L'affaire Leprince, également appelée massacre de Thorigné, est une affaire criminelle française qui a défrayé la chronique dans les années 1990.
Le , la Gendarmerie découvre à leur domicile de Thorigné-sur-Dué les corps de Christian Leprince, sa femme Brigitte et deux de leurs filles, tués sauvagement. Seule la plus jeune fille est retrouvée vivante, dans sa chambre.
Le frère de Christian, Dany Leprince, qui habite la maison voisine, est accusé par sa femme Martine et sa fille aînée, Célia, dans des déclarations contradictoires qui ont varié.
Après 46 heures de garde à vue, Dany Leprince avoue seulement le meurtre de son frère, confirme ensuite ses déclarations devant la juge d'instruction, puis se rétracte et nie en bloc. Il accuse plus tard sa femme de faux témoignage (lors de ses dépositions, cette dernière change quatre fois de version au moment de l'instruction) et affirme qu'elle est l'auteure des faits, avec un complice.
Reconnu coupable des quatre meurtres et condamné à perpétuité avec vingt-deux ans de sûreté, Dany Leprince ne cesse par la suite de clamer sa totale innocence. En 2006, la justice ordonne un supplément d'information pour une éventuelle révision de son procès. En 2010, la Cour de révision est saisie de l'affaire et ordonne une suspension de peine — et donc une libération provisoire — pour l'intéressé à compter du .. Le rejet de la demande de révision le le renvoie en prison ., avant qu'il ne bénéficie d'une libération conditionnelle en Dany Leprince libéré sous conditions sur Le Parisien, 19 octobre 2012..
Une seconde requête est examinée le par la commission d'instructionCéline Dupeyrat et Virginie Charbonneau, « Affaire Dany Leprince : son avocat révélera bientôt des avancées dans le dossier vieux de 30 ans », France 3 Pays de la Loire, .. Le , la Commission d'instruction saisit la Cour de révision, ouvrant la voie à une procédure de réhabilitation. L'affaire est examinée par la formation de jugement de la cour de révision le . La décision sur une éventuelle annulation de la condamnation est mise en délibéré. Le 2 juillet 2026, la Cour de révision annule la condamnation de Dany Leprince et ordonne un nouveau procès..
Faits Découverte du crime Le lundi , à Thorigné-sur-Dué, dans la Sarthe, à 9 h du matin, Brigitte et Christian Leprince ne sont toujours pas arrivés sur leurs lieux de travail respectifs ; les employés de l’entreprise de carrosserie de Christian Leprince s’en inquiètent, se rendent à son domicile et découvrent les cadavres de Christian, de sa femme et de deux de leurs enfants, Sandra (10 ans) et Audrey (6 ans). Les corps ont été lacérés, pour certains déchiquetés et pour d’autres, à moitié décapités – par un objet tranchant..
Nelly Hatton, la nourrice de la troisième fille du couple, Solène (2 ans), s’étonnant qu’on ne lui ait pas amené la petite, a d'abord tenté de joindre les parents de l'enfant par téléphone à 8 h 45, mais la ligne était occupée. Après son quatrième appel, la ligne était à nouveau libre, mais personne ne répondait. Arrivée la première sur les lieux, elle a découvert le carnage et s’est aussitôt précipitée à la mairie pour donner l’alerte. À son retour, quelques minutes plus tard, elle avait constaté que quelqu’un avait refermé la fenêtre de l’annexe, qui était grande ouverte à son premier passage. D’après son témoignage, il y avait donc ce matin-là dans la maison quelqu’un qui téléphonait et a refermé la fenêtre juste avant l’arrivée des employés de Christian.
Les collègues des Leprince qui ont aperçu la belle-sœur de Christian, Martine Leprince, travaillant non loin de là, la préviennent, mais l’empêchent d’entrer dans la maison pour lui épargner la scène macabre. Martine, s’inquiétant du sort de Solène, se met à la chercher dans les alentours avec la nourrice.
