Le portique d'Octavie (en latin : Porticus Octaviae), appelé portique de Metellus (en latin : Porticus Metelli) sous la République romaine, puis parfois portique de Sévère (en latin : Porticus Severi) après le IVe s., est un ensemble de monuments romains antiques situé sur le Champ de Mars à Rome, près du théâtre de Marcellus. En plus de l'enceinte à colonnades, le portique se compose de divers édifices, dont une entrée monumentale et deux temples, l'un dédié à Junon Regina et l'autre à Jupiter Stator.
Localisation Le portique d'Octavie est construit au sud du Champ de Mars, aux pieds des pentes sud du Capitole, près du cirque Flaminius. Durant l'Empire, il est un des trois grands portiques qui marquent l'extrémité nord-est de l'esplanade occupée à l'origine par le cirque (voir le plan). C'est à proximité de ce portique que se trouve la grande Insula dell’Ara Coeli. Les ruines du portique et des temples se trouvent sous l'église Santa Maria in Campitelli et la Via di SantAngelo in Pescheria.
À la fin du , Auguste intègre le portique au sein d'un complexe dynastique plus vaste, comprenant le temple d'Apollon qui célèbre sa victoire sur Marc Antoine et Cléopâtre et le théâtre de Marcellus, dédié à son neveu et gendre Marcus Claudius Marcellus, malgré un manque d'alignement de l'ensemble. Cette association d'un théâtre, d'un temple et d'un portique rappelle le complexe pompéien sur le Champ de Mars, réalisation architecturale monumentale qu'Auguste a peut-être voulu concurrencer. Le trois monuments sont quasiment accolés, l'arrière du podium du temple d'Apollon jouxtant le mur extérieur du côté oriental du portique et les arcades du théâtre les plus proches n'étant situées qu'à seulement de l'angle sud-est du portique.
Histoire Antiquité Le portique de Metellus Le portique, peut-être le premier du genre à Rome, est construit à partir de par Quintus Caecilius Metellus Macedonicus, après la célébration de son triomphe pour ses victoires sur les Macédoniens d'Andriscos. Les travaux sont financés ex manubiis, c'est-à-dire à partir du butin amassé durant la campagne. Il est construit autour d'un temple déjà existant, voué à Junon Regina en par le consul Marcus Aemilius Lepidus et construit en alors que Lepidus est censeur. Metellus fait construire un deuxième temple, selon la même orientation, qu'il dédie à Jupiter Stator. Le portique est dédié entre , année du consulat de Metellus, et , année où il occupe la censure. Selon les Fasti Antiates Minores, le dies natalis du temple de Junon est fixé le et celui du temple de Jupiter le . Le temple de Junon, probablement endommagé en , est restauré par la même occasion. Le portique est célèbre à l'époque républicaine pour le nombre d’œuvres grecques qui y sont exposéesCicéron, Verrines, 2, 4, 126.
La reconstruction augustéenne Le portique est entièrement reconstruit entre 33 et Quand Dion Cassius affirme qu'il a été construit après l'an avec le butin des campagnes en Dalmatie, il confond ce portique (Porticus Octaviae) avec un autre, nommé Porticus Octavia., juste avant la reprise des travaux de construction du théâtre de Marcellus tout proche. Il paraît probable que les travaux ont été ordonnés et financés par Octave-Auguste qui dédie ensuite le monument à sa sœur Octavie, 4 mais il est possible que cette dernière en soit le commanditaireFestus, De Significatione Verborum, 188L. Selon certains auteurs antiques, Octavie n'aurait en fait entrepris la construction que de quelques annexes du portique, comme la bibliothèquePlutarque, Vie d'Antoine, 30, 6, la curia et les scholaePline l'Ancien, Histoire naturelle, 35-36. Après la reconstruction, Auguste dédie de nouveau le complexe, le nom de Metellus disparaît alors, et fixe le dies natalis des deux temples, comme celui de tous les temples des environsFasti Palatii Urbinatis, au 23 septembre, jour de son propre anniversaire. Les nombreuses œuvres d'art dédiées par Metellus sont dorénavant associées aux victoires et au programme d'Auguste, exposées dans des jardins et au sein de pièces d'eau.
