Michel Marcel Navratil (plus simplement Michel Navratil, présenté en 1912 sous le surnom de et le pseudonyme d'), né à Nice et mort à Saint-Clément-de-Rivière, est un rescapé français du naufrage du Titanic et professeur d'université en philosophie.

À l'âge de trois ans, le , il embarque sur le Titanic à Southampton, accompagné de son petit frère Edmond et de son père Michel. Ce dernier, tailleur à Nice d'origine slovaque et ayant découvert l'adultère de son épouse, avait décidé de refaire sa vie à Chicago. Il a subtilisé ses enfants à la garde de leur mère alors que le couple est en instance de divorce, et embarque avec eux sur le transatlantique Titanic. Les deux enfants, rescapés du naufrage après avoir été embarqués sans leur père dans le dernier canot de sauvetage, sont identifiés avec difficulté mais sont finalement réunis un mois plus tard avec leur mère. Michel Navratil obtient par la suite un doctorat en philosophie puis devient professeur à l'université de Montpellier.

Michel Navratil a acquis une certaine notoriété, d'abord parce que la presse s'est intéressée à cette affaire peu après le naufrage, dans la mesure où les Navratil étaient les seuls enfants rescapés n'ayant été réclamés par aucun parent. De plus, à partir des années 1980 et de la découverte de l'épave, Michel Navratil commence à prendre la parole en public et livre son témoignage, attirant de nouveau l’intérêt des médias. Enfin, parce qu'il est le dernier rescapé masculin du Titanic à mourir, et le dernier de nationalité française. Plusieurs livres ont été publiés afin de relater l'histoire de la famille, en particulier Les Enfants du « Titanic » écrit par Élisabeth Navratil, sa fille.

Biographie Naissance et famille alt=Photo de Michel Navratil|vignette|Michel Navratil (1880-1912), père de Michel et d'Edmond Navratil. Michel Marcel Navratil est le fils de Michel Navratil et de Marcelle Navratil, née Caretto (ou Carretto, l'orthographe variant selon les sources). Son père, ressortissant hongrois à l'époque de la catastrophe du Titanic, nait en 1880 à Sereď, dans l'actuelle Slovaquie, à quarante kilomètres de Presbourg (Bratislava), de Michal Navrátil et Magdaléna Navrátilová. Il fait son apprentissage de tailleur à Vienne avant d'émigrer en France en 1902, à Paris tout d'abord, puis à Nice où il trouve une place de second tailleur. Brillant sujet, il ouvre dès 1907 à Nice « Mr Michel Navratil », Encyclopedia Titanica. Consulté le 5 décembre 2013 une boutique de prêt à porter dont il dessine les modèles. Sa boutique de couture connaît un grand succès et la famille vit dans l'aisance.

Marcelle Caretto est née en 1890 à Buenos Aires et possède la double nationalité italienne et argentine. Son père et son frère, âgé de 4 ans, sont morts de la fièvre jaune dans la forêt vierge d'Amazonie où Caretto, ébéniste d'art, se procurait du bois précieux. Rentrée en France avec Angela, sa mère devenue veuve, Marcelle, âgée de deux ans, retourne à Turin, d'où est originaire la famille, puis y est scolarisée. Angela épouse ensuite en secondes noces Antonio Frattini, menuisier de son état, dont elle a quatre filles qui meurent toutes à la naissance. La famille émigre ensuite à Nice en 1906 où Marcelle, qui joue du piano et aimerait devenir chanteuse d'opéra, est mise contre son gré en apprentissage dans une boutique de tailleur où travaille Michel Navratil.

En 1907, Michel et Marcelle se marient à Londres (ils n'ont pas de papiers officiels et ne peuvent être mariés en France). Deux enfants naissent bientôt : Michel, le , et Edmond, le . Au cours de l'année 1910, Michel Navratil découvre que sa femme a une liaison avec l'un de ses meilleurs amis, Enrico (Henri) Rey di Villarey, parrain du petit Michel, et, profondément blessé, décide de se séparer d'elle en entamant une procédure de divorce. La garde des enfants est confiée à l'oncle de Marcelle qui les ramène chez leur mère.

