et de la compatibilité entre islam et féminisme. Pour de nombreux laïques iraniens, ces deux notions sont incompatibles. La revue Zanan affirmait l'origine sociale et politique des inégalités de genre, et critiquait une large partie du droit musulman comme étant fondé sur une interprétation patriarcale du Coran, soulevant ainsi la question de l’ et du droit des femmes à réinterpréter la jurisprudence islamique (le ). En Turquie, avant d'être assassinée, Konca Kuris fait des textes religieux une lecture analogue, en affirmant qu'ils ne s'opposent pas une égalité entre hommes et femmes, et que ceux qui en font une lecture inverse dévoient le Coran.. En Iran, en Égypte, au Maroc et au Yémen, les féministes musulmanes se sont attaquées au droit musulman de la famille. À l'intérieur de la république islamique d'Iran, certaines féministes musulmanes se réclamaient du fondamentalisme, tandis que d'autres rejetaient sans appel cette doctrine.
Ce mouvement s'appuie sur les interrogations soulevées par les intellectuels musulmans concernant les rapports entre l'islam et la démocratie et les droits de l'Homme, s'inscrivant ainsi dans un courant de réforme plus large (islam libéral) Outre le droit à l’, le féminisme islamique revendique le droit de participer aux prières et d’officier dans des prières mixtes.
Selon Margot Badran, chercheuse au Centre pour la compréhension entre musulmans et chrétiens du prince saoudien Al-Walid ben Talal à l'Université de Georgetown (États-Unis), les concepts centraux de ce mouvement sont l'égalité des femmes et la justice sociale, livre issu d'un colloque à Paris, septembre 2006, organisé par la Commission Islam et laïcité, en collaboration avec l'Unesco.. Selon la chercheuse :
Margot Badran affirme que le féminisme islamiste revendique une conception égalitaire de l'oumma, ou communauté des croyants, qui transcende les divisions Orient/Occident, public/privé, séculier/religieux, et rejette l'idée d'un État islamique.
Histoire du mouvement avant l'émergence du terme Dès avant 1920, la période de renaissance culturelle arabe s'appelle la Nahda, avec l'Égypte en tête des revendications féministes et du mouvement d'émancipation des femmes arabesFemmes de Palestine, féminisme au quotidien. Un outil pédagogique d'Awsa-BE. p. 7. http://awsa.be/uploads/OP_femmespalestine_AWSA.pdf.. Ce mouvement réformiste réclame un statut « égalitaire » de la femme arabo-musulmane. Ses membres combattent notamment contre le port obligatoire du voile islamique, « symbole d'une conception archaïque de la vie sociale » et la fin des harems, et luttent pour le droit à l'éducation des filles et l'obtention du droit de vote des femmes.
En Égypte, le terme « féminisme » est utilisé, dès les années 1920, par les femmes musulmanes participant aux mouvements de libération de la femme, c'est-à-dire au même moment où le terme émergeait aux États-Unis. La féministe sri-lankaise Kumari Jayawardena a montré, en 1986, dans son étude des mouvements féministes dans plusieurs pays orientaux, que les féministes égyptiennes n'avaient pas emprunté la notion de féminisme à l'Occident ; elle rejetait ainsi l'affirmation islamiste selon laquelle le féminisme serait une invention occidentale.
vignette|Huda Sha'arawi (ou Hoda Shaarawi ; arabe : هدى شعراوي), pionnière du mouvement féministe égyptien et arabe, nationaliste et fondatrice de l'Union féministe égyptienne (vers 1900). En 1923, la féministe égyptienne Huda Sharawi (1879-1947) acquiert une renommée internationale après avoir décidé de militer en ne portant pas le voileDenise Ammoun, « En 1923, Hoda Charaoui enlève son voile », in la-croix.com, 9 octobre 2011..
