vignette|redresse|Palais construit par le roi Henri Christophe, à Milot (Haïti). Une ruine (de la racine latine ruo « ruer, pousser violemment, s’écrouler » impliquant l'érosion du temps, alors que les archéologues utilisent le terme vestige, du latin vestīgium, « trace ») est le reste d'un édifice dégradé par le temps ou une destruction plus rapide. Elle apparaît souvent dans la peinture occidentale avec pour effet de donner un caractère pittoresque au décor. Elle symbolise également le déclin ou la décadencePERPINYA, Núria. Ruins, Nostalgia and Ugliness. Five Romantic perceptions of Middle Ages and a spoon of Game of Thrones and Avant-garde oddity. Berlin: Logos Verlag. 2014 .
Par suite, par analogie, la ruine désigne aussi la perte, la disparition des biens, de la fortune.
Éléments historiques
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La doctrine de culture universelle des ruines sous le siècle des Lumières, voulant qu'elles soient toutes importantes, est portée au pinacle par les romantiques, avec en tête Chateaubriand, qui unifient cette notion et vouent un culte aux vestiges du passé. Des peintres romantiques comme Friedrich en Allemagne, Constable ou Turner en Grande-Bretagne, anéantissent la hiérarchie classique des genres en substituant, au sommet de celle-ci, la peinture de paysage (avec notamment les ruines qui ne sont qu'une composante de la nature et une incarnation de la fatalité divine) à la peinture d'histoireAlain Schnapp, op.cit., p. 11-13.
Pour le philosophe Georg Simmel, le plus grand théoricien des ruines de la modernité, les ruines sont un retour de la culture à la nature. Il écrit en 1912 dans ses Réflexions suggérées par l'aspect des ruines, « le charme de la ruine consiste dans le fait qu'elle présente une œuvre humaine tout en produisant l'impression d'être une œuvre de la nature ». Pour le poète surréaliste Benjamin Péret, les ruines sont moins le résultat d'un processus que d'une opposition entre mémoire et oubliAlain Schnapp, op.cit., p. 6.
Au , les ruines sont comme par le passé l'objet d'enjeux et de propagande (destructions volontaires et pillages lors des et surtout syrienne où Daech procède à un « nettoyage culturel » contre les vestiges pré-islamiques)Alain Schnapp, La mort des ruines ? Des ruines et de la guerre total, in Violences de guerre, violences de masse, Jean Guilaine, Jacques Sémelin (éds), 2016, p. 315-330.
La gestion des bâtiments en ruine en matière d'urbanisme
En France L’article L.111-3, issu de la loi n° 2000-1208 du relative à la solidarité et au développement urbains (Loi SRU), autorise la possibilité de reconstruire à l’identique les bâtiments détruits par un sinistre sous réserve qu’ils aient été régulièrement édifiés.
En outre, dans le but de préserver le bâti traditionnel des zones montagnardes, cet article avait fourni une définition de la notion de «ruine» au sens du droit. Il en fixait toutefois les limites d’application : faciliter la reconstruction à la condition d’assurer une restauration qualitative du patrimoine «permettant de conserver la qualité architecturale des bâtiments reconstruits».
Enfin, dans les zones agricoles, le règlement peut désigner les bâtiments agricoles qui, en raison de leur qualité architecturale ou patrimoniale, peuvent faire l'objet d'un changement de destination, dès lors que ce changement de destination ne compromet pas l'exploitation agricole (article L.123-3-1 du Code de l’urbanisme).
Le cas spécifique des ruines de châteaux forts et les problèmes que posent l'entretien, la restauration et la finalité des ruines
Faut-il restaurer les ruines ? L'un des pionniers en France de la notion de conservation des ruines est l'architecte Charles Garnier, qui proposait de laisser tel quel le palais des Tuileries détruit sous la Commune de Paris de 1871.
Si des efforts importants et constants sont consacrés aux monuments historiques en général, il est une catégorie de monuments historiques qui se trouvent dans un état alarmant : les ruines de châteaux forts. Des études permettent d’évaluer jusqu’à quel point un monument de ce type peut être restauré.
La plupart des châteaux qui ont survécu se trouvent en zone montagneuse. Leur accès s’avère souvent difficile, condition qui surenchérit le coût des travaux, mais rend aussi illusoire une mise en valeur de certains d’entre eux. Selon l’époque de sa construction, chaque château présente des particularités d’architecture militaire qu’il faudrait mettre en valeur.
On pourrait dégager des critères relativement simples pour distinguer deux types de ruines : celles où les restes sont substantiels et où les travaux porteraient sur la sauvegarde et le maintien en l’état des lieux, celles qui présentent encore un ensemble cohérent et qui méritent plus que des travaux d’urgence, ces sites doivent dès lors devenir des pôles d’attraction touristique et de développement local.
Pour cela, une mobilisation de l’ensemble des acteurs est nécessaire pour trouver une réponse au problème qui se pose à toute la région : comment sauver rapidement, et de façon scientifique, le maximum d’édifices ?
Les Entretiens du Patrimoine qui se sont déroulés à Caen du 8 au sur le thème « Faut-il restaurer les ruines ? » ont eu le mérite de poser les vrais problèmes :
Les travaux de restauration passent d’abord par le traitement des infiltrations d’eau dans le respect archéologique des murs. La survie d’une ruine, et particulièrement sa protection contre le vandalisme, passe par l’installation d’accueil, de gardiennage, d’animations, de tout ce qu’il faut pour satisfaire la légitime curiosité et l’exigence de qualité des visiteurs.
Mais tout ne peut pas être rendu accessible à tous, comme le rappelait le rapporteur Michel Jantzen :
Esthétique des ruines
L'émotion suscitée par la beauté des ruines se développe d'abord dans le monde oriental, puis dans le monde occidental. Chateaubriand et Lord Byron écrivent à ce sujet. Dans Ruines, invention d'un objet critique, de Diane Scott, se pose la question du rapport au temps dont les ruines sont le signe..
Notes et références
Annexes
Expositions Musée des beaux-arts de Lyon : Formes de la ruine, jusqu'au . Bibliographie A. Schnapp , S.Ramond, Les formes de la ruine, Liernard éditions 2023, catalogue de l'exposition, 464.p. Simon O'Corra, France in Ruins, Buildings in Decay, Londres, 2011 . Silvia Fabrizio-Costa (dir.), Entre trace(s) et signe(s) : quelques approches herméneutiques de la ruine, P. Lang, Berne ; Berlin ; Bruxelles [etc.], 2005, . Sabine Forero-Mendoza, Le temps des ruines : l'éveil de la conscience historique à la Renaissance, Champ vallon, Seyssel, 2002, Sophie Lacroix, Ce que nous disent les ruines : la fonction critique des ruines, L'Harmattan, Paris, 2007, . Alain Schnapp, Une histoire universelle des ruines. Des origines aux Lumières, Seuil, 2020, , . Ludivine Péchoux, Ruines universelles, dans: Dossiers d'archéologie, n°421, janvier-février, 2024, p.78-79.
Articles connexes Friche Friche industrielle Épave (maritime) Relief ruiniforme
Liens externes
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