Le Stade helvétique est un club de football français fondé en 1907, disparu en 1916 et situé à Marseille.

Le club, fondé par la communauté suisse de Marseille, démarre directement à sa fondation en série du championnat du Littoral, le championnat de la région marseillaise, alors remporté depuis 1900 par le grand club local, l'Olympique de Marseille. Le Stade helvétique, après une saison d'apprentissage, renverse les Olympiens et remporte les six titres de champion du Littoral mis en jeu entre 1909 et 1914, l'Olympique de Marseille ne parvenant à remporter aucune victoire face à son nouveau rival.

Ces titres de champion régional qualifient le club pour le championnat de France de l'Union des sociétés françaises de sports athlétiques (USFSA), où les Suisses vont également obtenir de très bons résultats. Le Stade helvétique remporte en effet trois fois le titre de champion de France, en 1909, 1911 et 1913. Ces victoires sont cependant accueillies assez négativement par la presse dans des commentaires parfois teintés de racisme, dans la mesure où le titre de champion de France revient à une équipe composée majoritairement de Suisses germanophones, en pleine vague antigermanique à l'aube de la Première Guerre mondiale.

Le déclenchement de la guerre met fin à la domination du Stade helvétique. L'USFSA cesse d'organiser le championnat de France, tandis que le Comité du Littoral décide d'empêcher le club de participer aux compétitions qu'elle organise pendant la guerre, à cause de la présence de trop nombreux étrangers dans ses rangs. Écarté des compétitions, le Stade helvétique disparait en 1916, tandis que plusieurs de ses joueurs partent chez le vieux rival de l'Olympique de Marseille.

Le club, qui jouait avec un maillot rayé jaune et noir, avait son siège dans les allées de Meilhan sur l'actuelle Canebière.

Historique

Genèse du club (1905-1907)

La vie associative de la communauté suisse de Marseille est à l'origine régie par la Société de Bienfaisance, créée en 1841 par un groupe de notables suisses. Faute d'archives, l'histoire de cette société est méconnue. Elle est dissoute après la guerre franco-allemande de 1870 et fait place à une nouvelle société, le Cercle helvétique, au sein duquel une section consacrée à la solidarité reprend le nom de Société de Bienfaisance. Le Cercle helvétique est un club de notables regroupant entre 130 et , dont le siège se situe dans les quartiers bourgeois de Marseille. Les membres s'y réunissent pour lire les journaux, jouer au billard ou encore organiser des fêtes.

En 1907, un groupe du Cercle helvétique, appelé Les Jeunes, décide de quitter la société et de fonder leur propre club sportif. Ils créent ainsi le Stade helvétique pour, d'après les premiers statuts du club, . Le Stade helvétique est officiellement déclaré en préfecture le , son siège étant situé au 48 bis allées de Meilhan à Marseille.

Les origines de l'équipe de football du Stade helvétique seraient néanmoins plus anciennes, mais les différentes sources disponibles sont contradictoires. Certaines sources font remonter la provenance du Stade helvétique à la Société de Gymnastique des Suisses de Marseille, un club de gymnastique fondé en 1856, qui aurait ouvert une section de football en 1904 et aurait dès lors joué sous le nom de La SuisseCes sources ne citent pas leurs références et semblent s'être recopiées les unes les autres.. Cette affiliation est cependant sans fondement, la Société de Gymnastique des Suisses de Marseille s'étant en fait rapidement transformée faute d'espace suffisant en un simple cercle de rencontre pour la communauté suisse avant de péricliter.

