René Trouin, sieur du Gué, dit Duguay-Trouin, né le à Saint-Malo et mort le à Paris, est un corsaire et amiral français. Né dans une famille d'armateurs malouins, il commence sa carrière en 1689 et reçoit, dès 1691, le commandement d'un navire. Son courage, le respect qu'il a gagné auprès de ses hommes, ainsi que ses victoires contre les Anglais et les Hollandais au cours des deux dernières guerres de Louis XIV lui ont assuré une ascension très rapide dans la hiérarchie maritime.

Il gravit très vite, grâce à son talent et sa pugnacité, tous les échelons de la hiérarchie militaire : capitaine de navire corsaire à , capitaine des vaisseaux du Roi à , chevalier de l’ordre de Saint-Louis à , anobli à , chef d’escadre à . Il siège à en 1723 au conseil d'administration de la Compagnie perpétuelle des Indes et est nommé lieutenant général des armées navales en 1728. Il finit par commander successivement les ports de Brest en 1731 et de Toulon en 1736. Trois grandes phases se distinguent dans cette carrière militaire. Tout d’abord, de 1689 à 1697, la période corsaire. Puis, de 1697 (année où il reçoit son brevet de capitaine de frégate) à 1713, il navigue comme officier supérieur de la Royale. Enfin, après la signature du traité d’Utrecht () qui ramène la paix en Europe, Duguay-Trouin se consacre au commandement à terre.

On estime à un peu plus de quatre-vingts le nombre de combats et d’abordages auxquels participa Duguay-Trouin ou qu’il dirigea de 1689 à 1711, soit en moyenne près de sept affrontements par an. Il est impossible d’en faire un compte rendu détaillé ici, mais on peut s’appuyer sur le récit des Mémoires de Duguay-Trouin pour entrer dans les enjeux de la guerre navale au tournant du et du . La carrière de Duguay-Trouin se déroule sur les deux dernières guerres de Louis XIV : la guerre de la Ligue d'Augsbourg (1689-1697) et la guerre de Succession d’Espagne (1702-1713). Deux conflits longs, acharnés, d’envergure mondiale, où le royaume de France se retrouve seul (ou presque) sur terre comme sur mer contre tous ses voisins ligués contre lui. Deux conflits où la France doit soutenir un immense effort naval face aux deux puissances navales de l’époque : les Provinces-Unies des Pays-Bas et le royaume de Grande-Bretagne.

Biographie Origines et famille vignette|gauche| Maison natale de René Duguay-Trouin. C’est par ces mots que commencent les Mémoires de René Duguay-Trouin. La date du correspond en réalité à la date de son baptême, comme en témoigne le texte de son extrait baptistaireTexte d'origine de son extrait baptistaire « René Trouin, fils de Luc Troüin, sieur de la Barbinays et de Marguerite Boscher sa femme, fut baptisé le 10 em de juin dernier, comme il se voit par ce papier folio verso 49, et à ce jour 13 aoust 1673 reçu les Saintes onctions et autres cérémonies du Baptême par moi Alain Escot prêtre, subcuré, et fut parain le Sr René Troüin, conseiller du Roy et son consul en Espagne, et marraine Janne Boscher Dlle de la Maison neuve, qui ont signé : ainsi signé René Troüin, Janne Boscher, Luc Trouin, Marguerite Trouin. A Escot subcuré. », mais elle est retenue comme étant sa date de naissance par la plupart de ses biographes.

Son père est Luc Trouin, sieur de la Barbinays (1637-1687) et sa mère Marguerite Boscher (1635-1705). Son père descend d'une ancienne famille de négociants armateurs de Saint-Malo, qui possédait en outre, depuis près de deux cents ans, le consulat français à Malaga, en Espagne. Au moment de sa naissance, ce poste était occupé par un frère cadet de son père, René-Étienne Trouin, présent à son baptême, et qui lui donne son prénom, René.

