Jean de Ligne (né vers 1525, mort le à la bataille de Heiligerlee), baron de Barbençon, comte d'Arenberg est un militaire et diplomate, au service de la Couronne d'Espagne, du .

Biographie

Issu de l'ancienne Maison de Ligne (fief de la région de Tournai), famille d'ancienne noblesse du Saint-Empire, il fut armé chevalier de l'ordre de la Toison d'or en 1546 à Utrecht.

Jean de Ligne naquit, en 1525, de Louis, baron de Barbençon, et de Marie de Berghes, dame de Zevenberghe.

Sous Charles Quint

Il débuta dans la carrière des armes, en 1543, par le commandement d’une compagnie de cavalerie ().

Au mois de , le chapitre de la Toison d'Or, tenu par Charles Quint à Utrecht, l’élut chevalier de cet ordre illustre.

L’Empereur, résolu à faire la guerre aux protestants d’Allemagne, ordonna, la même année, à Maximilien d'Egmont, , de lui amener en ce pays douze mille gens de pied et cinq mille chevaux ; d’Egmont choisit Jean de Ligne pour l’un de ses lieutenants. Le corps belge eut à surmonter bien des obstacles, à triompher de bien des périls, pour arriver à Ingolstadt, où l’Empereur l’attendait. Il y réussit, grâce à l’habileté de ses chefs et à la valeur des régiments dont il était composé. Il ne contribua pas peu aux succès de l’armée impériale. Ce fut à l’issue de cette expédition que Jean de Ligne s’unit à Marguerite de La Marck. (les deux familles détenaient des fiefs aux Pays-Bas espagnols et dans la principauté de Liège).

Il épousa le Marguerite de La Marck-Arenberg, sœur de mort sans descendance en 1541. Il devint ainsi le curateur de la maison de La Marck-Arenberg. L'empereur l'éleva en 1549 au rang de comte du Saint-Empire, en tant que chef de la maison d'Arenberg.

Le , Maximilien d’Egmont mourut à Bruxelles. Charles Quint donna à Jean de Ligne les gouvernements de Frise, d’Overyssel, de Groningue et de Drenthe que le défunt occupait (), ainsi que sa compagnie de cinquante hommes d’armes et de cent archers d’ordonnances. C’était remplir le vœu du grand capitaine qu’il venait de perdre: le comte de Buren faisait un cas particulier de Jean de Ligne ; il l’appelait habituellement son frère d’armes ; il l’avait choisi pour être l’un de ses exécuteurs testamentaires.

Cette année-là, le prince Philippe, fils unique de l’Empereur, vint aux Pays-Bas, pour y être reçu des États et leur prêter serment comme leur futur souverain. Il se transporta, afin d’accomplir ces formalités, dans les différentes provinces. Arrivé à Deventer, où il fut inauguré par les états d’Overyssel, la saison se trouva trop avancée pour qu’il poursuivît son voyage ; il chargea le comte d’Arenberg de le représenter dans les provinces de Frise, de Groningue et de Drenthe, et le revêtit à cet effet de ses pleins pouvoirs ().

L’Empereur, ayant acquis la terre et seigneurie de Lingen, qui appartenait à la succession du comte de Buren, en ajouta le gouvernement à ceux que Jean de Ligne avait déjà ().

Bientôt après, les Pays-Bas se virent assaillis par les Français : en personne entra dans le duché de Luxembourg. Le gouverneur de cette province, le comte de Mansfeld, en était éloigné en ce moment ; la reine Marie y envoya le comte d’Arenberg, pour en défendre le quartier allemand, en même temps qu’elle commettait au comte de Lalaing la défense du quartier wallon () ; mais, sur ces entrefaites, Mansfeld ayant pu revenir dans son gouvernement, elle donna à Jean de Ligne une autre destination. Elle s’occupait de rassembler un corps de troupes pour renforcer l’armée avec laquelle l’Empereur s’avançait vers le Rhin ; elle l’en nomma maréchal (), eu plaçant directement sous ses ordres une division de sept cents chevaux. Charles Quint, ayant mis le siège devant Metz, voulut avoir auprès de lui le comte d’Arenberg, à qui il confia un commandement important, et, jusqu’à la fin de la campagne, Jean de Ligne ne quitta point l’Empereur. Il prit part, à la tête d’un régiment de , aux campagnes de 1553, 1554 et 1555.

