Les bersagliers (en italien ) sont un corps de l'Armée de terre italienne. Créée en 1836 par le général Alessandro La Marmora pour servir dans l'Armée royale sarde, qui deviendra plus tard l'Armée royale d'Italie, cette unité d'infanterie légère est caractérisée par sa grande mobilité, par le port d'un chapeau à larges bords, utilisé seulement dans l'uniforme de parade à l'époque contemporaine, décoré de plumes de coq de bruyère présentes également sur les casques de combat moderne, et par sa fanfare défilant au pas de course en jouant l'hymne des bersagliers Flik Flok.
Engagée dans les guerres d'indépendance italiennes du , cette unité d'élite maintes fois distinguée est également impliquée dans les conflits mondiaux du , dans les actions de secours aux populations ou de lutte contre la criminalité en Italie et dans les interventions de maintien de la paix des à l'extérieur sous l'égide de l'ONU.
Les bersagliers volontaires sont réunis au sein d'une , déclinée en sections locales, organisatrice depuis 1923 de . Le musée de la Porta Pia commémore depuis 1932 le souvenir de la prise de Rome par les bersagliers en 1870, concluant le processus d'unification de l'Italie.
Étymologie Le terme français « bersaglier » (pluriel « bersagliers » ou pluriel italien « bersaglieri » attestés) est emprunté à l'italien , dérivé de , provenant de l'ancien français « bersail », le but ou la cible sur lesquels on tire à l'arc, lui-même dérivé du verbe « berser », tirer à l'arc« Bersaglier », TLFI (lire en ligne).. Le Littré de 1872-1877 donne « bersailler » pour le nom de ces chasseurs de l'infanterie italienne, en précisant une possible origine latine depuis « vervex », dans le sens de « Bersailler », Littré, 1872-1877 (lire en ligne)..
Historique et organisation vignette|Alessandro La Marmora, fondateur des bersagliers.
Origine À l'instar des chasseurs à pied de l'Armée française et parce que le royaume de Sardaigne ne peut pas se permettre la constitution d'un grand corps de cavalerie, un corps d'infanterie de tireurs rapides lui est nécessaire. Le corps des bersagliers est institué le par décret du roi Charles-Albert de Sardaigne, sur la proposition d'Alessandro La Marmora, alors capitaine du Aujourd'hui grenadiers.Un corps analogue, celui des , est formé en 1847 dans les États pontificaux. S'étant mutinés, ils combattent activement durant la première guerre d'indépendance italienne pour être ensuite dissous en 1849 avec la chute de la République romaine. Le terme bersagliere avait été précédemment utilisé par un corps civil (guides) de Brescia en 1805..
La première apparition publique des bersagliers se déroule à l'occasion d'un défilé militaire, le . La défile dans Turin avec célérité (fréquence de marche : par minute). Le corps impressionne le roi Charles-Albert de Sardaigne, qui l'intègre immédiatement en tant qu'unité de l'Armée régulière sarde.
Le rôle assigné à la nouvelle formation prévoit les typiques fonctions de l'infanterie légère — exploration, premier contact avec l'ennemi et flanquement de l'infanterie de ligne (sans cependant s'aligner ou se mêler à celle-ci) — mais se caractérise, conformément aux intentions de son fondateur, par une vélocité d'exécution inédite et une polyvalence faisant de ses membres, outre des chasseurs, des sapeurs avant la lettreL'infanterie de l'époque compte déjà quelques compagnies de chasseurs formés au sein d'une préexistante école dite de bersagliers, d'où le nom du corps, mais le modèle dont s'inspire majoritairement La Marmora pour en proposer l'institution, après avoir longuement voyagé en Europe pour étudier la réorganisation post-napoléonienne des principales armées, est celle des troupes d'élite qui vont de leur côté donner naissance aux chasseurs alpins français..
