Michelle (de) Sentuary, par son mariage Madame Guesnon de Bonneuil, née le à Saint-Denis sur l’île Bourbon, et morte à Paris le , est une aristocrate française.
Biographie Née le à Saint-Denis, sur l’île Bourbon, Michelle Sentuary est la fille cadette de Jean Sentuary et de Marie-Catherine CaillouCette dernière était nièce du modèle de « Virginie » du roman Paul et Virginie de Bernardin de Saint-Pierre, qui, revenant de France, périt noyée au large de l’Île-de-France.. Elle est élevée à Sainte-Suzanne où son père a une plantation, et à Bordeaux où elle se marie en 1768 avec Nicolas Cyrille Guesnon de Bonneuil, qui a une charge anoblissante dans la maison de la comtesse d’Artois.
Élégante parisienne Elle vient à Paris où, par sa beauté et son charme personnel - sa conversation et ses talents pour le chant et la peintureÉlève d’Élisabeth Vigée Le Brun et de Hubert Robert qui lui donne des cours de peinture à la prison de Sainte-Pélagie, elle expose des natures mortes aux fleurs au Salon national de peinture de 1795. -, elle se rend célèbre dans les milieux artistiques et intellectuels. Élisabeth Vigée Le Brun, qui devient son amie, qui la disait la ; le peintre Alexandre Roslin qui la peignit en ; la pastelliste Rosalie FilleulAncienne collection de la comtesse de Termont, descendante du modèle., le sculpteur Jean-Baptiste LemoynePortrait dit « la princesse (sic) de Polignac » au musée Jacquemart-André., d’autres encore, ont laissé d’elle de très beaux portraitsOlivier Blanc, Portraits de femmes, artistes et modèles à l’époque de Marie-Antoinette, Paris, Didier Carpentier, 2006..
Amie des poètes, elle appartient au Cercle anacréontique dit de « la Caserne », à Marly-le-Roi, institution fort libre inspirée de la maçonnerie, animée par le chevalier Évariste de Parny, auteur de poésies érotiques, le chevalier Antoine Bertin qui célèbre sa sœur Marie-Catherine sous le nom d’EucharisElle épouse le négociant bordelais Jean-Louis Testart, et meurt prématurément en 1783., et le chevalier Michel de Cubières, tous les trois poètes à la mode. Pour financer de nouvelles charges vénales de son mari dans la maison des princes, Michelle de Bonneuil compte, avec Marie-Catherine et leur autre sœur Françoise-Augustine, la jolie - future Jean-Jacques Duval d'Eprémesnil - parmi les « berceuses » du riche financier Nicolas Beaujon, résidant quelque temps à l’hôtel d’Évreux. C’est sans doute à cette époque d’extrême dissipation qu’elle connait le banquier suisse Jean-Frédéric Perregaux qu’elle revoit à intervalles réguliers jusque sous l’Empire qui ne voulait pas être solidaire des dettes de son mari avait – avant sa séparation de biens officielle en 1787 – ouvert un compte privé dont Perregaux était apparemment chargé. À sa mort, Nicolas Beaujon lui lègue les qu’il lui a avancées de son vivant. Selon le peintre John Trumbull en voyage à Paris, elle évolue dans les hautes sphères de la société française, se fait appeler « comtesse de Bonneuil » - il écrit - et elle est une des femmes les plus splendides qu’il ait jamais rencontrées John Trumbull, Autobiography, Reminiscences and letters of John Trumbull from 1756 to 1841, 118-120..
Amie d’Anne de Caumont-Laforce, comtesse de Balbi, qu’elle côtoit au Palais du Luxembourg où son mari, plus âgé qu’elle, est devenu premier valet de chambre du comte de Provence, de Bonneuil a des relations intimes avec diverses personnalités : l’amiral John Paul Jones qui est un amant éphémère, le comte de Vaudreuil qui reste un vieil ami, le baron de Bruny de La Tour d’Aygues qui lui dédie la gravure d’un satyre jouant de la flûte, l’érudit marquis de Cubières, propriétaire de l’Ermitage de la rue de Maurepas à VersaillesAutrefois créé en lisière du parc du château pour de Pompadour, le marquis de Cubières en avait fait un extraordinaire jardin paysager y acclimatant des espèces végétales rares., qui lui donne un fils, ou le comte de Caylus qui prétend l’endoctriner à l’illuminisme. Elle est une femme selon la formule de Charles de Lacretelle, ami d'André Chénier, lui-même également proche d'elleCharles-Dominique de Lacretelle, Histoire du Consulat et de l’Empire, 1846, I, p.312).. Celui-ci la célèbre magnifiquement dans ses Élégies sous le nom de Camille (anagramme de « Micaëlle » ou Michelle) ou « d.z.n » (de « Sentuary d’Azan »).