Le portique est touché en 80 par un incendie et est restauré peu après, probablement sous DomitienDion Cassius, Histoire romaine, LXVI, 24, 2, bien qu'aucune inscription ne l'atteste. Cette restauration est déduite d'un passage de Suétone qui précise que l'empereur fait réparer les bibliothèques détruites dans un incendie au début de son règne, se référant peut-être à la bibliothèque du portique.
La restauration sévérienne Il est de nouveau reconstruit en 203 par Septime Sévère et Caracalla après l'incendie qui s'est déclaré en 192, peu avant l'assassinat de Commode, comme l'atteste cette fois-ci l'inscription du propylée. Les travaux ne sont entrepris qu'une dizaine d'années après la destruction du monument étant donné l'agitation politique et la guerre civile qui suivent la fin du règne de Commode. La plupart des édifices endommagés par l'incendie restent en ruine jusqu'à ce que Septime Sévère soit en mesure de rétablir une situation politique stable.
Cette restauration, qui s'inscrit dans un vaste programme édilitaire entrepris par Septime Sévère, révèle une volonté de l'empereur de se créer un lien particulier avec Auguste et les valeurs attachées à ce dernier dans l'esprit des Romains. Septime Sévère utilise cette restauration pour promouvoir sa propre politique en se réappropriant l'histoire et la signification donnée au complexe par Auguste. Selon l'auteur anonyme de lHistoire Auguste, il fait exposer dans le portique des objets liés à ses victoires et ses triomphesHistoire Auguste, Sévère, 21, 12Histoire Auguste, Caracalla, 9, 6. La restauration a été relativement importante puisque toutes les structures encore en élévation aujourd'hui datent de l'époque sévérienne, seules les fondations contiennent encore des matériaux remontant à la construction de Metellus ou à la reconstruction d'Auguste. Une nouvelle inscription dédicatoire est fixée à cette occasion, remplaçant toute autre inscription, si bien que le nom des précédents commanditaires finit par se perdre et le portique devient connu à partir du et durant le Moyen Âge sous les noms de Porticus Severi, Porticus Severianus, Porticus Severini ou Templum SeverianumPorticus Severianus dans le Liber Politicus, Porticus Severini dans lOrdo Benedicti et Templum Severianum dans les Mirabilia..
L'édifice est endommagé en 442 par un tremblement de terre. C'est peut-être à cette occasion que les deux colonnes du propylée qui sont tombées sont remplacées par une arche en brique.
Moyen Âge et Renaissance Durant le Moyen Âge et jusqu'au , la zone du portique est transformée en marché aux poissons. L'église Sant'Angelo in Pescheria, construite au cours du sur une partie des ruines du portique, tire son nom de la nature du marché situé à proximité. L'entrée monumentale méridionale du portique est modifiée et deux colonnes sont remplacées par une grande arche en brique sous laquelle s'installent les commerçants.
Les vestiges du portique se trouvent dans les limites du ghetto juif instauré par le pape Paul IV en 1555 et disparaissent peu à peu sous les nouvelles constructions.
Fouilles archéologiques Du portique d'Octavie restent essentiellement visibles le propylée d’entrée sud-ouest et un tout petit tronçon de colonnade, dégagés en 1878 lors de la destruction des édifices du vieux quartier du ghetto. L'entrée monumentale n'a été préservée qu'en partie, ne restant que deux colonnes sur la gauche de la façade avant et trois sur la façade interne. L'angle sud-ouest est mis au jour entre 1938 et 1939. Les colonnes et la section du mur alors dégagées, ainsi que les colonnes du propylée, sont datées de la restauration sévérienne d'après l'étude de la décoration des chapiteaux.
