Le pensionnat Jean-Baptiste-de-La-Salle est un ensemble scolaire situé à Rouen regroupant une école maternelle et élémentaire, un collège et un lycée d'enseignement général.
Établissement catholique d'enseignement sous contrat d’association avec l’État, il relève de la tutelle congréganiste des Frères des écoles chrétiennes et appartient au réseau lasallien.
Initialement fondé en 1874, rue de la Chaîne, au pied de la cathédrale de Rouen, il rejoint sa localisation actuelle au 84 de la rue Saint-Gervais en 1880.
Historique
Fondé en 1874 par les Frères des écoles chrétiennes, le pensionnat Jean-Baptiste-de-La-Salle se rattache à un lointain passé, tant historique que local. En effet, c’est à Rouen que le chanoine Jean-Baptiste de La Salle (1651-1719), lui-même a créé, en 1705, le pensionnat de Saint-Yon en même temps que jeté les bases de son Institut qui rayonne à présent à travers le monde.. Cette institution devait disparaître avec la tourmente révolutionnaire, en 1791. Les élèves et les frères sont alors dispersés, leurs biens confisqués ; l’Institut des frères ayant été supprimé par le décret du .
L'institut se reconstitue en France dès les premiers jours du rétablissement de la paix religieuse, en 1802Sous le Consulat, l'influence du cardinal Fesch obtint du Premier Consul l'autorisation pour les Frères des écoles chrétiennes de reconstituer leur congrégation en France.. Mais ce n’est qu'en 1819, à la demande du maire de Rouen, le baron Élie Lefèvre, que les frères revinrent à Rouen. La ville de Rouen leur accorda d’abord la direction de nombreuses écoles municipalesL'école Saint-Maclou et celle de Saint-Ouen furent ouvertes le décembre 1819, puis celle de Saint-Patrice le février 1820, celle de l'hospice général le 26 avril 1820, celle de Saint-Vivien le 14 février 1821. qu'elle subventionnâtÀ partir de 1879, la loi sur la laïcité de l'enseignement amena les communes à se passer des services des Frères et à créer des écoles confiées à des maîtres laïques. À Rouen, les subventions qui étaient accordées aux Frères, en échange de la gratuité de leur enseignement, furent réduites dès 1879, et totalement supprimées en 1888.. En 1829, le conseil général de Seine-Inférieure leur confia la première école normale primaire officielleAprès Rouen, d'autres écoles normales furent créées à Aurillac, Beauvais, Quimper, et en Belgique, Malonne et Carlsbourg, pour la formation de jeunes instituteurs laïques et l’installait dans l'ancien couvent de Saint-Lôaujourd’hui lycée Camille Saint-Saens. En 1860, outre l’école normale, Rouen comptait neuf écoles de frères – dont l’école de l'aître Saint-MaclouL'école des garçons, fondée en 1705, demeurera sous tutelle des Frères jusqu'en 1907, de même que l'école des filles, fondée par la paroisse Saint-Maclou en 1661, confiée aux sœurs de la Sagesse en 1894. Les deux écoles réunies ont totalisé jusqu'à 600 élèves et l’école BellefondsÉcole supérieure Bellefonds, fondée en 1862 dans l'ancien prieuré des Bénédictines de Bellefonds, rue Beauvoisine. - qui accueillaient plus de sous la conduite d’une soixantaine de frèresLes Frères tenaient également des écoles dans les villes suivantes : Elbeuf, Caudebec-lès-Elbeuf, Darnétal, Dieppe, Le Havre, Fécamp, Bolbec, Montivilliers, Neufchâtel, Forges, Yvetot, Caudebec-en-Caux et Saint-Valery.
Malgré leurs tentatives, les frères ne purent récupérer les biens confisqués lors de la Révolution, en particulier le manoir de Saint-Yon, transformé entre-temps en asile d’aliénés.