Elle raconte plus tard à l’abbé Augustin Barruel qu’elle a été . Dans des déjeuners hebdomadaires, l’abbé Raynal cherche surtout à leur insinuer l’athéisme, leur disant Cité par Michel Riquet, Augustin de Barruel, un jésuite face aux jacobins francs-maçons, 1741-1820, Beauchesne, 1989, 87.. Esprit libre et aventureux, de Bonneuil est également initiée aux mystères de Cagliostro et aux rites de la maçonnerie égyptienne dont son beau-frère, Jean-Jacques Duval d'Eprémesnil, est l’un des maîtres.
Les deux maris de sa sœur Françoise-Augustine – Jacques Thilorier et Jean-Jacques Duval d'Eprémesnil –, appartiennent l’un et l’autre à la loge des Neuf Sœurs, et il est très possible que de Bonneuil soit elle-même initiée dans une des loges d’obédience féminine, avant de tourner le dos aux idées nouvelles et aux principes de la philosophie dont elle pense sincèrement, après la Terreur, qu’ils ont amené le .
La Révolution
Contre-révolutionnaire thumb|left|Michelle de Bonneuil. La Révolution venue, partage les idées ultra-conservatrices de Jacques Antoine Marie de Cazalès, son dernier amant en dateIl est le père d’Evelina, leur fille, née en avril 1793, adoptée par la suite par M. Guesnon de Bonneuil et légitimée par lui., et de son beau-frère Jean-Jacques Duval d'Eprémesnil, députés de la noblesse, qui siègent, avec l’abbé Jean-Sifrein Maury, à l'extrême-droite de l’hémicycle lors des séances de l’Assemblée constituante.
Dès 1791, elle s’implique dans les projets contre-révolutionnaires, dont certains aussi mal conçus qu’exécutés de fuite de la famille royale - celui entre autres, élaboré à l’hôtel d’Esclignac et qui se finit par l’arrestation des conjurés le . Elle se lie d’amitié avec les plus célèbres contre-révolutionnaires de cette époque, dont Louis-Alexandre de Launay comte d’Antraigues, qu’elle prétend entraîner au Scioto (aux États-Unis) avec Son beau-frère d’Eprémesnil est l’un des plus actifs promoteurs de la société dite compagnie du Scioto, qui s’avère être une catastrophe pour ceux qui crurent à son avenir., ou surtout le baron Jean de Batz, membre du comité de liquidation à l’Assemblée, Plus tard, en 1808, Jean de Batz – à qui Élie Lacoste puis G. Lenotre ont prêté un rôle démesuré –, épousa Augustine-Françoise, dite « Désirée », Thilorier, fille de Jacques Thilorier et Françoise-Augustine d’Eprémesnil, née Sentuary, longtemps sa maîtresse, qui le protégea lors des événements de vendémiaire an IV..
Lorsque Cazalès, dont elle attend une fille, veut émigrer et échapper à la proscription, l’aide à passer les frontières en l’accompagnant en jusqu’à Lausanne. D’après le registre de sa section, elle se serait ensuite rendue à Coblence (haut-lieu de l'émigration) puis Londres. D’après les membres du comité de surveillance de la section de l’Homme-Armé dont dépend son domicile en 1793, on lui connait des liaisons avec Cazalès, l’abbé Maury, d’Eprémesnil (son beau-frère), (Le Peletier) de Mortfontaine (ancien prévôt des marchands), le comte de Vaudreuil, M. et Lebrun-Pintras (Lebrun-Pindare), et autres, ainsi qu’avec le marquis d’Yères (sic), grand conspirateur, émigré, qu’elle alla
À la veille des massacres de septembre 1792, elle sollicite, très inquiète, l’aide de Jean Claude Hippolyte Méhée de La ToucheAncien agent secret en Russie et futur agent double de Napoléon Bonaparte pendant les conspirations anglaises., alors membre de la Commune, qui lui fait obtenir des passeports permettant à son mari, en grand danger en tant qu’ancien serviteur du comte de Provence, et dépositaire d’archives lui appartenant, de sortir de Paris, de se réfugier chez sa nièce Hutot de Latour à Saint-Leu et d’échapper aux massacres.M. de Bonneuil vécut dorénavant à Saint-Leu-Taverny où sa nièce Hutot de Latour lui donna des soins. Voir Méhée de Latouche, Mémoire sur procès, Paris, 1814 (avec lettre de remerciement de de Bonneuil).. Son mari parti, elle-même enceinte de Cazalèsfait ses couches en rue Neuve-Sainte-Catherine.
