Victor Teboul est un écrivain québécois, natif d'Alexandrie, en Égypte. Il a quitté l'Égypte avec ses parents en 1956 à la suite des expulsions des familles juives lors de la guerre de Suez. Il a raconté cet épisode dans son roman La Lente Découverte de l'étrangeté (Intouchables, 2001). Son essai Libérons-nous de la mentalité d'assiégé. Dits et écrits iconoclastes (éditions Accent Grave, 2014) est une critique des médias, des lobbys et des groupes ethnoculturels.
Biographie
Natif d'Alexandrie en Égypte, Victor Teboul fait ses études primaires dans une école anglaise protestante, la Saint Andrew's School for Boys. Il quitte l'Égypte avec ses parents en 1956 dans des conditions douloureuses à la suite de la guerre de Suez lorsque de nombreuses familles juives, détentrices de passeports français, sont expulsées d'Égypte. Les Teboul, comme quelques centaines de réfugiés juifs, sont hébergés au couvent de Notre-Dame-de-l'Osier dans l'Isère, en France, avant de gagner Paris. Victor Teboul raconte cet épisode dans son roman La Lente découverte de l'étrangeté ainsi que dans d'autres textes, tel que «Le Départ d'Égypte» et «Alexandrie ma ville-mèreVictor Teboul, «Alexandrie ma ville-mère», dans Arabitudes, L'altérité arabe au Québec, Fides, 2010, - 155.».
À Paris, grâce à une bourse du gouvernement français, Victor Teboul fréquente l'école privée English School of Paris, située à Andrésy, dans l'arrondissement de Saint-Germain-en-Laye, avant de poursuivre ses études à l'École supérieure de journalisme.
Il immigre au Québec avec ses parents en 1963. Il s'inscrit à l'école de journalisme de Montréal, Studio 5316, dans laquelle enseignent notamment le journaliste Jean-Louis Gagnon et le professeur d'histoire de l'art et de littérature, Guy Boulizon, dont il suit les cours. Teboul est d'abord employé par l'Organisation sioniste canadienne et ensuite par situé à la Montée de liesse, à Montréal. Il évoque l'expérience vécue dans ses premiers emplois ainsi que ses tentatives de s'intégrer à la société francophone du Québec dans son roman Que Dieu vous garde de l'homme silencieux quand il se met soudain à parler.
À la fin des années 1960, Victor Teboul poursuit ses études à l'Université Sir George Williams (aujourd'hui Université Concordia) en suivant les cours notamment de Maïr Verthuy, Serge Losique, Léandre Bergeron et il s'intéresse de plus en plus à la littérature québécoise. Il obtient le diplôme de Bachelor of Arts (avec la mention Honours) en 1969. Il s'inscrit la même année à l'Université McGill et suit les cours notamment de Jean Ethier-Blais et de Marc Angenot. Il obtient la Maîtrise es arts en lettres françaises et québécoises en 1971. Il occupera les fonctions de chargé de cours au sein de cette université de 1971 à 1973. Durant l'été 1972, détenteur d'une bourse du gouvernement italien, il fera un stage en langue et culture italiennes à l'Université per Stranieri, à Perouse, en Italie. Il a été professeur invité au Collège universitaire de Hearst, affilié à l'Université Laurentienne, aux sessions d'été de 1974,1975 et 1976, où il a enseigné la littérature québécoise et les communications.
Récipiendaire d'une Bourse d'excellence du gouvernement du Québec et de la Faculté des études supérieures de l'Université de Montréal, il poursuit sa spécialisation en littérature québécoise dans cette université et soutient sa thèse de doctorat en 1981 sur le journal Le Jour de Jean-Charles Harvey. Le professeur et écrivain André Brochu, directeur de la thèse de Teboul, ainsi que les professeurs Réginald Hamel, Maurice Lemire et Laurent Mailhot formeront le jury de la soutenance.
De 1983 à 1987, il siège au Conseil supérieur de l'éducation et de 1987 à 1989 au Conseil de presse du Québec.