Sous

Lors de l’abdication de Charles Quint, les provinces de Frise, d’Overyssel, de Groningue et de Lingen, alléguant leurs privilèges, ne voulurent pas députer aux États généraux en présence desquels eut lieu cette imposante cérémonie ; Charles commit le comte d’Arenberg pour faire, en son nom, la cession à son fils de ces quatre pays dans une assemblée solennelle des états de chacun d’eux (), et Philippe le délégua à l’effet de recevoir le serment de fidélité des États de Lingen, qui ne le lui avaient pas prêté en 1549 (). Le nouveau souverain confirma Jean de Ligne dans les gouvernements dont son père l’avait investi ( et ). Au mois de , il le chargea d’aller remettre au duc Henri de Brunswick le collier de l’ordre de la Toison d'or, qui avait été conféré à ce prince, au chapitre d’Anvers, le précédent.

Jean de Ligne fit les campagnes de 1557 et 1558 ( d'Italie (1556-1559)) contre la France, ayant sous ses ordres, dans la première, mille chevaux, et un régiment de gens de pied bas allemands de trois mille têtes dans la seconde. Il assista à la bataille de Saint-Quentin, où il donna de nouvelles marques de sa bravoure : il y commandait l'aile gauche de l'infanterie avec le duc de Brunswick lors de l'assaut final contre le connétable de Montmorency.

Au commencement de 1559, une diète impériale ayant été convoquée à Augsbourg, le roi le désigna pour y représenter le cercle de Bourgogne ; le de la même année, il l’appela à remplir la charge considérable de , qui était vacante depuis la mort d’Adrien de Croÿ, comte du Rœulx. Au moment où il se disposait à quitter les Pays-Bas, Philippe, voulant reconnaître les services que les seigneurs belges lui avaient rendus dans les dernières guerres, accorda aux principaux d’entre eux des gratifications qui devaient leur être payées après son retour en Espagne : le comte d’Arenberg fut compris dans cet acte de libéralité pour six mille écus.

Stathoudérat et Révolte des gueux

Le traité de Cateau-Cambrésis avait rendu la paix aux Pays-Bas ; Jean de Ligne en profita pour vouer tous ses soins aux provinces dont le gouvernement lui était confié. Il ne s’en absenta plus guère que dans de rares occasions, comme au mois de , où la duchesse de Parme l’envoya à Liège. Robert de Berghes avait annoncé l’intention de résigner le siège épiscopal de cette ville ; la duchesse, désirant que le chapitre élût, à sa place, quelqu’un qui fût agréable au roi, jugea que le comte d’Arenberg serait plus propre que tout autre à y disposer les membres de ce corps. L’élection qu’ils firent de Gérard de Groesbeek répondit à son attente.

Jean de Ligne avait été l’un des tuteurs d’Anne d'Egmont, fille du , première femme de Guillaume le Taciturne, prince d'Orange. Ses relations avec ce prince, sans avoir un caractère d’intimité, étaient amicales ; il était intervenu, en 1557, au mariage de sa sœur Anne d'Egmont (1533-1558) avec le comte , il lui écrivait, en 1559, en France, où il était allé en otage : Cependant, lorsque Guillaume, Egmont et Hornes formèrent une ligue contre le cardinal de Granvelle, Jean de Ligne refusa d’y entrer ; il déclara qu’il serait injuste à lui de se plaindre du gouvernement, dont il n’avait reçu que des faveurs, et, quant au cardinal, qu’il ne pouvait lui en vouloir, car il lui avait toujours fait plaisir dans les choses raisonnables qu’il avait demandées. Il en résulta une mésintelligence ouverte entre lui et les chefs de la ligue. Avec le prince d'Orange les choses en vinrent au point que ce prince réclama de lui plusieurs milliers de florins, prétendant qu’il en était resté redevable au comte de Buren pour des gageures perdues : à quoi il riposta en réclamant, à son tour, le remboursement des dépenses qu’il avait faites au temps de la tutelle de la première femme du prince. Il répondit aussi au comte d’Egmont, qui lui faisait des reproches sur ce que leurs projets s’étaient ébruités, que, si leurs plans étaient connus, ils ne devaient s’en prendre qu’à eux-mêmes, qui ne parlaient jamais d’autre chose.

