Labbaye Saint-Martin de Mondaye est un monastère de l'ordre des Prémontrés, qui se dresse sur le territoire de la commune française de Juaye-Mondaye dans le département du Calvados, en région Normandie. Fondée en 1200, elle est la seule abbaye canoniale de l'ordre des Prémontrés encore en activité en Normandie, et comprend près de quarante frères, de toutes les générations, répartis entre Mondaye et ses deux prieurés, à Conques et Sarrance.

Localisation L'abbaye est située dans la campagne du Bessin, à neuf kilomètres au sud de Bayeux, sur la commune de Juaye-Mondaye dans le département français du Calvados.

Historique La fondation au gauche|vignette|L'abbaye, au cœur du bocage normand. Au milieu du , le prêtre Turstin se retire dans une colline du bocage normand pour y vivre en ermite et se voit vite rejoint par des disciples. En 1200, Turstin meurt et l'évêque de Bayeux donne à la petite communauté la règle de saint Augustin tandis que Raoul de Percy, son beau-frère, leur cède le terrain où ils vivent.

Moyen Âge L'abbaye, sous la protection de l'abbaye de La Lucerne, se voit agrégée à l'ordre de Saint-Norbert en 1210. Elle reçoit les dons généreux des familles de Vassy, de Percy., ainsi que de nombreux petits seigneurs et agriculteurs aisés.

À la fin du , une église et un bâtiment conventuel sont construits pour remplacer l'ermitage.

En 1343, les dons à l'abbaye sont compromis par la guerre de Cent Ans et les rivalités entre seigneurs dont les uns sont fidèles au roi de France et les autres au roi d'Angleterre. En 1347, la peste noire réduit d'un tiers la population, les terres de l'abbaye sont sans culture et le Bessin est ravagé par des bandes armées. L'abbaye est ravagée par Richard, comte d'Arundel, en 1389.

Mondaye redevient florissante sous l'abbatiat de Jean Feray (1512-1557). Les frères fréquentent l'université de Caen et comptent parmi eux plusieurs docteurs en théologie.

Cependant, les guerres de Religion stoppent cet élan. L'abbaye est incendiée, dispersée, et l'abbé Julien Guichard tué par les huguenots le . Après le concile de Trente (1545-1563), le calme revient et l'église est restaurée grâce au soutien d'Anne de Médavy.

En 1631, un abbé commendataire, qui tiendra l'abbaye pendant : Claude Philippe Le Clerc du Tremblay (-1704), est nommé par le roi. La réforme de Lorraine, révisant la règle de Saint-Norbert en la rendant plus stricte et conforme aux origines, est adoptée à l'abbaye de Mondaye en 1655. Le choix du prieur par le chapitre de la congrégation évite en partie les inconvénients de la commende.

vignette|Un bâtiment conventuel. Sous l'égide de trois abbés réguliers nommés par et et dirigeant l'abbaye entre 1704 et 1763, une reconstruction totale est menée, dans l'élan du nouveau style classique. Le besoin de grandeur prévaut alors en France et le classicisme répond à cette exigence. L'architecte de la reconstruction est Eustache Restout, lui-même prieur et sous-prieur de Mondaye, oncle du peintre Jean Restout. On refait l'église, le bâtiment conventuel, le pavillon d'entrée et la ferme où une trentaine de personnes travaillent. L'austérité est néanmoins conservée, les cellules sont petites et les rares cheminées se trouvent chez le prieur, au chauffoir et à l'infirmerie. De 1706 à 1743, E. Restout supervise les travaux. Ses dernières années sont consacrées à la décoration de l'église.

En 1763, l'abbaye retombe sous le régime de la commende et les constructions cessent. À la Révolution, l'ordre de Prémontré est dépouillé de ses biens et les dix-sept religieux de Mondaye se dispersent ou sont emprisonnés. L'un d'eux, le père Paynel, curé de Juaye, prête le serment constitutionnel puis abandonne la prêtrise en devenant maire. Il se réconciliera néanmoins avec l’Église puisqu'il sauve l'abbatiale de la destruction et abrite chez lui jusqu'à neuf prêtres réfractaires à la Constitution civile du clergéAbbaye de Mondaye, François Petit, CRDP Rouen, 1979..

La tourmente révolutionnaire passée, le P. Goujon, après avoir été prieur clandestin, rassemble les paroisses de Juaye, Couvert et Bernières-le-Bocage. C'est à cette époque que naît la commune de Juaye-Mondaye.

De 1806 à 1812, les bâtiments conventuels abritent un collège. En 1815, les trappistines de Valenton s'installent à Mondaye mais la quittent en 1854, l'entretien des bâtiments étant trop onéreux pour elles.

L'abbaye se trouve à nouveau occupée par l'ordre des Prémontrés le , lorsque l'évêque de Bayeux en remet solennellement les clefs à des chanoines venus de l'abbaye de Grimbergen, en Belgique. La communauté prend un essor important et multiplie les missions paroissiales, les actions de prêches et de retraites. Elle reprend également la construction des ailes nord et sud des bâtiments, en respectant le style classique.

Une nouvelle crise survient quand les autorités de la république veulent réduire l'influence des religieux sur la société. En 1880, l'abbé Joseph Willekens est expulsé comme étranger et les chanoines, d'abord dispersés, se regroupent au château de Cottun, non loin de l'abbaye.

Après un retour à l'abbaye en 1894, les membres de la communauté en sont expulsés en 1902 et partent en exil. Ils s'installent à Bois-Seigneur-Isaac, dans le Brabant wallon, en Belgique.

En 1921, les religieux sont autorisés à regagner l'abbaye et de nouveaux novices se présentent.

