La Petite messe solennelleTitre original en français dû à Rossini lui-même. est une œuvre de musique sacrée (messe), à l'origine écrite pour quatre solistes, chœur mixte, deux pianos et un harmonium de Gioachino Rossini. Elle fut créée le à Paris.

Historique C'est à la demande du comte Alexis Pillet-Will, pour son épouse Louise, que Gioachino Rossini compose en 1863 dans sa maison de campagne de Passy, la Petite messe solennelle. Rossini a alors 71 ans et a officiellement pris sa retraite depuis 34 ans. Il adresse au « Créateur » une dédicace en forme de boutade :

Sur la page de garde de son manuscrit, Rossini tient à préciser, avec la maîtrise du français qui était la sienne :

Cette évocation d'un « péché de [sa] vieillesse », dont Rossini écrit que cette Petite messe solennelle serait « le dernier », renvoie à un ensemble de compositions diverses composées après son retrait de la scène et réunies sous le titre Péchés de vieillesse.

L'œuvre est créée le dans la chapelle privée de l'hôtel particulier du comte situé rue Moncey ( arr.) avec Carlotta et Barbara Marchisio, Italo Gardoni et Luigi Agnesi en solistes et Albert Lavignac à l'harmonium, en présence, notamment, de Daniel-François-Esprit Auber, Giacomo Meyerbeer et Ambroise ThomasBenoît Jouvin, « Théâtres », Le Figaro du 20 mars 1864 sur Gallica. La date du 13 novembre, au lieu du 13 mars, pour la répétition générale est imprimée par erreur.. La première audition publique a lieu un an plus tard, le Benoît Jouvin, « Les Hasards de la plume », Le Figaro du 27 avril 1865 sur Gallica. C'est cette date qui est indiquée sur la partition Brandus d'origine (, éd.), détenue entre autres à la fondation Rossini de Pesaro. avec les mêmes interprètes.

La réception de l’œuvre est partagée entre louange et désapprobation. Le critique musical Filippo Filippi, dans La Perseveranza ne tarit pas d'éloge :

En revanche, Giuseppe Verdi est beaucoup moins enthousiaste, comme il l'écrit au comte Opprandino Arrivabene le :

Après sa création privée, la partition est rangée dans un placard d'où elle ne ressortira pas du vivant de son compositeur.

Effectif Dans sa version d'origine, l'exécution de la messe requiert quatre solistes (soprano, contralto, ténor et basse), un chœur mixte, deux piano-forte et un harmoniumLa partition Brandus ne mentionne qu'un piano au lieu de deux, le second pouvant remplacer l'harmonium. Il semble toutefois n'avoir été prévu initialement par Rossini que comme renfort dans les forte.. Ce faible nombre d'exécutants contraste avec la dimension des formations utilisées à cette époque pour interpréter les grandes œuvres de musique sacrée. C'est ce qui a valu à cette messe le qualificatif de petite.

En 1867, Rossini orchestre sa messe pour un effectif instrumental beaucoup plus important (2 flûtes et petite flute, 2 hautbois, 2 clarinettes, 3 bassons, 4 cors, 2 trompettes, 2 cornets, 3 trombones, ophicléide, timbales, 2 harpes, orgue et cordes)Fac-simile de la page de garde du manuscrit dans l'édition Brandus ( éd.) sur IMSLP. « pour ne pas laisser à d'autres le soin de le faire »Damien Colas, livret de la Petite Messe solennelle, Neville Marriner (dir.), Philips, 1995.. Cette seconde version est créée, de façon posthume, le au Théâtre-Italien avec Gabrielle Kraus, Marietta Alboni, Ernest Nicolas et Luigi Agnesi en solistesAlbert Wolff, « Gazette de Paris », Le Figaro du 2 mars 1869 sur Gallica.. En 1870, Marietta Alboni chante, en tournée en Europe, cette version orchestrale de la Petite messe solennelle, avec Marie Battu, Giovanni Sbriglia et Romani, comme partenaires..

