L' ([]) est le premier récit du Silmarillion, ouvrage de l'écrivain britannique . Au sein de la fiction, ce nom désigne aussi le chant par lequel est formé le monde, également appelé « Grande Musique ».

Ce court texte relate l'histoire de la création d'Eä, le monde où prend place le légendaire de Tolkien, par Ilúvatar et les Ainur, et comment ces derniers sont descendus dans le monde pour lui donner forme et le préparer pour l'arrivée des Elfes et des Hommes, les « Enfants d'Ilúvatar ». signifie littéralement « Musique des Ainur » en quenya, langue construite par Tolkien (de « béni » et « chanter, faire un son musical », Appendice : éléments de quenya et de sindarin. ou « musique », « les Étymologies » entrée : LIN².).

La première version de l’Ainulindalë, aussi appelée La Musique des Ainur, fut écrite entre et le printemps de 1920... Le texte connut plusieurs réécritures par la suite, jusqu'au début des années 1950.. Ce texte ne fut publié qu'en 1977, quatre ans après la mort de son auteur, par son fils Christopher. La plupart des critiques du Silmarillion considèrent le roman comme un tout et l’Ainulindalë a généralement été l'objet de commentaires positifs.

Les réécritures successives de l’Ainulindalë la dégagent progressivement des influences de la mythologie nordique pour en faire un manifeste de la foi catholique de l'auteur, ainsi qu'un exemple de son concept de subcréation. Ce récit a donné lieu à des adaptations en particulier musicales et a également pu servir de source d'inspiration pour d'autres œuvres.

Résumé L’Ainulindalë est un récit qui raconte la création d'Arda par Ilúvatar. Le texte s'ouvre par la création des Ainur par ce dernier, à partir de sa pensée, et raconte comment il leur proposa de réaliser des thèmes musicaux. Les Ainur chantèrent longtemps seuls ou en petits groupes, puisque chacun entendait seulement la partie de la pensée d'Ilúvatar de laquelle il procédait, jusqu'à ce que celui-ci leur communique un thème dans lequel ils devaient chanter en harmonie.

thumb|left|upright|alt=Melkor, plus tard connu sous le nom de Morgoth|Le Vala Melkor, plus tard connu sous le nom de Morgoth.

Une fois qu'ils eurent commencé, et à mesure que la chanson avançait, Melkor, le plus doué des Ainur, entreprit d'inclure dans sa partie des pensées propres qui ne lui avaient pas été communiquées par Ilúvatar. Ce fait provoqua une discordance dans la musique et Ilúvatar se leva en souriant, élevant sa main gauche, de sorte qu'un nouveau thème commença à résonner. Malgré cela, la discordance provoquée par Melkor prédomina et de nouveau Ilúvatar se leva, cette fois sérieux, et de sa main droite fit sonner un troisième thème. Celui-ci ne fut pas non plus capable d'éteindre la discordance et Ilúvatar se leva pour la dernière fois, agacé, et des deux mains fit entendre un nouvel accord qui mit un terme à la musique.

Ilúvatar conduisit ensuite les Ainur hors de sa demeure et ils virent comment la musique, au sortir du Vide, avait créé le monde et comment l'histoire de celui-ci se trouvait maintenant transcrite devant eux. De cette façon, ils virent l'arrivée des Enfants d'Ilúvatar, les Elfes et les Hommes, créés par le troisième thème. Beaucoup des Ainur désirèrent d'aller dans le monde afin de le préparer pour eux. Cependant, la vision s'éteignit quand fut transcrit le Quatrième Âge et Ilúvatar, sachant que les Ainur désiraient que le monde ne fût pas seulement une vision, le rendit réel par la Flamme ImpérissableDans la traduction de Pierre Alien, « » devient « Flamme Éternelle », tandis que « » est rendu par « Flamme Immortelle » ; la plupart des sources universitaires francophones utilisent « Flamme Impérissable ». en utilisant le mot Eä (« Que cela soit » ou « Le monde qui est » en langue quenya).

