est un genre fossile de grands squamates marins de la famille des mosasauridés dont il est le genre type, ayant vécu durant le Crétacé supérieur, entre avant notre ère. Les premiers fossiles de Mosasaurus sont des crânes découverts dans une carrière située près de Maastricht, aux Pays-Bas, à la fin du . L'interprétation de ces fossiles, largement débattue parmi les chercheurs de l'époque, assure la célébrité scientifique du . En 1808, Georges Cuvier décrit l'animal comme un grand reptile marin partageant des similitudes avec les varans, mais différent de tout représentant vivant connu. Bien que Cuvier n'attribue aucun nom scientifique à cet animal, son analyse conforte le concept d'extinction qui apparaît à cette époque. En 1822, William Conybeare nomme l'animal Mosasaurus, qui signifie littéralement , en référence à sa découverte faite à proximité du fleuve éponyme. Les affinités exactes de Mosasaurus en tant que squamate restent controversées et les scientifiques continuent de débattre pour savoir si les plus proches parents vivants de ce taxon fossile sont les varans ou les serpents.

La plus grande espèce connue, M. hoffmannii, a une taille maximale estimée à environ de long. Le crâne de Mosasaurus présente des mâchoires robustes et dispose de puissants muscles capables de fortes morsures à l'aide de dizaines de grandes dents aptes à couper les proies. Ses quatre membres sont façonnés en forme de pagaies pour diriger l'animal sous l'eau et sa queue est allongée et se projette vers le bas. Mosasaurus possède une excellente vision pour compenser son faible sens de l'odorat et présente un taux d'utilisation métabolique élevé, suggérant qu'il est endotherme, une adaptation que l'on ne trouve que chez les mosasaures parmi les squamates. Une grande diversité morphologique est présente entre les espèces actuellement reconnues de Mosasaurus (allant de M. hoffmannii, de construction robuste, à M. lemonnieri, élancé et de forme serpentine), mais une description des caractéristiques distinctives peu claire de l'espèce type M. hoffmannii a conduit à une classification historiquement problématique. En conséquence, plus de cinquante espèces différentes ont anciennement été attribuées au genre. Une nouvelle description du spécimen holotype publiée en 2017 aide à résoudre le problème taxonomique et confirme qu'au moins quatre autres espèces appartiennent au genre. Cinq autres espèces encore nominativement classées au sein de Mosasaurus devraient être réévaluées ultérieurement.

Des preuves fossiles suggèrent que Mosasaurus se rencontrait dans une grande partie de l'océan Atlantique et des mers adjacentes. Cette répartition englobe un large éventail de climats océaniques, notamment tropicaux, subtropicaux, tempérés et subpolaires. Mosasaurus est ainsi un grand prédateur commun dans ces océans, positionné au sommet de la chaîne alimentaire. Les paléontologues pensent que l'animal chasse en eau libre, près de la surface, et que son régime alimentaire inclut pratiquement n'importe quel animal : poissons osseux, requins, céphalopodes, oiseaux et autres reptiles marins, dont les tortues de mer, voire d'autres mosasaures. D'un point de vue écologique, Mosasaurus exerce probablement un impact profond sur la structuration des écosystèmes marins ; son arrivée dans certains endroits, tels que la voie maritime intérieure de l'Ouest en Amérique du Nord, coïncide avec le renouvellement complet des assemblages et de la diversité fauniques. Mosasaurus fait aussi face à la concurrence d'autres grands mosasaures tels que Prognathodon et Tylosaurus (qui sont connus pour avoir chassé des proies similaires) bien qu'ils aient pu coexister dans les mêmes écosystèmes grâce à la partition de niche. Il y a également eu des conflits entre eux, car un exemple de Tylosaurus attaquant un Mosasaurus est documenté. Plusieurs fossiles documentent des attaques délibérées contre des individus de Mosasaurus par des représentants du même taxon. Les combats ont probablement lieu sous la forme de prises au museau, comme chez les crocodiles actuels.