Les jugements sur les deux versions divergent. Certains musicologues expliquent que la version orchestrée est de nos jours préférée à l'originale ; d'autres expliquent que le piano donne tout son « mordant » à la version originale.

Structure de l’œuvre La partition, dont l'exécution dure environ une heure et demie, est divisée en deux parties de sept numéros chacune (soit quatorze au total) et mêle rythmes de marche et tempos majestueux, sur des harmonies parfois surprenantes.

Première partie 1 - Kyrie eleison - chœur Gloria 2 - Gloria in excelsis Deo - solistes et chœur 3 - Gratias - Trio pour contralto, ténor et basse 4 - Domine Deus - ténor solo 5 - Qui tollis - Duo pour soprano et contralto 6 - Quoniam - basse solo 7 - Cum Sancto Spiritu - chœur

Deuxième partie Credo 8 - Credo - solistes et chœur 9 - Crucifixus - soprano solo 10 - Et resurrexit - solistes et chœur 11 - Prélude religieux (pendant l'Offertoire) - piano puis harmonium solo Non numéroté - Ritornello (9 mesures d'harmonium) 12 - Sanctus - solistes et chœur 13 - O salutaris Hostia - soprano solo 14 - Agnus Dei - contralto et chœur

Dans ces différents numéros, les nuances des chanteurs excèdent rarement le piano, et un quadruple piano est parfois demandé, comme à la du Kyrie. Rossini attribue aux chanteurs des nuances forte pour quelques moments obligés comme les acclamations Eleison (), le début du Gloria (), son homologue le Cum Sancto Spiritu (), les parties extrêmes des Credo (), Sanctus et Hosanna () et les dernières mesures du Dona nobis pacem ().

Kyrie La structure de ce mouvement est de forme A-B-A : une première partie Andante maestoso ( = 108) piano-harmonium, reprise sotto voce avec les solistes et le chœur en la mineur évolue en do majeur (mesures 1 - 35) ; un double canon a cappella, Andantino moderato ( = 66) en do mineur (mesures 36 - 57) ; une reprise de la première partie mais dans d'autres tonalités (mesures 58 - 90).

L’œuvre s'ouvre sur la tonalité de la mineur, le piano jouant une basse ostinato en octaves entrecoupées d'accords secs à la main droiteEffet repris par Johannes Brahms dans sa Rhapsodie en sol mineur op.79, écrite seize ans plus tard.. Sur ce motif oppressant, l'harmonium fait entendre le contrepoint qui sera repris ensuite par le chœur. La tonalité de do majeur intervient mesure 18, apportant une couleur plus chaleureuse.

La partie centrale est un double canon sotto voce dans un style archaïsant sur le texte du Christe eleison. Sa dynamique contraste avec la première partie.

La troisième partie consiste en un retour à la première mais au travers d'un parcours tonal inversé : do mineur au lieu de la mineur, puis la majeur au lieu de do majeur. Après cette réexposition, un final présente quelques enchaînements harmoniques surprenants (mesures 75 à 80) avant d'amorcer la cadence finale qui dure une dizaine de mesures.

Gloria Le Gloria est à la fois l'ensemble de la suite de cette première partie, où toute la deuxième prière de l'ordinaire de la messe est déclamée en six mouvements, et le premier de ces mouvements. C'est le second de l’œuvre.

Ce mouvement permet d'entendre successivement : une introduction pianistique, Allegro maestoso ( = 120) (mesures 1 à 8) ; un court passage où les solistes et le chœurs chantent à l'unisson (mesures 9 à 18) ; six mesures de piano dans un autre caractère Andantino mosso ( = 58) ; le reste du mouvement dans le même caractère (mesures 25 à 82).

L'introduction pianistique est constituée de deux séquences de trois accords séparés d'un temps de silence. D'après Claire Delamarche, il s'agit des trois coups du brigadier avant une lever de rideau au théâtre . La tonalité de fa majeur est annoncée avec majesté, pourtant sans qu'une cadence parfaite ne soit utilisée. Ce sera le style du mouvement où le caractère modal est permanent.

