thumb|right|Constantin V dirigeant les travaux de destruction des images (Miniature de la Chronique de Constantin Manassès, ).

Le concile de Hiéreia est le premier concile iconoclaste convoqué du au dans le palais suburbain de Hiéreia sur la rive asiatique du Bosphore ; l'empereur Constantin V y fit entériner la condamnation de la production et de la vénération des images (Iconoclasme). Il est également connu comme « Concile de Constantinople V »« Concilios de Constantinopla » (dans) MSN Encarta, URL : http://es.encarta.msn.com/encyclopedia_761552897_2/Concilios_de_Constantinopla.html., ou par ses opposants comme le « Conciliabule »Cf. Edward Farrugia, Diccionario enciclopédico del Oriente cristiano, Monte Carmelo, Burgos 2007.

Contexte

thumb|left|Portraits de Léon III (à gauche) et Constantin V (à droite) sur un solidus.

L’opposition à la représentation artistique du Christ, de sa Mère et des saints n’était pas nouvelle. Dans les premiers siècles, les chrétiens hésitaient à reproduire l’image de la personne du Christ, lui préférant sa représentation sous forme symbolique (le XΡ de Constantin ou l’agneau offert pour la rédemption des péchés des hommes). Cette opposition s’était développée dans la partie orientale de l’empire où divers évêques d’Asie mineure comme Eusèbe de Césarée (né vers 265 et mort le ), le métropolite Thomas de Claudiopolis et surtout l’évêque Constantin de Nacolée avaient déjà condamné le culte des imagesKazhdan (1991), vol. 2, « Iconoclasm », Ostrogorsky (1983), . Surtout dans la partie occidentale de l’empire, le culte des images avait pris une telle importance que l’on voyait souvent en elles des « doubles » des saints qu’elles devaient représenter et on leur attribuait divers miracles comme le don de la parole, le suintement d’huile ou de sangMango (2002), Jenkins (1966), . Quelques années avant la proclamation de l’iconoclasme, on croyait fermement que le portrait de la Vierge attribué à saint Luc et conservé au monastère d’Hodegon près des murs de Constantinople émettrait, paradé sur les murailles, une lumière aveuglante ou des flammes qui consumeraient les assaillants.

Une première période eut lieu sous le règne de (r. 717-741) mettant aux prises les iconoclastes (εικονοκλάσται, littéralement « briseurs d’images ») et les iconodoules (εικονόδουλοι, littéralement « serviteurs des images ») appelés par dérision « iconolâtres » (εικονολάτραι). En 730, l’empereur publia un édit ordonnant la destruction de toutes les images saintes : l’iconoclasme devenait la doctrine officielle de l’ÉtatOstrogorsky (1983), Treadgold (1997), . Si, durant cette période, les biens matériels des iconodoules furent confisqués et le patriarche démis de ses fonctions, il n’y eut pas de violence physique contre les personnes. La situation devait changer avec l’arrivée au pouvoir de son fils, Constantin V (741-775). Alors que le débat avait jusque-là plutôt porté sur la défense de l’empire (le culte des images avait provoqué la colère de Dieu) et les intérêts du Saint-Siège (Léon III avait retiré au Saint-Siège la juridiction des territoires byzantins en Italie), il devint sous Constantin V plus purement théologique : la vénération des icônes ne serait plus un simple abus de pratique religieuse, mais également une hérésieTreadgold (1997) . L’empereur lui-même rédigea une dizaine d’écrits théologiques. Dans l’un de ceux qui nous sont parvenus, intitulé Peuseis (« Interrogations »), il arguait que seule l’Eucharistie constituait une véritable représentation du Christ et que la croix était le véritable symbole des chrétiens. Pour l’empereur la nature divine du Christ empêchait toute représentation humaine. C’était la reprise sous une autre forme des anciennes querelles christologiques et du monophysisme qui se maintenait aux frontières de l’empire, notamment en Syrie et en ArménieOstrogorsky (1983) .