Historique des recherches

Découverte et identification vignette|gauche|redresse=0.9|alt=Photo d'un crâne fossile de couleur marron exposée derrière une vitrine d'un musée.|TM 7424, le premier spécimen connu de M. hoffmannii.

Le premier fossile connu de Mosasaurus est un crâne fragmenté découvert en 1764, dans une carrière de craie situé sous la montagne Saint-Pierre, près de Maastricht, aux Pays-Bas. Il est initialement identifié comme provenant d'une baleine selon Martin van Marum.. Ce spécimen, depuis catalogué TM 7424, est aujourd'hui exposé au musée Teyler, à Haarlem. Plus tard, en 1778, la carrière montre la présence d'un deuxième crâne plus complet qui attire l'attention de Johann Leonard Hoffmann, qui pense qu'il proviendrait d'un crocodile. Il contacte alors Petrus Camper, et le crâne attire aussitôt l'attention internationale après que ce dernier publie une étude l'identifiant comme une baleine en 1786... Cela attire notamment l'attention des révolutionnaires français, qui pillent le fossile après le siège de Maastricht en 1794 dans le contexte des guerres de la Révolution française. Après sa saisie, le spécimen est envoyé au Muséum national d'histoire naturelle de Paris en 1795 et catalogué plus tard sous le numéro MNHN AC 9648. Dans un récit de 1799 de cet événement par Barthélemy Faujas de Saint-Fond, le crâne aurait été récupéré par douze grenadiers en échange de .. Ce récit contribue à la renommée culturelle du fossile, mais les historiens s'accordent à dire qu’il serait exagéré..

Dès 1800, le fils de Camper, Adriaan Gilles Camper, découvre que le second crâne, qui est alors surnommé le , appartient à un grand reptile marin présentant des affinités avec les varans.. Cette observation est confirmée par Georges Cuvier dans une étude plus approfondie publiée en 1808, au cours de laquelle il établit toutefois qu'il s'agit d'une forme éteinte ne correspondant à aucun saurien vivant connu.... Le crâne devient une partie des premières spéculations de Cuvier sur la conception de la notion d'extinction, qui conduit ensuite à sa théorie du catastrophisme, précurseur de ce qui est actuellement connu sous le nom d'évolution. À cette époque, il n'est pas concevable qu'une espèce puisse disparaître, et les fossiles d'animaux éteints sont souvent interprétés comme des formes d'espèces existantes.. L'idée de Cuvier qu'il existe des animaux ayant disparu est alors révolutionnaire ; il proclame en 1812 :

Dans un ouvrage de James Parkinson publié en 1822, William Conybeare érige le genre Mosasaurus à partir du latin « Meuse » et du grec ancien « lézard », le tout voulant littéralement dire « lézard de la Meuse », en référence au fleuve à proximité duquel les fossiles concernés ont été découverts.. En 1829, Gideon Mantell ajoute l'épithète spécifique hoffmannii, en hommage à Hoffmann., et le deuxième crâne est ultérieurement désigné en tant qu'holotype de l'espèce.

Découvertes ultérieures et autres espèces vignette|gauche|upright=1.3|alt=Crâne fossile d'un reptile marin.|Spécimen holotype de M. missouriensis, le crâne décrit par Goldfuss (RFWUIP 1327) étant monté suivi en-dessous d'un moulage du museau décrit par Harlan (MNHN 9587).

En 1804, l'expédition Lewis et Clark signale la découverte, sur les rives de la rivière Missouri, d'un squelette fossilisé alors interprété comme celui d'un poisson atteignant près de de long... En 2003, Richard Ellis propose que ces restes aujourd'hui perdus puissent correspondre à la première découverte connue de la seconde espèce M. missouriensis., bien que d'autres hypothèses soient également avancées quant à la réelle identité du spécimen fossile.. En 1818, un spécimen découvert dans le comté de Monmouth, dans le New Jersey, devient quant à lui le premier fossile nord-américain correctement identifié comme appartenant à Mosasaurus par les scientifiques de l'époque..

