vignette|La cathédrale de Tampere, qui représente le style nationalisme romantique.
Le nationalisme romantique (ou romantisme national, nationalisme organique, ou encore nationalisme identitaire) est un mouvement idéologique et culturel ayant parcouru l'Europe de la fin du au début du . Le nationalisme romantique est pour une large part l'ancêtre du nationalisme contemporain, en particulier en considérant que la légitimité politique de l'État est une conséquence organique de l'unité de ceux qu'il gouverne. Cette unité est supposée reposer sur la langue, l'ethnie, la culture, la religion et les coutumes nationales qui forment un socle culturel commun. Cette forme de nationalisme crût en réaction aux grands empires gouvernés par des monarques de droit divin dont les pouvoirs s'étendaient sur des vastes étendues culturellement hétérogènes (Autriche-Hongrie ou Russie par exemple).
Un des aspects principaux du nationalisme romantique — et un de ses legs les plus durables — a été son impact sur la production artistique, littéraire et philosophique, dans le prolongement des idées des Lumières. Dans le domaine littéraire, le développement des langues nationales a un été un élément central, de même que la valorisation et la défense des folklores, à travers les valeurs spirituelles, les coutumes et les traditions locales. Aujourd'hui encore, des œuvres picturales et littéraires directement issues du nationalisme romantique sont des œuvres phares dans leurs pays : les peintures d'Akseli Gallen-Kallela en Finlande ou les écrits d'Adam Mickiewicz en Pologne en sont des exemples.
Ce mouvement a accompagné la transformation de la carte de l'Europe, voire y a contribué, en favorisant l'auto-détermination des nations contre les pouvoirs hégémoniques. De nombreuses nations actuelles trouvent en effet les origines idéologiques de leur autonomie dans le nationalisme romantique du , telle que par exemple la Finlande, les pays baltes ou la République tchèque. Cette liste ne saurait être exhaustive tant le nationalisme romantique a pu avoir un impact étendu. Les révolutions de 1848 notamment, connues sous le nom de "Printemps des peuples" y sont intimement liées.
Quelques repères historiques La culture populaire à l'honneur En dehors de la philosophie des lumières, le européen voit éclore une littérature qui se veut basée sur des textes populaires, tutoyant la littérature classique et haussant les peuples au rang d'héritiers de dignes traditions culturelles, ce qui s'avérera comme un pas vers une légitimité d'existence politique.
En 1763, la publication par James Macpherson des œuvres du barde écossais Ossian suscite un grand enthousiasme : cette poésie galloise, supposée ancestrale, sera brandie comme une œuvre équivalente à celles d'Homère ou Virgile, et autres grands classiques de la littérature antique. Bien qu'en 1817 une commission d'experts universitaires conclut que ce texte n'a rien d'authentique, ce texte est parfois toujours considéré comme prouvant la grandeur des traditions populaires galloises. Il est alors présenté en opposition à la culture antique, panache des cours royales d'Europe, souvent inspirées par la cour de France. Ce texte n'est que la première invention de poésies traditionnelles : beaucoup d'autres suivent en Europe centrale, chez les peuples de langues germanes, slaves, etc., tous accueillis dans l'enthousiasme (littéraire et européen) général, et dans le même esprit d'opposition au classicisme, opposition parfois comprise comme un symbole d'une opposition entre le peuple et la noblesse, la royauté. Ces textes sont, pour beaucoup, dévoilés par la suite comme étant des faux ou des textes épars, parfois inspirés de chants glanés dans les campagnes, utilisés et modifiés pour écrire une trame complète ; mais cela sans entamer l'élan créé : ces supposés passés populaires glorieux et enfin reconnus contribuent à légitimer l'existence de peuples, et l'occasion est alors saisie pour fixer les langues vernaculaires, voire en unifier certaines sous prétexte de retrouver la langue originelle communeChapitre 2 de la première partie de La création des identités nationales, par Anne-Marie Thiesse, aux Éditions du Seuil, 1999-2001 (seconde édition), pour la seconde édition.Chapitre III de Nations et nationalismes en Europe centrale, , par Bernard Michel, Aubier éditeur, 1995, ..
Dans toute l'Europe littéraire voient le jour des théories sur les peuples et de leur continuité dans le temps. Un des plus notables théoriciens étant Johann Gottfried Herder, synthétisant les idées neuves de son époque telles que : la lutte contre le monolithisme culturel et le despotisme politique, les aspirations au bonheur et à la liberté, le rejet des séparations entre les ordres sociaux, l'élan vers le progrès et la redécouverte de la nature et des traditionsChapitre 1 de la première partie de La création des identités nationales, par Anne-Marie Thiesse, aux Éditions du Seuil, 1999-2001 (seconde édition), pour la seconde édition.. Les frères Grimm se sont inspirés des écrits de Herder pour créer un recueil idéalisé de contes qu'ils ont présentés comme « authentiquement allemands ». Le concept d'un patrimoine culturel hérité d'une origine commune est rapidement devenu central dans une question divisant le courant de pensée du nationalisme romantique : les membres d'une nation sont-ils unis par une origine génétique, c'est-à-dire une « race », communes (d'où le concept de droit du sang), ou par le simple fait de prendre part à la nature organique de la « culture nationale » (position de rattachant à l'idée de droit du sol) ? Cette question se place au cœur de divergences qui font rage jusqu'à aujourd'hui.
