Les élections provinciales de 2004 sont un scrutin territorial qui a eu lieu en Nouvelle-Calédonie le dimanche . Elles ont eu pour but d'élire les assemblées des trois provinces de la Nouvelle-Calédonie (Sud, Nord et Îles Loyauté) qui servent ensuite à former le Congrès de la Nouvelle-Calédonie.

Organisation du scrutin L'élection se fait au suffrage universel parmi les citoyens néocalédoniens, le corps électoral étant alors composé de toutes les personnes nées sur le Territoire et y résidant ou bien pouvant justifier de 10 ans de résidence continue en Nouvelle-Calédonie à la date du scrutin (la question du corps électoral n'ayant été tranchée constitutionnellement par le Parlement français réuni en Congrès qu'en février 2007, la solution adoptée alors était encore celle du corps électoral glissant sur la base des 10 ans de résidence, par défaut). Il y avait alors inscrits, soit dans le Sud, dans le Nord et dans les Îles Loyauté « Publication des résultats de l'élection des membres du Congrès et des Assemblées de Province du 9 mai 2004 », Journal officiel de la Nouvelle-Calédonie, 12/05/2004.

Le scrutin se déroulait à la proportionnelle plurinominale dans chaque province, chaque liste devant dépasser la barre des 5 % des inscrits pour obtenir au moins 1 élu. Ensuite, proportionnellement au score, un certain nombre d'élus de chaque listes sont choisis pour former le Congrès, l'institution délibérative et législative locale.

Le nombre de sièges à pourvoir est : Assemblée de la Province Sud : 40 dont 32 siègent également au Congrès ; Assemblée de la Province Nord : 22 dont 15 au Congrès ; Assemblée de la Province des Îles Loyauté : 14 dont 7 au Congrès.

Assemblées sortantes À la veille du scrutin, les différentes assemblées locale étaient ainsi constituées :

Le Congrès +Président : Simon Loueckhote Parti Tendance Sièges % Changementdepuis 1999 RPCR Anti-indépendantiste 20 37 -4 FLNKS (UNI) Indépendantiste 11 20,4 -7 Union calédonienne Indépendantiste 7 13 +7 FCCI Indépendantiste 4 7,4 0 Front national Anti-indépendantiste 4 7,4 0 Dissidents RPCR Anti-indépendantiste 4 7,4 +4 Alliance Anti-indépendantiste 3 5,6 0 LKS Indépendantiste 1 1,9 0 Total 54 100 0 Anti-indépendantistes 31 57,4 0 Indépendantistes 23 42,6 0

La province Sud +Président : Jacques Lafleur Parti Tendance Sièges % Changementdepuis 1999 RPCR Anti-indépendantiste 21 52,5 -4 Front national Anti-indépendantiste 5 12,5 0 Alliance Anti-indépendantiste 4 10 0 Dissidents RPCR Anti-indépendantiste 4 10 +4 FLNKS (UNI) Indépendantiste 3 7,5 -3 Union calédonienne Indépendantiste 3 7,5 +3 Total 40 100 0 Anti-indépendantistes 34 85 0 Indépendantistes 6 15 0

La province Nord +Président : Paul Néaoutyine Parti Tendance Sièges % Changementdepuis 1999 Palika Indépendantiste 8 36,4 0 Union calédonienne Indépendantiste 6 27,3 0 RPCR Anti-indépendantiste 4 18,15 0 FCCI Indépendantiste 4 18,15 0 Total 22 100 0 Indépendantistes 18 81,8 0 Anti-indépendantistes 4 18,2 0

La province des îles Loyauté +Président : Robert Xowie Parti Tendance Sièges % Changementdepuis 1999 FLNKS (UC) Indépendantiste 6 42,85 0 Nouveau défi pour les Îles :RPCRLKSFCCI CoalitionAnti-indépendantisteIndépendantisteIndépendantiste 6222 42,8514,314,314,3 0 Palika Indépendantiste 2 14,3 0 Total 14 100 0 Indépendantistes 12 85,7 0 Anti-indépendantistes 2 14,3 0

Enjeux Il s'agissait alors du second scrutin et du premier renouvellement des exécutifs locaux depuis la mise en place des nouvelles institutions nées des Accords de Nouméa de 1998. Il s'agissait donc, à 10 ans de l'ouverture de la période pendant laquelle le référendum d'autodétermination sur l'avenir institutionnel de l'archipel (qui doit se tenir entre 2014 et 2019), de jauger une nouvelle fois le rapport de force entre indépendantistes et les non-indépendantistes.

Mais pour la première fois réellement ce simple clivage n'est plus le seul élément à entrer en compte, avec notamment le développement de listes dites « accordistes » appelant à mettre de côté pour l'instant la question de l'avenir institutionnel pour se concentrer sur la mise en application pleine et entière des Accords, mais aussi par la division nette de chaque camp traditionnel en deux forces principales opposées tant sur la gestion locale que sur l'approche des Accords de Nouméa.

