vignette|Dans l'école, peinture de Jean Geoffroy, vers 1900. Cet article traite de l'histoire des femmes dans l'enseignement public français à partir de la Deuxième République. Au et au début du , elle est fortement liée à l'histoire de l'éducation des filles en France — et plus généralement à l'histoire de l'éducation en France —, le système scolaire français étant alors globalement non-mixte en termes de sexe des élèves et les enseignants des classes devant être du même sexe que leurs élèves.
Progressivement, au cours du , naissent les écoles publiques pour filles, aux niveaux d'enseignement primaire et secondaire. L'évolution de la formation des enseignantes va de pair avec l'évolution de l'enseignement pour les filles. Ainsi, à partir de 1879, chaque département doit avoir une école normale primaire de filles en vue de former les futures institutrices. En ce qui concerne les élèves, après des débats concernant la co-éducation (en termes de sexe) à la fin du et au début du , un changement important intervient dans les années 1970 quand la mixité scolaire en termes de sexe devient la règle à tous les niveaux scolaires.
Émancipation des femmes dans le système éducatif français Des années de débat La Deuxième République (1848-1852) Durant la Seconde République, Alfred de Falloux fait voter le , une loi qui impose une école de filles dans chaque commune de plus de 800 habitants. Elle autorise les institutrices congrégationnistes à enseigner avec une simple lettre d'obédience alors que les institutrices laïques doivent être munies d'un certificat de capacité.
Le Second Empire (1852-1870) Pendant le second empire Second Empire, Victor Duruy avec la loi du , favorise l'accès à l'enseignement primaire des filles en obligeant les communes de plus de 500 habitants à créer une école de filles. Il met en place des Cours secondaires de jeunes filles. Quelques mois avant le début de la guerre franco-allemande de 1870, Jules Ferry, alors député républicain, déclare lors d'une conférence : En 1870 pendant le siège de Paris ; les maires de Paris, François Arago puis Jules Ferry réunissent une commission mixte de l'enseignement. Cette commission examine entre autres les questions de gratuité, et les réformes à apporter à l’enseignement primaire et secondaire des filles et des garçons. À cette commission siègent les deux premières femmes bachelières de France, Julie-Victoire Daubié et Emma Chenu. Les travaux de cette commission ont été publiés sous le titre : Rapport présenté au nom de la commission des dames : suivi d'un appendice par Fanny Ch. DelonClarisse Coignet, Rapport présenté au nom de la commission des dames : suivi d'un appendice par Fanny Ch. Delon, éd. Impr. administrative de Paul Dupont, Paris, 1871 en 1871.
La Commune de Paris (1871) Durant les deux mois qu'a duré la Commune de Paris, des institutrices réunissent à leur tour une commission de l'enseignement et en réclament une nouvelle pédagogie pour les enfants des classes populaires et proposent un enseignement laïc permettant de chasser les congrégationistes, ceci en mettant en avant les devises de la République.
La Troisième République (1870-1940)
En 1873, l'adjoint au maire délégué à l'Instruction publique nomme Jeanne Desparmet-Ruello, jusque-là enseignante dans le cours privée de sa sœur Julie Ruello, directrice de l'École supérieure de jeunes filles de Bordeaux. Elle reste huit ans à la tête de cet établissement, le premier établissement de ce type en France.
Sous la Troisième République, Léon Richer organise le premier Congrès international des femmes à Paris en 1878 ; quelques mois après ce congrès, Jules Grévy succède à Mac-Mahon à la présidence du pays et entraîne le grand changement. Les républicains entrant au pouvoir votent les libertés publiques et s’engagent dans une politique anticléricale.
La loi dite loi Paul Bert votée le , oblige les départements à disposer d'une école normale primaire de filles pour former les élèves-institutrices.