D'autres sources indiquent qu'un club de football se serait plutôt formé au début du sous le nom de Société suisse ou Société de gymnastique suisse, club distinct de la première Société de Gymnastique des Suisses de Marseille. Ce club est engagé pour la saison 1905-1906 en série du championnat du Littoral de l'Union des sociétés françaises de sports athlétiques, le deuxième niveau du championnat local de la région marseillaise, et y gagne sa promotion en série. Dans son encyclopédie sur l'Olympique de Marseille, Gilles Castagno confirme le nom de Société suisse d'après les comptes rendus de matchs de la presse d'époque et précise que le club dispute son premier match le en match amical contre l'Olympique de Marseille. La Société suisse fait partie des quatre clubs qui disputent la série du championnat du Littoral 1906-1907, où elle est notamment battue deux fois par le futur champion, l'Olympique de Marseille.

Le Stade helvétique résulterait donc finalement davantage de la reconfiguration en 1907 de la Société suisse avec l’appui de membres du Cercle helvétique. Ainsi, pour la saison 1907-1908, le Stade helvétique démarre directement en série du championnat du Littoral sur la place laissée vacante par la Société suisse.

Une période faste stoppée par la guerre (1907-1914)

Six titres de champion du Littoral

vignette|Action de jeu lors d'un Stade helvétique - Olympique de Marseille en 1908.|alt=Photo d'un match de football

Pour la saison 1907-1908, le Stade helvétique affronte le Stade marseillais et surtout l'Olympique de Marseille, le grand club marseillais, vainqueur sans réelle rivalité de tous les titres de champion du Littoral depuis 1900. Le premier match de la rivalité naissante entre les deux clubs a lieu le et tourne de peu à l'avantage de l'Olympique, vainqueur deux buts à un d'un . Le match retour tourne par contre à l'avantage du Stade helvétique, qui l'emporte par trois buts à deux devant environ , qui envahissent le terrain à la fin du match pour féliciter les vainqueurs. La performance est de taille, ne s'agissant que de la deuxième défaite des Olympiens en championnat du Littoral. Les deux clubs ayant battu le Stade marseillais, une belle doit être jouée. L'OM remporte le match et son neuvième titre de champion du Littoral.

Ce sera la dernière défaite du Stade helvétique en championnat du Littoral. Le club va surclasser l'Olympique de Marseille et ses autres adversaires jusqu'à la Première Guerre mondiale, remportant tous les titres de champion de 1909 à 1914, avec le bilan spectaculaire de trente-cinq victoires, quatre nuls et aucune défaite. Le match décisif pour le titre de champion 1908-1909 entre le SH et l'OM se joue le . Grâce à des buts de Burkhardt, Glür (doublé) et Widdington, le Stade helvétique l'emporte par quatre buts à un, puis valide son premier titre lors de la dernière journée en battant sans difficulté le Stade Étoile bleue par seize buts à zéro.

vignette|gauche|upright=0.75|Le gardien de but MacQueen en 1913.|alt=Photo en noir et blanc d'un gardien de but de football, datant des années 1900.

Entre les saisons 1909-1910 et 1911-1912, le Stade helvétique est inarrêtable. Il remporte les trois titres de champion du Littoral avec dix-neuf victoires en autant de matchs. Seul l'Olympique de Marseille fait illusion en n'obtenant que de courtes défaites. Les rencontres souvent serrées entre les deux rivaux marseillais attirent régulièrement plus de mille spectateurs, qui manifestent bruyamment leur soutien à l'un ou l'autre club. Avant la rencontre du remportée trois buts à deux par le Stade helvétique, le journaliste du Radical de Marseille indique que . Lors du match retour gagné deux buts à zéro par le Stade, le même quotidien indique que fût présent .

Il faut attendre la saison 1912-1913 pour voir le Stade helvétique se faire accrocher par l'Olympique de Marseille. Les deux clubs font deux fois match nul un but partout malgré une nette domination des Suisses, une première fois le devant un public allant , puis une deuxième fois le devant . Le Stade helvétique remporte néanmoins le titre, les Olympiens ayant été accroché en début de saison par le Stade Étoile bleue. La dernière journée du championnat du Littoral 1913-1914 oppose les deux habituels clubs, le vainqueur devant être déclaré champion. L'Olympique de Marseille mène deux buts à un à dix minutes de la fin du match et est proche d'enfin s'imposer face à son rival ; mais Widdington égalise pour le Stade helvétique puis sur l'engagement, les Suisses récupèrent le ballon et marquent le but de la victoire par René Scheibenstock. Le Stade helvétique remporte là son sixième et dernier titre de champion du Littoral.