Le nationalisme romantique forme un élément essentiel de la philosophie de Hegel, qui soutenait qu'il existe un « esprit du temps » (Zeitgeist) qui habitait un peuple particulier à un moment particulier, et que quand ce peuple devenait un acteur de l'Histoire, c'était simplement parce que son moment culturel et politique était advenu. Hegel, un luthérien, affirmait que la part prise par les peuples germanophones dans le mouvement de la Réforme indiquait que son moment historique avait vu le Zeitgeist s'établir chez ceux-ci.
En Europe continentale, les romantiques ont adhéré à la Révolution française à ses débuts, et se sont retrouvés à combattre la contre-Révolution dans le système d'Empire transnational de Napoléon. Le sens de l'auto-détermination et de la conscience nationale qui avait permis aux forces révolutionnaires de défaire les régimes aristocratiques est devenu un point de ralliement dans la résistance à l'Empire français. En Prusse, le développement d'un renouveau spirituel comme un moyen d'engager une lutte contre Napoléon fut avancé par, entre autres, Johann Gottlieb Fichte, un disciple de Kant. Le mot Volkstum, signifiant culture nationale, fut forgé en Allemagne en écho à cette résistance contre l'hégémonie française.
Fichte exprima l'unité de la langue et de la nation dans sa treizième missive « à la nation allemande » en 1806 :
Nationalisme et révolution
En Grèce, les vues romantiques d'une connexion avec la Grèce classiqueVoir Philhellénisme. ont nourri la guerre d'indépendance grecque au cours de laquelle mourut Lord Byron. En 1829, l'opéra de Rossini Guillaume Tell marque les débuts de l'opéra Romantique, utilisant le mythe nationaliste fondateur de l'unité suisse, tandis qu'à Bruxelles une émeute après la représentation de l'opéra d'Auber la Muette de Portici, racontant une bluette sur fond d'oppression étrangère, a été l'étincelle qui déclencha la révolution belge, la première révolution réussie sur le modèle du nationalisme romantique. Les chœurs dans les opéras de Verdi reflétant l'âme des peuples opprimés ont inspiré deux générations de patriotes en Italie, surtout l'air de Va pensiero dans Nabucco en 1842. Sous l'influence du nationalisme romantique, parmi les forces économiques et politiques, l'Allemagne et l'Italie trouvèrent leur unité politique, et des mouvements pour créer de façon similaire des nations fondées sur le groupe ethnique ont fleuri dans les Balkans (voir par exemple le plébiscite de Carinthie en 1920), sur le pourtour de la mer Baltique, et en Europe centrale où le résultat ultime fut que les Habsbourgs succombèrent au déferlement des nationalismes romantiques. Avant cela, ce fut un fort élément de nationalisme romantique mêlé à du rationalisme des Lumières, dans une rhétorique utilisée dans les colonies anglaises d'Amérique du Nord pour la déclaration d'indépendance et la constitution des États-Unis de 1787, aussi bien que comme rhétorique lors de la vague de révoltes, inspirées par le nouveau sens des identités localisées, qui libéra les colonies de la tutelle espagnole, les unes après les autres, à partir de 1811.
La culture folklorique et le langage vignette|Le progrès américain par John Gast (vers 1872) célèbre le romantisme américain sous la forme de l'expansion vers l'ouest — une idée reconnue comme une destinée manifeste.
Le nationalisme romantique a inspiré les processus où les épopées populaires, les légendes rabâchées et même les contes de fées, publiés dans les dialectes locaux, furent associés avec une syntaxe moderne pour créer une version rénovée d'une langue. Des patriotes purent alors apprendre ces langues et élever leurs enfants dans cette culture, forgeant alors en partie le programme d'établissement d'une identité distincte. Le « landsmål » qui est le fondement du norvégien moderne est la première langue à suivre ce processus, rejointe par la suite par des langues comme le tchèque, le slovaque, le finnois, puis plus tard l'hébreu, langues autour desquelles un nationalisme put se constituer. La Katharevousa fut créée au début du ; c'est un dialecte grec artificiel utilisant délibérément des termes archaïsants dérivés du grec ancien utilisé comme racine culturelle commune pour unifier la nouvelle nation grecque. La Katharevousa excluait tout vocabulaire non-grec venant de l'italien et du turc ; le nationalisme romantique est par essence exclusif. Au cet aspect aura des conséquences dramatiques.
Les processus linguistiques du nationalisme romantique exigeaient des modèles culturels linguistiques. L'historiographie romantique était centrée sur les biographies et produisait des figures culturelles héroïques. L'italien moderne des patriotes du Risorgimento comme Alessandro Manzoni se basa sur les dialectes toscans sanctifiés par Dante et Pétrarque. En anglais Shakespeare devint une icône sans toutefois que sa langue ne devienne un modèle linguistique moderne : c'était plutôt une personnalité anglaise qui avait constitué un ensemble complet, artistiquement inattaquable, dont l'excellence surpassait tout.