Docteur ès lettres de l'Université de Montréal, il a enseigné l'histoire à l'Université du Québec à Montréal dans les années 1990 et a été professeur de littérature au Collège Lionel-Groulx, à Sainte-Thérèse, de 1977 à 2007.
Il est le fondateur du webzine Tolerance.ca, qu'il dirige depuis 2002.
Engagement politique
Victor Teboul milite activement pour le Parti québécois, dès , année où le PQ se présente pour la première fois aux élections. Il travaille à la campagne du candidat Paul Unterberg, dans la circonscription de D'Arcy McGee. En 1979, le PQ ayant remporté les élections le , Teboul est invité à participer au Comité consultatif sur les anglophones et les Juifs. Formé par David Levine, alors conseiller du ministre Bernard Landry, le Comité est attaché au Bureau du Premier ministre du Québec et veillera à maintenir à 80 % les subventions gouvernementales accordées aux écoles juives. Évelyne Dumas, conseillère au Bureau du Premier ministre, ainsi que les politologues Édouard Cloutier, Daniel Latouche et Henry Milner notamment siègent au Comité«Mémoire» adressé au Conseil des ministres. Comité consultatif sur les anglophones et les Juifs. Sujet : Les écoles juives au Québec, daté Montréal, 9 avril 1979, 4 pages.. En 1980, Victor Teboul se joint aux écrivains pour le OUI lors de la campagne référendaire sur la souveraineté-association et explique le sens de son engagement dans Le Devoir.
Teboul s’opposera publiquement aux vues défendues par l’establishment de la communauté juive anglophone en ce qui touche la place des Juifs dans un Québec français. En , participant au premier congrès de l’Institut des études juives académiques et communautaires, qui a lieu à l’Université du Québec à Montréal, il est invité à commenter le sondage de la communauté juive dans laquelle l’auteur, le représentant de la Allied Jewish Community Services, George Kantrowitz, révélait que 50 % des étudiants juifs anglophones de niveau universitaire avaient l'intention de poursuivre leurs études hors du Québec, principalement à cause du climat politique. Dans son commentaire, Victor Teboul critique vigoureusement l’approche adoptée par la recherche. Selon le journaliste Laval Le Borgne, de La Presse, qui couvre le congrès de l’institut des études juives, Teboul charge l'enquête du professeur Kantrowitz. «Parlant la même langue que la majorité des Québécois, je suis plus sensible à ce qui se passe réellement. Je ne suis pas intéressé à savoir qui va partir; je veux plutôt savoir si le Québec va tenir compte de ma différence», déclare-t-il. «Le genre de questions posées (par M. Kantrowitz) est r é v é l a t e u r de la méfiance des Juifs anglophones à l'égard des Québécois qu'ils ne comprennent pas, qu'ils craignent. Je m'identifie plus au courant québécois et ressent moins d'appartenance à la communauté juive officielle», précise-t-il. Poussant plus loin son attaque contre ce que représente à ses yeux M. Kantrowitz et son enquête sociologique, M Téboul (sic) affirme qu'ils révèlent une attitude «de domination adoptée par des gens aisés de Côte-Saint-Luc, Hampstead et Côte-des-Neiges qui s'identifient culturellement à New York.
Lors des élections québécoises de 1994, il est le directeur des communications du Parti québécois dans le comté d'Outremont-Côte-des-Neiges, dans lequel le candidat Salomon Cohen défend les couleurs de cette formation. En 2013, il soutient le projet de Charte de la laïcité déposé à l'Assemblée nationale du Québec par le gouvernement de Pauline Marois.
Production littéraire et journalistique À la fin des années 1960 et au début des années 1970, Victor Teboul est journaliste-pigiste auprès du Nouveau Samedi, de La Patrie et de la revue L'Actualité dans laquelle il signe notamment un reportage sur la Juive québécoise. Il collabore aussi au magazine Perspectives en publiant des reportages sur les déserteurs de l'armée américaine fuyant la Guerre du Viêt Nam et établis à Montréal , ainsi que sur le plus jeune député siégeant à l'Assemblée nationale du Québec, Claude Charron.
