vignette|Falaises fossilifères de Joggins, site du patrimoine mondial de l'UNESCO.

Le patrimoine géologique, aussi dénommé géopatrimoineDe Wever P., Egoroff G., Cornée A. & Lalanne A. (eds.) (2014). Géopatrimoine en France. - Mém. H.S. Soc. géol. Fr.,14, 180p, est un sous-ensemble du patrimoine naturel. Il De Wever P., Le Néchet Y., Cornée A. (2006) – Vade-mecum pour l’inventaire du patrimoine géologique national. Mémoire hors série de la Société géologique de France, 12, chap. 1.. Il comprend notamment l'ensemble des sites naturels d'intérêts géologiques, mais également les collections et autres objets et « curiosités géologiques ». Le terme géologie est à prendre dans son acception la plus large (du grec geo-logos : parler de la Terre), regroupant l'ensemble de la géodiversité. Il inclut donc la sédimentologie, la paléontologie, la minéralogie, la tectonique, la géomorphologie etc. Son caractère patrimonial, scientifique, pédagogique, historique ou autre, peut justifier de son recensement dans le cadre d'un inventaire du patrimoine naturel et dans certains cas, de sa protection et de sa valorisation en raison de son intérêt pédagogique et de la demande géotouristique.

Valorisation Le patrimoine géologique et géomorphologique est de plus en plus reconnu par les institutions qui cherchent à le mettre en valeur : valorisation in situ (aménagement de sentiers d'interprétation, de belvédères et de placettes d'observation, pose de panneaux pédagogiques, sorties scolaires encadrées, visites guidées) et ex situ (espaces muséographiques dédiés aux sites géologiques, publication de brochures pédagogiques et de livres, création de site web à vocation pédagogique). La réalisation de produits géodidactiques peuvent ainsi inciter les géotouristes à vouloir découvrir et mieux connaître la géodiversité d’un territoire.

Dans le monde C’est au que sont apparues en Europe, aux États-Unis, au Canada, en Australie et en Nouvelle-Zélande, les premières préoccupations en matière de conservation des objets géologiques., par exemple en Suisse avec la mise sous protection du bloc erratique de Pierrabot en 1838 par la ville de Neuchâtel et celle des blocs erratiques dans les forêts et domaines de l'État en 1895..

La notion de patrimoine géologique a émergé au niveau mondial au début des années 1990 au cours d'un congrès international sur la protection du patrimoine géologique à Dignes-les-Bains (Alpes-de-Haute-Provence) qui vote la « déclaration internationale des droits de la mémoire de la Terre« Comme un vieil arbre garde la mémoire de sa croissance et de la vie dans son tronc, la Terre conserve la mémoire du passé… une mémoire inscrite dans les profondeurs et sur la surface, dans les roches, les fossiles et les paysages, une mémoire qui peut être lue et traduite. Aujourd’hui, les hommes savent protéger leur mémoire : leur patrimoine culturel. A peine commence-t-on à protéger l’environnement immédiat, notre patrimoine naturel. Le passé de la Terre n’est pas moins important que le passé de l’Homme. Il est temps que l’Homme apprenne à protéger et en protégeant, apprenne à connaître le passé de la Terre, cette mémoire d’avant la mémoire de l’Homme qui est un nouveau patrimoine ; le patrimoine géologique. » (art.6 et 7 de la « Déclaration internationale des droits de la mémoire de la Terre » de Digne, 1991). ». Ce symposium réunit sous l’égide de l’UNESCO plus de 150 géologues venus de plus de 30 pays différents Actes du premier symposium international du patrimoine géologique. (1994). Digne-les-Bains, 11-16 juin 1991, Mémoire de la Société Géologique de France, 165, 276 pages..

En 2021, l'Académie américaine des sciences a publié un ouvrage intitulé America's Geoheritage II portant sur l'identification, le développement et la préservation du géohéritage..

En France Au début du , le patrimoine architectural et culturel est reconnu à travers les monuments historiques mais il n'est pas vraiment question de nature.. La notion de patrimoine naturel apparaît en France dans la loi du vouée à la protection des « sites et monuments naturels de caractère artistique ». Elle concerne les ensembles naturels (cascades, grottes, rochers, etc.) qui ont été désignés comme pittoresques par la peinture, les guides touristiques et la photographie. La loi du 2 mai 1930 relative « aux monuments naturels et aux sites de caractère artistique, historique, scientifique, légendaire ou pittoresque » remplace celle de 1906 en enrichissant la liste des caractères justifiant la protection d'un site mais seuls quelques sites d’intérêt paléontologique sont protégés.. Par la loi du , le législateur ouvre la notion de patrimoine naturel à la géologie. Bien qu'essentiellement faite pour la protection du monde vivant, cette loi permet aussi celle des « gisements minéraux et de fossiles » et des « formations géologiques, géomorphologiques ou spéléologiques remarquables ».. L'État reconnait ainsi le patrimoine géologique, au même titre que le patrimoine faunistique et floristique.

En 1980 une première réserve naturelle à caractère géologique est créé (réserve naturelle régionale de Montredon) suivie en 1982 de la Réserve naturelle nationale géologique de Saucats et la Brède (Gironde) et de la réserve naturelle nationale François Le Bail (île de Groix). Ensuite, de 1982 à 1994 neuf réserves naturelles nationales géologiques sont crééesRéserve naturelle régionale de Montredon, réserve naturelle nationale géologique de Saucats et la Brède, réserve naturelle nationale François Le Bail sur l’île de Groix.. Au même moment douze réserves naturelles volontaires à vocation géologique voient le jour Le patrimoine Géologique, fiche des Réserves naturelles en France.. Ce cadre juridique s'est vite montré insuffisant pour protéger les minéraux, fossiles et concrétions. À la suite de diverses démarches, le Ministère de l'environnement créé en 1981 les "Commissions Bouchardeau" pour réfléchir à la protection du patrimoine géologique en France mais aucune suite n'est donné à ce travail.

