Mathieu-Prosper Morey est un architecte français né le (alors 6 nivôse an XIV) à Nancy (Meurthe-et-Moselle) et mort dans cette même ville le . Prix de Rome en 1831, il joue un rôle important pour la capitale de la Lorraine au en tant que principal artisan de sa modernisation. En effet, architecte de cette ville de 1850 à 1883, il y bâtit plusieurs grands édifices, aussi bien civils (Hôpital civil, marché couvert, Palais des Universités...) que religieux (églises Saint-Nicolas et Saint-Vincent-et-Saint-Fiacre, mais surtout basilique Saint-Epvre). Son œuvre s’étend cependant bien au-delà de ces quelques bâtiments emblématiques puisque Prosper Morey est également un érudit, spécialiste de l’architecture lorraine et membre de l'Académie de Stanislas.

Origines et formation

Début de vie vignette|Acte de naissance de Prosper Morey daté du 7 nivôse an XIV. Ville de Nancy, Archives municipales, 2 E 50.|gauche|250x250px Prosper Morey est né le 6 nivôse an XIV à Nancy rue de la Révolution (aujourd'hui rue des Quatre-Églises). Il est le fils de Jean François Morey, plâtrier, et de Reine Sauret. On ne connaît rien de son enfance ni de son adolescence. Son milieu social le prédestinant à une carrière d'artisan ou d'entrepreneur, peut-être a-t-il effectué un apprentissage dans un métier du bâtiment qui aurait révélé un talent de dessinateur. Il est également possible qu'il ait suivi les cours de dessin d’une école locale. Néanmoins son crayon devait être suffisamment prometteur pour qu’il envisage une carrière d’architecte et entreprenne de se former à Paris..

Il est important de rappeler que Prosper Morey a nécessairement préparé le concours d'entrée de l'École des Beaux-Arts. Une telle ambition, conjuguée à un certain effort financier, doit receler un talent sans doute précocement révélé, en plus d'un soutien de la part de sa famille. En effet, peu nombreux sont les élèves architectes de l'École des Beaux-Arts issus de l'artisanat provincial en ce XIX siècle commençantSes lettres à ses parents témoignent de son sentiment de n'être pas tout à fait à sa place dans l'atmosphère mondaine de l'Académie (voir Hubert Élie, op. cit. note 1, 1964, p. 20, 26). Fabienne Doulat le donne également comme exemple dans son article « Guillaume Abel Blouet, du village de Passy aux côtes de Morée, exemplarité ou exception du parcours intellectuel et artistique d'un enfant du peuple », Livraisons d'histoire de l'architecture, n°5, 1er trimestre 2003, p. 67-83 (en ligne : http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/lha_1627-4970_2003_num_5_1_932)..

École des Beaux-Arts

Admis le à l'École des Beaux-Arts, Prosper Morey suit notamment les cours de l'architecte Achille Leclère., dans l'atelier duquel il rencontre pour la première fois Eugène Viollet-le-Duc, qui y fait un bref passage.. On dispose de plusieurs dessins scolaires de MoreyLes collections de l'École nationale supérieure des Beaux-Arts mentionnent dans leur catalogue numérique 42 dessins de Prosper Morey, incluant les originaux des « envois de Rome » (voir https://catzarts.beauxartsparis.fr/fr/search?f=804085&p=1&o=799343)., ainsi que d'un carnet de croquis daté de 1829-1830., qui illustrent bien le style architectural, très classique, dont les élèves de l’École des Beaux-Arts sont invités à s'imprégner. Parmi les sujets imposés ou choisis par Morey, on peut notamment citer une maison de Baldassare Peruzzi, un château d'eau, un escalier, la Chapelle expiatoire ou encore les machines des Tuileries.

alt=|vignette|250x250px|Feuille de valeurs obtenues en deuxième classe par Prosper Morey, École des Beaux-Arts, 1827-1828.|gauche vignette|250x250px|Feuille de valeurs obtenues en première classe par Prosper Morey, École des Beaux-Arts, 1829-1931. Les archives de l'École des Beaux-Arts permettent de suivre la progression du jeune élève dans les différents exercices et concours annuels. Bon élève, il obtient en deuxième classe six premières mentions, une deuxième mention et trois troisièmes médailles en construction générale, construction en bois et construction en fers. Son application lui permet de passer en première classe le 12 décembre 1828, où il obtient sept médailles (trois médailles en esquisses, deux premières et deux secondes médailles en projets rendus) pour un total de dix-sept valeurs.

