Ouahibrê (Grec : Ψαμμήτιχος, Psammêtichôs) est un pharaon de la ayant régné de 664 à 610 avant l'ère commune. Il est l'un des rois égyptiens les plus importants du dernier millénaire avant l'ère commune en réussissant, vers 655 AEC, à réunifier l'Égypte après près de quatre cents ans de divisions et de conflits incessants. Sous son règne ont lieu d'importantes réformes administratives, un retour marqué du pays sur la scène internationale et le début de l'ouverture au monde grec, qui ne cessera de croître par la suite. va ainsi servir de modèle à la plupart des rois égyptiens postérieurs, marquant ainsi clairement le début de la dernière période de l'histoire égyptienne avant la domination grecque.

Généalogie

est le fils du roi de Saïs . Sa mère se nommait peut-être Isetemkhebyt.

épouse, probablement dès le début de son règne, une dame d'Héliopolis nommée Méhytemousekhet et fille du grand prêtre de Rê Horsaïset. Seuls trois enfants sont connus : , successeur de sur le trône d'Égypte, , divine adoratrice d'Amon à Thèbes, Mérytneith, connue uniquement par un ex-voto qu'elle dédicaça en l'an 38 au sage divinisé Amenhotep, fils de Hapou.

Prince de Saïs Son père, , était le roi de Saïs d'une Égypte divisée et soumise successivement aux Koushites de Taharqa de la et aux Assyriens d'Assurbanipal. À la suite du départ des Assyriens après une campagne en 667/666 AEC, les roitelets et chefs du Nord, soutenus par Taharqa, créèrent des troubles et se révoltèrent face au pouvoir assyrien en chassant les fonctionnaires assyriens laissés sur place par Assurbanipal. Les Assyriens réprimèrent sévèrement ces révoltes et plusieurs de ces chefs et roitelets finirent déportés à Ninive. Assurbanipal choisit , malgré sa participation aux troubles, comme représentant des roitelets et chefs du Delta dans le but de faciliter le contrôle de cette région à travers un intermédiaire, Nékao, plutôt qu'une multitude d'interlocuteurs. De plus, son fils, le futur roi , est installé comme prince à Athribis, après que son prédécesseur Bakennefy a été déporté en Assyrie à la suite de la répression susmentionnée.

En 664 AEC, Taharqa, toujours réfugié à Napata, meurt et son cousin, Tanoutamon, lui succède. Ce dernier, dès cette année d'accession au trône, reprend la conquête du Nord de l'Égypte. C'est lors de cette conquête que Nékao est tué par les Koushites tandis que son fils se réfugie chez les Assyriens. Ces derniers réagissent la même année et chassent définitivement les Koushites d'Égypte, mettant fin ainsi à la .

Règne Première moitié du règne et réunification égyptienne Le début du règne de Psammétique est donc difficile, étant réfugié chez les Assyriens. Ces derniers l'installent peu de temps après sur le trône de Saïs dès le début de l'année 663 AEC, mais Psammétique commence le décompte de ses années de règne à la mort de son père en fin d'année 664 AEC. Psammétique commence alors à unifier le delta du Nil. Les détails de cette unification sont inconnus, la déportation à Ninive en 666 AEC de plusieurs dirigeants, dont le roitelet tanite Pétoubastis, ayant sans doute facilité cette unification. Certains de ces dirigeants se soumettent au roi saïte, dont Pmouï de Busiris, qui nomma d'ailleurs l'un de ses propres fils Psammétique et se qualifia de « son loué et aimé » (c'est-à-dire loué et aimé de Psammétique), ainsi qu'Akanosh de Sebennytos, déjà allié de , qui est maintenu à la tête de la ville en tant que gouverneur. La dernière attestation d'un chef local est Padikhonsou de Pharbaethos, attesté en l'an 8 sur une stèle de donation et qualifié de , mais le roi Psammétique tient bien son rang de roi sur la stèle, étant d'ailleurs représenté sur le cintre, Padikhonsou n'étant quant à lui que mentionné. Les autres villes du delta se voient quant à elle gouverner par des fonctionnaires nommés par Psammétique, comme Ousirnakht à Léontopolis et Padihormédénou à Bubastis, deux anciennes capitales de la Troisième Période intermédiaire.

