Tchang Kaï-chek ( ; pinyin : Jiǎng Jièshí)Également transcrit Chiang kai-shek en anglais et parfois en français. En , . En , . est un militaire et homme d'État chinois né le et mort le à Taipei. Il est le dirigeant de la république de Chine de 1928 à sa mort. Son gouvernement est d'abord basé en Chine continentale jusqu'à sa défaite lors de la guerre civile chinoise, face au Parti communiste en 1949. Il continue par la suite de diriger la république de Chine sur l'île de Taïwan. Tchang est le chef du parti nationaliste Kuomintang (KMT) et le commandant en chef de l'Armée nationale révolutionnaire de 1926 à sa mort, période durant laquelle il porte le titre de généralissime.

Né dans le Zhejiang, Tchang reçoit une éducation militaire en Chine et au Japon et rejoint l'organisation du Tongmenghui de Sun Yat-sen en 1908. Après la révolution de 1911, il est l'un des membres fondateurs du Kuomintang et dirige l'Académie militaire de Whampoa à partir de 1924. Après la mort de Sun en 1925, Tchang devient le chef du parti et le commandant en chef de l'Armée nationale révolutionnaire. De 1926 à 1928, il dirige l'Expédition du Nord, qui parvient à réunifier en partie la Chine sous un gouvernement nationaliste basé à Nankin. Il ordonne en 1927 le massacre de Shanghai contre le Parti communiste chinois, mettant fin à l'alliance entre ce dernier et le KMT. Cet évènement marque le début de la guerre civile chinoise. Au cours de la décennie de Nankin (1927-1937), Tchang s'efforce de moderniser et d'unifier la Chine. Après l'invasion de la Mandchourie par le Japon en 1931, son gouvernement tente d'éviter une guerre tout en poursuivant la reconstruction économique et sociale du pays. En 1936, Tchang est enlevé par les hommes de son général Zhang Xueliang lors de l'incident de Xi'an et contraint de former un deuxième front uni antijaponais avec le PCC. Entre 1937 et 1945, il dirige la Chine pendant la deuxième guerre sino-japonaise. En tant que dirigeant d'une grande puissance alliée, il participe à la conférence du Caire en 1943 pour discuter des conditions de la capitulation du Japon. Lorsque celle-ci a lieu en 1945, Tchang obtient la restitution de Taïwan, où il réprime le soulèvement du 28 février en 1947.

À la fin de la Seconde Guerre mondiale, la guerre civile avec le Parti communiste chinois dirigé par Mao Zedong reprend. En 1949, le gouvernement de Tchang est vaincu et se retire à Taïwan, où il impose la loi martiale et la Terreur blanche, une campagne de répression politique de masse, qui durent respectivement jusqu'en 1987 et 1992. À partir de 1948, il est réélu cinq fois par le même Parlement éternel pour des mandats de six ans en tant que président. Il est alors à la tête d'un État à parti unique, pendant 25 ans, jusqu'à sa mort en 1975. Son fils Chiang Ching-kuo lui succède alors à la tête du Kuomintang et est élu président par le même parlement en 1978.

Tchang est un personnage controversé. Ses partisans lui attribuent le mérite d'avoir unifié la nation, mis fin à un siècle d'humiliation, mené la résistance contre le Japon, favorisé le développement économique et promu la culture chinoise. Ses détracteurs lui reprochent son pacifisme précoce face à l'occupation japonaise de la Mandchourie, l'inondation du fleuve Jaune, le copinage et la corruption, ainsi que sa dictature tant en Chine continentale qu'à Taïwan.

Son idéologie est le tchangisme.

Un nationaliste ambitieux La découverte du nationalisme au Japon Tchang Kaï-chek est né à , dans le district de Fenghua, préfecture de Ningbo, province du Zhejiang, dans une famille de commerçants dont les ancêtres sont originaires de Yixing, préfecture de Wuxi, dans la province du Jiangsu. Sa langue maternelle est ainsi le wu. Sa famille jouit d'un certain confort grâce au commerce de sel lancé par son grand-père, et repris par son père, et son oncle. Loin de faire partie de la classe mandarinale mais sans être des paysans, la famille de Tchang est qualifiée de "sous-notable". Il est marié à 14 ans à dans le cadre d'un mariage arrangé et peu heureux.

