Noël est la fête chrétienne d'origine romaine qui célèbre la Nativité, c'est-à-dire la célébration qui rappelle la naissance de Jésus-Christ. La fête de Noël vient peu de temps après le solstice d'hiver boréal auquel elle est historiquement associée. Du fait de la déchristianisation, la fête de Noël est aujourd'hui coupée de son fondement religieux dans de nombreux pays occidentaux, mais elle y subsiste comme fête traditionnelle.

Instituée le au sous l'empire romain et diffusée par la christianisation progressive de l'Europe et du bassin méditerranéen, cette fête de la Nativité prend peu à peu la place de différentes fêtes liées au solstice d'hiver (fête germanique de Yule, fête de Mithra, Saturnales romaines). Le Christ étant présenté comme le Soleil illuminant une nouvelle ère.

Le récit évangélique de la naissance de Jésus sert de base pendant des siècles à une grande richesse artistique (peinture, sculpture, musique, littérature) que renforce la diffusion populaire de la crèche au (instituée par saint François d'Assise), mais les ferments d'autres traditions liées au solstice ne disparaissent pas totalement. C'est ainsi que le sapin germano-nordique, signe d'une nature vivante malgré l'hiver, est honoré à partir du et gagne même les églises. Il s'impose comme symbole de la période des fêtes de fin d'année parallèlement à la déchristianisation de l'Europe à l'époque moderne.

La tradition du père Noël, qui se mondialise au , complète cette évolution qui a ajouté une dimension profane à la fête chrétienne, plus orientée vers les enfants, les familles et des cadeaux.

Depuis le milieu du , la fête de Noël s'est fortement sécularisée et prend une connotation folklorique n'étant plus nécessairement liée à une fête religieuse. Le jour de Noël est férié dans de nombreux pays, ce qui permet le regroupement familial autour d'un repas festif et l'échange de cadeaux au pied du sapin traditionnel. Le second jour de Noël () est également un jour férié dans plusieurs pays du nord de l'Europe (Pologne, Royaume-Uni, Pays-Bas, pays scandinaves) ainsi qu'en France, dans les trois départements du Haut-Rhin, du Bas-Rhin et de la Moselle. Cela permet également la participation aux messes de Noël pour ceux qui célèbrent la fête sous sa forme religieuse. Après Pâques, Noël est en effet la deuxième fête la plus importante du calendrier liturgique chrétien (la Nativité du Seigneur est l'une des Douze Grandes Fêtes orthodoxes). Noël est l'une des trois Nativités célébrées par l'Église catholique, les deux autres étant celle de Jean le Baptiste, le , et celle de Marie, le ..

La période entourant Noël est appelée « temps des fêtes » au Canada francophone et « fêtes de fin d'année » (ou plus simplement « les fêtes ») en Europe quand on y inclut les célébrations du Nouvel An.. Elle donne lieu à l'illumination des rues, maisons et magasins et à l'organisation de marchés de Noël. C'est également une période importante sur le plan commercial.

Étymologie thumb|La Nativité, huile sur toile de Jean-Baptiste Marie Pierre (1763, collection privée).

La forme Noël est attestée dès le () [consulté le ]. [consulté le ].. D'après le Trésor de la langue française informatisé, ses deux plus anciennes occurrences connues se trouvent, l'une () dans le Comput de Philippe de Thaon, daté de ou ., et l'autre () dans le Voyage de saint Brendan de Benedeit [consulté le ]., daté du premier quart du ...

Le mot français Noël dérive de l'expression latine , « jour de la naissance », par laquelle les anciens calendriers désignaient le jour de la nativité de Jésus-Christ. Formée de l'adjectif latin signifiant « relatif à la naissance » (de , « naître/né ») associé à , « jour », la locution a été réduite à par substantivation de l'adjectif en [natále] (au neutre) : « Natale Christi »).