Description Le temple de Junon Regina Le temple dédié à Junon, antérieur à la construction du premier portique, est représenté sur un fragment de la Forma Urbis comme prostyle hexastyle. Les colonnes sont d'ordre corinthien, de marbre blanc, et mesurent de haut pour de diamètre.
Seuls des vestiges de ce temple subsistent aujourd'hui, visibles dans les caves des constructions modernes. Ils consistent principalement en fragments de blocs de travertin et de brique, ainsi que de fragments de colonnes et d'entablements en marbre.
Le portique de Metellus Le portique construit au milieu du enclot deux temples, l'un préexistant dédié à Junon Regina et l'autre construit en même temps que le portique et dédié à Jupiter Stator. Les quelques vestiges de péperin mis au jour et datant du correspondent à un portique à deux travées, du moins pour la partie sud, sur le modèle du portique d'Octavius qui reprend le plan typique du temenos hellénistique. La rangée intérieure de colonnes est d'ordre ionique. Les façades extérieures du portique ont pu être fermées par un mur contenant des exèdres.
Le temple de Jupiter Stator Selon Vitruve, le temple de Jupiter est l’œuvre de l'architecte grec Hermodore de SalamineVitruve, De Architectura, III, 2, 5, qui a probablement également supervisé les travaux de construction de tout le portique et de restauration du temple de Junon Regina. Les vestiges archéologiques du temple de Jupiter Stator in Circo se limitent à des fragments du mur de soutènement et ne fournissent aucun indice sur sa structure architectonique. Il ne reste à la disposition des archéologues que des mentions dans les textes antiques et une représentation du temple sur le plan de marbre de la Forma Urbis.
Selon Velleius Paterculus, le temple est majestueux et orné avec luxe (manificientia et luxuria)Velleius Paterculus, Histoire Romaine, I, 11, 5. En effet, le temple serait entièrement construit en marbre, une pratique inédite à Rome. À l'origine, le temple devait être hexastyle et périptère, avec onze colonnes latérales, et devait se tenir sur une crépis dans un style purement hellénistique. L'intervalle entre les colonnes en façade est égal à celui entre les colonnes latérales et entre la rangée de colonnes et le mur de la cella. Vitruve cite le temple comme exemple lorsqu'il définit le temple périptère dans son traité sur l'architecture. Le temple devait être d'ordre ionique comme semble le confirmer la découverte récente dans les limites des ruines du portique d'Octavie d'un fragment d'un chapiteau ionique en marbre de Paros de bonne facture et richement orné. La hauteur du chapiteau est évaluée à pour un abaque large de , correspondant à une colonne d'un diamètre de . Toutefois, il est possible que ce chapiteau ait appartenu à une colonne des portiques à double travée, la colonnade intérieure plus haute, plutôt qu'au temple. Dans l'hypothèse où il s'agit bien d'une colonne du temple, il est possible d'évaluer les dimensions de l'édifice, qui varient selon l'espace entre les colonnes, le temple pouvant aussi bien être pycnostyle (entrecolonnement égal à une fois et demi le diamètre des colonnes) que systyle (entrecolonnement égal à deux diamètres de colonnes). Dans le premier cas, le temple est long de et large de , des proportions identiques à celles du temple de Mars situé dans la même zone et construit par le même architecte. Dans le deuxième cas, le temple est plus grand () mais les colonnes seraient moins hautes ().
Sur le plan de la Forma Urbis, le temple est représenté avec des colonnes sur trois côtés dont dix colonnes latérales et non onze comme l'indique Vitruve, et avec un escalier d'accès au pronaos frontal selon le plan typique des temples italiques. Cette évolution peut être expliquée par une modification apportée au temple lors d'une restauration, par exemple sous Auguste lorsqu'est entreprise la reconstruction du portique. À cette occasion, le plan du temple est modifié et devient peripteros sine postico, c'est-à-dire sans colonne à l'arrière.