En 1873, des industriels et des commerçants rouennais manifestèrent le désir de voir s'ouvrir à nouveau un établissement où leurs fils recevraient, avec l’éducation religieuse, une culture appropriée aux carrières nouvelles, nées du progrès technique. Sous la direction du frère Ambroisin, venant du pensionnat de Passy, le « pensionnat Notre-Dame » ouvre ses portes le au 23, rue de la Chaîne. En annonçant l'ouverture de cet établissement, la Semaine religieuse (n° du ) précisait qu'il recevrait des pensionnaires et des demi-pensionnaires, et formerait des élèves destinés au commerce et à l'industrie, en leur procurant de fortes études. Le programme des études embrassera tout ce qui est nécessaire pour préparer les jeunes gens aux professions commerciales, industrielles et administratives, aux écoles vétérinaires et à celles des Arts et Métiers.
Les 16 garçons internes accueillis en 1874 laissent bientôt la place à 250, en 1879. L’ancien hôtel de la rue de la ChaîneCes locaux abritent toujours une institution scolaire : le collège-école privé Sainte-Marie, sous tutelle des sœurs de la Providence de Rouen, congrégation enseignante fondée à Rouen par le père Nicolas Barré au . s’est vite révélé exigu, un transfert en des locaux plus vastes s’imposait. Le choix du frère directeur se porte alors sur une usine de tissage appartenant à la famille Gilles, rue Saint-Gervais. La porte cochère portait déjà l'emblème qu'on y remarque aujourd'hui, l'étoile à cinq branches, prise par les frères pour symbole de l'esprit de foi qui caractérise leur Institut. Son acquisition par une société civile fut conclue pour le prix de francs.
Le , le nouvel établissement ouvre ses portes à 350 élèves et prend le nom de « pensionnat des Frères des écoles chrétiennes ». Il gardera cette dénomination pendant cinq ans et en 1885, il est définitivement baptisé « pensionnat Jean-Baptiste-de-La-Salle ». En 1883-1884, il compte 440 élèves.
En 1888, quand le pape Léon XIII béatifie Jean-Baptiste de La Salle, les frères ont doté le pensionnat d’une vaste chapelle néo-romane, œuvre de l'architecte rouennais Marie-Eugène Barthélémyfils d'Eugène Barthélémy, architecte diocésain., capable d'accueillir les élèves de l’établissement, et d'abriter les reliques du fondateur.
Dix ans plus tard, conçue par le même architecte, une nouvelle aile qui prolonge le bâtiment de l'usine Gilles jusqu'à la rue du Roi, enjambant la rue « Chasse-Marée »Actuellement rue Guy-de-Maupassant. est inaugurée. Cette aile abrite actuellement la majorité des classes du collège et de l'école primaire.
Le , une loi interdit l'enseignement aux congrégations enseignantes. Au pensionnat, quelques frères prennent le chemin de l’exil, d’autres, décident de demeurer sur place en « sécularisés ». Le pensionnat étant la propriété d’une société anonyme, donc insaisissable par l'État, il rouvre ses portes le Louis Leter, Frère Adolphe-Joseph (Charles Collier) : Un vrai fils de Saint Jean-Baptiste de La Salle, Evreux, mai 1942. avec un personnel « non congréganiste » constitué d'une vingtaine de frères « sécularisés » sous la direction de M. Charles Collier (frère Adolphe-Joseph). À la même époque, le reliquaire du fondateur, conservé dans la chapelle, prend également le chemin de l’exil en même temps que la maison-mère, en Belgique, à Lembecq-les-Hall. Les reliques sont transférées définitivement en 1937 dans la chapelle de la Maison GénéraliceLa maison généralice est la résidence du frère supérieur général et de son conseil. Elle est aussi le siège du gouvernement central et des services généraux des Frères des écoles Chrétiennes., nouvellement construite via Aurelia à Rome.
À l'initiative de professeurs, une conférence Saint-Vincent-de-Paul locale est créée en 1904.
Le , les frères du pensionnat prennent à bail pour plusieurs années, le manoir de Marbeuf et sa chapelle historique du , la chapelle de Notre-Dame-de-la-Paix, qui ont vu passer la reine Anne d'Autriche et le poète Pierre de Marbeuf. La propriété située à SahursÉlèves et professeurs s'y rendent en chaland, par la Seine. près de Rouen, inhabitée depuis plusieurs années, devient alors centre de retraites pour les professeurs laïques et les grands élèves, et maison de repos pour les frères le temps des vacances.
