Le , ou, plus précisément, le sanctuaire Nikkō Futarasan, est un sanctuaire shintō du Japon, situé à Nikkō, dans la préfecture de Tochigi, sur l'île de Honshū. Fondé en 767 par le moine bouddhiste Shōdō Shōnin, ascète montagnard et propagateur de l'enseignement du Bouddha dans l'ancienne province de Shimotsuke, il a été classé, en 1998, site historique national par le gouvernement japonais. Il fait partie, avec le Nikkō Tōshō-gū et le temple Rinnō voisins, du site des sanctuaires et temples de Nikkō, inscrit en 1999 sur la liste du patrimoine de l'humanité établie par l'UNESCO.

Situation Environ , à vol d'oiseau, au nord de l'agglomération de Tokyo, le sanctuaire Futarasan est un complexe religieux qui s'étend sur , dont une grande partie est couverte de forêts.. Il est composé de trois sites distincts dans la ville de Nikkō (préfecture de Tochigi), sur l'île de Honshū, au Japon. Le sanctuaire principal, le honsha., est situé au pied d'une colline, à l'altitude de , dans le quartier SannaiLe quartier . du centre-ville de Nikkō. Le sanctuaire intermédiaire, appelé Futarasan-jinja Chūgū-shi. ou, plus couramment, Chūgū-shi, se trouve dans le quartier Chūgū-shi, sur la rive nord-est du lac Chūzenji, au bas du versant sud du mont Nantai (altitude ). Au sommet de ce dernier (), loku-miya, sanctuaire annexe d'un sanctuaire principal. du sanctuaire rappelle le caractère sacré de la montagne.. De l'enceinte du honsha, les deux lieux saints annexes sont accessibles par la route nationale 120, qui relie le centre-ville de Nikkō à celui de Numata dans la préfecture voisine de Gunma.

Dans le quartier Sannai, le sanctuaire Futarasan forme avec le Nikkō Tōshō-gū et le temple Rinnō voisins, le site des sanctuaires et temples de Nikkō, inscrit en 1999 sur la liste du patrimoine de l'humanité établie par l'UNESCO. Le quartier est lui-même classé, depuis 1998, site historique national..

Le périmètre sacré du sanctuaire Futarasan comprend un autre symbole historique de Nikkō : le Shinkyō, un pont en bois laqué enjambant la rivière Daiya, environ au sud-est du principal sanctuaire. Il inclut aussi les chutes de Kegon, à la pointe nord-est du lac Chūzenji, et, au bas du versant sud-est du mont Nantai, la colline Irohazaka sur laquelle la route nationale 120 forme un circuit de virages en lacet...

Associé aux deux sanctuaires du quartier Sannai qui lui sont affiliés : le Takinoo-jinja et le Hongū-jinja, il constitue une triade de lieux saints appelés les « trois sanctuaires de NikkōLes .... ». Derrière le sanctuaire d'Ise, situé dans la ville d'Ise (préfecture de Mie), le Futarasan-jinja est le sanctuaire shintō le plus important en superficie.

Spiritualité et religion

Syncrétisme shintō-bouddhique Bien que fondé par un moine bouddhiste, le sanctuaire Futarasan est un lieu saint du shintoïsme, religion autochtone de l'archipel japonais. Chacun des trois sites du complexe religieux est dédié à une divinité du shintō, un kami. Son fondateur, Shōdō Shōnin (735-817), était un moine itinérant de la province de Shimotsuke, adepte d'une forme ésotérique du bouddhisme appelée shugendō et qui privilégie l'ascétisme montagnard.. Pour assurer la réception de la parole du Bouddha auprès des gens du peuple, il a dû composer avec les croyances et les traditions locales du shintoïsme, implantées depuis plus longtemps que celles relatives à sa foi bouddhique... Ainsi s'est élaborée une forme originale de syncrétisme religieux mêlant philosophie bouddhique et spiritualité shintō : le Nikkōsan shinkō.. ou la « foi dans les montagnes de Nikkō ». La fondation du temple bouddhique Rinnō en 766.. et, l'année suivante, celle du sanctuaire shintō Futarasan.. constituent la réalisation concrète de celle-ci.

Futarasan-daijin vignette|Statue en bronze de Futarasan Ōkami, au sommet du mont Nantai.|alt=Photo couleur d'une statue en bronze posée sur un socle en pierre et représentant une divinité masculine sur un nuage, avec un ciel nuageux en arrière-plan.

Depuis des temps immémoriaux, les trois volcans des monts Nikkō : les monts Nantai, Nyohō et Tarō, sont vénérés par la population locale pour les cours d'eau qui naissent de leurs pentes et alimentent en eau les rizières., chacun des trois édifices volcaniques étant considéré comme la résidence d'une divinité du shintō. En outre, les trois montagnes formeraient une famille dont le mont Nantai serait la figure paternelle, le mont Nyohō voisin serait la mère, et le mont Tarō le fils aîné.. L'œcuménisme shintō-bouddhiste établi par saint Shōdō énonce que les esprits divins qui habitent les montagnes de Nikkō sont des manifestations de bouddhas (gongen).. Le volcan Nantai serait la demeure d'Ōkuninushi, dieu shintō de la médecine et des affaires, et avatar de Senju Kannon, la déesse bouddhique de la miséricorde, dotée de mille bras. Sa compagne, la princesse TakiriLa , selon le Kojiki, recueil de mythes concernant l’origine des îles formant le Japon et des dieux du shintō, aussi nommée dans le Shoku Nihongi, un texte d'histoire du Japon du ., incarnation divine du bouddha Amida et fille d'Amaterasu, la déesse solaire tutélaire de l’archipel nippon, habiterait le mont Nyohō. Leur fils, Ajisukitakahikone, double céleste de Batō Kannon est l'esprit divin maître du mont Tarō. Les trois gongen, collectivement nommés Nikkōsanzan., ou Nikkōsanja gongen.., et représentés par Futarasan Ōkami ou Futarasan-daijinFutarasan Ōkami ou , la divinité shintō des montagnes sacrées de Nikkō.., sont honorés au Futarasan-jinja, tandis que les trois bouddhas sont les idoles révérées au temple Rinnō..