Quelques Ainur restèrent avec Ilúvatar dans les Salles Intemporelles, mais d'autres descendirent sur le monde et furent connus comme les Valar et les Maiar. Ceux-ci commencèrent à travailler en Eä dans le but de la préparer pour l'arrivée des Enfants d'Ilúvatar, mais Melkor détruisait constamment ce qu'ils avaient fait, et Manwë convoqua les Ainur pour lui déclarer la guerre. Melkor se retira pour un temps, mais quand les Valar prirent une forme corporelle, il en adopta une également et cette fois il y eut la guerre, la première guerre en Eä.

Composition La première version de l'histoire de l'Ainulindalë portait le nom de La Musique des Ainur et fut conçue comme un conte qui faisait partie des Contes perdus, écrits par durant les années 1910 et 1920 et publiés par son fils Christopher dans les deux premiers volumes de l’Histoire de la Terre du Milieu. Selon le commentaire d'une carte envoyée à Christopher Bretherton et datée du 1964, Tolkien écrivit la première version de l'Ainulindalë quelque part entre et le printemps de 1920, alors qu'il travaillait dans l'équipe du dictionnaire de l'université d’Oxford.

Du premier brouillon, écrit rapidement au crayon, subsistent quelques feuilles volantes dans le cahier de la version corrigée. Les changements consistaient simplement en ajouts, comme l'inclusion de Manwë et d'Aulë (personnages qui n'apparaissaient pas dans le brouillon), et de petites corrections comme le changement d’Ilu en Ilúvatar. Dans cette première version du conte, l'histoire est racontée par l'elfe Rúmil, si bien que le langage usité diffère assez de celui de la version publiée dans . La trame est très similaire, hormis quelques exceptions : il est dit qu'Ilúvatar créa les Ainur en chantant, Melkor se nomme ici Melko, et la deuxième fois qu'Ilúvatar se lève pour rompre la discordance qu'il provoque dans la musique, il pleure au lieu d'être sérieux ; en outre, pour finaliser la musique, Ilúvatar ne montre pas aux Ainur une vision du monde, mais celui-ci déjà réel, et à aucun moment il n'est fait référence à sa création au moyen du mot Eä. La fin du conte décrit les Valar, un passage qui deviendra ultérieurement la deuxième partie du Silmarillion, la ValaquentaChristopher Tolkien détaille les différences entre cette première version du mythe et la version finale dans , ..

Tolkien abandonna l'histoire pendant de nombreuses années. Elle n'apparaît même pas dans l’Esquisse de la mythologie, texte qu'il composa en 1926 comme résumé de son légendaire pour un ancien professeur de Birmingham.. Dans la Quenta, version développée de l’Esquisse datée de 1930, et dans la première version des Annales du Valinor, chronologie qui reprend les principaux événements survenus depuis l'arrivée des Valar dans le monde jusqu'au commencement du Premier Âge, l'histoire n'est pas davantage mentionnée. Tolkien réécrivit complètement La Musique des Ainur dans les années 1930, n'apportant cependant presque aucune modification à la trame du récit..

En 1946, durant la rédaction du Seigneur des anneaux, Tolkien écrivit une nouvelle version de l’Ainulindalë qui fut perdue, à l'exception d'une demi-page déchirée. Peu après, il rédigea une autre version qui introduisit un changement radical dans son légendaire : Arda y est ronde dès l'origine, le Soleil est déjà dans le monde quand celui-ci est créé et la Lune est formée en conséquence d'une des destructions provoquées par Melkor. L'idée des Lampes des Valar est ainsi abandonnée, au profit d'un mythe cosmogonique plus cohérent avec la réalité scientifique. Cette version d'un « monde rond » fut finalement mise de côté, peut-être sous l'influence d'une lectrice qui indiqua à Tolkien qu'elle préférait la version présentant un « Monde Plat » (celle des années 1930) à celle présentant un « Monde Rond » (celle de 1946), .. Les interrogations de Tolkien concernant le besoin de « systématiser » ou de « rationaliser » son légendaire allaient toutefois perdurer encore longtemps, ..

