Le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) est le service de police municipale de l'île de Montréal. Il possède un quartier général, des centres opérationnels et des postes de quartier pour assurer l'ordre public, contrer la criminalité et se rapprocher de la population.
Histoire
Sources coloniales et modernes du SPVM En consultant l'histoire de la police à Montréal telle que narrée sur le site même du SPVM, on constate que le point de départ communément admis pour les opérations de maintien de l'ordre sur le territoire de la ville de Montréal est le , date à laquelle Paul Chomedey de Maisonneuve met en place, dans le cadre de la colonisation et de l'évangélisation de la Nouvelle-France, une milice de 120 hommes pour protéger la colonie française de Ville-Marie.. vignette|Paul Chomedey de Maisonneuve aurait fondé, le , la première milice européenne pour garantir la sécurité de la colonie de Ville-Marie.
Le site précise la mission plus militaire que policière de cette première milice :
« Davantage occupée à surveiller l’ennemi qui menace les paysans dispersés sur leurs terres à l’extérieur des murs de Ville-Marie, la centaine de volontaires n’a pas pour responsabilité première de réprimer le crime ni de faire respecter les édits royaux. »
Outre le fait qu'elles ne permettent pas de se faire une représentation précise du maintien de l'ordre au sein de la colonie de Ville-Marie, ces remarques doivent également servir à rappeler l'origine coloniale aussi bien que moderne (postérieure au ) du concept même de police en territoire montréalais.
En effet, Montréal est dans un premier temps une colonie qui tente d'imposer militairement sa présence sur un territoire précédemment occupé par les populations autochtones, et notamment la nation Mohawk. Il faut donc se souvenir que l'histoire de la police à Montréal, souvent écrite par des Européens ou des descendants d'Européens, cherche ses sources dans les premières heures de la colonie de Ville-Marie. Ni le concept de police, ni même celui d'une justice fondée sur la punition ou la répression violente ne sauraient décrire les systèmes légaux mohawks, historiquement fondés sur la notion de justice réparatrice....
D'autre part, au sein même de l'histoire de la culture européenne et occidentale, le concept de police en tant que corps étatique chargé du maintien de l'ordre est une invention moderne qui n'émerge qu'à la fin du en Europe et dans la culture occidentale dans son ensemble. Montréal et l'histoire de sa police s'inscrivent dans cette histoire plus générale.
Le Service du guet (1818-1838) En fait, comme le résume Émilie Girard, l'instauration d'une police municipale à proprement parler à Montréal est une importation anglaise qui ne remonte qu'à 1865.. "Avant cette date" explique Émilie Girard, "la justice est appliquée par des juges de paix et des connétables, de simples citoyens. Si ceux-ci sont incapables de faire face à la situation, c’est la garnison qui est appelée en renfort."
En outre, le , l'Acte qui pourvoit plus efficacement à la Sûreté des Cités de Québec et de Montréal par l’établissement d’un Guet mène à la mise en place d'un système de maintien de l'ordre nommé le "Service du guet" :
"Il est constitué de 1 chef, de 1 chef adjoint et de 24 hommes de patrouille. Pour être embauché, il faut avoir de bonnes mœurs, être en bonne santé, bilingue et recommandé. Les guetteurs font des rondes de surveillance entre 19 heures et 5 heures du matin avec pour seule arme un bâton de cinq pieds! Ils sont également munis d’une crécelle (finalement remplacée par un sifflet) pour alerter leurs collègues et dissuader les malfaiteurs."
Cette crécelle sert aussi à "marquer le temps", et est à l'origine du surnom de ces guetteurs : "Toutes les demi-heures, les guetteurs la font tourner, puis crient, lorsqu’il n’y a rien à signaler, « All is well! ». C’est ainsi qu’ils gagnent leur surnom de « bazouelles »."
Également chargés d'allumer les lanternes dans les rues., ces guetteurs œuvraient la nuit, tandis que c'étaient des gendarmes (constables, ou connétables) qui étaient censés assurer la sécurité pendant le jour.
Sous-financement du Service du guet et création de la police à la suite de la rébellion du Bas-Canada (guerre des Patriotes) (1838-1865)
Vers 1837-1838, les activités du Service de guet prennent fin pour deux raisons coïncidentes. D'une part, le Service souffre d'un manque de financement ; de l'autre, il se voit remplacer par un corps de police mis en place par Lord Durham. Dans le but de réprimer la rébellion des Patriotes, Durham met en place "un corps de policiers salariés et à plein temps placé sous l'autorité directe d'un surintendant de police à Québec et à Montréal"., que les Canadiens appelleront, par dérision, la "police de Durham". vignette|Lord Durham crée la police de Montréal dans le but de réprimer la rébellion des Patriotes de 1837.
Émilie Girard résume la nature et les tâches de ce corps de police à ses origines, puis son évolution en organisme proprement montréalais dans le courant des années 1840 :
"Mise en service en 1838, cette police est composée, à Montréal, de 4 officiers, 6 sergents, 6 caporaux, 4 cavaliers et 102 constables sous la direction de Pierre-E. Leclère. Elle a pour but de mater les rassemblements contestataires et d’apaiser les troubles patriotes. Elle surveille autant dans la ville que dans les campagnes avoisinantes. Lors de la seconde incorporation de la Cité au début des années 1840, la police de Durham est cédée à la Ville et le gouverneur nomme un commissaire de police du Bas-Canada à Montréal : Alex Comeau. Ce dernier a 60 hommes sous sa direction : 3 capitaines, 3 lieutenants (qui sont responsables chacun de 1 poste de police), 3 gardiens de prison, 2 policiers à cheval, 3 chargés des « services secrets » (les enquêtes) et 46 constables."
