Hérillos de Carthage (floruit vers 250 av. J.-C.) est un philosophe stoïcien hétérodoxe, disciple de Zénon de Kition. Auteur d'une œuvre brève qui n'a pas survécu, Hérillos est l'un des philosophes stoïciens les moins connus ; Cicéron dit dans son Traité des Devoirs (, 7) qu'il y a longtemps que ses théories sont méprisées. À la différence de son contemporain Ariston de Chios, autre stoïcien hétérodoxe dont il partageait certaines idées, il n'a pas fait école, ce qui a nui à la transmission de ses idées. On est ainsi réduit à des conjectures sur son œuvre et sa pensée.
L'homme Biographie Aucune indication chronologique n'est donnée sur la vie d'Hérillos, et on en est réduit à des conjectures. Sachant que Zénon est décédé en 263/262Philodème de Gadara, De Stoicis V 9-14, Dorandi = SVF I (36a), on peut légitimement considérer 280-285 av. J.-C. comme un de sa naissance. Il devait être un contemporain, ou, plus probablement, un aîné de Chrysippe, né en 281/80 av. J.-C.
Sur l'origine d'Hérillos, les opinions sont partagées. La tradition, basée sur un passage de la Vie des philosophes de Diogène Laërce (, 37), selon laquelle Hérillos serait originaire de Carthage a été contestée par un certain nombre d'analystes modernes. Ainsi Peter Von der Mühl, prenant appui sur une variante d'un autre passage de la Vie des philosophes (, 165), estime qu'il est né à ChalcédoineP. Von der Mühl, Zwei alte Stoiker. Zuname und Herkunft, 1963, 1-9..
Qu'il vienne de Chalcédoine ou de Carthage, Hérillos fut en tout cas confié très tôt à Zénon, qui se chargea de son éducation — ce qui invite à penser que sa famille s'installa entre-temps à Athènes. Zénon en fit ensuite un de ses disciples. Cependant, Hérillos adhéra par la suite à un certain nombre d'opinions platonisantes qui l'amenèrent à rompre avec l'enseignement orthodoxe des théories de son maître, VII, 165.. Il devint ainsi un dissident de l'école stoïcienne, à une époque où les séditions se multipliaient (Ariston de Chios, mais aussi, pour un temps, Chrysippe). En tant que tel il fut vivement critiqué par la suite par les successeurs de Zénon, Cléanthe et Chrysippe.
On perd sa trace après le milieu du .
Apparence On peut conjecturer qu'Hérillos était un beau garçon. Diogène Laërce rapporte en effet l'anecdote suivante : Hérillos, ayant de nombreux amants dans sa jeunesse, Zénon fut amené à lui raser la tête pour l'astreindre à la vertu VII, 166..
L'œuvre Philosophie
En tant que disciple de Zénon, Hérillos devait certainement avoir intégré à sa pensée un nombre important de préceptes stoïciens, telle que la division tripartite de l'analyse philosophique entre logique, physique et éthique.
Cependant, Hérillos se distingue de l'orthodoxie stoïcienne sur deux points, l'un essentiel, l'autre plus marginal.
D'abord sur la question du souverain bien. Hérillos fut en effet remarqué pour avoir établi que la science était le souverain bien. Il prétendait en effet que , soit donc que l'analyse scientifique était la seule chose que l'on ne puisse contester, la seule Vérité valable. Ce qui, suivant l'équation platonicienne où le vrai = bien, amène à considérer la science comme seul bien possible. Faute de renseignements suffisants l'on ignore quelles conséquences éthiques Hérillos devait tirer de cette thèse dans ses Thèses éthiquesLes philosophes hellénistiques de Long et Sedley, tome II, pages 422-426, ed. Garnier Flammarion..
En reconnaissant la science comme souverain bien, Hérillos est en opposition directe avec les thèses de Zénon et de ses successeurs : il renverse en effet par là la hiérarchie établie par le stoïcisme orthodoxe entre les domaines éthique, physique et logique. Ce n'est plus l'éthique qui constitue le domaine suprême, mais la physique. Ce n'est ainsi plus par l'étude du bien que l'on atteint au vrai, mais par l'étude du vrai que l'on atteint au bien.
Sur la question ensuite des fins à suivreSur tout l'exposé qui va suivre, voir Les philosophes hellénistiques de Long et Sedley, tome II, pages 422-426, ed. Garnier Flammarion.. Pour Zénon, les choses étaient de trois types : fondamentalement bonnes, fondamentalement mauvaises, et indifférentes. Au sein des choses indifférentes, l'on pouvait distinguer les choses en accord avec la nature (dites AN), et les choses contraires à la nature (dites CN). Pour les stoïciens orthodoxes, les choses AN représentaient une première esquisse du bien, et les choses CN une première esquisse du mal. Cependant, les stoïciens hétérodoxes, et en particulier Ariston, refusaient toute hiérarchie au sein des choses indifférentes : la fin à suivre face aux choses indifférentes était Diogène Laërce, VII, 160.. De fait, comme a pu le noter CicéronStoica Veterum Fragmenta (SVF), I, 412-418 = Tusculanes V., Hérillos va reprendre cette théorie aristonienne. Il distinguait en effet deux types de fins : la fin absolue (ou Fin), visée par les sages (le Bien) et la fin subordonnée, visée par l'homme du commun (sans doute les choses ANLes Philosophes hellénistiques, II, 426.). Ainsi, pour les non-sages affirmait-il .