Tchang grandit alors que la Chine vit une période difficile. Le pays est alors une part intégrante de l'Empire Qing. L'Empire est alors lentement dépecé par les puissances occidentales qui l'ont forcé à s'ouvrir au commerce en 1839 puis en 1856 lors des Guerres de l'opium et lui ont imposé des Traités inégaux. Les pays européens, les Etats-Unis et le Japon se dotent ainsi de ports de traité alors que l'Empire des Qing s'affaisse sous le poids des indemnités de guerre, des catastrophes naturelles et des révoltes internes. Tchang est marqué par l'échec de la Révolte des Boxers en 1900 et développe un sentiment nationaliste chinois. En signe de rébellion, en 1905, il se coupe la natte, un signe de soumission au pouvoir mandchou de Pékin. Impressionné par la victoire du Japon sur la Russie, il exprime le souhait de partir étudier à Tokyo à la même époque et fait un séjour dans l'archipel. Souhaitant intégrer les académies militaires japonaises, les conventions militaires entre les deux pays l'empêchent cependant de le faire en tant que candidat libre. Pour cela, il doit d'abord rejoindre une académie militaire chinoise puis être recommandé par le gouvernement. Pour cela, il passe donc l'examen d'entrée de l'Académie militaire de Baoding où il se classe 14e sur 60 candidats. Il est finalement recommandé en 1908 par le Bureau de la Guerre et peut partir au Japon. Il rejoint la Tokyo Shinbu Gakkō, une école préparatoire à l'Académie de l'Armée impériale japonaise. Il s'y spécialise dans l'artillerie et réalise un stage auprès du 19e régiment d'artillerie de campagne à Takada. Pendant ses études, il rencontre plusieurs camarades qui le suivront pendant toute sa carrière militaire et politique comme Chang Chun ou He Yingqin.

Tchang Kaï-chek s'intéresse dès son arrivée aux activités des chinois expatriés au Japon et notamment à celles de la fraternité révolutionnaire de Tongmenghui. Cette société secrète, dirigée par Sun Yat-sen, ambitionne de renverser la dynastie Qing et d'établir une république chinoise. Tchang finit par rejoindre l'organisation par l'entremise de son ami Chen Qimei en 1908. Il passe à l'époque l'essentiel de son temps libre avec son ainé de 10 ans, qui étudie à l'Académie de police de Tokyo. Les deux hommes finissent par conclure une fraternité de sang et se jurent fidélité mutuelle. Durant ses vacances en Chine en 1909 et 1910, il aide Chen à organiser des insurrections contre le pouvoir impérial depuis Shanghai. C'est à la même époque qu'il rencontre .

Durant ses années japonaises, les relations familiales de Tchang se dégradent grandement. Il se rend coupable d'actes de violences conjugales en poussant Mao Fumei dans les escaliers. La mère de Tchang le convainc cependant de réaliser son "devoir conjugal" en 1909 après avoir consulté une cartomancienne lui assurant que si un petit-fils naissait dans le courant de l'année 1910, il aurait une destinée exceptionnelle. Chiang Ching-kuo naît neuf mois plus tard, le .

Après 3 ans de formation et son stage à Takada, l'objectif pour Tchang est d'entrer à l'Académie de l'Armée impériale. S'il réussit le concours de sortie de la Tokyo Shinbu Gakkō, il se classe seulement 55e sur 62 élèves, tandis que son ami Chang Chun arrive troisième. Il y apprend cependant les rudiments de l'art militaire et de la culture martiale japonaise, dont le bushido.

La Révolution de Xinhai et les Seigneurs de la Guerre Alors qu'il termine ses cours à la Tokyo Shinbu Gakkō, il apprend le déclenchement d'un soulèvement généralisé en Chine, parti de la ville de Wuchang le . Il demande aussitôt, avec 118 autres cadets, à retourner en Chine pour participer au phénomène révolutionnaire.