Le , le service de police est baptisé « Département de la police de Montréal »..
et Vers le début du , le corps de police de Montréal compte 467 constables, inspecteurs et chefs de service. Le corps se subdivise, des escouades de la moralité et des départements locaux sont créés.
Le nombre des effectifs de la police reste à peu près le même depuis le début du siècle jusqu’à 1930, quand on engage du personnel en grand nombre dans le cadre de la crise économique de 1929. En effet, à la suite de la crise, des dizaines de milliers d’ouvriers perdent leur travail et on note une hausse de la criminalité. Vers la fin des années 1930, le service de police compte environ .
À la suite des progrès des analyses scientifiques, on crée, en 1957, le Laboratoire mobile. Il évolue et se transforme dans les années 1980 pour devenir la section technique.
Plusieurs policiers de Montréal sont morts dans l’exercice de leur fonction et leur mémoire est conservée par le Musée de la police de Montréal..
Actuellement, l’effectif de la police de Montréal est d’environ et plus de civils...
En , le SPVM informe les médias qu'il a lancé une enquête en pour découvrir la personne qui . Quelques jours plus tard, le présumé informateur, un ex-policier du SPVM, s'est suicidé.
En 2014, l'Autorité héraldique du Canada concède des armoiries au Service de police de la Ville de Montréal.. Sur ces dernières figure la devise de l'organisation : « Respect • Intégrité • Engagement ».
En , le Service de police de la Ville de Montréal entreprend une grande réforme en matière d'interpellation, prenant ainsi en compte les revendications exprimées lors des manifestations internationales qui ont suivi la mort de George Floyd à Minneapolis.
Critiques, affaires et débats
Débats sur les pratiques d'interpellations et sur la discrimination raciale Il est soutenu, notamment grâce aux travaux statistiques et historiques de l'autrice et activiste Robyn Maynard, que les forces de police au Canada sont les héritières du système colonialiste européen, fondé entre autres sur le remplacement des populations autochtones du Canada et sur l'esclavagisation des Noirs, selon une idéologie assumée d'inégalité des races, les manifestations contemporaines de ce legs historique autour de la question de la discrimination raciale continuent de faire débat, sans produire de consensus jusqu'à présent.
En 2004, la cinéaste Michka Saäl réalise par exemple un documentaire intitulé Zéro tolérance, qui suggère, que des pratiques de discrimination raciale ont cours au SPVM.. Cette situation est alors déjà ancienne, puisque, dans le film, l'une des personnes interviewées n'est autre qu'Édouard Anglade, auteur de l'ouvrage Nom de code, Mao: parcours du premier policier haïtien à Montréal, qui témoigne des différents actes de discrimination dont il a été témoin et victime en tant que membre noir du SPVM dans les années 1970.
La situation perdure pendant des années : le , dans un article du journal La Presse, le commandant d'origine haïtienne Patrice Vilcéus signale qu'au SPVM, « le racisme et le profilage racial qui existent encore, tant à l’intérieur de ses murs, que lors de certaines intervention ».. Un article publié dans le journal Métro le de la même année se fait le porte-voix d'un groupe de policiers noirs membres du SPVM qui se placent en opposition avec l'opinion de la Fraternité des policiers, selon laquelle il n'y aurait pas de problèmes de racisme au SPVM..
En , un rapport remis au SPVM intitulé Les interpellations policières à la lumière des identités racisées des personnes interpellées a établi que des disparités systémiques étaient observables dans la pratique des interpellations au SPVM..
À la de ce rapport, les auteurs reconnaissent ne pas pouvoir produire de statistique exacte ni d'opinion parfaitement éclairée sur la question de la discrimination raciale, en raison de l'absence de collecte de statistiques policières précises à ce sujet. Dans un souci d'objectivité, le même rapport dresse d'ailleurs l'historique détaillé des réponses du SPVM aux tentatives d'établir scientifiquement des données précises concernant la discrimination au regard de la difficile représentativité des échantillons employés par les chercheurs pour tenter de cerner avec justesse les phénomènes de racisme.
En revanche, et suivantes, le rapport se prononce clairement en faveur du constat selon lequel "les membres des groupes racisés ont tendance à être plus fréquemment l'objet d'interpellations multiples", tandis que "les personnes autochtones font l'objet d'interventions policières à répétition et à une fréquence démesurée"..
Le , le site du SPVM présente une nouvelle "politique sur les interpellations policières", reconnaissant ainsi "la problématique sociétale que représente le racisme systémique ainsi que l’existence de disparités dans les interpellations policières causées par des biais systémiques", et visant à établir "qu’une interpellation doit être basée sur des faits observables et sans motifs discriminatoires, c’est-à-dire sans égard à l’identité ethnoculturelle réelle ou perçue, la religion, le genre, l’identité, l’orientation sexuelle ou le statut socioéconomique".. Selon Sylvain Caron, le directeur du SPVM, il s'agirait d'une première au Québec.
Affaire Camara