Le spécimen type de M. missouriensis est premièrement décrit en 1834 par Richard Harlan à partir d'un fragment de museau découvert près du Big Bend, un méandre de la rivière Missouri situé dans l'actuel Dakota du Sud. En référence à cette provenance, Harlan crée l'épithète spécifique missouriensis et attribue d'abord le fossile à une espèce d’Ichthyosaurus., avant de le reclassifier parmi les amphibiens sous le nom générique Batrachiosaurus.. Le reste du spécimen, constitué d'un crâne presque complet et de quelques vertèbres antérieurement découvertes par un trappeur, entre en possession de Maximilian zu Wied-Neuwied entre 1832 et 1834. Depuis catalogué RFWUIP 1327, ce matériel fossile est ensuite confié à Georg August Goldfuss à Bonn, qui le décrit dans une publication parue en 1845.. La même année, Hermann von Meyer suggère que le crâne étudié par Goldfuss et le museau partiel décrit par Harlan pourraient appartenir au même individu.. Bien que le museau soit alors considéré comme perdu, Joseph Leidy érige en 1857 la nouvelle combination M. missouriensis sur la base de cette hypothèse., un nom depuis entré dans l'usage commun. Le fragment de museau est finalement retrouvé en 2004 dans les collections du Muséum national d’histoire naturelle de Paris sous le numéro MNHN 9587, confirmant ainsi l'hypothèse initialement formulée par von Meyer et reprise par plusieurs auteurs ultérieurement.

M. conodon est indirectement décrite pour la première fois en 1881 par Edward Drinker Cope à partir d'un squelette fragmentaire découvert dans le New Jersey, depuis catalogué AMNH 1380. En raison de la silhouette élancée des fossiles composant le spécimen, Cope le considère alors comme appartenant à une nouvelle et grande espèce de Clidastes, qu'il nomme Clidastes conodon.. Bien qu'il n'ait pas fourni d'étymologie associée à l'épithète spécifique conodon, il est suggéré qu'il pourrait s'agir d'un mot-valise signifiant « dent conique », dérivé du grec ancien , « cône » et , « dent », probablement en référence aux dents coniques à surface lisse de l'espèce.. Dans une étude de 1966, Donald Baird et Gerard R. Case transfèrent l'espèce dans le genre Mosasaurus sur la base d'une interprétation encore inédite de Dale A. Russell., que ce dernier confirme dans son ouvrage publié l'année suivante.

M. lemonnieri est premièrement décrite en 1889 par Louis Dollo sur la base d'un spécimen comprenant un crâne relativement complet et quelques vertèbres cervicales, découvert dans une carrière de la société Solvay à Mesvin, dans le bassin de Ciply en Belgique.. Ce même spécimen, depuis catalogué IRSNB R 28, fait partie des nombreux fossiles offerts par Alfred Lemonnier, alors directeur de la société, auquel Dollo dédie le nom de l'espèce. La poursuite de l'exploitation du site au cours des années suivantes permet la découverte de nombreux autres fossiles remarquablement bien conservés, dont plusieurs squelettes partiels représentant collectivement la quasi-totalité de l'anatomie de l'espèce, qui sont décrits par Dollo dans diverses publications ultérieures. Bien qu'étant l'une des espèces les mieux représentées anatomiquement, M. lemonnieri fut largement ignorée dans la littérature scientifique. Dans une étude de 2000, Theagarten Lingham-Soliar avance deux explications à cette négligence. Selon lui, la première tient au fait que les fossiles de l'espèce proviennent principalement de la Belgique et des Pays-Bas, des régions ayant relativement peu attiré l'attention des paléontologues malgré la célèbre découverte de l'holotype de M. hoffmannii. La seconde réside dans l'ombre scientifique projetée par cette dernière espèce, bien plus célèbre et historiquement emblématique.