Martine est mariée au frère aîné de Christian, Dany, agriculteur, lequel est parti travailler à de là, dès 3 h du matin, à son poste d’emballage de viande à l’entreprise Socopa. Il mène de front ce travail nocturne et, dans la journée, son activité d’agriculteur.
Les pompiers, la police et le médecin arrivent. On retrouve alors la petite Solène dans sa chambre. Il n’y a aucune trace de sang dans la pièce ni dans son lit ou sur elle. L'enfant est aussitôt remise à la nourrice. Interrogée le jour-même () à 14 h, elle affirme : "La petite Solène ne pleurait pas [...] A la maison, je l'ai lavée et habillée. Sa couche était sale et il s'agissait probablement de sa couche de la nuit". Elle changera de témoignage en 1995 (voir infra).
Martine appelle son mari à son travail et lui annonce le décès de Christian sans autre précision.
Premières constatations et relevé des empreintes La section de recherche de la gendarmerie d'Angers, dirigée par le capitaine Roger Lembert, est chargée de l'enquête. Le rapport du médecin légiste évalue initialement l’heure du crime entre 20 heures et 23 heures, puis entre 21 heures 30 et 23 heures 30.
Le ou les agresseurs se sont acharné(s) sur leurs victimes. Il y a du sang partout, au sol, sur les murs et jusqu’au plafond. On en trouve aussi près de la boîte aux lettres de Dany et Martine, située entre les deux jardins. Les autopsies révèlent des plaies aussi larges que profondes, pouvant avoir été données par une hache ou un instrument équivalent, et aussi des coups de couteau. Les victimes ont reçu des coups multiples, par dizaines, au crâne, au visage, aux cervicales, ainsi qu’aux mains et aux bras (blessures de défense).
Christian a été tué à l'extérieur, près de l’entrée du jardin de son frère, à proximité de la boîte aux lettres, puis traîné jusque dans sa maison. Il gît dans l’entrée, les jambes jetées sur le corps de Sandra. Brigitte s’est défendue avec un tisonnier avant de succomber. Elle repose dans la cuisine. Audrey a été tuée dans la salle de bains et traînée dans la chambre de ses parents tout le long d’un couloir. Les petites filles étaient en train de se déshabiller pour aller au lit.
On relève dans la maison les indices suivants : des empreintes de chaussures à semelles striées taille 40-41 « dont le nombre évoque un piétinement » ; une empreinte de chaussure Doc Martens, dont les gendarmes n’arriveront jamais à identifier le propriétaire, taille 41 ; un couteau denté en inox dont la lame est cassée et portant l’ADN de Brigitte et de celui d’une autre personne qui n’a pas été identifiée ; des mèches de cheveux dans la main de chacune des petites filles, mais sans bulbe, ce qui n'a pas permis à l’époque de les identifier ; sur le bureau de Christian, une reconnaissance de dette de , somme qu’il avait prêtée à son frère Dany huit ans auparavant ; un détail qui intrigue les enquêteurs : les portes du garage, celle à double battant et celle qui donne sur la cuisine, sont toutes deux verrouillées de l’intérieur. Les gendarmes ont dû entrer dans le garage par effraction, mais on n’y trouve personne.
Dans la maison de Martine et Dany, dans le tiroir à couteaux de leur garage : un couteau à manche jaune portant "soit le mélange de deux ADN, soit d'un ADN contaminé par une réaction non spécifique" : résultat non interprétable à l'époque. Selon un autre système d'analyse (D1S80) on trouve un génotype compatible avec celui d’Audrey, "sachant que 6,9% de la population possède ce génotype".
Enquête 5 et 6 septembre : premiers témoignages Les premiers témoignages sont recueillis auprès de Dany, Martine et Célia Leprince, d'une voisine, Claudette Froger, et des Malherbe : PV d'audition de Martine Leprince du 5/09/94 - Franck Johannès, Le Couteau jaune : propos de Martine p. 26, de Dany p. 27, de Froger p. 27 - Auditions de Célia : et ..