Un des objets que avait le plus à cœur était l’érection des nouveaux évêchés qu’il avait obtenue du pape . Trois de ces évêchés (évêché de Leeuwarden, évêché de Deventer, évêché de Groningue) avaient leur siège dans les provinces placées sous l’autorité du comte d’Arenberg. Il employa tous les moyens qui étaient en son pouvoir afin de persuader les états de recevoir les prélats que le roi y avait nommés, mais il n’y put parvenir. Le tableau fait à la duchesse de Parme, dans un écrit du mois de , de la situation des choses dans ses gouvernements explique cette opposition des états, lesquels y étaient encouragés, d’ailleurs, par l’exemple de ce qui se passait en Brabant et en Gueldre :

Appelé à Bruxelles par la duchesse de Parme, avec les autres gouverneurs et chevaliers de l’ordre, quand elle apprit que les confédérés s’y étaient donné rendez-vous pour lui présenter des remontrances, Jean de Ligne assista aux délibérations qui eurent lieu dans les derniers jours de et le mois suivant, sous la présidence de la gouvernante. Il s’y prononça pour l’abolition de l’inquisition et la modération des placards ; mais il ne fut pas de l’avis du prince d’Orange, des comtes d’Egmont et de Hornes et de leurs adhérents quant à l’assemblée des États généraux et à la suprématie à attribuer au conseil d'État sur les conseils privé et des finances : il trouva que la réunion des états produirait plus de mal que de bien, et la concentration des affaires dans les mains du conseil d’État lui parut de nature à les embarrasser, au lieu d’en accélérer l’expédition. Il vota, du reste, pour l’envoi du marquis de Berghes et du baron de Montigny au roi, afin de lui faire connaître l’état du pays et le solliciter d’y venir. Après les saccagements du mois d’août, qui avaient glacé de terreur la gouvernante, il l’assura qu’elle pouvait compter sur lui, qu’il ferait tout ce qu’elle lui commanderait.

Cependant le compromis, la présentation de la requête, les concessions que le gouvernement s’était vu obligé de faire aux confédérés, avaient eu leur contrecoup dans les provinces de son gouvernement (Lettre du comte d’Arenberg à la duchesse de Parme, du ). : les nouvelles doctrines religieuses s’y étaient propagées avec rapidité, grâce surtout aux prédicateurs qui y étaient accourus de Lübeck, de Brême et d’autres lieux de l’Allemagne ; en beaucoup d’endroits l’exercice du culte catholique se trouvait suspendu, les églises étaient fermées ou converties en temples protestants, les ministres zwingliens baptisaient et mariaient ; une partie des curés, cédant au torrent, ne disaient plus la messe, et ils chantaient des psaumes en leur langue maternelle ; des églises et des monastères enfin avaient été livrés au pillage. Ces désordres, et l’impuissance où il était d’y remédier, navraient de douleur Jean de Ligne ; il était choqué particulièrement de ce que les bourgeois de Leeuwaerden se montraient chaque jour en armes, avec fifres et tambourins, et tirant des coups d’arquebuse et de pistolet, jusqu’auprès du château où il tenait sa résidence: Il avait pourtant, à son retour de Bruxelles à Leeuwaerden, fait preuve d’énergie : les bourgmestres lui ayant présenté deux aimes de vin pour sa bienvenue, il les avait refusées, leur disant que, tant qu’ils n’auraient pas remis les églises et le service divin en leur premier état,