Les soldats sont formés à la résistance physique et à l’excellence. L'indépendance et l'esprit d'initiative des bersagliers sont encouragés afin que ceux-ci puissent fonctionner en tant qu’unités indépendantes et autonomes. Les hommes sont exercés à la course et au tir avec des fusils modernes à chargement arrièreLe premier « schioppo » dont sont dotés les bersagliers avait été imaginé par La Marmora avec l'aide de son frère Alfonso et pouvait tirer jusqu'à sept coups en deux minutes. Il est rapidement remplacé par une arme plus efficace à canne droite et hélice à percussion modèle Delvigne qui, avec quelques légères modifications devient ensuite la carabine modèle 1844 sur laquelle il est possible de fixer un long ., prompts à l'action, même isolée, pour engager par surprise l'adversaire dans des actions de trouble avec la claire intention d'en déranger les plansAinsi que l'indique la présentée par La Marmora à Charles-Albert..
Tout au long du , sous la direction de La Marmora, les bersagliers remplissent le rôle des tirailleurs, mais agissent aussi, lorsque cela est nécessaire, comme des troupes de choc. Organisés en petits groupes, les bersagliers peuvent aussi être engagés contre la cavalerie pour en stopper la charge. Ils sont à l'origine destinés à servir comme troupes de montagne. Le guide de montagne Jean-Antoine Carrel est un bersaglier. Lorsque le corps des alpins est créé, en 1872, une forte rivalité naît entre les deux corps d'élite.
Guerres d'Indépendance italiennes Les quatre premières compagnies, plus tard fondues dans le bataillon, sont formées respectivement en juillet 1836 pour la , janvier 1837 pour la , janvier 1840 pour la et février 1843 pour la . Les bersagliers connaissent alors leur baptême du feu le , à la bataille du pont de Goito au début de la première guerre d'indépendance italienne où Alessandro La Marmora est gravement blessé. Un second bataillon est formé le . Le , les bersagliers repoussent temporairement les troupes du maréchal Joseph Radetzky à Rivoli Veronese, lors de la première journée de la bataille de Custoza.
Porté à cinq le , le nombre de bataillons est augmenté, le , des deux unités de la division lombarde. En , les troupes, commandée par Alessandro La Marmora, interviennent pour réprimer les mouvements insurrectionnels de Gênes. Ils mettent la ville à sac, terrorisant la population par des exécutions sommaires, des viols et des violences. En 1856 est créée la charge d'inspecteur du corps des bersagliers avec des attributions de commandant de brigade.
En 1855, les bersagliers fournissent cinq bataillons pour le corps expéditionnaire sarde de la guerre de Crimée, le royaume de Sardaigne étant l'allié de la France et du Royaume-Uni. Engagés dans la bataille de la Tchernaïa, ils subissent encore plus de pertes en raison d'une épidémie de choléra dont meurt La Marmora. À l'imitation des zouaves aux côtés desquels ils servent dans cette guerre, les bersagliers adoptent le fez rouge à gland bleu qu'ils portent dès lors comme couvre-chef de tous les jours.
Les bersagliers sont toujours présents dans les batailles de la deuxième guerre d'indépendance italienne comme celle de Magenta du où ils fournissent dix bataillons.
Avec le temps, le nombre de bataillons est passé de 10 en 1852, à 16 en 1859, à 27 en 1860 et à 36 en 1861. Lorsque l'Armée sarde devient l'Armée royale d'Italie en 1860, les 36 bataillons existants sont réunis en six régiments avec des tâches administratives et disciplinaires. Les régiments sont assignés aux corps d'armée correspondants et les bataillons répartis dans les divisions en tant qu'unités de reconnaissance : 25px de bersagliers dans le d'armée avec les bataillons I, IX, XIII, XIX, XXI et XXVII 25px dans le d'armée avec les bataillons II, IV, X, XV, XVII et XVIII 25px de bersagliers dans le d'armée avec les bataillons III, V, VIII, XX, XXIII et XXV 25px dans le d'armée avec les bataillons VI, VII, XI, XII, XXXV et XXXVI 25px dans le d'armée avec les bataillons XIV, XVI, XXII, XXIV, XXVI et XXXIV 25px dans le d'armée avec les bataillons XXVIII, XXIX, XXX, XXXI, XXXII et XXXIII
Après l’unification de l’Italie, les bersagliers sont employés contre le brigandage au sud. À cette occasion leur corps se révèle particulièrement adapté à la rudesse et à l’hostilité du territoire. Les opérations de pacification mises en œuvre par le gouvernement se caractérisent par des épisodes particulièrement brutaux et cruels comme en Basilicate où sévit le fameux brigand Carmine Crocco.