Au contraire, la lutte pour l'égalité des droits s'accompagnait, en Égypte, d'anticolonialisme, luttant aussi bien contre le patriarcat autochtone que contre le colonialisme patriarcal. Du fait de son lien avec le nationalisme, il était alors désigné sous le nom de « féminisme laïc », synonyme, selon Badran, de « féminisme national » (égyptien, syrien, etc.). Huda Sharawi devient ainsi la présidente du Comité central du Wafd, le parti nationaliste, et fonde en 1923 l'Union féministe égyptienne. La même année, elle se dévoile publiquement, devenant la première femme égyptienne à retirer son foulard islamique.
En parallèle en Tunisie, Tahar Haddad, diplômé de l'Université Islamique Zitouna écrit bon nombre d'articles portant sur l'instruction de la femme et son émancipation juridique et sociale dans le journal As-Sawab entre 1928 et 1929. Ces écrits sont à l'origine de son ouvrage le plus connu, Notre femme dans la législation islamique et la société (1930). C'est sur la base de ses travaux que sera promulgué le Code du statut personnel (CSP) du président tunisien Habib Bourguiba de l'après-indépendance.
Avec l'émergence de l'islam politique dans les années 1970, qui remet en cause la distinction séculier/religieux, les féministes musulmanes sont dénigrées en tant que musulmanes dévoyées, et grossièrement décrites comme « brosses à reluire de l’Occident » ou « brosses à reluire de la laïcité ». Certaines féministes laïques se sont alors jointes à ces attaques, pour dépeindre l'islam comme religion fondamentalement sexiste, cliché persistant jusqu'à aujourd'hui. Néanmoins, les échanges entre féministes islamiques et féministes laïques se font aujourd'hui plus importants. Cette alliance a participé à certaines avancées dans les années 2000, comme l'obtention du droit de vote pour les femmes à Bahreïn en 2002 puis au Koweït en 2005 ou encore le Code de la famille au Maroc en 2004.
Tandis que les mouvements féministes laïques à l'intérieur du monde musulman se développaient dans le cadre national, le féminisme islamique se concevait au contraire comme mouvement universaliste, transcendant les frontières étatiques. Il se développa d'abord dans les pays où l'islamisme se révéla comme force politique importante, qui re-dessinait l'espace des femmes dans la société et conduisait à d'importantes régressions du statut de la femme, à l'opposé du progrès social espéré. Al-Fanar (le Phare), Organisation féministe palestinienne incluait ainsi dans les assertions principales de l'islam politique, celle selon laquelle :
Néanmoins, le mouvement féministe musulman se développa parfois même à l'intérieur de ces mouvements islamistes eux-mêmes (ainsi en Turquie). En Afrique du Sud, il émerge à l'issue de la lutte contre l'apartheid. Il apparaît alors que les femmes ont profité d'un accès important à l'éducation, dans tous les domaines, y compris religieux, et alors qu'une population grandissante se retrouve confronté à la modernité, en particulier en raison de l'urbanisation.
Interprétations du Coran Voir aussi Théologie féministe.
Le mouvement féministe musulman montre que le Coran introduit l'idée d'égalité fondamentale de l'homme et de la femme à travers la notion d'insan. Il met en relation le principe d'équilibre (tawwazun) avec le principe d'égalité, et montre que « le Coran n’assigne pas à des rôles sociaux spécifiques » mais « met plutôt en avant la notion de mutualité dans les relations conjugales : les époux se doivent mutuellement protection et assistance ».
Il rejette certains hadîth misogynes comme apocryphes. Ainsi, la sociologue marocaine Fatima Mernissi et l’universitaire turque en études religieuses , par ailleurs spécialiste du hadîth, ont utilisé les méthodologies classiques d’examen des textes islamiques pour démontrer leur inauthenticité. Tuksal travaille avec le Département des affaires religieuses turc (Dinayet) sur un projet consistant à retirer les hadîths misogynes des collections que cette institution publie et distribue à mosquées à travers le monde.
Les féministes musulmanes. ont aussi travaillé sur le fiqh (jurisprudence islamique) qui n'a guère été mis à jour depuis son élaboration et sa cristallisation en quatre écoles juridiques. Elles ont ainsi participé à la réforme du droit de la famille au Maroc (Moudawana), plaçant l’homme et la femme à égalité en tant que chefs de famille, éliminant presque toute forme de polygamie.
Place des femmes dans l'espace religieux