Aléxandros Schinás (en grec : ), souvent appelé Alékos Schinás (), né vers 1870 à Serrès ou Vólos, en Grèce ottomane, et mort le à Thessalonique, ville tout juste conquise par le royaume de Grèce, est connu pour avoir assassiné, le à Thessalonique, le roi .
Les détails de la vie de Schinás avant l'assassinat ne sont pas clairs. Son lieu de naissance et sa profession ne sont pas confirmés. Selon ses propres dires, il aurait suivi des études de médecine puis pratiqué cette discipline sans autorisation parce qu'il n'avait pas les moyens de financer un diplôme. Certaines sources contemporaines rapportent qu'il prônait l'anarchisme ou le socialisme et qu'il dirigeait une école anarchiste qui a été fermée par le gouvernement grec. Plusieurs années avant l'assassinat, Schinás aurait quitté la Grèce pour New York, où il aurait travaillé dans deux hôtels, avant de rentrer dans son pays en .
Le , quelques mois après la prise de Thessalonique à l'Empire ottoman au cours de la première guerre balkanique, et alors que le roi séjourne dans la ville, il croise le souverain lors de sa promenade habituelle et l'abat d'une balle dans le dos, avec un revolver. Immédiatement arrêté puis torturé, Schinás déclare avoir agi seul, mettant son acte sur le compte d'un délire provoqué par la tuberculose. Après six semaines de détention, il meurt défenestré, soit par suicide, soit par meurtre.
Diversement dépeint comme un malade mental sans motivation politique ou comme un anarchiste, Aléxandros Schinás se décrivait lui-même comme un . Des théories du complot, un temps relayées par les autorités grecques, ont affirmé qu'il avait agi en tant qu'agent étranger, mais aucune preuve n'est venue étayer ces théories.
Biographie Jeunesse vignette|redresse=0.86|gauche|alt=Photographie sépia d'un bâtiment néo-classique.|L'université d'Athènes, où Schinás aurait étudié la médecine (1903). On sait très peu de choses sur la vie d'Aléxandros Schinás avant qu'il n'assassine . Il naît vers 1870, apparemment à Serrès ou à Vólos, alors toutes deux sous le contrôle des Ottomans. Il a deux sœurs, l'une plus âgée et l'autre plus jeune, et peut-être un frère nommé Hercule, qui tient une pharmacie à Vólos, où Schinás aurait travaillé comme assistant. Selon Schinás lui-même, il souffre d'une non spécifiée à partir de l'âge de , et celle-ci commence à le à l'âge de . Schinás déclare avoir étudié la médecine, possiblement à l'université d'Athènes où il a peut-être également été instructeur. Ne disposant pas des ressources nécessaires pour payer un diplôme, il quitte Athènes et accepte un poste d'enseignant à Klisoura. Après un conflit financier avec ses sœurs, Schinás démissionne et s'installe à Xánthi, où il exerce la médecine sans diplôme jusqu'à ce que les autorités l'arrêtent.
La vie de Schinás après Xánthi fait l'objet d'une certaine controverse. Dans une interview accordée au après l'assassinat du roi des Hellènes, le consul général de Grèce à New York déclare que Schinás a ouvert une école à Vólos, le Centre des travailleurs, avec un médecin et un avocat. L'établissement a cependant été fermé quelques mois plus tard, sur décision du gouvernement, pour . Le médecin et l'avocat ont été condamnés à trois mois de prison mais, pour des raisons inconnues, Schinás n'a pas été sanctionné. Selon le consul général, au cours de cette période, Schinás s'est également porté candidat, sans succès, au poste de député de Vólos à l'Assemblée nationale grecque..
Le journal grec Atlantis, basé à New York, conteste le récit du consul général en publiant une lettre d'une connaissance de Schinás affirmant que la personne qui s'est présentée aux élections à Vólos était un homonyme. La lettre, dont la rédaction du journal a confirmé l'exactitude, conteste l'implication de Schinás dans l'école du Centre des travailleurs, écrivant : Le fondateur du journal suggère que les histoires contradictoires sur Schinás pourraient être dues à la banalité de ce nom de famille en Grèce et à l'existence probable de plusieurs personnes portant le nom d'Aléxandros (ou Alékos) Schinás.