Le , le ministre de l'Instruction publique Jules Ferry, républicain athée et franc-maçon issu d'une riche famille de libres penseurs de Saint-Dié, prend deux décrets par lesquels il ordonne aux Jésuites de quitter l'enseignement dans les trois mois et, de même, ordonne aux enseignants des congrégations catholiques de se mettre en règle avec la loi ou de quitter l'enseignement.
Jules Ferry, ministre de l'Instruction publique en 1879 et président du Conseil l’année suivante, engage la bataille contre les congréganistes pour sortir les jeunes filles de l’emprise de l'Église.
En 1881, il nomme Jeanne Desparmet-Ruello directrice du premier lycée de jeunes filles de France, à Montpellier. Un an plus tard, n'ayant plus la confiance du conseil municipal et faisant face à une diminution des effectifs parmi ses élèves, Jeanne Desparmet-Ruello quitte Montpellier pour Lyon, où elle prend la direction d'un nouveau lycée de jeunes filles. En 1902, près de dix-huit ans après que Jeanne Desparmet-Ruello a commencé à alerter quant au fait qu'il fallait agrandir les locaux, un nouveau lycée, plus grand, ouvre : le lycée Edgar-Quinet (aujourd'hui le lycée Édouard-Herriot).
Si ce n'est qu'en 1861 que la première femme, Julie-Victoire Daubié, est admise à l'université en France, l’accès des femmes aux études universitaires en France s'élargit à partir de 1880, et avant 1914 la proportion de femmes parmi les étudiants se rapproche des 10 %Natalia Tikhonov Sigrist, « Les femmes et l’université en France, 1860-1914 », Histoire de l’éducation [En ligne], 122 | 2009, mis en ligne le 01 janvier 2014, consulté le 29 août 2023. URL : http://journals.openedition.org/histoire-education/1940 ; DOI : https://doi.org/10.4000/histoire-education.1940. Les universités françaises à connaître une forte affluence d’étudiantes avant 1914 sont celles de Paris, Montpellier, Nancy et Grenoble. Avant la Grande Guerre, la France est le deuxième pays au monde pour le nombre d’étudiantes, devancée seulement par la Suisse, qui pratiqua la mixité universitaire dès 1867, et où les femmes représentaient près de 25 % des inscriptions dès le début du .
Les années 1960-1970
La Première Guerre mondiale met fin au conflit religieux et à la lutte laïque des institutrices françaises. Après avoir remplacé les hommes pendant la durée de la guerre, elles obtiennent en 1919 le même salaire que les instituteurs ; mais il faudra attendre les années 1960 pour que leur combat-phare, la mixité scolaire, soit gagné dans la législation.
L’émancipation des femmes dans le système éducatif français s’élargit à l’aube des années 1960 ; en effet 30 % des étudiants en droit et en science sont des femmes ; un quart étudie la médecine ; 50 % des étudiants en pharmacie sont des étudiantes. Le taux de féminisation dans des disciplines féminisées atteint de fortes proportions dans les disciplines habituellement masculines.
La crise de mai 68, qui traduit pour une part le décalage entre le système d’enseignement supérieur et les aspirations des étudiants, entraîne une réforme de l’université, introduite par la loi Faure, qui tente de promouvoir les principes d’autonomie et de participation. De plus, en 1975, la loi Haby institue pour les élèves un tronc commun de formation de l’école primaire jusqu’à la sortie du collège. L’accès d’un plus grand nombre d’élèves au baccalauréat entraîne aussi une progression croissante des effectifs de l’enseignement supérieur.
Des bancs de l’école aux pupitres de classe Le projet républicain : Les réformes de 1881 1882 Au , l’idée de séparer l’éducation des filles de celle des garçons et de leur proposer un enseignement différent est abordée dans une abondante littérature pédagogique.
