ou (en grec ancien ), né vers 319-318 et mort à Argos en 272, est un roi d'Épire de la dynastie éacide appartenant à la tribu des Molosses. Il est hégémon d'Épire de 306 à 302 puis il règne sur l'Épire de 297 à 272. Il est provisoirement roi de Macédoine dans le contexte des guerres des Diadoques.

Lointain cousin d'Alexandre le Grand et lui-même ambitieux conquérant, Pyrrhus est l'un des plus redoutables adversaires des Romains. Après avoir considérablement accru le territoire de l’Épire, il devient roi de Macédoine et de Thessalie. Il remporte sur les légions romaines les batailles d'Héraclée (280) et d'Ausculum (279). Il marche sur Rome, s'avançant jusqu'à de la cité, et manque de peu de l'acculer à une capitulation. En Sicile, où les cités grecques l'adjurent à leur tour de les protéger, il accumule les succès et, par son rayonnement, obtient la réconciliation des chefs de Syracuse, minée par de vieilles rivalités, et réalise l'union des cités grecques. Les défaites qui ont conclu ses campagnes en Grande-Grèce (bataille de Beneventum) tiennent d'abord à la puissance matérielle et à la force morale de Rome. Mais ni les revers qui achèvent sa carrière, ni la démesure de son ambition n'ont réussi à ternir cette figure d'épopée que rehausse sa stature héroïque où dominent la fougue, la vaillance personnelle et la science stratégique.

Son règne est bien connu grâce à Plutarque qui a rédigé une Vie de Pyrrhus, avec notamment pour source les propres Mémoires de Pyrrhus ; il y est mis en parallèle avec le général romain Marius. Les victoires qu'il a remportées à l'issue des batailles qu'il a livrées contre les Romains sont à l'origine de l'expression « victoire à la Pyrrhus » qui désigne une victoire très coûteuse.

Biographie Jeunesse

Pyrrhus est né vers 319-318 Son père, Éacide, prétend descendre d'Achille et s'en prévaut à travers les noms qu'il a donné à ses deux enfants, sa fille aînée Deidamie appelée ainsi en hommage à l'épouse d'Achille et son fils Pyrrhus appelé ainsi car il s'agit du surnom de Néoptolème (Púrrhos signifie « le Roux »), le fils d'Achille. La mère de Pyrrhus, Phtia, est la fille du thessalien Ménon, héros de la guerre lamiaque. Il est un petit-neveu d'Olympias, la mère d'Alexandre le Grand dont il est vu comme un cousin.

Lorsqu'Éacide est chassé de son royaume en 317 par ses sujets révoltés, le jeune Pyrrhus est recueilli par Glaucias, prince des Taulantiens et roi des Illyriens, dont l'épouse, Béroé, est une Éacide.. Glaucias accepte de protéger Pyrrhus malgré les talents offerts par Cassandre, protecteur du nouveau roi d'Épire . Glaucias élève Pyrrhus au milieu de ses propres enfants. Ainsi, de 317 à 307, Pyrrhus connaît la vie des Illyriens et l'exil, au cours duquel il nourrit probablement un âpre désir de revanche. Vers 307-306, profitant de l'affaiblissement de Cassandre menacé par Antigone le Borgne et son fils , Glaucias rétablit Pyrrhus, alors âgé de 12 ans, au titre dhégémon d’Épire. Sa sœur Déidamie épouse Démétrios.

Conquête du pouvoir

En 302 av. J.-C., Pyrrhus est de nouveau contraint à l'exil. Alors qu'il assiste en Illyrie aux noces d'une fille de Glaucias, les Épirotes se soulèvent en effet contre lui, chassent ses partisans et pillent son trésor. Son cousin , qui a déjà dépouillé son père, s'empare du pouvoir. Pyrrhus se réfugie alors en Asie et s'attache à la fortune d'Antigone et de Démétrios ; c'est l'occasion pour lui de parfaire son éducation politique et militaire, et de s'initier à la tactique savante des unités macédoniennes. Il combat auprès d'eux à la bataille d'Ipsos en 301, où il démontre son courage et sa valeur, s'annonçant déjà comme un grand capitaine. Démétrios le charge alors de gouverner en son nom l’Argolide et les régions d’Arcadie et d’Achaïe.