Natále subit ensuite une évolution phonétique qui comprend la chute du [e] final, l'allongement et la palatalisation du [a] tonique non entravé, puis lénition (sonorisation) en [d] du [t] intervocalique (d’où le provençal Nadal), fricatisation en [đ] puis amuïssement, donnant la forme Nael. Dans cette position, le [a] prétonique aurait dû s’affaiblir en e muet mais, dans un mot du vocabulaire religieux, soumis à des influences savantes, il y a eu effort pour le maintenir et, par dissimilation, il a abouti à [o]. Autrement dit, l’o de Noel, en face de Nael, est lié à la dissimilation des deux a de natal-, d'abord devenu ( occitan , catalan , « Noël »), ensuite , puis , après la lénition de la consonne intervocalique [t], qui s'est finalement totalement amuïe en langue d'oïl. (tout comme dans NATIVU, devenu naïf, doublet de natif, emprunt savant ; également MUTARE, devenu muer, dérivé savant mutation ; MATURU, devenu mûr, savant mature). Il existe un cas parallèle jusqu'au stade du moyen français, à savoir celui du verbe noer signifiant « nager ». Dans la plupart des langues romanes, le latin natare (cf. natation) a donné l'espagnol, catalan et portugais nadar « nager », alors qu'une forme notare a donné l'ancien français noer « nager » (morvandiau nouer, normand occidental nouerCharles Brucker, L'étymologie, Presses Universitaires de France, Paris, 1988, .). Dans les parlers normands, Noël se dit Noué ou Nouel.

Cette étymologie, fondée sur les principes de la phonétique historique contemporaine, est la plus généralement admise aujourd'hui par les linguistes et les lexicographes. D'autres rapprochements lexicaux complémentaires et secondaires (attestés par des ouvrages de référence de renommée internationale, fondés sur un socle documentaire plus large que les seules sources littéraires, notamment les actes de la pratique, les glossaires des patois) doivent également être pris en compte, sans pour autant remettre en cause l'histoire fondamentale du motLes scripteurs anciens ignoraient l'alphabet phonétique international. Il peut arriver que, dans les sources primaires, des formes écrites identiques transcrivent des sons similaires, issus d'étymons différents que l'usage a associés. Par ailleurs, les différents sous-groupes linguistiques ont des évolutions propres, les romanistes sont loin d'avoir toujours un avis concordant. Voir en ce sens, par exemple, . Noël a ainsi pu être associé à des formes vernaculaires similaires, attestées, confondues par l'usage populaire ; par exemple du latin , « nouvelles » (c'est-à-dire latin post-classique et latin chrétien, cf. Blaise, ). Noël ! Noël ! était effectivement au Moyen Âge le cri de joie poussé par le peuple à l'arrivée d'un événement heureux (Martyne Perrot, Éthnologie de Noël, une fête paradoxale, Grasset, 2000, ) quel qu'il soit. On trouve encore l'étymologie qui fait remonter Noël au gaulois noio, « nouveau », et hel, « soleil » (à savoir et ), et signifierait « nouveau soleil » (ibid.), voire au francique neu helle, « nouvelle clarté » (Daniel Baril, « Joyeux Noio hel : le paradoxe des souhaits de Noël », Le Devoir, 15 décembre 2006 ), à savoir le vieux bas francique , cette langue n'étant pas attestée. Or, la forme exacte du terme gaulois n'est pas , mais nouiio(s), autrement novio-, proche parent du latin (novus) () et il n'existe aucun terme gaulois signifiant « soleil ». La nature exacte du mot gaulois pour désigner le soleil, sonno-, sunno-, ou , est certes discutée, mais elle conserve nécessairement le s- initial du mot indo-européen primitif, tout comme le latin sol, solis. La forme inventée *hel résulte d'une erreur d'interprétation à partir du breton heol « soleil » (ancien breton houl, gallois haul, vieux cornique heuul qui remontent tous au brittonique () contemporain et proche du gaulois). La mutation [s] > [h] est une mutation postérieure propre au brittonique, mais jamais attestée en gaulois, cf. « porc, groin de porc », d'où français soc (de la charrue) par métaphore de l'instrument qui fouit la terre comme l'animal, alors que le brittonique a donné le gallois hwch, le cornique hoch et le breton houc'h « porc ». Le gaélique conserve comme le gaulois le [s] initial, irlandais socc « groin, soc de charrue » ( Georges Dottin, La Langue gauloise : grammaire, textes et glossaire, , C. Klincksieck, 1920, et .). L'étymologie par le francique neu helle est tout autant injustifiée, « nouvelle clarté » étant de l'allemand moderne et de toute façon non usitée pour désigner cette fête. Quant au vieux bas francique, il a pour descendant le néerlandais, et la locution exacte correspondante serait dans cette langue, alors que Noël se dit ..