Il est accueilli à Shanghai par son frère de sang, Chen Qimei, qui organise les efforts anti-Qing dans la région avec l'aide de la triade de la Bande Verte. Il ordonne à Tchang de mobiliser des natifs de son village pour organiser une colonne afin de saisir Hangzhou. C'est chose faite le lorsqu'il s'empare du yamen du Zhejiang, quasiment sans coup férir. Effectivement, le gouverneur mandchou avait déjà fuit la province et l'armée locale avait rejoint les révolutionnaires.

Très rapidement, la Chine entière passe du côté républicain et Sun Yat-sen, accueilli en triomphe à Shanghai en , devient le premier Président de la république de Chine. Il négocie avec le Général Yuan Shikai, le principal défenseur des Qing et obtient, en échange de son poste, l'abdication du jeune empereur Puyi et la fin de l'Empire.

Rappelé à Shanghai, Tchang apprend que Chen Qimei a été élu gouverneur militaire de la région mais fait face à d'autres groupes révolutionnaires. L'Alliance de la Restauration, en particulier, soutient au poste de gouverneur du Zhejiang, alors que Chen favorise un candidat issu du Tongmenghui. S'il finit par l'emporter, le gouverneur de Shanghai souhaite se débarrasser de Tao, qui est un adversaire gênant. Ce dernier s'est réfugié dans un hôpital de la Concession française de Shanghai. Le , il est tué par un petit détachement mené par Tchang. Les versions divergent quant à la responsabilité du jeune militaire dans l'assassinat. Certains auteurs considèrent qu'il a seulement planifié le meurtre et pris le blâme à la place de Chen Qimei tandis que d'autres défendent l'idée que Tchang aurait été le tueur. Quoi qu'il en soit, il est obligé de se réfugier au Japon pour éviter les répercussions de ce meurtre politique qui profite largement à son frère de sang et au chef du Tongmenghui, Sun Yat-sen.

Pendant les quelques mois où il est resté à Shanghai, Tchang s'est approché des milieux mafieux proches de Chen Qimei. Il devient aussi un proche du révolutionnaire Zhang Renjie. Outre son rôle central dans la théorisation d'un anarchisme chinois, Zhang est aussi un célèbre vendeur d'antiquités aux accointances mafieuses et l'un des principaux financiers du mouvement révolutionnaire de Sun Yat-sen. De même, Chen Qimei lui a présenté son neveu, Chen Guofu qui deviendra un fidèle de Tchang, ainsi que son jeune frère de 12 ans, Chen Lifu. Il se lie aussi avec une maîtresse, rencontrée à Suzhou, Yao Yecheng (姚冶誠, 1889-1972).

Tchang reste au Japon quelques mois pour se faire oublier. Il y apprend l'allemand, envisageant de partir dans l'Empire allemand pour poursuivre ses études. Il fait quelques allers-retours avec Xikou pendant lesquels il présent Yao Yecheng à sa mère et à sa femme Mao Fumei. Les épousailles secondaires étant une pratique courante à l'époque, la rencontre se passe plutôt bien. Il commence à publier un journal, "La Voix de l'armée" dans lequel il publie quelques articles. Il y défend l'unification militaire de la Chine à la manière "bismarckienne" et la constitution d'un régime "despotique éclairé" qui combinerait les idéaux de Napoléon Ier et de George Washington. S'il suit encore largement l'actualité chinoise, il se désengage petit à petit du mouvement révolutionnaire et prépare son départ pour l'Allemagne.

Au même moment, cependant, les premières ont lieu et portent le Kuomintang (KMT), le parti-successeur du Tongmenghui, au pouvoir. Song Jiaoren, un révolutionnaire proche de Sun Yat-sen, est donc naturellement appelé au pouvoir. Alors qu'il est en chemin pour Pékin, il est assassiné le par des agents proches de Yuan Shikai. La situation dégénère et Sun ordonne à Chen Qimei d'empêcher le départ de ses lieutenants, dont Tchang qui se trouvait à Shanghai pour partir en Allemagne avec Yecheng. Le KMT se met en ordre de bataille et tente de résister à l'enracinement de la gouvernance autocratique de Yuan Shikai. La est un échec et Sun Yat-sen doit se réfugier au Japon en juillet. Chen Qimei et Tchang tentent quelques coups de mains à Shanghai mais doivent suivre le chef de leur parti en août.