L’empereur organisa une série de débats pour combattre l’opposition iconophile et, afin de s’assurer que tous les évêques défendraient le point de vue iconoclaste, créa de nouveaux évêchés, y nommant des évêques partageant son point de vueHerrin (2009), Ostrogorsky (1983), .

Concile et décisions

vignette|Une simple croix : exemple d'art iconoclaste dans l'église Sainte-Irène, à Istanbul.

Après avoir organisé une série de débats dans différentes villes de l’empire à l’issue desquels les partisans des images étaient arrêtés et mis hors d’état de nuire et après s’être assuré de l’obédience de tous les évêques, Constantin V convoqua en un concile dans le palais impérial de Hiéra, en banlieue de Constantinople, sur la rive asiatique de la mer de MarmaraHerrin (2009) Ostrogorsky (1983) Hussey (2010) .

Il fut présidé par l’évêque d’Éphèse, Théodose, un fils de l’empereur déposé , aidé de deux vice-présidents : Sisinnius, évêque de Perge en Pamphylie et Basile, évêque d’Antioche de PisidieHussey (2010) . Il réunit 338 évêques triés sur le volet de février à aout 754Bréhier (1980) . Le concile se proclama « œcuménique », ce que rejetèrent les opposants qui le qualifièrent de « synode sans tête » car aucun patriarche ou représentant des cinq grands patriarcats n’y fut représenté : le patriarche de Constantinople, Anastase, était décédé peu avant la réunion et son successeur n’avait pas encore été nommé ; Antioche, Jérusalem et Alexandrie étaient alors sous domination musulmane et les patriarches n’avaient pu quitter leur siège ; à Rome, le pape assiégé par les Lombards avait dû trouver refuge en territoire francHussey (2010) .

Comme c’était la coutume, les travaux commencèrent par la réaffirmation des traditions apostoliques et patristiques exprimées par les six premiers conciles. Les arguments des iconoclastes étaient dirigés contre l’idolâtrie (condamné par la Bible et les Pères de l’Église), ainsi que contre la nature matérielle des imagesAnastos (1979) . Les évêques durent traduire les idées de l’empereur dans une forme qui ne soit pas en contradiction avec les décisions des conciles antérieurs. Ainsi, s’ils adoptèrent la thèse de l’impossibilité de reproduire l’image du Christ, ils le firent de façon que les partisans des icônes soient pris entre deux feux : ou bien ils soutenaient que les images ne représentaient que la nature humaine du Christ, séparant ainsi nature divine et nature humaine comme les Nestoriens, ou bien ils confondaient les deux natures comme les monophysites Hussey (1986) .

Les minutes du concile ne nous sont pas parvenues. On sait toutefois qu’il jeta l’anathème sur trois iconophiles reconnus : le patriarche Germain, « homme à deux faces, adorateur du bois », Mansour, « celui qui ressemble aux Sarrasins » (Mansour était le nom arabe du théologien Jean Damascène) et Georges de ChypreMansi, XIII, 356 CD. Nous connaissons néanmoins le résultat final ou Définition de foi (Όρος) qui fut cité dans la section « réfutation » de la sixième session du Concile de Nicée II de 787. Pendant cette session, chaque section de la Définition fut lue par l’évêque de Césarée, Grégoire, et réfutée par Epiphanius, un représentant du patriarcat sous le titre « Réfutation de la soi-disant ‘Définition’ ainsi faussement appelée par l’assemblée sans ordre réunissant les détracteurs de la foi chrétienne Mansi, XIII, ».

Le 8 aout, le concile prit fin à la cathédrale Hagia Sophia où l’empereur présenta le nouveau patriarche qu’il avait choisi, un ancien moine du nom de Constantin que les évêques présents se hâtèrent d’acclamer. Le 29, le décret fut lu en public dans le Forum de Constantinople : il prescrivait la destruction de toutes les images religieuses, anathématisait le patriarche Germain et les défenseurs des images comme le théologien Jean Damascène, faisait discrètement de l’empereur le chef de l’Église en le proclamant égal des apôtres et menaçait les défenseurs des images, non seulement de sanctions religieuses, mais encore de sanctions pénalesOstrogorsky (1983), .