On retrouve la même étymologie pour les termes équivalents de la plupart des autres langues romanes (italien ; occitan , ; catalan ; portugais )L'espagnol castillan utilise en revanche , issu du latin ., et dans les langues celtiques.

En français standard, Noël se prononce et le tréma dë, apparu en 1718, note la diérèseAlain Rey (dir), Dictionnaire historique de la langue française, Dictionnaires Le Robert, 1998, .. Les prononciations dialectales et sont attestées.

En tant que nom propre, Noël prend une majuscule à l'initiale, au singulier comme au plurielEntrée .. Habituellement masculin, Noël peut toutefois se rencontrer sous la forme : la Noël .. Le féminin viendrait alors d'une ellipse dans l'expression la (fête de) Noël.

Les langues celtiques possèdent un terme issu d'un étymon commun, comme le français et d'autres langues romanes, c'est-à-dire le latin également, plus précisément d'une forme dérivée *natalicia, ce qui donne en brittonique : le cornique Nadelik, le gallois Nadolig et le breton Nedeleg ( patronyme ), sur un radical commun *Nadal-, avec lénition [t] > [d], suivi d'un suffixe brittonique. Le gaélique (irlandais et écossais) possède une forme Nollaig, dans laquelle l'amuïssement de l'intervocalique s'est effectué de la même manière qu'en français.

Les formes germaniques dérivent de divers étymons. L'anglais . remonte à un vieil anglais attesté tardivement, crīstes mæsse., l'ancien anglais mæsse ayant selon le site édité par sens de « célébration ». En allemand, Noël se dit Entrée . et repose sur un ancien datif pluriel dans l'expression en vieux haut allemand ze wîhen (« dans les nuits sacrées »), d'où wîhennachten > qui date de l'époque du paganisme germanique . ., où l'on organisait des fêtes sacrées les nuits d'hiver autour du solstice. On trouve cette même transposition d'une fête païenne à une fête chrétienne chez les peuples scandinaves dans le terme qui signifie Noël : islandais jól, norvégien, suédois, danois jul ; aussi finnois (par emprunt) joulu. Le même étymon proto-germanique *jehwlą a donné le vieil anglais ġeohol, ġēol, d'où l'anglais yule. L'ancien français jolif « gai, joyeux, plaisant, sensuel, élégant » > joli représente un dérivé de jól à l'aide du suffixe -if..

En conclusion, le terme français Noël remonte à la dénomination latine de la fête de la Nativité du Christ (Natale Christi), dérivée de la dénomination empruntée à la fête civile de la Naissance du .

Origines Il convient de distinguer les éléments anthropologiques et cultuels associés au solstice d'hiver (dans l'hémisphère nord), des éléments propres à la fête chrétienne qui a donné son nom aux festivités dites de « Noël », afin de pouvoir mettre en évidence les transferts par lesquels ils se sont mutuellement influencés — ou non. Des ressemblances sont attestées entre certaines traditions et symboles associés au Noël chrétien et à d'autres cultes qui ont précédé le christianisme : la date du 25 décembre, la grotte, les bergers.

Les célébrations du solstice Noël cosmique thumb|Enluminure, Bible géorgienne, .