La troisième guerre d'indépendance italienne qui aboutit à l'intégration de la Vénétie et du Frioul dans le jeune royaume d'Italie voit encore en 1866 la participation des bersagliers dans les batailles comme celle de Custoza.
Leur action la plus célèbre survient le lorsque les bersagliers prennent d'assaut la ville papale à travers la brèche créée par l'artillerie dans le mur d'Aurélien près de la Porta Pia conduisant à la prise de Rome, à la fin du pouvoir temporel du pape et à la conclusion du processus d'unification de l'Italie.
Protagonistes de la prise de Rome, les bataillons perdent leur autonomie opérationnelle le et passent sous la dépendance des régiments portés à 10 avec chacun 3 bataillons. En 1883, deux régiments supplémentaires sont ajoutés. 25px de bersagliers dans le d'armée avec les bataillons I, VII et IX 25px dans le d'armée avec les bataillons II, IV, et XVII 25px de bersagliers dans le d'armée avec les bataillons XVIII, XX, and XXV 25px dans le d'armée avec les bataillons XXVI, XXIX and XXXI 25px dans le d'armée avec les bataillons XIV, XXII and XXIV 25px dans le d'armée avec les bataillons VI, XIII and XIX 25px régiment de bersagliers dans le d'armée avec les bataillons VIII, X and XI 25px de bersagliers dans le d'armée avec les bataillons III, V and XII 25px dans le d'armée avec les bataillons XXVIII, XXX and XXXII 25px dans le d'armée avec les bataillons XVI, XXXIV and XXXV 25px dans le d'armée avec les bataillons XV, XXVII and XXXIII 25px dans le d'armée avec les bataillons XXI, XXIII and XXXVI
Première Guerre mondiale vignette|Bersagliers cyclistes (1915-1918).
Par une ordonnance de 1910, chaque régiment est renforcé d'un bataillon d'infanterie cycliste (supprimé en ). Pendant la Première Guerre mondiale (1915-1918) le corps est organisé en deux divisions spéciales, 7 brigades, 21 régiments et 5 bataillons autonomes, les douze régiments existants étant renforcés par neuf unités supplémentaires nouvellement créées. Les bersagliers se battent avec distinction sur le front italien. Sur les des régiments de bersagliers, sont tués et . Le dernier vétéran survivant de la Première Guerre mondiale, Delfino Borroni, a servi dans le de Bologne. Autre membre à servir (et à être blessé) : Benito Mussolini.
Un contingent de bersagliers est envoyé à la campagne du Sinaï et de la Palestine en 1917, où ils sont attachés à la force expéditionnaire d'Égypte commandée par le général Edmund Allenby. Leur « principal rôle politique » est d'affirmer les « prérogatives ecclésiastiques héréditaires en lien avec les églises chrétiennes à Jérusalem et Bethléem »Wavell 1968 ..
Après la guerre les neuf régiments créés pour la période de guerre sont dissous et le nombre de bataillons de bersagliers dans les régiments restants est réduit à deux par unité. Un nouveau rôle apparaît dans l'infanterie légère dans le cadre de l'engagement de l'Italie à la guerre de mouvement. Les bersagliers d'après-guerre sont convertis en infanterie cycliste pour combattre aux côtés de la cavalerie dans les divisions celeri (rapides). Ces unités d'élite au moral élevé et à l'esprit agressif sont considérées comme une alternative à l'impasse tactique de la guerre de tranchée de 1915-1918. Les bersagliers ont donné à l'Italie des formations hautement qualifiées, appropriées au service à la fois de la cavalerie et des chars. Lorsque les divisions blindées sont formées en 1939, le lien entre les bersagliers et la guerre mobile se poursuit. À chaque nouvelle division blindée et motorisée est alloué un régiment de bersagliers.
Guerres coloniales italiennes