René Trouin est le troisième enfant d’une fratrie de sept : Luc Trouin (1666-1737). Fils aîné, il hérite de la seigneurie de la Barbinays à la mort de son père en 1687. Il est anobli en même temps que son frère le et fait chevalier de Saint-Louis, le ; Charlotte Trouin, demoiselle du Gué (1668-1742). Elle épouse en 1697, Pierre Alexandre Jazier, seigneur de La Garde (1654-1735), dont Luc Jazier de La Garde, abbé commendataire de l'abbaye de la Sainte-Trinité de Mauléon et chanoine de Saint-Malo, à qui René Duguay-Trouin confie son fils Nicolas-François (né à La Haye, le ) ; René Trouin, sieur du Gué (1673-1736), dont un fils Nicolas-François, précité ; Étienne Trouin (1677-1696), lieutenant de corsaire. Il meurt à ; Nicolas Trouin (1682-1704), capitaine du corsaire le Valeur. Il meurt à ; Marguerite Guyonne Trouin, demoiselle Duguay (1684-1765).

D’Urbane Marie de La Gillière, il eut hors mariage un fils prénommé Nicolas-François né et baptisé le à La Haye (Hollande).

René Duguay-Trouin cousine avec Robert Surcouf (1773-1827) par la famille Porcon de La Barbinais, ils descendent tous deux de Pierre Porcon de La Barbinais et de Thomase Chertier, Duguay-Trouin par leur fille Guillemette et Surcouf par leur fils, Pierre Porcon de La Barbinais (1586-1634). Il est apparenté à Pierre Porcon de La Barbinais (1639-1681?), dit le Regulus malouin.

La maison natale de Dugay-Trouin appartenant à une famille d'armateurs., sa façade a été construite comme celle du château arrière d'un bateau par des charpentiers de marine. Elle fut détruite lors de la libération de Saint-Malo. et seule une plaque commémore la naissance de René Duguay-Trouin..

Orthographe du nom de famille et de la seigneurie du Gué Au , l'orthographe des noms propres n'est pas encore définitivement fixée et l'on trouve plusieurs graphies pour désigner une seule et même personne. Ainsi, le nom de famille Trouin est parfois orthographié Trouyn ou encore Troüin.

Le titre de noblesse porté par René Trouin a pour origine une petite métairie, située au village du Guest, dans la paroisse de Paramé, ancienne commune d'Ille-et-Vilaine aujourd'hui disparue, acquise par son père en 1680, sept ans après sa naissance, dont le nom s'écrivait primitivement du Guest, puis du Gué, du Guay, et enfin Duguay, en un seul mot. On trouve dans un acte notarié du , des renseignements très détaillés sur la façon dont cette petite terre est acquise et successivement agrandie, par les parents de du Guay-Troüin. Cet acte est une transaction entre divers héritiers des familles Boscher et Troüin, au sujet précisément de la propriété de cette métairie. La seigneurie du Gué est acquise, en même temps que d'autres terres, par les grands-parents maternels de René Trouin, Jean Boscher, sieur de la Vigne, et Françoise Gorjeu, sa femme, par contrat du . La métairie est reçue en héritage par Marguerite Boscher à la mort de ses parents.

Quant à l'orthographe de son nom, René Trouin signe d'abord du Gué, puis Dugué en un seul motCette signature apparaît sur un rapport daté de 1694, conservé aux Archives de la marine à Saint-Servan.. Les lettres de noblesse qui lui furent délivrées ainsi qu'à son frère aîné, en 1709, par Louis XIV, portent en marge : « Lettres de noblesse pour les sieurs de la Barbinais et du Guay, frères ». Mais dans le corps du document, le rédacteur a écrit René Trouyn Duguay. Le règlement original d'armoiries de d'Hozier, porte René Trouyn du Gué. Les nominations aux différents grades, les promotions dans l'ordre de Saint-Louis, portent invariablement du Guay Troüin, bien qu'à partir de 1709 du Guay Troüin ait le plus souvent signé Duguay-Trouin. C'est d'ailleurs sous cette forme que son nom est repris par ses biographes et passé à la postérité.