Sur le Titanic thumb|Le Titanic à Southampton le 10 avril 1912.|alt=photo en noir et blanc d'un paquebot aux cheminées fumantes naviguant en mer

En , après la vente, à son ami et collègue Louis Hoffmann, de sa boutique qu'il a négligée depuis la séparation d'avec Marcelle, Michel Navratil décide de partir avec ses deux enfants s'installer à Chicago, où une partie de sa famille a émigré, afin de recommencer une nouvelle vie« Biographie de Michel Navratil senior », La Cité de la Mer. Consulté le 5 décembre 2013. Il enlève ses enfants à leur mère (le couple est en instance de divorce) durant le week-end de Pâques, lors de son droit de visite, en expliquant simplement à ses enfants qu'ils déménagent et que leur mère les rejoindra ensuite. Ensemble, ils remontent la France en train, rejoignent l'Angleterre via Calais et embarquent le à Southampton avec trois billets de deuxième classe achetés à Monte Carlo. La logique aurait voulu que les Navratil embarquent à Cherbourg où le Titanic fait une escale mais Michel choisit l'Angleterre afin d'éviter tout contrôle de la police française, tout comme il embarque sous un faux nom. Grâce au passeport qu'il a emprunté à Louis Hoffmann, il voyage sous ce pseudonyme ainsi que ses enfants. Le navire effectue alors son voyage inaugural à destination de New York. À bord du Titanic, Michel Navratil et ses fils occupent une cabine de deuxième classe, probablement située sur le pont F. Ils ne lient guère connaissance durant la traversée mais plusieurs témoins attestent de leur présence, comme Bertha Lehmann à qui Navratil a confié la surveillance de ses enfants alors qu'il jouait aux cartes avec des passagers « Miss Bertha Lehmann », Encyclopedia Titanica. Consulté le 5 décembre 2013. Dans son livre-témoignage publié en , Lawrence Beesley décrit également son après-midi du , mentionnant les Navratil aperçus en train de jouer gaiement sur le pont promenade de deuxième classe. Il évoque ensuite le père des enfants, avant d'ajouter que nul n'aurait pu soupçonner le drame familial qui se jouait pour eux.

Le , le Titanic heurte un iceberg à , et les premiers canots sont mis à l'eau à partir de , la plupart à moitié vides. Pour une raison inconnue, alors que l'emplacement des installations de deuxième classe offre un accès rapide aux embarcations et qu'il aurait pu mettre très tôt ses enfants en sécurité, Michel Navratil fait embarquer ses deux enfants au dernier moment, dans le canot pliable D, le dernier canot mis à la mer avec succès vers , et avec seulement une vingtaine de personnes à bord pour 47 places« Composition du radeau pliable D », Le Site du Titanic. Consulté le 5 décembre 2013. Le deuxième officier Charles Lightoller forme une chaîne autour du canot avec des membres d'équipage afin d'éviter que des hommes y embarquent, les officiers à bâbord étant en effet plus stricts sur ce point que ceux de tribord et n'acceptant que les femmes et les enfants. Avant de quitter l’aîné de ses fils, Michel lui confie un message oral pour sa mère : « Tu lui diras que je l'aimais beaucoup et que je souhaitais la faire venir en Amérique quand nous serions installés ». Pendant ce temps, le canot commence à descendre vers la mer et Michel jette Lolo dans les bras tendus des passagers qui le recueillent, indemne. Le Titanic sombre vers .

Les deux petits Navratil sont ainsi les derniers des vingt-deux enfants de deuxième classe à être sauvés, sans que l'on ait d'indice expliquant pourquoi leur père tarda tant à les placer dans un canot. Selon le témoignage de Michel Navratil fils qui, malgré ses presque quatre ans, garde des souvenirs de cette nuit tragique, son père et un inconnu sont entrés dans leur cabine durant la nuit, les ont arrachés au sommeil, habillés de plusieurs couches de vêtements et conduits sur le pont supérieur à la recherche de canots où embarquer.