Si aucune résistance n'est mentionnée dans les sources égyptienne, elles ont dû avoir lieu et la prise du pouvoir sur l'ensemble de la Basse Égypte par Psammétique ne semble pas avoir été aussi évident. En effet, le soutien de mercenaires cariens et ioniens est mentionné par les sources grecques, mercenaires qui ont laissé des traces de leur passage en Égypte. D'ailleurs, selon HérodoteHérodote, L'Enquête, . 152., c'est un oracle qui aurait décidé que le vainqueur serait celui qui serait aidé par les . venus de la mer. Strabon indique également que Psammétique a vaincu un certain Inarôs qui était probablement le prince d'Athribis avec l'aide de mercenaires milésiens. Enfin, Gygès de Lydie envoya des soldats pour soutenir Psammétique entre 662 et 658 AEC. Cette aide égéenne n'est que le début d'une présence continue jusqu'à l'époque romaine.

Au tournant de l'an 9, la mainmise de Psammétique sur le delta est assurée et ce dernier se tourne alors vers la valllé du Nil encore soumise, nominalement à tout le moins, aux Koushites, comme l'atteste une stèle de donation de l'an 8 de Tanoutamon retrouvée à Thèbes. Psammétique prend d'abord le contrôle d'Héracléopolis, ville stratégique de Moyenne-Égypte, proche du Fayoum, carrefour des flux caravaniers et fluviaux. Son dirigeant est alors soumis, et n'est plus attesté par la suite et est réduit àdes fonctions de police.

Quant à Thèbes, elle était connue pour avoir un certain nombre de partisans des Koushites parmi l'élite, particulièrement le grand prêtre d'Amon Horkhébyt, petit-fils du roi Koushite Chabaka, mais aussi le troisième prophète d'Amon Padiamonnebnésoutaouy et le quatrième prophète d'Amon et gouverneur de Thèbes Moutouemhat, tous deux époux de princesses Koushites. La mainmise sur cette région par Psammétique est toutefois assurée dès cette année 9, comme le montre une importante stèle retrouvée à Karnak et datée de cette année-ci : sa fille est nommée héritière de la divine adoratrice d'Amon , alors que la fille de Taharqa, , est déjà héritière de cette charge, bien que Psammétique préserve officiellement les droits de cette dernière. Cependant, à la mort de , c'est bien et non qui lui succède, vers l'an 26 du règne. La stèle indique par ailleurs que la princesse était accompagnée d'une grande flotte menée par le général Samtoutefnakht d'Héracléopolis, fils de Padiaset. Un papyrus oraculaire daté de l'an 14 indique que les notables thébains sont soit toujours en place, soit remplacés par leur fils, ce qui indique que Psammétique n'a pas bouleversé l'ordre thébain lors de la mainmise sur cette région. Au tournant de l'an 9, c'est donc une reprise en main de la région à la fois diplomatique (élite conservée et droits d' préservés) mais aussi une démonstration de force par la nomination de en tant qu'héritière de la divine adoratrice d'Amon , cette dernière ayant été accompagnée par une importante flotte.

Aux alentours des ans 10 et 11, le roi engagea une campagne dans une zone allant des franges occidentales du delta au Fayoum, comme l'atteste une stèle de Saqqarah-Sud. Le conflit s'est peut-être d'ailleurs étendu à la pointe occidentale du delta où, selon Diodore, Psammétique aurait poursuivi ses opposants avant de les battre à nouveau à Momemphis. Cependant, en l'état de ce témoignage, il est difficile de faire la différence entre les tribus libyennes venant de l'extérieur et celles déjà installées, parfois depuis très longtemps, dans la vallée du Nil et qui auraient pu se révolter contre le pouvoir pharaonique.