En 1984 une note de synthèse conclut que ce patrimoine , sans suites. En 1986, la conférence permanente des réserves naturelles (créée 4 ans plus tôt, le et renommée Réserves naturelles de France en 1994) forme en son sein une commission du patrimoine géologique (qui deviendra l'interlocuteur principal du ministère de l'environnement. Elle contribue à la tenue d'un symposium international à Digne en 1991 (alors qu'une étude juridique sur la protection du patrimoine géologique se fait de 1989 à 1992. Ce n'est qu'en 1995 que la Loi Barnier prend à nouveau en compte la protection des sites paléontologiques et minéralogiques mais ses décrets d'application n'ont jamais été publiés.

En , de premières « Journées Nationales du patrimoine géologique » sont organisées au ministère de l'environnement à l'initiative de l'Association des Géologues du Bassin de Paris (AGBP). Des présentations et discussions y permettent notamment d’intégrer au patrimoine géologique les collections privées et publiques, les écrits anciens, les publications de référence et les sites anthropisés. Le patrimoine géologique n’est plus limité à sa composante François Fröhlich, Jacqueline Lorenz et Annie Cornée (coord.) (1998), Actes des 1e journées nationales du patrimoine géologique, 18-19 nov. 1997, Paris, Collection patrimoines naturels du SPN, 38, MNHN / AGBP, 72 p.. Afin de cerner l'intérêt des objets et des sites à protéger, est lancé officiellement l’Inventaire National du Patrimoine Géologique en 2007 sous la responsabilité scientifique du Muséum national d'histoire naturelle.

L'inventaire national du patrimoine géologique

L’inventaire national du patrimoine géologique a été lancé en 2007 dans le cadre de la loi du , relative à la démocratie de proximité. Celle-ci précise en ces termesCode de l’environnement, Art. L. 411-5 que « l'État […] assure la conception, l'animation et l'évaluation de l'inventaire du patrimoine naturel qui comprend les richesses écologiques, faunistiques, floristiques, géologiques, minéralogiques et paléontologiques ». Une méthodologie spécifique a été définie pour cet inventaireEgoroff G., Cornée A., De Wever P., Lalanne A., Avoine J., Duranthon F., Graviou P. et Cabrol P. (2014). Inventaire national du patrimoine géologique, Instructions méthodologiques. In Géopatrimoine en France. - Mém. H.S. Soc. géol. Fr., 14, Egoroff G., Cornée A., De Wever P., Lalanne A., Avoine J., Duranthon F., Graviou P., Cabrol P., Poncet L. et Hobléa F. (2014). Inventaire national du patrimoine géologique, Cadre et organisation. In Géopatrimoine en France. - Mém. H.S. Soc. géol. Fr., 14, p.82-109.

L’État, à travers le Ministère chargé de l’environnement et ses délégations régionales (DREAL), est maitre d’œuvre de cet ouvrageCadre : article L. 411-5 du code de l'environnement, modifié par la loi relative à la démocratie de proximité de 2002. Afin de réaliser un inventaire cohérent et homogène sur tout le territoire, l’élaboration d’une méthodologie commune a été nécessaire De Wever, P., Le Nechet, Y. & Cornée, A. 2006. Vade-macum pour l'inventaire du patrimoine géologique national Mém. H.S. Soc. géol. Fr. 12: 1-162.. L'ensemble des étapes a été discuté, expérimenté et validé par la Conférence Permanente du Patrimoine Géologique (CPPG), instance de réflexion créée par le Ministère et qui comprend : le Muséum national d'histoire naturelle, le BRGM, la Société géologique de France, les Musées de France, les Réserves Naturelles de France, la Fédération Française Amateur de Minéralogie et de Paléontologie et deux experts.

L’inventaire est réalisé en région. Une fois validé par le CSRPNConseil scientifique régional du patrimoine naturel institué par l'article 109-III de la loi du 27 février 2002 relative à la démocratie de proximité. Un décret ( du 26 mars 2004) précise que ces CSRPN sont chargés d’identifier la valeur scientifique des inventaires du patrimoine naturel lors de leur élaboration ou de leur mise à jour. Une noté d'intérêt patrimonial du site prend comme critère l'intérêt géologique principal, l'intérêt géologique secondaire, l'intérêt pédagogique, l'intérêt pour l’histoire de la géologie, la rareté et l'état de préservation. de la région, il doit être validé nationalement par le Muséum national d'histoire naturelle (qui est le référent scientifique de l’inventaire pour le ministère chargé de l’environnement). Une fois validé au niveau national, l’inventaire a pour vocation d’être diffusé et mis en ligne pour tous, dans le cadre du « porté à connaissance ».

Le lancement de cet inventaire du patrimoine géologique a été critiqué par certaines associations et fédérations d'associationsCritique du lancement de l'inventaire du patrimoine géologique en France : lire sur le site du Club Minéralogique et Paléontologique de la Métropole Nord et le Club Géologique de la Poste, France Télécom et leurs filiales Nord - Pas de Calais la page http://www.geologie-info.com/une/inventaire-patrimoine-geologique.php. Ou encore sur le site de la Fédération Géopolis la page http://www.geopolis.fr/joomla/index.php/articles-et-dossiers-publies/102-notion-de-patrimoine-geologique-.html.