Sous la Révolution française, Condorcet défend déjà une éducation commune aux deux sexes. La séparation dans l’éducation pose des questions morales et religieuses qui ne permettent pas d’arracher les jeunes filles à l’influence de l’Église. Mais pendant les années 1880, les républicains instaurent un enseignement laïque et public ; l'instruction devient obligatoire de 6 à 13 ans et l'école publique est gratuite. Ces mesures viennent en réaction aux excès de la loi Falloux, votée sous la République, qui accordait aux congrégations religieuses une liberté totale d'enseignement.
Des mesures législatives sont prises pour ne pas placer les femmes sur un pied d'égalité avec les hommes. Les grandes réformes de 1881 transforment l’école normale, et c’est sous l’impulsion de Jules Ferry qu’on assiste à une accélération des réformes en France. Le décret du 29 juillet 1881 appliqué par la circulaire Jules Ferry du 18 octobre, évoque l’organisation des écoles normales, ainsi que les arrêtés du 3 août concernant entre autres le programme d’études, les matières enseignées, l’emploi du temps. Les décrets relatifs à la gestion administrative et comptable des établissements semblent être la clé de voûte de la politique scolaire du gouvernement républicain.
Le théologien Félix Pécaut écrit Études au jour sur l’éducation nationale le ; Jules Ferry nomme cet ancien pasteur comme inspecteur général de Fontenay-aux-Roses en 1880. Lorsque sont entreprises les réformes de 1881, son avis est prépondérant car cet homme a su pointer du doigt les problèmes de l’enseignement primaire : sa médiocrité ainsi que l’insuffisance des formations pédagogiques. C’est ce qui constitue donc la réforme de 1881, en France mais surtout en Allemagne. Ces réformes de 1881 sont donc la base du projet républicain.
La loi du sur la gratuité de l’école libère celles-ci de la pression des Conseils généraux et soulage les bourses départementales ; de plus, cela donne plus d’autonomie aux recteurs qui contrôlent désormais les établissements de l’État, président à la commission de surveillance et font les budgets. Ils disposent de moyens d’actions importants sur les professeurs et peuvent limiter les abus de pouvoir des directeurs.
C’est en 1882 qu’est créé un concours spécial d’aptitude à l’enseignement secondaire dans les lycées et collèges de jeunes filles ; il donne droit au titre de chargé de cours dans les lycées et de professeur dans les collèges.
Ce sont les futurs maîtres qui ont le plus gagné de ces réformes ; en effet cela leur a permis une réelle reconnaissance de leur statut et dans leur travail, de plus, ils bénéficient d’une liberté plus importante (sur recommandations de Félix Pécaut). L’essentiel de la réforme est de pouvoir former des professeurs pour les qualités intellectuelles. Ce projet républicain marque la capacité à transmettre ses connaissances, faire réfléchir et réfléchir par soi-même, maîtriser la langue française ; il est aussi empreint d’une évolution de la pensée pédagogique. Les réformes institutionnelles de 1881 permettent d’élaborer un congrès des directeurs et professeurs des écoles normales en .
L’obtention du diplôme, les études Pour que les femmes puissent accéder au titre de professeur de lycée, elles doivent obtenir une agrégation (arrêté du ), mais il existe un décalage avec le professorat des lycées de garçons. En effet, les hommes doivent obtenir le baccalauréat et la licence, comme ce fut institué dans l’université napoléonienne (au cours du Premier Empire). Les femmes doivent se présenter aux examens sans avoir eu les cours correspondants avant que toutes les facultés ne leur soient ouvertes. De plus, les hommes acquièrent le titre de professeur même s’ils ne sont pas agrégés ; les femmes, quant à elles-mêmes munies d’une licence ou du certificat d’aptitude, sont cantonnées au titre de « maîtresses » et cette appellation les rapproche des enseignantes et du personnel de surveillance.
Le pouvoir politique et l’administration n’envisagent pas d’établir une préparation au baccalauréat dans les lycées de filles, de même elles n’envisagent pas de rendre toutes les agrégations déjà existantes accessibles aux femmes.