Jeunesse Le jeune homme est d’abord destiné à la prêtrise. Il étudie à Rennes et à Caen, et porte même la tonsure. Il est pourtant renvoyé de son école à Rennes en 1684 pour mauvaise conduite car ses professeurs estiment qu’il passe plus de temps à courir les filles qu’à étudier. C’est quelque peu forcé par son oncle qui veut l’arracher à ses études dissipées qu’il embarque comme matelot volontaire à en 1689.

L'ascension du corsaire : la guerre de la Ligue d'Augsbourg (1689-1697)

Le mal de mer et les premières prises right|thumb|300px|Carte de Saint-Malo d'origine anglaise et probablement du . Les débuts du corsaire sont difficiles : il souffre du mal de mer et le premier navire sur lequel il embarque, la Trinité, une frégate de 150 tonneaux et armée de 18 canons, commandée par Étienne Piednoir de La Villeneuve, manque de couler dans une tempête avec le navire qu’elle vient de capturer. « Nous nous étions emparés d’un vaisseau anglais chargé de sucre et d’indigo ; et le voulant conduire à Saint-Malo, nous fûmes surpris en chemin d’un coup de vent très violent, qui nous jeta sur la côte de Bretagne, pendant une nuit fort obscure ; notre prise s’échoua par un heureux hasard sur des vases, après avoir passé sur un grand nombre d’écueils, au milieu desquels nous fûmes obligés de mouiller toutes nos ancres, et d’amener nos basses vergues, ainsi que nos mâts de hune » pour ne pas s’échouer aussi. Finalement la tempête se calme, le vent tourne, le navire anglais est désenvasé et ramené à Saint-Malo, mais c’est pour repartir aussitôt en chasse. Duguay-Trouin participe alors à son premier combat naval. Son récit est un bon témoignage de la violence d’un abordage : « Ayant trouvé un (navire) corsaire de Flessingue aussi fort que nous, nous lui livrâmes combat, et l’abordâmes de long en long ; je ne fus pas des derniers à me présenter pour m’élancer à son bord. Notre maître d’équipage à côté duquel j’étais, voulut y sauter le premier ; il tomba par malheur entre les deux vaisseaux qui venant à se joindre dans le même instant, écrasèrent à mes yeux tous ses membres et furent rejaillir une partie de sa cervelle jusque sur mes habits. Cet objet m’arrêta d’autant plus que je réfléchissais que, n’ayant pas comme lui le pied marin, il était moralement impossible que j’évitasse un genre de mort si affreux. Sur ces entrefaites, le feu prit à la poupe du corsaire qui fut enlevé l’épée à la main, après avoir soutenu trois abordages successifs, et l’on trouva que pour un novice (rappelons qu’il a 16 ans) j’avais témoigné assez de fermeté. Cette campagne qui m’avait fait envisager toutes les horreurs du naufrage, celles d’un abordage sanglant ne me rebuta pas. »

Ses progrès sont très rapides. En 1690, il se signale au combat sur le Grénédan, de sorte qu'à 18 ans, en 1691, on lui confie le commandement d'un navire corsaire de 14 canons, le Danycan avec lequel il fait une descente en Irlande (poussé il est vrai par une tempête) près de Limerick. Il s'empare d'un château du comté de Clare, et incendie deux navires pris dans la vase. En 1692, il commande le Coëtguen et capture de nombreux navires anglais. En 1693, il commande dans l’Atlantique le Profond de 32 canons, mais la croisière est décevante : il ne fait qu’une capture après une croisière de trois mois et son équipage est décimé par une épidémie.

Les risques de la guerre de course : la capture et l'évasion de 1694 thumb|left|260px|Le coup de canon, tableau de Van de Velde le Jeune, 1707. Ce type de navire d'une soixantaine de canons correspond à ce que commande Duguay-Trouin à la fin de la guerre de la Ligue d'Augsbourg.