Spincourt est une commune du département de la Meuse, dans la région Grand Est, en France.

Ses habitants sont appelés les Spincourtois ou Spinosiens.

Géographie

Situation La commune est située dans la plaine de la Woëvre (se prononce ouavre), sur des sols argileux, localement humide et boisée, sensibles aux phénomène de retrait-gonflement des argiles.

Ce secteur est dominé à l’ouest par un plateau calcaire dit « Hauts-de-Meuse ».

Communes limitrophes

Hydrographie Réseau hydrographique La commune est dans le bassin versant de la Meuse au sein du bassin Rhin-Meuse. Elle est drainée par l'Othain, le ruisseau de Lamampre, le ruisseau du Moulin, le ruisseau du Vieux Moulin, le ruisseau du Puget, la Fosse des Tranchées, le ruisseau du Ruche, le ruisseau de Woecourt et le ruisseau du Moulin..

L'Othain, d'une longueur de , prend sa source dans la commune de Gondrecourt-Aix et se jette dans la Chiers à Montmédy, après avoir traversé . Les caractéristiques hydrologiques de l'Othain sont données par la station hydrologique située sur la commune. Le débit moyen mensuel est de Les moyennes interannuelles (écoulements mensuels) ont été calculées le 03/03/2024 à 12:02 TU à partir des 56 QmM (débits moyens mensuels) les plus valides du 01/04/2002 au 01/11/2006.. Le débit moyen journalier maximum est de , atteint lors de la crue du . Le débit instantané maximal est quant à lui de , atteint le ..

vignette|centre|redresse=1.2|alt=Carte en couleur présentant le réseau hydrographique de la commune|Réseau hydrographique de SpincourtLes ruisseaux intermittents sont représentés en traits pointillés..

Gestion et qualité des eaux Le territoire communal est couvert par le schéma d'aménagement et de gestion des eaux (SAGE) « Bassin ferrifère ». Ce document de planification concerne le périmètre des anciennes galeries des mines de fer, des aquifères et des bassins versants hydrographiques associés qui s’étend sur . Les bassins versants concernés sont celui de la Chiers en amont de la confluence avec l'Othain, et ses affluents (la Crusnes, la Pienne, l'Othain), celui de l'Orne et ses affluents et celui de la Fensch, le Veymerange, la Kiesel et les parties françaises du bassin versant de l'Alzette et de ses affluents (Kaylbach, ruisseau de Volmerange). Il a été approuvé le . La structure porteuse de l'élaboration et de la mise en œuvre est la région Grand Est..

La qualité des cours d’eau peut être consultée sur un site géré par les agences de l’eau et l’Agence française pour la biodiversité..

Climat

Plusieurs études ont été menées afin de caractériser les types climatiques auxquels est exposé le territoire national. Les zonages obtenus diffèrent selon les méthodes utilisées, la nature et le nombre des paramètres pris en compte, le maillage territorial des données et la période de référence. En 2010, le climat de la commune était ainsi de type climat des marges montagnardes, selon une étude du Centre national de la recherche scientifique (CNRS) s'appuyant sur une méthode combinant données climatiques et facteurs de milieu (topographie, occupation des sols) et des données couvrant la période 1971-2000.. En 2020, le climat prédominant est classé Cfb, selon la classification de Köppen-Geiger, pour la période 1988-2017, à savoir un climat tempéré à été frais sans saison sèche.. Par ailleurs Météo-France publie en 2020 une nouvelle typologie des climats de la France métropolitaine dans laquelle la commune est dans une zone de transition entre le climat océanique altéré et le climat océanique altéré. et est dans la région climatique Lorraine, plateau de Langres, Morvan, caractérisée par un hiver rude (), des vents modérés et des brouillards fréquents en automne et hiver.. Elle est en outre dans la zone H1b au titre de la réglementation environnementale 2020 des constructions neuves..