Possible expatriation à New York vignette|redresse=0.86|alt=Photographie en noir et blanc du Plaza Hotel à New York.|Le (). Arrivé à Thessalonique, alors toujours sous domination ottomane, Schinás aurait été, selon lui, expulsé de la ville par les Jeunes-Turcs, en 1910, parce qu'il était . Le consul général de Grèce à New York suggère une autre explication pour le départ de Schinás : il se serait soustrait à la police à la suite de la fermeture du Centre des travailleurs à Vólos. La lettre publiée par Atlantis, quant à elle, indique que Schinás est parti en raison d'une querelle familiale avec son frère Hercule.
Des articles de presse contemporains et des représentants du gouvernement grec rapportent que, dans les années précédant l'assassinat, Schinás vit à New York, et travaille au et au . Il étudie le socialisme, fréquente des dans et distribue des exemplaires de l'ouvrage du socialiste anglais Robert Blatchford à ses collègues du . Les sources le décrivent comme épousant alors des idées socialistes ., et développant un mépris général pour les gouvernements, surtout la monarchie.
Cependant, aucun document n'atteste de l'expulsion de Schinás de Thessalonique ou de son arrivée à New York en 1910. Les documents d'immigration font état de l'arrivée en 1905 d'un homme nommé Athanásios Schinás, qui aurait approximativement le même âge qu'Aléxandros Schinás à l'époque, mais il n'est pas certain qu'il s'agisse de la même personne. Contrairement aux informations évoquant son départ en 1910, un article publié en 1913 dans indique que Schinás était toujours en Grèce en 1911, précisant que, cette année-là, il a fait une demande d'aide gouvernementale auprès du roi, mais que sa demande a été rejetée et qu'il a été chassé par les gardes du palais. Bien que l'on ne sache pas exactement quand, pourquoi, ni même s'il s'est installé à New York, Schinás est de retour en Grèce en .
Arrivée à Thessalonique
vignette|redresse=0.86|gauche|alt=Photographie sépia de troupes à cheval dans une rue.|L'armée grecque entrant dans Thessalonique (1912). Selon la presse et le gouvernement, environ trois semaines avant l'assassinat du roi, Aléxandros Schinás voyage d'Athènes à Vólos, puis à Thessalonique, probablement en mendiant et . Un diplomate grec déclare que Schinás vit alors . Selon le ministre grec de la Justice, Schinás séjourne chez un avocat avant d'être mis à la porte à la suite d'un litige avec chantage. Pendant sa détention, Schinás explique avoir contracté la tuberculose dans les semaines précédant l'assassinat et que, quelques jours auparavant, il a souffert de et de et a été pris de .
Lorsque Schinás arrive à Thessalonique, en , le roi y séjourne depuis plusieurs mois. Durant l'été 1912, en effet, la Grèce s'est alliée avec les autres royaumes balkaniques (Serbie, Monténégro et Bulgarie) contre l'Empire ottoman. Le , la première guerre balkanique est déclarée. Un des objectifs de la Grèce, dans le cadre de la « Grande Idée », est alors Thessalonique. Sous l'égide du fils aîné du souverain, le diadoque Constantin, l'armée hellénique a conquis la ville début . Les Grecs ont accueilli la libération de Thessalonique dans la liesse. Le roi s'est précipité dans la ville, accompagné par le Premier ministre Elefthérios Venizélos, pour appuyer les revendications de la Grèce et organiser une célébration de la victoire devant coïncider avec son prochain jubilé d'or.
Assassinat du roi
vignette|redresse=0.66|alt=Gravure en couleurs représentant, sur un trottoir, un homme tirant dans le dos d'un homme vêtu de noir et portant un chapeau, sous les yeux d'un autre homme portant un uniforme bleu foncé.|Reconstitution du meurtre en Une du quotidien Le Petit Journal (). Se sentant de moins en moins vigoureux après presque de règne, le roi profite de son séjour à Thessalonique pour annoncer à sa famille son intention d'abdiquer à l'occasion de son prochain jubilé d'or, qui doit avoir lieu au mois d'octobre. Le monarque explique alors que le diadoque Constantin a désormais l'âge idéal et l'envergure nécessaire pour le remplacer.