Histoire Contexte historique Au , des échanges entre le roi du Kudara, un royaume de Corée, et le souverain de la province de Yamato, installé à Asuka, favorisent la propagation du bouddhisme parmi les élites nobiliaires du Japon. En 587, le bouddhisme devient religion d'État au détriment du shintō... Cependant, dans les temples dédiés à la nouvelle religion et les sanctuaires anciens, des pratiques syncrétiques mêlant les deux croyances apparurent progressivement. À l'époque de Heian (794-1185), le « mélange des kamis et des bouddhas » s'approfondit et se répand dans le peuple, sous l'impulsion de moines bouddhistes, tels que Kōbō-Daishi, saint fondateur de l'école bouddhiste Shingon..

Fondation du sanctuaire vignette|Statue de Shōdō Shōnin devant le Rinnō-ji à Nikkō.|alt=Photo couleur montrant, sur fond de ciel bleu, une statue en pied d'un homme chauve en tenue de moine itinérant sur un rocher gravé d'une inscription.

Au milieu des années 760, le moine bouddhiste Shōdō, originaire d'un village du Sud-Est de la province de Shimotsuke., située dans le Nord de la plaine du Kantō, débarque dans la vallée fluviale de l'Ouest de la province, au bas du versant sud-est du mont Nantai, un volcan qui lui évoque Fudaraku-san, la demeure mythique de Kannon, déesse bouddhique de la miséricorde.. Une autre théorie avance que Nikkō, lecture sino-japonaise de Futarasan, dériverait de futa ara, désignant les deux kami manifestés que représenteraient les monts Nantai et Nyohō. Déterminé à propager l'enseignement du Bouddha, il fonde, au nord de la rivière Daiya, un temple bouddhique : le Rinnō-ji, puis, une année plus tard, en 767, le Hongū-jinjaLe ... Sous la forme d'un hokora (sanctuaire miniature) dédié à Futarasan Ōkami, ce dernier, situé quelques centaines de mètres à l'est du temple Rinnō, n'est que la forme embryonnaire du sanctuaire Futarasan. En 782, il réussit l'ascension du mont Nantai... À la suite de deux tentatives infructueuses., il réalise la conquête de la montagne, à partir du lac Chūzenji, en plus de deux jours, après sept jours de prières et d'invocations des dieux protecteurs sur la rive nord du lac. Pour célébrer son succès, Shōdō construit près du sommet du volcan un sanctuaire auxiliaire du Hongū-jinja et, en 784, un jingū-ji, terme générique désignant un temple bouddhique associé à un sanctuaire shintō. sur la rive nord du lac, au pied du versant sud de la montagne.. Le sanctuaire shintō bâti dans l'enceinte du nouveau temple bouddhique est aussi une annexe du Hongū-jinja. Ainsi, le mont Nantai, objet de culte du shintō, devient aussi un lieu sacré du bouddhisme.

En 808, le sanctuaire miniature voisin du temple Rinnō est remplacé par un honden (bâtiment principal, aussi appelé shaden).. En 820, Kūkai séjourne dans les lieux saints construits au pied du mont Nantai. Suivant les traces de son prédécesseur, saint Shōdō, décédé trois ans auparavant, il fait ériger, au nord du Futarasan-jinja, un sanctuaire dédié au gongen du mont Nyohō : le Takinoo-jinja.. En outre, il rebaptise le volcan Nantai en mont NikkōLe ., un toponyme à l'origine du nom de la cité qui se développe autour des sanctuaires et des temples, dans la vallée traversée d'est en ouest par la rivière Daiya... En 827, le sanctuaire Hongū devient un lieu d'adoration d'Ajisukitakahikone, en lien avec le mont Tarō.. Un peu plus loin, un nouveau lieu de culte consacré à Futarasan Ōkami est construit : le sanctuaire Shingū. L'emplacement du Hongū-jinja, près du point de confluence de la rivière Daiya et d'un de ses affluents, la rivière InariLa ., ne permettait pas son agrandissement, en raison des inondations fréquentes engendrées par les crues de ces cours d'eau. Vingt-trois ans plus tard, le Shingū est déplacé au pied d'une colline, à l'endroit où se trouve l'actuel Futarasan-jinja..

Lorsqu'en 927, lEngishiki,un recueil de lois et de règlements, est achevé, le Shingū, sous le nom de Futarasan-jinja, est répertorié dans la hiérarchie des sanctuaires shintō dont le clergé est placé sous la tutelle du ministère des Cultes shintō..

Époque médiévale vignette|Statue de Tenkai à Nikkō.|alt=Photo couleur montrant, sur fond de ciel bleu nuageux, une statue en pied d'un homme en tenue de moine sur un rocher gravé d'une inscription.