Jusqu’à son arrestation le , de Bonneuil se mêle des malheureuses tentatives des royalistes pour sauver Louis XVI, puis Marie-Antoinette, de l’échafaud. Une de ses filles donne quelques détails sur les manœuvres des royalistes pour communiquer depuis un appartement de la rue de la Corderie avec les prisonnières du Temple. de Bonneuil, comme d’autres femmes royalistes ( de Beaufort, de Pompignan, de Bonneval d’Abzac, de Damas, de Langeron, de Saint Maurice, de Laubespin et de Janson), essaye de circonvenir des conventionnels, tel Charles-Nicolas Osselin (alors membre du Comité de sûreté générale), qu’elle attire chez elle. On la dénonce en pour avoir donné à danser à l’annonce d’un revers des armées républicaines ; ce jour-là, Osselin, d’Eprémesnil sa sœur et Michel de Laumur, ancien gouverneur de Pondichéry, se trouvent chez elle.
Arrestation puis libération Elle est arrêtée dans les premiers jours de . , elle obtient, quelques jours après son arrestation, de revenir passer un long moment chez elle, seule – le gendarme la laissant faire –, et en profite pour faire disparaitre des pièces extrêmement compromettantes, toujours sous scellés, notamment des registres provenant de la maison du comte de Provence que son mari, premier valet de Chambre du prince, avait conservésM. de Bonneuil avait été arrêté quelques jours au lendemain de la fuite du comte de Provence et de son favori, le comte d’Avaray, à l’étranger. L’animosité de d’Avaray à l’égard de de Bonneuil peut avoir un rapport avec cette affaire d’archives.. Cette opération terminée, elle réintègre la prison Sainte-Pélagie où elle correspond un temps avec le poète Jean-Antoine Roucher, qui lui dédie des Stances sur les fleurs.
En pluviôse an II, elle rejoint ensuite sa sœur et sa nièce à la prison des Anglaises. Elle échappe toutefois à la guillotine, contrairement à Françoise-Augustine et son mari, tous deux exécutés. Elle est libérée de prison après une incarcération d’un an (). Quelques mois après sa libération, sa fille cadette, Laure de Bonneuil épouse à Saint-Leu-Taverny un ancien constituant devenu homme d’affaires, Michel Regnaud de Saint-Jean d'Angély, qu’elle accompagne en 1796 à Milan, où le couple rencontre Napoléon Bonaparte, dont il partage la fortune et l’infortuneFrançoise-Augustine-Eléonore dite « Laure » Guesnon de Bonneuil, née en 1776 et morte sous le Second Empire, célèbre modèle du peintre François Gérard. Voir Olivier Blanc, Michel Regnaud de Saint-Jean d'Angély, L’Éminence grise de Napoléon, Paris, 2003..
Agent de renseignement en Europe
Agent de Cazalès en Espagne À la veille du coup d’État de vendémiaire an IV, de Bonneuil – qui écrit plus tard dans un long rapport au futur Louis XVIII être entrée, sous une fausse identité, dans la clandestinité depuis le début de la Révolution, et y avoir consacré toute son énergie et risqué sa vie –, semble avoir rejoint un réseau chouan, accomplissant quelques voyages entre Paris et OrléansC’est à Orléans que, plus tard, en 1802, Cadoudal établit Charles d'Hozier, l’un des principaux acteurs du complot contre Bonaparte. où on distribue facilement des faux papiers (entre autres des certificats de résidence pour les émigrés rentrés clandestinement).