Le , part se promener dans les rues de la ville, comme chaque après-midi depuis qu'il est arrivé à Thessalonique, au côté de son aide de camp, Ioánnis Frangoúdis. Il s'y déplace presque sans aucune protection, exactement comme il le fait à Athènes, depuis le début de son règne. Contre l'avis de ses conseillers, le roi refuse de parcourir la ville avec un grand nombre de gardes ; seuls deux gendarmes sont autorisés à le suivre à distance. et son aide de camp se baladent sur le port, près de la Tour blanche, et discutent de la prochaine visite du roi sur le croiseur de bataille allemand . Aléxandros Schinás croise leur route à l'angle des rues et ..
Vers , Schinás tire dans le dos du roi, à bout portant, avec un revolver. Selon , Schinás s'était et s'est pour tirer sur le roi. Une autre version le décrit sortant d'un café turc, appelé le Pasha Liman, ivre et , et tirant sur alors que celui-ci passait près de lui. La balle transperce le cœur du roi, qui s'effondre. est alors emmené en calèche à l'hôpital militaire le plus proche, mais il meurt avant d'y parvenir, à l'âge de .
Schinás ne tente pas de s'échapper et est immédiatement appréhendé par Ioánnis Frangoúdis. Des gendarmes supplémentaires arrivent peu après d'un poste de police voisin. Schinás aurait demandé aux officiers de le protéger de la foule qui l'entourait. Le prince Nicolas est rapidement prévenu de l'événement et c'est lui qui fait parvenir la nouvelle du décès de aux autres membres de la famille royale.
Conscient que l'assassinat du roi dans une ville largement peuplée de Slaves pourrait raviver les tensions avec la Bulgarie, qui lorgnait également Thessalonique, le gouvernement refuse d'abord tout motif politique au régicide et présente Schinás comme un déséquilibré ivrogne. Les autorités tentent par la suite de faire croire à un agent agissant pour le compte de l'étranger (la Bulgarie, l'Allemagne ou l'Empire ottoman), sans toutefois apporter de preuve à leurs allégations..
Détention et mort vignette|redresse=0.86|gauche|alt=Photographie en noir et blanc montrant un homme à l'air hagard entouré de deux soldats.|Aléxandros Schinás, après son arrestation (1913). Torturé et contraint de subir des examens pendant sa détention, Aléxandros Schinás ne désigne aucun complice. Selon le journal grec I Kathimeriní, il aurait déclaré à la reine Olga (veuve de ), lors d'un entretien privé, avoir agi seul.. I Kathimeriní rapporte également que Schinás aurait fait des dépositions après son arrestation, mais que leurs transcriptions ont été perdues dans un incendie à bord du navire qui les transportait au Pirée. Interviewé en prison par un journaliste, il nie par ailleurs toute préméditation et attribue son acte à des provoqués par la tuberculose.
Le , soit six semaines après son arrestation, Aléxandros Schinás meurt en se défenestrant du bureau du juge d'instruction de la gendarmerie de Thessalonique. Les autorités déclarent que Schinás, qui n'était pas menotté, a profité d'un instant de distraction de ses gardes pour courir et sauter par la fenêtre, faisant une chute de neuf mètres. Certains supposent que Schinás s'est suicidé pour éviter d'endurer d'autres actes de torture et une mort lente due à la tuberculose, mais d'autres suggèrent qu'il aurait été jeté par la fenêtre par les gendarmes, peut-être pour le faire taire. Après sa mort, son oreille et sa main sont amputées et utilisées pour l'identification, puis conservées et exposées au musée de criminologie d'Athènes.
Profil et motivations vignette|redresse=0.66|alt=Titre de journal en anglais faisant état de la mort d'un homme, où l'on peut lire « King's Murderer is Educated Anarchist ».|Titre du faisant état de l'assassinat du roi et du profil de Schinás ().