Selon les termes du traité de paix conclu entre Démétrios et Ptolémée, Pyrrhus est emmené en 299 comme otage dans le royaume lagide. À la cour d’Alexandrie, Pyrrhus s'adapte avec aisance à un nouveau genre de vie et brille par son intelligence, ses performances athlétiques au gymnase et son comportement moral. Il s'insinue dans les bonnes grâces de la reine Bérénice qui lui accorde la main d’Antigone, la fille qu'elle a eue d'un premier mariage. Antigone lui donne un fils, prénommé Ptolémée, mais elle meurt probablement en couches. Sur le plan politique, cette alliance lui permet d’obtenir de Ptolémée une aide financière et des troupes afin de reconquérir son royaume, mais à la condition qu'il s'oppose à l'avenir aux menées de Démétrios. Il rentre donc en Épire en 297. , intimidé par les renforts et les subsides du roi d’Égypte, doit partager le pouvoir avec lui. Peu après, en 296, pour prévenir une éventuelle tentative d'empoisonnement, Pyrrhus le fait assassiner au cours d'une cérémonie solennelle. Selon Plutarque, Pyrrhus l'a tué de ses propres mains. Nul ne songe à condamner ce meurtre ni à le venger. Pyrrhus devient seul roi d’Épire et le reste de 296 à 272. En 295, il épouse Lanassa, la fille du tyran de Syracuse, Agathocle, mariage qui lui apporte en dot les îles de Leucade et de Corcyre. Elle lui donne un fils, .

Premières années du règne vignette|Monnaie à l'effigie de Pyrrhus portant l'inscription BAΣIΛEΩΣ ΠYΡΡOY (« du roi Pyrrhus »).

Pyrrhus se révèle un administrateur attentif de l'Épire. Le système judiciaire qu'il adopte est celui des Athéniens. Il impose aux bergers des montagnes la sélection de leurs espèces et l'interdiction d'accoupler leurs bêtes avant l'âge de quatre ans, tout en créant parmi les officiers de sa cour un intendant général des troupeaux et du bétail, mais aussi un préposé à la cave royale et un échanson. Ces mesures produisent leur effet : l'économie pastorale connaît une prospérité certaine, et le bétail d'Épire atteint alors une taille évoquée bien plus tard par Pline l'AncienPline l'Ancien, Histoire naturelle, , 70.. Il est probable que Pyrrhus s'attache également à transformer en véritable armée les bandes montagnardes d’Épire. Ses soldats sont formés en une phalange nouvelle dans laquelle s’insèrent des troupes légères armées seulement de javelots. Il acquiert des éléphants de guerre, les fameuses « vaches lucaniennes », , 6. que les Romains rencontrent pour la première fois avec stupeur. Enfin, il apprend à ses soldats à creuser des retranchements, qui auraient peut-être servi de modèle à la castramétation des légions romaines.

En 295 av. J.-C., les deux fils du roi de Macédoine Cassandre, Antipater et se disputent le pouvoir. Ce dernier implore l'assistance de Pyrrhus qui, pour prix de sa médiation, se fait octroyer des terres tout le long de la frontière entre les deux royaumes. L’Épire s'agrandit en intégrant désormais la Parauia, l'Atintanie, la Tymphée, la frange côtière comprise entre Apollonie d'Illyrie et Épidamne, au sud l'Athamanie, l'Amphilochie, l'Acarnanie et l'enclave d'Ambracie, cité florissante que Pyrrhus adopte pour capitale de son royaume. L’Épire voit ainsi sa superficie passer de à , d'après les calculs de Pierre Lévêque.. Disposant désormais de ports sur la bande littorale, avec les vaisseaux que la marine de Corcyre met à la disposition de Pyrrhus, le royaume d’Épire est prédisposé aux relations maritimes avec les Grecs de la Grande-Grèce et les Syracusains de Sicile ; ces facilités de navigation représentent un atout considérable pour réduire la dépendance économique du pays par rapport à la Macédoine et pour enrichir les Épirotes grâce au commerce.