Au début des années 1970, Victor Teboul collabore également au mensuel Nouveau Monde, premier magazine juif de langue française publié au Québec, dont il sera le rédacteur en chef en 1972, dernière année de parution de la revue. Sous sa direction plusieurs articles seront publiés sur l'émergence du nouveau nationalisme québécois, dont une entrevue inédite de Jacques Picotte avec le poète Gaston Miron.
Au printemps 1970, à l'occasion des élections du mois d'avril de cette année, dans un entretien demeuré inédit, il interviewe M. René Lévesque, chef du Parti québécois, dans le cadre d'une table ronde diffusée sur le circuit interne de l'Université Sir George Williams (aujourd'hui Université Concordia). En , alors que le Parti québécois, réélu en avril de la même année, forme la majorité à l'Assemblée nationale du Québec, Teboul fera une deuxième entrevue avec M. Lévesque au cours de laquelle il explorera avec le premier ministre les relations de son gouvernement avec la communauté juive du Québec. L'émission sera diffusée à la radio de Radio-Canada en . L'intégralité de l'entrevue est publiée dans l'essai René Lévesque et la communauté juive de Victor Teboul.
En 1977, il signe Mythe et images du Juif au Québec (de Lagrave), un essai qui provoqua un débat public en remettant en question la représentation des Juifs et d'Israël dans la littérature québécoise et les médias. À la suite des nombreux articles parus dans la presse québécoise sur cet essai, Victor Teboul accorda des entrevues au journaliste Léo Kalinda à l'émission «Au Vingt heures» et à l'animatrice Lisette Gervais à «La Vie quotidienne», deux émissions diffusées sur la première chaîne de la radio de Radio-Canada, de même qu'à l'émission «Parle, parle, jase, jase», animée par Réal Giguère à Télé-Métropole.
En 1979, il est le principal recherchiste de la série télévisée de 9 émissions sur la communauté juive diffusées dans le cadre du programme «Planète» de Radio-Québec, réalisée par Raoul Fox, et, en 1980, il participe activement à la conception et à la réalisation des émissions «En tant que Juifs», réalisées par Sandra Chitayat, du même programme «Planète» de Radio-Québec, émissions dont il est l'animateur et le recherchiste. Parmi les personnalités qui y seront interviewées figure la peintre montréalaise Sylvia Ary qui offrira un témoignage émouvant de son travail d'artiste.
De 1981 à 1986 , Teboul dirige la revue Jonathan, publication qu'il a fondée au sein du Comité Canada-Israël, dont il est le directeur. Jonathan, une publication mensuelle de langue française, était distribuée et vendue au Québec et à l'étranger. Elle visait à faire connaître le pluralisme de la communauté juive et de la société israélienne . Plusieurs écrivains et journalistes québécois y collaboreront, dont Marc Chabot, Claude Marcil, Andrée Poulin, Michel Morin, Jacques Renaud. Une délégation formée des collaborateurs de Jonathan fera une visite officielle en Israël à l'automne 1982 à l'invitation du ministère des Affaires étrangères d'Israël en collaboration avec le ministère des Relations internationales du Québec. En 1981, Victor Teboul produit, pour Radio-Canada, 14 émissions radiophoniques sur la communauté juive qu'il animera et qui seront diffusées sur la chaîne culturelle de la Société d'État en 1982. André-J. Bélanger, Maurice Elmaleh, Jack Kantrowitz, Michel Krauss, René Lévesque, Léah Roback, Denis Vaugeois figurent parmi les personnalités qui y sont interviewées. La série explore autant la place des socialistes juifs dans l'histoire du Québec que l'arrivée des Sépharades. L'historien René Durocher, co-auteur de L'histoire du Québec contemporain et André-J. Bélanger, auteur de L'Apolitisme des idéologies québécoises. Le grand tournant (1934 - 1936) se penchent en outre sur l'antisémitisme au Québec.