La section suivante est dans le même caractère. Elle annonce le parallèle d'organisation avec une façon classique de chanter dans les communautés religieuses : le chantre, ici la soprano commence seul et le reste de la communauté reprend ou poursuit en chœur. Celui-ci est à sept voix double forte, bien dans le caractère maestoso annoncé, et se conclut par une cadence parfaite en do majeur (ton de la dominante de la tonalité initiale).

La suite, au piano seul, triple piano est un motif rythmique qui se reproduit trois fois, qui prépare à la tonalité (fa majeur) et au caractère priant qui suit.

Dans la suite du mouvement, le piano joue un ostinato excessivement simple constitué de deux accords (fa majeur - si bémol majeur) qui se répètent dix fois en noires pour accompagner la basse solo pendant une mélodie d'une grande sobriété.

Une modulation à la tierce mineur supérieure (la bémol majeur) intervient alors avec une cadence parfaite (mesure 37) avant que l'ostinato ne reprenne dans la nouvelle tonalité. La soprano entonne Laudamus te recto tono qui est repris par le chœur. Ce schéma se reproduit plusieurs fois d'abord dans la même tonalité, puis dans une tonalité à nouveau à la tierce mineure supérieure (do bémol majeur). Cette tonique devient mesure 60 le si bécarre (sensible d'ut majeur) et nous revoilà dans la tonalité de la dominante (do majeur) avant un retour en fa majeur mesure 65. Les différentes voix sont toujours dans un style sobre de gammes, aux départs décalés, qui ne sont que le développement de l'ostinato du piano. Le style modale perdure et le mouvement priant s'achève sans qu'une cadence parfaite ne soit entendue.

Gratias Ce mouvement est un trio des solistes alto ténor et basse. Il est basé sur les paroles Gratias agimus tibi propter magnam gloriam tuam. Andante grazioso ( = 76) à 2/4, il est construit par l'enchaînement de : une introduction au piano ; un thème A et son utilisation aux différentes voix (mesures 24 - 51) ; la présentation d'un nouveau motif thématique B (mesures 51 - 58) ; une digression chromatique au piano (mesures 59 - 65) ; un court retour au thème A (mesures 67 - 76) ; un développement du thème B (mesures 76 - 94) ; une longue cadence plagale (mesures 96 - 114).

L'introduction commence par trois accords forte, puis après une mesure de pause, le piano murmure triple piano ce qui sera l'accompagnement du thème A à venir. Ce thème est alors entendu en la majeur à la basse solo, supporté par l'accompagnement discret. Ce thème fait entendre un emprunt à la tonalité de do dièse mineur (mesure 26 - 27) en guise de repos au milieu de sa phrase. L'alto reprend ce thème à la dominante (mi majeur) à la mesure 33 pendant que la basse participe à l'accompagnement. Le ténor entre alors, mesure 42, complétant ainsi le trio, et chante le thème en ut.

Le motif du thème B, avec son saut de septième, est ensuite brièvement entendu sur propter magnam à la basse et au ténor, pendant que le piano l'accompagne avec des accords de mi septième de dominante. Le piano interrompt ce duo avec une digression chromatique qui ramène à la tonalité de la majeur. Le thème est alors chanté par le trio.

Le thème B est ensuite repris et développé avec des doubles croches à partir d'un départ décalé des trois voix. Il se termine par une cadence parfaite en la majeur. Une longue cadence plagale avec le piano et le trio termine ce mouvement.

Domine Deus Solo de ténor (à compléter)

Qui tollis Duo soprano et contralto (à compléter)

Quoniam Solo de basse (à compléter)

Cum sancto spiritu Fugue pour chœur (à compléter)

Prélude religieux Ce mouvement est en fait un prélude et fugue. Le prélude, de seize mesures à 4/4 Andante maestoso ( = 92), est écrit pour piano et demande des nuances allant du double forte au double piano una corda. Il annonce à la fois la tonalité de fa dièse mineur, et le caractère modulant du mouvement, par des accords empruntés à des tonalités éloignées. Le style rythmique très solennel ( .. ) ne sera repris que dans le postlude de quatre mesures de la fugue.