Le parcours scolaire de Prosper Morey à l'École des Beaux-Arts est exemplaire : il obtient en 1831 le Premier grand prix d'architecture (communément appelé Prix de Rome), distinction suprême dont la récompense est un séjour d'étude de quatre ans tous frais payés, à l'Académie de France à Rome. Le sujet imposé était « un établissement d'eaux thermales ». L'interprétation qu'il en propose se distingue par sa composition majestueuse et un goût antique déjà marquéClaire Haquet, op. cit. note 2, juin 2013, ..

Académie de France à Rome Lauréat du Grand Prix de Rome, Prosper Morey séjourne à la Villa Médicis entre et , dirigée durant cette période par Horace Vernet puis Ingres. Il a notamment pour compagnons de travail Léon Vaudoyer, Victor Baltard ainsi qu'Hector Berlioz, tandis qu'il fait aussi la rencontre de Gottfried Semper, venu en Italie étudier l'architecture antique, lors d'un voyage en bateau vers Messine en 1832.

À Rome, Morey remplit scrupuleusement ses devoirs, et même au-delà, ce qui lui vaut les compliments réguliers de l'Académie des beaux-arts, juge des envois annuels des élèvesJean-Michel Leniaud (dir.), Procès-verbaux de l'Académie des Beaux-arts, t. V, 1830-1834, Paris, Droz, 2004, 452 p., p. 386, 396 ; t. VI, 1835-1839, Paris, Droz, 2003, 591 p., p. 390, 401, 432-433, 441-442.. Ces derniers constituent les devoirs des pensionnaires de la Villa Médicis. Terminés début janvier, ils sont brièvement exposés à Rome avant de prendre le bateau en direction de Paris où l'Académie des beaux-arts les juge. Les délais postaux et de jury font que l'appréciation ne parvient souvent aux élèves qu'en novembre ou décembre, soit quelques semaines avant de rendre une phase plus aboutie de leurs travaux. Ci-après sont listés les envois de Prosper Morey (l'année entre parenthèses correspond à celle de l'envoi, la majeure partie du travail ayant donc été effectuée l'année précédente) :

Envoi de première année (1833) : Temple de Mars Vengeur (pour ses travaux sur cet édifice, Morey a sollicité des autorités romaines l'autorisation de procéder à des fouilles archéologiques), et projet de restauration du Forum d'Auguste ; Envoi de deuxième année (1834) : Étude de détails pour le Panthéon d'Agrippa, le Forum triangulaire de Pompéi et le temple de la Paix de Paestum ; Envoi de troisième année (1835) : Temple de Vesta (Tivoli), celui d'Hercule à Cora (Cori) et surtout le parallèle des arcs de triomphe de Titus, Septime Sévère et Constantin ; Envoi de quatrième année (1836) : Projet de restauration du Forum de Trajan ; Envoi de cinquième année (1837) : Projet de Panthéon. vignette|227x227px|Aquarelle d'une vue du Forum de Trajan, peinte par Prosper Morey pour son quatrième Envoi de Rome entre 1830 et 1840. Parmi ses envois, son travail de quatrième année sur le Forum Trajan reste l’un de ses projets les plus ambitieux. La surface traitée est considérable puisqu’elle s’étend sur une aire de 300 mètres par 180 mètres. En 1835, Prosper Morey rend un total de 14 dessins portant sur l’ornementation et des propositions de restauration des principaux monuments. Son travail s’inscrit dans les premières représentations des vestiges depuis le début de leurs fouilles, ordonnées par Napoléon en 1811. Le premier en date à consacrer ses envois sur le forum est Jean-Baptiste Lesueur en 1824. Ces deux envois permettent une comparaison et la correction de certaines erreurs commises par Lesueur ou par Morey. En effet, l’architecte nancéien restitue deux absides à la Basilique Ulpia ce que Lesueur avait omis. En revanche, l'élève dessine toutes les entrées de manière identique tandis que Lesueur, à raison, attribue quatre colonnes seulement aux entrées centrales. Les envois de Morey du Forum Trajan suscitent des réactions diverses. D'une part, ce travail remarquable a les honneurs de la collection des atlas des restaurations de monuments antiques. D'autre part, un certain nombre de critiques sont émises par Étienne-Jean Delécluze dans le Journal des Débats. L’architecte s’en plaint alors au neveu du journaliste : Eugène Viollet-le-Duc.