Le matin, vers , Michel Navratil Junior et son frère sont secourus par le Carpathia avec les quelque 700 autres rescapés du naufrage et sont hissés à bord du navire dans des sacs de toile. À bord, les deux enfants, qui parlent français, sont incapables de donner leurs noms : ils ne connaissent que leurs surnoms, Lolo et Monmon, et sont les seuls enfants à n'être réclamés par aucun parent. Ils sont alors pris en charge par des passagères, en particulier Eleanor Widener et Margaret Hays (ainsi que, peut-être, Madeleine Astor).

Médiatisation et réunion familiale

Le vers , alors que le Carpathia arrive à New York, Michel et son frère ne sont toujours pas identifiés et attirent malgré eux l’intérêt des médias. La presse mondiale se passionne pour l'affaire des « Orphelins de l'Abîme » (surnom donné par la presse aux enfants Navratil). En effet, les deux petits ne connaissent que leurs surnoms de Lolo et Monmon, aussitôt déformés par les journalistes en Louis (sans doute parce que leur père décédé s'est fait inscrire sur la liste des passagers sous le nom de son ami, Louis Hoffmann), attribué à Michel, et Lolo, attribué à Edmond, leur origine demeurant un mystère.

Michel et Edmond passent leur première semaine à New York chez Margaret Hays « Miss Margaret Bechstein Hays », Encyclopedia Titanica. Consulté le 5 décembre 2013 qui est aidée par la pour la recherche de leur mère (qui était restée à Nice). Les enfants sont interrogés par Étienne Lanel, le Consul général de France, qui a reçu des télégrammes de Marcelle par l'intermédiaire du consulat anglais de Nice. Il peut comparer les témoignages des enfants avec ceux de leur mère, qui se voit offrir par la White Star Line un aller-retour Cherbourg/New-York/Cherbourg sur le RMS Oceanic pour venir récupérer ses enfants. Ensuite, Margaret Hays confie Lolo et Monmon durant trois semaines à la famille Tyler qui loge à Elkins Park, près de Philadelphie, le grand domaine de leur tante, Eleanor Widener, qui pleure son mari et son fils, morts, comme le père des deux enfants, dans la catastrophe du Titanic. C'est elle qui a recommandé cette famille pour sa maîtrise du français« Biographie de Michel Navratil fils », La Cité de la Mer. Consulté le 5 décembre 2013. Or la gouvernante des enfants n'est autre que Rose Bruno, cousine germaine de Marcelle, dont la famille vit toujours à Nice (son père est l'oncle auquel le tribunal a confié la garde des enfants), qui ignore tout du rapt des enfants. C'est elle, sans doute, qui a dû aider à leur identification.

C'est en lisant un article de Nice-Matin paru le que Marcelle Navratil apprend que deux petits garçons français non identifiés, rescapés du Titanic, probablement orphelins de leur père, attendent leur mère à New-York. Elle prend contact avec le Consul britannique à Nice qui s'adresse au Consul de France à New-York Étienne Lanel et au journal New York Herald, à l'origine de l'information. Afin de s'assurer que Marcelle est bien leur mère, des questions personnelles sont posées à la mère et aux enfants et comparées entre elles. Une photo des garçons est ensuite réclamée à Marcelle par le consulat de France afin que leur identité soit définitivement établie. Les retrouvailles entre la mère et ses fils ont lieu devant témoins à New York le . Tous trois regagnent la France deux jours plus tard, à bord du RMS Oceanic, après avoir donné des interviews à la presse.

Leur père est porté disparu mais son corps est retrouvé deux jours après le naufrage par le Mackay-Bennett, navire affrété par la White Star Line dans le but de récupérer les corps des naufragés afin qu'ils puissent être inhumés. Il est enterré le sous le nom doublement erroné de « Louis Hoffman » (il s'appelle Michel Navratil et le nom usurpé à l'ami Louis s'orthographie Hoffmann) au cimetière juif Baron de Hirsch d'HalifaxDix victimes du Titanic sont enterrées dans ce cimetières israélite, dont deux seulement sont identifiées, Michel Navratil étant l'une d'elles., ce nom ayant conduit à penser qu'il était de confession israélite« Les cimetières de Halifax », Le Site du Titanic. Consulté le 5 décembre 2013. Le document d'identification qui lui est attaché indique :