Même s’il faut faire preuve de circonspection dans l’étude des sources de l’époque, celles qui sont parvenues jusqu’à nous étant pratiquement toutes d’origine iconodoules, il semble bien que Constantin se fit un devoir d’appliquer rigoureusement ce programme. À travers l’empire, les images furent détruites et remplacées par des croix ou des scènes profanes glorifiant l’empereur. On commença également à traquer les iconophiles dans la bureaucratie, l’armée et l’Église. En , Constantin fit exécuter dix-neuf hauts fonctionnaires de l’État et officiers de l’armée, parmi lesquels son protostrator, le logothète du drome, le domestique de la garde des Excubites, le comte du thème d’Opsikion, ainsi que les stratèges de Thrace et de SicileThéophane, 438 cité par Ostrogorsky (1983) Treadgold (1997) . L’empereur alla jusqu’à condamner les reliques et les prières adressées à la Vierge et aux saints, même si ces deux choses n’avaient pas été mentionnées pendant le concileTreadgold (1997) Hussey (1986) .

L’opposition à la politique impériale s’était entretemps cristallisée dans les monastères, notamment celui du Mont-Auxence, dirigé par l’abbé Étienne. Non seulement celui-ci fut-il mis en pièces par une foule excitée à Constantinople, mais Constantin transforma la campagne iconoclaste en une campagne anti-monastique. Nombre de monastères furent ou bien fermés ou bien convertis en édifices publics, les moines contraints à renoncer à leurs vœux, et les propriétés rattachées aux monastères furent nationalisées au profit de la couronneOstrogorsky (1983), . La cruauté de cette répression conduite par le stratège des Thracésiens, Michel Lachanodrakôn, provoqua une forte émigration monastique qui se dirigea vers le sud de l’Italie où de nouveaux monastères et écoles créèrent des foyers de culture grecque qui subsistèrent longtemps après que Byzance eût perdu ses colonies italiennesOstrogorsky (1983), .

Cette persécution ne cessa qu’à la mort de Constantin V. Son fils et successeur, (r. 775-780), resta attaché à la tradition iconoclaste, faisant même emprisonner certains hauts fonctionnaires qui avaient affiché publiquement leur appui au culte des images, mais les persécutions qui avaient marqué le règne de son père cessèrent. Bien plus, l’empereur abandonna la politique anti-monastique de son père et n’hésita pas à faire nommer des moines à certains sièges épiscopaux, retournant à la politique traditionnelle des empereurs visant à apaiser les conflits religieux qui déchiraient souvent l’empire plutôt qu’à les exacerberTreadgold (1997), }Hussey (1986) .

Suites du concile

thumb|left|Icône du représentant le septième concile œcuménique (couvent de Novodievitchi).

Parmi d’autres décisions, un concile régional, réunissant le sous la présidence du pape des évêques de France et d’Italie, condamna d’abord les décisions du concile de Hiéreia qui furent proclamées « anathèmes ».

Au décès de Léon IV en 780, l’impératrice Irène, née à Athènes et de conviction iconodoule, devint régente pour son fils, Constantin VI, alors âgé de dix ans. L'abdication du patriarche , lequel, torturé par ses vues iconoclastes antérieures, avait choisi de se retirer dans un monastère en 784, lui fournit l'occasion de le remplacer par son propre secrétaire, Taraise, un laïc, et de convoquer un nouveau concile œcuménique destiné à rétablir l'orthodoxie en condamnant les édits iconoclastes. Contrairement à ce qui s’était passé à Hiéreia, le pape fut invité à la fois par l’impératrice et par le patriarche à y envoyer des déléguésHussey (1986) .