Vers l'an 26, à la mort de , c'est donc qui lui succède, tandis qu' avait déjà probablement été renvoyée dans son pays d'origine, sans jamais devenir la divine adoratrice d'Amon. Parallèlement à la mise à l'écart de la princesse koushite, le pouvoir saïte envoya des fonctionnaires à Thèbes acquis à la cause saïte, dont le général Djedptahiouefânkh qui, après avoir participé à des campagnes militaires à la tête de contingents étrangers, joua probablement un rôle majeur dans le contrôle de Thèbes par les armées de Psammétique. Un certain Nesnaïsout, après une longue carrière de gouverneur de villes, finit « observateur » à Thèbes puis bouverneur à Edfou. Les grands intendants de la divine adoratrice sont également de fervent partisan du camp saïte : Ibi, puis Pabasa et enfin Padihorresnet qui continua sa charge sous le règne de . Si le camp saïte est bien représenté par certains fonctionnaires et l'entourage de , la présence royale n'est attestée que marginalement, notamment dans les inscriptions nilométriques des ans 10, 11, 17 et 19.

Concernant les relations extérieures entre l'an 9 et le milieu du règne, notamment avec la Nubie et l'Assyrie, elles ne sont pas claires mais ne semblent pas indiquer de rapports conflictuels. Le roi semble avoir en effet effectué une expédition au sud, vers la Nubie, à en croire une représentation sur des blocs du temple de Mout à Karnak. Cette expédition avait été menée par le général Samtoutefnakht, déjà mentionné précédemment et a rapporté des produits (ocre, fruits de palmier) qui ne correspondent pas vraiment à un butin de guerre. Quant à l'Assyrie, l'Égypte s'en était émancipée, ce qui a mené à un certain mécontentement d'Assurbanipal. L'Égypte n'est d'ailleurs plus mentionnée comme une province assyrienne dès 639 AEC (soit l'an 26 de Psammétique). Cependant, l'émancipation égyptienne ne signifie pas un renversement d'alliance, puisque, d'une part, aucune coalition anti-assyrienne n'est mise en place dans les années qui suivent, et que, d'autre part, la position égyptienne d'allié de Ninine dans l'avant-dernière décennie du AEC est bien attesté.

Grâce à cette réunification égyptienne accompagnée d'une sécurisation du pays à la fois intérieure et extérieure, Psammétique a pu engager une réforme en profondeur de l'administration. Il nomma donc des fonctionnaires fidèles dans les différentes villes qu'il pouvait déplacer de ville en ville au gré des besoins, évitant par ailleurs la création de dynasties locales. Les provinces ont également été redécoupées, permettant un maillage plus étroit du territoire. Cette réorganisation territoriale est accompagnée d'une réforme des services centraux : le vizir du Sud perd une partie de ses fonctions dès la moitié du règne, tandis que les fonctions judiciaires dans le delta sont confiées à une multitude de vizirs, ces vizirs avaient donc des fonctions bien plus réduites que ceux du Nouvel Empire. Psammétique fait de Memphis sa capitale et réorganise l’administration. Il nomme deux gouverneurs à Héracléopolis en Moyenne-Égypte et à Edfou en Haute-Égypte.

Relations internationales dans la seconde moitié du règne Lors de la seconde moitié du règne, l'Égypte devient active sur le plan internationale, que ce soit au Proche-Orient ou en Nubie. Le règne de Psammétique marque un tournant, que ce soit dans le rapport de l'Égypte avec le Proche-Orient ou la configuration politique de cette région. Le roi s'était contenté de mettre en place un glacis à sa frontière orientale, puisque c'est par là que sont venues de nombreuses invasions dans les décennies précédentes et c'est peut-être pour cette raison qu'il prit Ashdod en l'an 28. Mais dès la décennie 630-620 AEC, la situation évolua fortement avec le retrait de l'Assyrie en Syrie et en Palestine, conséquence des guerres fratricides entre les fils d'Assurbanipal, Assur-etil-ilâni et Sîn-shar-ishkun. L'Assyrie est par ailleurs menacée par le royaume babylonien de Nabopolassar et celui des Mèdes de Cyaxare, ainsi que par des raids de Cimmériens et de Scythes.