En , le débarquement allié fait subir à l'abbaye plusieurs jours de bombardement. Malgré de complètes restaurations, les murs de l'abbaye sont encore marqués des combats qui se déroulèrent aux alentours. Des travaux de réfection d'une partie de l'église ayant particulièrement souffert ont commencé en 2007.

Le chapitre général de Wilten, en 1968-1970, s'efforce d'accorder les constitutions de l'ordre et les directives du concile . À partir de cette époque, les échanges d'information, la participation du monde laïc augmentent. La place du travail augmente aussi avec la taille de la ferme. L'abbaye est classée au titre des monuments historiques en 1947 et 1999..

L'ancienne ferme de l'abbaye, vendue séparément à la Révolution, a été rachetée par le monastère en 2007 en partie grâce à trois mille donateurs"http://www.mondaye.com/fr/soutenir-labbaye/un-projet-pour-la-ferme" Site de l'abbaye.. Une première tranche de restauration de celle-ci s'est achevée en , recréant notamment la perspective d'entrée entre la poterne, ancienne entrée principale, et l'abbatiale.

De nos jours

Comme l'ensemble des chanoines réguliers, les chanoines de Mondaye mènent une vie communautaire tout en exerçant diverses missions pastorales à l'extérieur de l'abbaye. Ils assurent notamment des fonctions de curés ou de vicaires dans plusieurs paroisses, ainsi que des missions d'aumônerie auprès d'hôpitaux, de prisons, de mouvements scouts et d'organisations de jeunesse.

L'accueil des retraitants et des visiteurs occupe aujourd'hui une place importante dans l'activité de l'abbaye. La communauté dispose d'infrastructures permettant d'accueillir des groupes et des particuliers en nombre. Une partie des bâtiments, dont la bibliothèque, est ouverte à la visite.

D'importants travaux de restauration ont permis la rénovation complète de l'abbatiale ainsi que des bâtiments de la ferme. Ces interventions ont contribué à restituer l'unité architecturale de l'ensemble abbatial et à mettre en valeur le patrimoine de l'abbaye de Mondaye.

Protection Au titre des monuments historiques : l'abbaye, à l'exception des parties classées est inscrite par arrêté du ; l'église Saint-Martin est classée par arrêté du ; les bâtiments conventuels constituant l'aile est de l'abbaye sont classes par arrêté du ; le pavillon d'entrée et les deux ailes qui le flanquent sont classés par arrêté du ; l'aile sud de l'abbaye est classée par arrêté du ; l'enclos de l'abbaye : les murs d'enceinte et l'assiette du sol qu'ils délimitent ; les façades et toitures de l'ancienne grange aux dîmes et de la grange attenante sont inscrits par arrêté du .

Armes de l'abbaye D'azur, à une marmite d'argentAlfred Canel, Armorial de la province des villes de Normandie, Rouen: A. Péron, 1849..

Liste des abbés de Mondaye

Description L'abbaye est dans sa plus grande partie de style classique, cependant une chapelle de l'église est baroque. Le principal architecte est Eustache Restout, un frère de Mondaye.

L'église vignette|L'abbatiale vue de nuit. Elle a été entièrement conçue par Eustache Restout. L'artiste est l'auteur des peintures et du dessin des boiseries du chœur.

D'une longueur de soixante mètres, l'édifice présente un portail aveugle, la place étant laissée à l'orgue. La nef a cinq travées, de gros piliers soutenant des arcs en plein cintre. Le côté sud est illuminé par deux fois plus d'ouverture que le côté nord. L'autel est au centre et les bras de transept sont grands, selon la tradition prémontrée. Au-dessus de l'autel, la coupole est une copie de celle de la chapelle du château de Sceaux, peinte par Charles Le Brun. La chapelle de Sceaux ayant disparu, il ne reste que cette copie à admirer.

L'orgue L'orgue de Mondaye, bel exemple de l'art au temps de , est du facteur lorrain Claude Parisot. Le buffet de l'orgue a été sculpté par l'artiste flamand Melchior Verly. Réalisé en 1741, l'instrument a été restauré en 1965 et en 2004 par les facteurs d'orgues Jean-Baptiste Boisseau et Jean-Marie Gaborit. Fait de vingt-sept jeux, il est régulièrement utilisé pour des concerts. vignette|La bibliothèque.

Le bâtiment conventuel Le cloître, commencé au par l'aile est et une partie de l'aile sud, fut continué et vitré au mais reste inachevé. Il ne donne donc pas cette impression bien connue de jardin fermé. L'escalier menant à la bibliothèque et aux cellules a des rampes en fer forgé.

La salle des pas-perdus comporte un autoportrait d'Eustache Restout.

La bibliothèque Elle contient environ dont quelques-uns du Charles-Henri d'Andigné, Anniversaire, sous le signe de saint Augustin, Famille chrétienne du 19 au 25 juin 2021, ..

Prieurés dépendant de Saint-Martin de Mondaye Prieuré Sainte-Foy de Conques, commune de Conques, département de l'Aveyron, et au diocèse de Rodez depuis 1873. Prieuré Notre-Dame de Sarrance, à Sarrance, diocèse de Bayonne.

Notes et références Notes

Références

Voir aussi

Bibliographie sélective M. Degroult, Mondaye en Normandie, Juaye-Mondaye 1959. Tristan Jeanne-Valès, Mondaye, Photographies Noir et Blanc, , Juaye-Mondaye 1982. Godefroid Madelaine, Essai historique sur l'abbaye de Mondaye, Caen 1874. Jean Pelcoq L'abbaye de Mondaye, Juaye-Mondaye 1938.

Liens externes

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