Critique
Les thèses d'Hérillos ont été vivement critiquées par les deux successeurs de Zénon au Portique. Cléanthe écrivit ainsi un Contre HérillosDiogène Laërce, VII, 174., et Chrysippe le critiqua vivement au troisième livre de son M. Pohlenz, Die Stoa, Göttingen 1964, t. II, page 70. (Sur le bien). On ignore sur quoi portaient ces critiques, même si elles devaient sans doute concerner les deux points par lesquels Hérillos s’éloigne du stoïcisme orthodoxe.
Ouvrages
Hérillos est l'auteur de douze œuvres, toutes perdues, et d'un nombre inconnu de dialogues. Il s'agit pour l'essentiel, selon Diogène Laërce, de livres courts, à l'exception peut-être des Thèses éthiques, ouvrage en plusieurs livres, qui devait être sans doute son opus magnum. Toujours selon Diogène, son style était . La liste donnée par Diogène est la suivanteDans l'édition de Diogène Laërce dirigée par Marie-Odile Goulet-Cazé (p. 889), les positions des dialogues et thèses éthiques sont inversés. :
(Sur l'entraînement) (Sur les passions) (Sur la précompréhension) (Le Législateur) (Maïeutique) (L'Adversaire) (Le Maître) (Le Réviseur) (Le Correcteur) (Hermès) (Médée) (Thèses éthiques) Des dialogues
La liste de Diogène suit un classement précis. Les trois premières œuvres ont un sujet abstrait : deux concernant l'éthique (Sur l'entraînement et Sur les passions) et un la logique (Sur la précompréhension)). Les cinq œuvres suivantes — la Maïeutique étant à part — font référence à des personnes : une concernant la politique (Le Législateur), trois, probablement, la logique (Le Maître, Le Réviseur et Le Correcteur) et une ambiguë (L'Adversaire). S'ensuivent deux œuvres ayant un sujet mythologique. Viennent dernièrement les Thèses éthiques et les dialogues inconnus. Dans l'édition de Diogène Laërce dirigée par Marie-Odile Goulet-Cazé , il est indiqué que les titres des ouvrages au génitif sont chez Diogène Laërce en général suivis du nombre de livres composant l'ouvrage, même s'il n'y en a qu'un seul, soupçonnant une lacuneVII, 166, p. 889, note 1.
À partir de ces conjectures, on peut dresser le tableau suivant :
+ Classement des œuvres d'Hérillos Domaine concerné Logique Éthique Politique Ambigu ou inconnu Œuvres à sujet abstrait Sur la précompréhension Sur l'entraînement — Sur les passions — — Œuvres à personnes abstraites Le Maître — Le Réviseur — Le Correcteur — Le Législateur Maïeutique — L'Adversaire Œuvres mythologiques — — — Hermès — Médée Autres — Thèses éthiques — Dialogues
On a longtemps cru, par ailleurs, qu'une partie de l'Indica Stoicum Herculanum (col. XXXVII) contenait des écrits d'Hérillos. Cependant une restitution effectuée par Traversa et Dorandi a mis en évidence que l'extrait en question ne faisait référence qu'à Apollonios de Tyr.
Postérité Hérillos sera à peu près oublié après sa mort. On ne compte ainsi que fort peu d'occurrences de son nom dans la littérature antique (notamment une chez PlutarqueDe notions communes 25, 1070, D., et une autre chez CicéronStoicum Veterum Fragmenta, I, 363.). Montaigne le cite dans le premier alinéa de son Apologie de Raimond Sebon, au chapitre 12 de la des Essais, Ce n'est que grâce à Diogène Laërce et à l'acharnement de quelques philologues au début du qu'on a pu garder souvenir de lui.
À la différence d'Ariston, on ne lui connaît aucun disciple. Son hétérodoxie semble en effet plus le fait d'une démarche individuelle que d'une volonté de réforme globale.
Références Bibliographie Éditions de textes antiques Diogène Laërce, Vie et doctrine des philosophes illustres, éd. Le Livre de poche, VII, 165-166 : Vie d'Hérillos. (SVF), tome I, (également pour le témoignage de Cicéron). I frammenti degli stoici antichi, N. Festa, Bari 1935, tome II, .
Études
G. Rodier, Études de philosophie grecque, Paris 1926, p. 290-291.
Notes
Catégorie:Personnalité de la Grèce antique Catégorie:Philosophe de la Grèce antique Catégorie:Philosophe du IIIe siècle av. J.-C. Catégorie:Philosophe hellénistique Catégorie:Philosophe stoïcien Catégorie:Date de naissance non renseignée (IIIe siècle av. J.-C.) Catégorie:Date de décès non renseignée (IIIe siècle av. J.-C.) Catégorie:Personnalité carthaginoise du IIIe siècle av. J.-C.