Malgré cette œuvre remarquée, les travaux de Prosper Morey ne brillent pas particulièrement par leur originalité mais sont très appréciés des juges. En tous points, il se montre un pensionnaire modèle et zélé, effectuant parfois plus de dessins que le nombre demandéClaire Haquet, op. cit. note 2, juin 2013, .. Ainsi reproduit-il certains croquis esquissés par ses confrères tels que Alphonse Goujon, la copie étant l'un des vecteurs principaux de l'apprentissage du métier d'architecte. Afin de compléter leur formation, les élèves de l'Académie de France à Rome sont encouragés à participer à des fouilles archéologiques voire à les diriger. Cela appuie les hypothèses de restauration qu'ils proposent au cours de leur cursus. Prosper Morey participe à des fouilles archéologiques au temple de Mars Vengeur sous la direction de l'archéologue de l'Académie, Antonio Nibby.

Séjours à l'étranger vignette|« Pompeie. Exèdre sur la voie des tombeaux », dessin de Prosper Morey, vers 1832-1837.|250x250px La carrière de Prosper Morey est ponctuée de plusieurs voyages hors de France. Le premier, bien sûr, est celui de Rome, où il achève sa formation académique. Cependant, sa présence à la Villa Médicis lui permet également d'effectuer plusieurs séjours en dehors de la Ville éternelle, au cours desquels il prend l’habitude, à l’instar de la plupart des architectes pensionnaires, de dessiner les monuments qu’il visite. Ces croquis, qui consistent en des relevés de plans, de coupes, d’élévations ou de vues pittoresques, sont rassemblés dans des albums et forment un corpus de références que l’architecte a pu consulter tout au long de sa carrière.

Le portefeuille de Morey fut légué à la Bibliothèque municipale de Nancy après sa mort en 1886. Il regroupe dix-neuf albums contenant des dessins préparatoires aux envois de Rome ainsi que ceux réalisés lors des différents séjours de l’architecte dans les environs de Rome, dans le reste de la péninsule italique et en OrientClaire Haquet indique dans son article « Les jeunes années d'un architecte : Prosper Morey, 1827-1850 » que les archives de la Bibliothèque-Médiathèque de Nancy conserve une donation, non datée, sur papier libre, de « dix-neuf recueils contenant 790 dessins d'architecture » et mentionnant par ailleurs un autre ensemble remis à l'École des Beaux-Arts de Nancy (voir Bibliothèque-Médiathèque de Nancy, archives historiques, C1 a10). Elle dit également avoir vu dans le fonds ancien de la bibliothèque de cette dernière institution quelques ouvrages portant l'ex-libris de Morey.. Cependant, outre ceux concernant Athènes, une très petite quantité de dessins effectués en Orient est conservée, alors que Morey s’y était rendu de mai à . Il est donc probable que certains croquis aient disparu ou qu’ils soient conservés ailleurs..

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