Pendant la Première Guerre mondiale, une grande partie des locaux du pensionnat est réquisitionnée et devient l'hôpital auxiliaire , afin d’y soigner les blessés de guerreDu 20 août 1914 au 3 février 191, l'établissement hospitalisa officiers, sous-officiers et soldats et 232 réfugiés de la région du Nord, 135 inhumations de blessés décédés eurent lieu dans la chapelle ou continuèrent des offices communs à l'H.A. 1 et au pensionnat..
Après la Première Guerre mondiale, l’esprit est à la réconciliation nationale, une certaine tolérance s’installe peu à peu, les congrégations enseignantes furent de nouveau autorisées, et les frères, à Rouen comme ailleurs, purent à nouveau exercer ouvertement leurs ministères auprès des jeunes sans être inquiétés. Une plaque de marbre rappelle alors que les « sécularisés » préposés au maintien du pensionnat ne renoncèrent jamais à leur filiation. Ils fêtèrent en 1919 sous la présidence du cardinal Dubois, archevêque de Rouen, le bicentenaire de la mort de saint Jean-Baptiste de La Salle. Deux cents anciens élèves avaient péri pendant la guerre à peine terminéeUn monument aux morts, situé dans le vestibule sud de la chapelle, commémore les anciens élèves, professeurs et frères victimes des deux guerres mondiales. Il est l'œuvre de M. Paul Le Bocq architecte et ancien élève et a été inauguré le 28 novembre 1920 par le cardinal du Bois de La Villerabel..
Le pensionnat Jean-Baptiste-de-La-Salle, fondé en 1874, attendit l'année 1925, pour célébrer ses « Noces d'Or »Noces D'or du Pensionnat Jean-Baptiste de La Salle à Rouen (25 - 26 avril 1925), Imprimerie Lecerf Fils, Rouen, 1925., l'anniversaire de l'inauguration de la fontaine Jean-Baptiste-de-La Salle, œuvre de Alexandre Falguière, située place Saint-Clément à RouenJ.Chantrel, Le Monument du Vénérable Jean-Baptiste de La Salle à Rouen (Fête du 2 juin 1875), Imprimerie Victor Goupy, Paris, 1875., remise en état par la ville de RouenLe monument de la place Saint-Clément est dû à l'initiative du frère Lucard, alors directeur de l'école normale située rue Saint-Lo. Il obtient l'assentiment des autorités religieuses, préfectorales, académiques et municipales. À l'issue d'un concours le projet de Falguière est retenu. Le conseil municipal assigne la place Saint-Sever (place Carnot par la suite), comme convenant le mieux à ce monument majestueux. Les frais sont largement couverts par une souscription presque exclusivement nationale. Le reliquat est versé à la ville, à qui le comité remet la statue. Le 2 mai 1875, inscriptions et bas reliefs sont encastrés dans le socle. La statue de , coulée le 24 avril, prend place sur son piédestal le 27 mai. L'inauguration a lieu le 2 juin. regardèrent défiler délégués venus de toute la France et de 42 nations étrangères. Le groupe de Falguière est déménagé place Saint-Clément en 1885.. Les cérémonies sont présidées par André du Bois de La Villerabel, archevêque de Rouen et Georges Goyau, membre de l'Académie française. À cette occasion, une troupe de théâtre de Paris, interprète Mademoiselle de La Seiglière de Jules Sandeau dans la salle des fêtes.
Pendant les deux guerres mondiales, les locaux sont en grande partie, réquisitionnés : par la Société de secours aux blessés militaires (SSBM) en 1914, par la Wehrmacht en 1940. Néanmoins, à chaque fois, la vie scolaire continue avec un nombre restreint d’élèves et de grandes difficultés. Les bombardements de Rouen en 1944 n’épargnent pas le pensionnat, le bâtiment dit de « l’infirmerie » (ancienne demeure de la famille Gilles) est très endommagé, il est démoli en 1950 et la terrasse réduite de moitié.
Le , l'opérette La MerluretteOpérette en 3 actes de Camy-Renoult, musique de Henri Villette, est donnée dans la salle des fêtes du pensionnat sous la direction de Pierre Villette. La même année, le pape Pie XII fait de saint Jean-Baptiste de La Salle, le patron des éducateurs et le conseil municipal de Rouen donne à la place Saint-Gervais, sur laquelle s’élèvent la chapelle et une partie de la façade du pensionnat, le nom de « place Jean-Baptiste-de-La-Salle ».