Pour la période 1971-2000, la température annuelle moyenne est de , avec une amplitude thermique annuelle de . Le cumul annuel moyen de précipitations est de , avec de précipitations en janvier et en juillet. Pour la période 1991-2020, la température moyenne annuelle observée sur la station météorologique de Météo-France la plus proche, sur la commune de Rouvres-en-Woëvre à à vol d'oiseau., est de et le cumul annuel moyen de précipitations est de ... . Urbanisme Typologie Au , Spincourt est catégorisée commune rurale à habitat dispersé, selon la nouvelle grille communale de densité à sept niveaux définie par l'Insee en 2022.. Elle est située hors unité urbaine et hors attraction des villes...

Occupation des sols L'occupation des sols de la commune, telle qu'elle ressort de la base de données européenne d’occupation biophysique des sols Corine Land Cover (CLC), est marquée par l'importance des territoires agricoles (90,3 % en 2018), en diminution par rapport à 1990 (91,9 %). La répartition détaillée en 2018 est la suivante : terres arables (66,7 %), prairies (22,5 %), forêts (7,1 %), zones urbanisées (2,5 %), zones agricoles hétérogènes (1,1 %).. L'évolution de l’occupation des sols de la commune et de ses infrastructures peut être observée sur les différentes représentations cartographiques du territoire : la carte de Cassini (), la carte d'état-major (1820-1866) et les cartes ou photos aériennes de l'IGN pour la période actuelle (1950 à aujourd'hui).. vignette|redresse=1.4|centre|alt=Carte en couleurs présentant l'occupation des sols.|Carte des infrastructures et de l'occupation des sols de la commune en 2018 (CLC).

Toponymie Supincurt (1183) ; Sibiencort () ; Sepiencort (1252) ; Sepiencourt (1267) ; Sepincourt (1267) ; Sibeycourt (1593) ; Sbincourt (1642) ; Sebincour (1656) ; Sbinicuria (1738) ; Sebincourt (1745) ; Spinicuria (1749) ; Sapiencourt (1756).

Histoire vignette|gauche|Ruines, de Haucourt lors de la Première Guerre mondiale. Spincourt faisait partie avant 1790 du Barrois non mouvant, et était chef-lieu de marquisat. Le marquisat de Spincourt fut érigé par lettres patentes du .

Première Guerre mondiale Cette région est ensuite surtout connue des historiens comme particulièrement meurtrie par la « Grande guerre » qui dès ses débuts (les 20 et ) a vu de violents combats se dérouler sur la commune (le , le village était en partie incendié par des soldats allemands). Le , le tonnerre des canons marque le début de la bataille de Verdun. Situé sur le secteur de Verdun, le village perdu par les troupes françaises le et repris le disparaîtra totalement sous l'acharnement des pilonnages des obus français et allemands. À partir de ce moment, durant toute la guerre, la commune est contrôlée par l'armée allemande qui établira notamment un dépôt de munitions à un demi-kilomètre de la ferme de Rampont à Muzeray, dépôt qui à partir de 1917 abritera une grande quantité d'obus chimiques à croix bleu, plus efficaces que la première génération d'obus chimiques à laquelle les alliés avaient trouvé des parades relativement efficace (masques à gaz). Ces nouveaux obus, enrichis de composés arséniés provoquaient de violentes séries d'éternuements et/ou des vomissements forçant les soldats à soulever leur masque et à inhaler des gaz de combat qui leur brulaient les yeux, la peau et les poumons.

C'est un peu au sud de Spincourt, que l’armée allemande est pour la première fois arrêtée, les 24 et 25 aout 1914, permettant aux français de la armée de franchir la Meuse pour s’installer à l’est de Verdun sur les Hauts-de-Meuse pour notamment défendre Douaumont, Vaux et ThiaumontNouvel Obs, Un siècle après la Grande Guerre, les munitions polluent toujours nos sols, par Daniel Hubé du BRGM, mis en ligne le 11 novembre 2020.

Après-guerre Juste après l'armistice, ce secteur fait partie de la zone rouge (théoriquement interdite à toute forme d'agriculture) puis elle est en partie réenforestée lors de la reconstruction.