L’après-midi et le soir du dimanche Dans l’après-midi, les petites cousines ont joué ensemble chez Martine. Brigitte a réclamé ses filles vers 18 heures. Dany a semé du colza dans les champs et s’est rendu dans la soirée chez des amis, les Malherbe, habitant tout près, pour les aider à installer une vieille cuisinière. Il a pris un apéritif avec eux et, d’après leur témoignage, serait reparti vers 22 heures, « n’ayant plus que quatre heures à dormir », puisqu’il devait se lever à 2 heures 30 pour se rendre à son travail. Les Malherbe se seraient étonnés que Martine ne soit pas venue chercher Dany, comme elle le fait habituellement quand il s’attarde chez eux. Renée, sa mère, dit avoir entendu passer la voiture de Dany vers 21 heures 40, et avoir songé que c’était bien tard pour lui, vu ses horaires de travail.
Le retour de Dany est situé à des horaires variables selon les témoins : vers 21 heures ou 21 heures 30 pour Martine Leprince, vers 21 heures 30 pour Dany, et vers 22 heures pour les Malherbe. Dans tous les cas, sa famille avait fini de dîner. Martine témoigne qu’à son retour, Dany a mangé seul, s’est douché et s’est aussitôt couché. Leur fille Célia dit être allée se coucher vers 22 heures avant la fin du film qu'elle regardait, car elle était fatiguée. Martine déclare être restée devant la télévision et s’être couchée vers 23 heures.
Quant à Christian, Brigitte et leurs filles, ils ont dîné ce soir-là chez les parents de Brigitte. Après leur retour, cette dernière a appelé son père au téléphone à 20 h 50. Elle était donc encore en vie à ce moment-là.
Le lundi 5 au matin Dany s’est levé comme prévu à 2 heures 30. Martine a alors programmé son réveil pour 6 heures 30 et s’est rendormie. Elle dit qu'elle a quitté la maison un peu en retard, vers 7 heures 45, et que tout lui paraissait calme chez Christian et Brigitte. Elle aurait même pensé qu’ils étaient peut-être encore en vacances. Elle a vaqué à ses occupations ordinaires et précise que rien d’anormal n’a attiré son attention ce matin-là, jusqu’à ce que les ouvriers de Christian viennent la chercher.
Une voisine, Froger, habitant à , qui était à l'extérieur de son domicile avec son fils de quatorze ans la veille, entre 21 heures 15 environ et 22 heures 15, témoigne qu'ils n'ont rien entendu, et que son chien n'a pas aboyé pendant cette heure qu'ils ont passée dehors. Elle le confirmera quinze jours plus tard, précisant que quand les enfants Leprince jouaient dehors, elle les entendait.Par contre, le 3 octobre 1994, après avoir lu dans les journaux que Martine aurait crié , elle dira se souvenir l'avoir entendue . Il lui aurait semblé que Martine aidait son mari à manœuvrer la voiture. Elle aurait entendu ces mots, mais pas les hurlements ?.
7 septembre : une feuille de boucher aurait disparu Le , aux actualités régionales, on parle d’une feuille de boucher comme arme possible du crime. Il s’agit d’un couteau-hache, très large, que les bouchers utilisent pour séparer les côtelettes. Martine se souvient alors que sa feuille de boucher n’était pas dans son tiroir habituel, dans le garage, le . Elle n’y était pas non plus le 5, quand un gendarme a examiné le contenu du tiroir en sa présence.
Elle se souvient alors qu’il y a une feuille de boucher chez ses beaux-parents, s’emporte, appelle les gendarmes, ainsi qu’un ami de la famille, qui sera chargé d’aller la chercher. Elle la donne aussitôt aux gendarmes : Procès-verbal de garde à vue.. La feuille provenant de chez les beaux-parents porte le nom d’un employé de la Socopa, où Martine a travaillé au désossage et au découpage des animaux, quelques années auparavant, avant d’y renoncer pour se consacrer entièrement à son exploitation de céréales et à son élevage de porcs en plein air. Cet employé ne se souvient pas avoir donné son outil à qui que ce soit.