En tant que champion du Littoral de 1909 à 1914, le Stade helvétique se qualifie à chaque pour le championnat de France de l'USFSA, et va y obtenir de très bons résultats.

Trois titres de champion de France

Dès sa première participation au championnat de France en 1909, le Stade helvétique atteint la finale contre le Cercle athlétique de Paris. Alors que seuls des clubs de Paris, du Nord et de la Normandie ont jusqu'à présent atteint la finale, cette place de finaliste prouve le développement du football dans le sud de la France. Menés deux buts à un à la mi-temps, les Marseillais renversent la situation en deuxième mi-temps grâce à un doublé de Widdington et remportent leur premier titre de champion de France. Selon L'Auto, le meilleur joueur côté marseillais fut le demi-droit Henri Hattenschwyler, auteur d'un bon marquage sur l'ailier gauche capiste, Mariette, jugé meilleur joueur du match.

La presse regrette cependant unanimement qu'une équipe composée de dix Suisses et un Britannique soit déclarée championne de France. La victoire d'un club composé d'étrangers est même accueilli dans des commentaires parfois teintés de racisme, en pleine germanophobie ambiante. Si L'Auto et Le Petit Parisien se contentent d'une et d'un , La Vie au grand air est plus virulente, parlant d'une sur le fait que . Seul Le Matin tempère ses propos, concédant qu'il puisse paraître , mais arguant du fait que la présence d'étrangers de meilleur niveau que les joueurs français soit en réalité bénéfique pour le développement de ce sport en France.

Le Stade helvétique se qualifie de nouveau pour la finale lors du championnat de France 1910. Le club a toutefois perdu quelques joueurs de valeur, comme son gardien Andreas Scheibenstock, parti au Cercle athlétique de Paris, son ailier gauche Glür et surtout son demi centre Kramer. Le club tient tête à l'Union sportive tourquennoise avec un score de deux buts partout à la mi-temps, mais, de leur gardien, Sandmann, commettant et auteur d'après L'Auto d'une prestation , les Marseillais laissent filer le match et s'inclinent finalement lourdement par sept buts à deux.

Le club continue de dominer le football français en parvenant en 1911 en finale du championnat de France pour la troisième fois consécutive. La rencontre face au Racing Club de France, champion de France en 1907, se tient pour l'occasion à Marseille sur le terrain du Stade helvétique, pour ce qui est la seule finale du championnat de France qui sera jouée dans le sud de la France. Les Marseillais, supérieurs aux Parisiens, remportent leur deuxième titre de champion de France grâce à une victoire trois buts à deux. Le Racing dépose une réclamation classée sans suite, car les barres transversales n'étaient pas fixées de manière réglementaire, celles-ci n'étant pas posées au-dessus des poteaux mais attachées devant.

Après avoir été éliminé en huitième de finale du championnat de France 1912 par le Stade raphaëlois, le futur champion, notamment à cause de l'absence des deux frères Hattenschwyler, le Stade helvétique atteint pour la quatrième fois la finale du championnat de France lors de l'édition 1913. Opposé au Football Club rouennais, privé de son maitre à jouer Robert Diochon, blessé, sur le terrain des Normands devant environ six mille spectateurs, les Suisses l'emportent par un but à zéro, l'unique but du match étant marqué en prolongation par Louis Mouren, l'un des deux seuls Français de l'équipe. La presse continue de se plaindre de la présence massive d'étrangers dans les équipes. Celle du FC rouennais étant elle-même composée à majorité d'Anglais, La Vie au grand air titre même .