Alors que le village entame sa reconstruction, à la suite d'une décision des armées alliées (datée du ), une partie du foncier de la commune et des communes voisines est réquisitionnée par l'autorité militaire pour y rapidement établir un dépôt de munitions récupérées dans le cadre des opérations de nettoyage et de désobusage des champs de bataille. Il s'agit principalement de Munitions non explosée ou n'ayant pas été utilisées durant le conflit (« obus toxiques » notamment). Le premier dépôt est installé autour de la ferme de Rampont. Mi-, cet énorme dépôt contenait déjà 1 200 000 obus selon le ministère des Régions libérées, et il avait déjà subi plusieurs incidents (feux, explosions). Un mois plus tard (), le stock contenait environ 1 000 000 obus asphyxiants et 300 000 obus normaux.

Un centre de démantèlement de munitions (avec récupération lorsque possible des nitrates des douilles, des métaux ou d'autres composants d'intérêt pour l'industrie) est alors mis en place. Cette petite usine a traité plusieurs dizaines de milliers d'obus chimiques, d'abord avec des prisonniers de guerre allemands encadrés par des militaires français ou alliésLes Explosifs enfouis ou immergés, 27 juillet 2019.

Un marché civil est signé par le sous-secrétariat aux finances le avec la société Clere, Schwander et Cie, qui s'inscrira dans le cadre d’un dispositif administratif contractuel lancé en 1920 pour accélérer et industrialiser le désobusage (alors que les prisonniers de guerre sont rentrés en Allemagne et que la démobilisation des soldats de l'artillerie s'achève). La société, gérée par deux ingénieurs de Paris (Messieurs Clere et Schwander) est bientôt rebaptisée Société anonyme de destruction de munitions. Ses travaux de démantèlement des obus (visant aussi la récupération des métaux et d'autres matière (nitrates...) ou gaz d'intérêt économique) doivent se faire dans le respect d'un cahier des charges imposés par l’État français, et sous le contrôle du Préfet de la Meuse (P. Emery). La population s'oppose au projet d’usines de démantèlement (par une pétition datée du ). Mais une usine est néanmoins construite à Muzeray (zone aujourd’hui cultivée ou occupée par des prairies), et des ateliers de démantèlement sont installés sur le site de l’ancien champ d’explosion de Noire Fontaine, à Vaudoncourt (zone aujourd’hui réenforesté).

En avril 1922, 1 500 000 obus chimiques sont présents sur le site de la Gélinerie (canton de Damville), le dernier apport étant le contenu (obus antérieurement stockés à Baroncourt) de 400 wagons environ arrivés dans une gare située au nord-est de Spincourt. Des pétardages se font près de la ferme d'Harauville, à l'ouest de Nouillonpont, alors que les obus à gaz sont emportés par une compagnie de 308 prisonniers de guerre basée à Spincourt pour être mis en dépôt sur le site de Rampont. Ces obus viennent pour certains de Belgique, des Ardennes et même de la Somme (selon un article du journal l'Eclair de l'EstArticle du journal l'Eclair de l'Est; archives départementales de la Meuse Cote 10 R 82.

Le Général Regnier, commandant d'artillerie du VI corps d’armée et de la région militaire, est responsable du désobusage de la région de Verdun, qui se fait notamment par le Service de récupération des munitions (S.R.Mu). Un courrier signé de lui () transmet une note au S.R.Mu ordonnant que les munitions françaises -en assez bon état pour être transportées et être réutilisables- soient envoyées au Camp de Chalons (depuis renommé camp de Mourmelon, dans le département de la Marne), et à Jaulny-Déramée (forts du Rozelier et de Jaulny sur l’actuel terrain militaire du Rozelier, au sud-est de Verdun). La note précise que les engins chimiques doivent eux, être envoyés sur le seul site « de la ferme de la Gélinerie », à la lisière ouest de la forêt de Spincourt, sur la commune d’Azannes-et-Soumazannes. Selon une autre note (du ), 28 000 obus chimiques sont présents sur le site de la Gélinerie. Là, les obus étaient stockés entre deux voies ferrées, sur un terrain de 200 mètres de long, répartis en neuf îlots qui ont pu contenir (ensemble) de 300 000 à 400 000 munitions.