En 1948, Tolkien recommença à élaborer une nouvelle version, éliminant toute la partie relative au Soleil et à la Lune et introduisant en premier le passage où Ilúvatar crée le monde après que la vision offerte aux Ainur se fut éteinte. De plus, le narrateur est un autre elfe, Pengoloð, Rúmil devenant le rédacteur du récit. Tolkien réalisa encore une nouvelle version de l'histoire, sous la forme d'un manuscrit , , ., dans lequel quelques petits détails sont ajoutés, comme le fait que la vision du monde s'éteint avant la Domination des Hommes (le Quatrième Âge) ou qu'Ilúvatar prononce le mot Eä pour le créerChristopher Tolkien analyse ces versions successives de l’Ainulindalë dans la première partie de , ..

+ Résumé des différentes versions de l’Ainulindalë Référence Date Description Publication Manuscrit au crayon abondamment corrigé, suivi d'une seconde version à l'encre qui présente des corrections supplémentaires. Le Livre des contes perdus Ainulindalë ALes lettres employées pour identifier les versions de l'Ainulindalë sont celles employées par Christopher Tolkien dans l’Histoire de la Terre du Milieu. Milieu des années 1930 Manuscrit très brouillon qui reprend fréquemment des lectures de La Musique des Ainur, immédiatement rayées et remplacées. Non Ainulindalë B Milieu des années 1930 Copie au propre de A, dont elle diffère essentiellement du point de vue du style ; « Monde Plat ». La Route perdue et autres textes Ainulindalë ? 1946 Version perdue, dont ne subsiste qu'une feuille déchirée. Non Ainulindalë C* 1946 Texte dactylographié basé sur cette version perdue ; « Monde Rond » Morgoth's Ring Ainulindalë C Entre 1948 et 1951 Texte écrit sur le verso des pages de B. Il se base essentiellement sur ce dernier, mais incorpore également des éléments de C*. Ainulindalë D Entre 1948 et 1951 Manuscrit enluminé basé sur C et réalisé probablement peu après.

Accueil critique thumb|upright|alt=Portrait en buste de Joseph Pearce, chemise rayée bleue et veste de costume bleue, cravate jaune, tient un micro dans sa main gauche.|L'écrivain britannique Joseph Pearce a qualifié l’Ainulindalë de .

Le plus souvent, les critiques du Silmarillion se sont attachés à l'œuvre dans son ensemble, mais les commentaires reçus par l’Ainulindalë en particulier furent positifs. Dans son ouvrage , l'écrivain britannique Joseph Pearce qualifie le récit de , et ajoute que , .. De son côté, Brian Rosebury commenta dans son livre qu'il lui semblait être un grand succès, très bien travaillé, avec une ..

Plusieurs jésuites ont fait écho à l'histoire de l’Ainulindalë, comme le père James V. Schall, qui dit : , ou le père Robert Murray, ami de Tolkien, qui fit ce commentaire : .

Le style de l’Ainulindalë a globalement fait l'objet de critiques élogieuses : dans les auteurs affirment que ajoutant que l’Ainulindalë a des .. Ralph C. Wood déclare que cette œuvre est . Mais le fait que le style change entre l’Ainulindalë et le reste du Silmarillion a également été remarqué., au point que Daniel Grotta affirme que Christopher Tolkien aurait écrit l'essentiel de l’Ainulindalë et de la Valaquenta publiés dans ..

Analyse thumb|left|alt=page de titre du Silmarillion|Page de titre du Silmarillion dont l’Ainulindalë constitue la première partie.

L’Ainulindalë dans sa première version apparaît tôt dans la carrière de Tolkien et témoigne de l'importance de la musique dans la conception de son monde.. Cela témoignerait d'après Bradford Lee Eden de l'influence de l'époque victorienne sur Tolkien, malgré les dénégations de ce dernier.. Pour John Gardner, , ., quoique pour Verlyn Flieger il ne s'agisse pas de symboles mais de réalités qui ont vocation à être comprises littéralement..