Polygame comme le sont la plupart des souverains de son temps, Pyrrhus épouse, en 292, Bircenna, la fille du potentat d'Illyrie, , puis une fille d'Audoléon, le roi des Péoniens, renforçant ainsi ses liens avec les contrées voisines. Bircenna donne naissance au troisième fils de Pyrrhus, appelé Hélénos. La présence de ces femmes barbares lui étant insupportable, Lanassa se sépare de son époux, et en 290 elle épouse Démétrios, veuf de Déidamie, qui vient de s'emparer de Corcyre.

Lutte contre Démétrios et Lysimaque vignette|Buste de Pyrrhus, Ny Carlsberg Glyptotek.

Pyrrhus, à qui ses États peuvent fournir à peine , se lance dans une politique d'expansion. Grâce au désordre qui continue de régner dans le contexte des guerres des Diadoques, il part en guerre contre son ancien allié Démétrios Poliorcète qui vient de faire assassiner et a envahi la Macédoine. Aidé par la révolte des Thébains et des Étoliens, Pyrrhus est vainqueur de Pantauchos, un général de Démétrios en 290, au cours d’une bataille en Étolie où il montre sa bravoure. Il franchit ensuite la passe de Metsovo, atteint le lac de Castoria, s’empare d’Édessa et conquiert ainsi la moitié du royaume de Macédoine. Au printemps 288, Pyrrhus rompt la convention de paix qu'il a conclue quelques mois plus tôt avec Démétrios. Aux abords de Béroia, il est acclamé par les troupes du Poliorcète qui fraternisent avec les siennes. Quelques mois plus tard, il entre en libérateur dans Athènes assiégée par Démétrios ; les Athéniens lui décernent l'honneur d'une statue. Au printemps 287, Pyrrhus envahit la Thessalie, d’où il déloge les troupes d’, le fils de Démétrios. C’est ainsi qu'en 286, Pyrrhus, roi d’Épire, devient aussi roi de Macédoine et de Thessalie.

Mais ces annexions rapides de pays non unifiés fragilisent le pouvoir de Pyrrhus. Dès 285, le roi de Thrace, Lysimaque, réussit à reprendre à Pyrrhus la Macédoine méridionale et la Thessalie. Pyrrhus se consacre alors à l'administration de son royaume. Il perfectionne son armée en dispensant à ses officiers une formation théorique : il utilise un damier et des pions, ce qui plus tard inspire le latroncules romain. Après la défaite de Lysimaque, vaincu par Séleucos à la bataille de Couroupédion (281), Ptolémée Kéraunos devient roi de Macédoine en septembre 281. Pyrrhus obtient de lui le prêt pour deux ans de , 400 cavaliers, et vingt éléphants. En effet Pyrrhus s'emploie, durant l'hiver 281-280, à mettre sur pied une grande force d'invasion : les Tarentins, face à la puissance militaire romaine, envoient une délégation en Épire et le pousse à entrer en guerre contre Rome voyant en lui un grand général.

Causes et débuts de la guerre contre Rome vignette|220px|La Grande-Grèce vers

En , la cité de Tarente, menacée par Rome, demande l'aide de Pyrrhus. Entrevoyant la possibilité de se poser en champion incontesté de l’hellénisme et de se tailler un empire en Italie, Pyrrhus décide d'intervenir en Grande-Grèce. C'est ce rêve d'ambition que conteste Cinéas dans un dialogue rapporté par Plutarque dans la Vie de Pyrrhus, même si la réalité de ce dialogue est parfois contestée. L'appel des Tarentins fournit à Pyrrhus un prétexte pour intervenir en Grande-Grèce, sachant qu'il aurait manifesté l'ambition de s'implanter durablement en Sicile, le fils qu'il a eu de Lanassa, , étant le descendant d'Agathocle de Syracuse.