Dans le camp loyaliste tout d'abord, pour la première fois depuis 1977 la domination du RPCR de Jacques Lafleur (devenu récemment le Rassemblement-UMP à la suite de la dissolution du RPR auquel il était rattaché dans l'UMP) est véritablement menacée avec l'apparition d'une nouvelle force politique alors représentée par deux listes, une dans le Sud et l'autre dans le Nord. Cette formation, baptisée alors Avenir ensemble, est la réunion de plusieurs anti-indépendantistes dissidents du RPCR depuis plus ou moins longtemps (Didier Leroux depuis 1995, Harold Martin ou Marie-Noëlle Thémereau depuis 2001, Philippe Gomès depuis le début de l'année 2004), de personnalités depuis toujours opposées au parti de Jacques Lafleur (Jean-Pierre Aïfa, Bernard Marant, tous deux anti-indépendantistes, mais aussi l'indépendantiste issue du LKS Christiane Gambey) ou encore d'individus venus de la société civile. Ces listes font alors figure de « coalition anti-Lafleur », dénonçant ainsi la gestion du RPCR aussi bien dans la Province Sud que dans l'ensemble du Territoire dominé politique par ce mouvement depuis 1989. Ce mouvement dénonce l'autoritarisme de Jacques Lafleur et appellent à une gestion transparente et à plus de collégialité tout en défendant une application des Accords de Nouméa plus au pied de la lettre.

Le camp indépendantiste part lui aussi divisé. Si le FLNKS s'était déjà divisé en deux listes distinctes (FLNKS menée par l'Union calédonienne et UNI emmenée par le Palika) en 1999 dans deux des trois provinces (le Nord et les Îles), la fracture entre les deux principales composantes du front indépendantiste (le Palika et l'UC) semble alors plus grande. En effet, la rupture a été consommée en 2001 lors de l'arrivée à la tête de l'Union calédonienne de Pascal Naouna, très critique envers la direction du FLNKS (alors présidé par Rock Wamytan) et le chef du Palika Paul Néaoutyine. Depuis cette date, les deux formations n'ont pas réussi à se mettre d'accord sur le nom d'un président unitaire pour le FLNKS qui ne dispose plus que d'un bureau politique chargé d'expédier les affaires courantes, et l'UC a appelé à l'abstention aux élections législatives de 2002 alors que le Palika avait présenté des candidats dans les deux circonscriptions. Finalement, pour les élections de 2004 les deux camps opposés du FLNKS partent divisés dans chaque province avec d'un côté l'UNI qui réunit autour du Palika les deux plus petites composantes du front, à savoir le mouvement modéré de l'Union progressiste en Mélanésie (UPM) et le parti des wallisiens indépendantistes du Rassemblement démocratique océanien (RDO), et de l'autre l'UC seule. Comme pour la division au sein de la famille loyaliste, l'opposition se fait ici à la fois sur le plan de la gestion provinciale (l'Union calédonienne dénonçant une forme d'autoritarisme de la part de la majorité sortante UNI de Paul Néaoutyine dans le Nord, et inversement le Palika critiquant la situation financière alors critique des Îles Loyauté gérées par une présidence UC), mais aussi sur la question institutionnelle et de l'attitude à adopter vis-à-vis des Accords de Nouméa. L'UC continue sur le fond à constituer l'aile la plus modérée de l'indépendantisme néocalédonien pour ce qui est de l'avenir institutionnel, parlant désormais d'« indépendance association » sur le modèle du Commonwealth britannique tandis que le Palika défend toujours une idée proche de l'Indépendantisme kanak socialiste (IKS) des années 1980. Mais sur le plan de l'attitude à mener dans le cadre des négociations pour les transferts de compétence, dans le cadre des comités des signataires (État, forces anti-indépendantistes, forces indépendantistes) réunis régulièrement, la position est inversée : en effet, l'Union calédonienne incarne alors la position la plus ferme et la plus radicale, demandant une application au pied de la lettre des Accords de Nouméa et des transferts de compétence plus rapides dans une logique de confrontation avec les anti-indépendantistes ou l'État (ayant décidé notamment de boycotter le Comité des signataires de 2003 ainsi que les cérémonies officielles de la visite du président de la République Jacques Chirac la même année, alors que le Palika y avaient assisté). Le Palika et ses alliés de l'UNI a au contraire adopté une attitude d'apaisement et de négociation permanente avec les loyalistes.

À cette confrontation au sein du FLNKS s'ajoute une véritable multiplication de formations indépendantistes dissidentes de celui-ci : aux deux plus anciennes (la FCCI, très modérée et alliée au Rassemblement-UMP dans une coalition pour former la majorité au Congrès et au sein du gouvernement local, et d'un autre côté le LKS de Nidoïsh Naisseline surtout implanté aux Îles Loyauté et qui semble alors proche à la veille du scrutin de l'Avenir ensemble) s'ajoutent désormais plusieurs autres listes. C'est le cas notamment dans le Sud, ou parmi les 14 listes en présence, six sont nettement indépendantistes et trois se réclament du FLNKS dont, outre celles des deux composantes du front citées ci-dessus, celle de Rock Wamytan, l'ancien président du FLNKS et de l'Union calédonienne mais mis en marge des instances dirigeantes de ces deux formations depuis 2001, qui présente une liste intitulée FLNKS sans en avoir le soutien officiel dans le Sud. On peut citer également dans le sud une liste d'union entre les membres du Comité Rhéébù Nùù, association formée par des coutumiers du Grand Sud pour protester contre l'installation de l'Usine de Goro, et les Verts locaux, emmenés par Raphaël Mapou. Dans les îles également, une partie de mécontents issus de la majorité sortante UC ont formé une liste dissidente baptisée UC Renouveau et emmenée par Jacques Lalié. Enfin, citons le petit Mouvement chiraquien des démocrates-chrétiens (MCDC) de Gabriel Païta et Marcko Waheo, présent à travers des listes dans les trois provinces, qui, tout en se réclamant de Jacques Chirac et de l'UMP, milite pour l'indépendance et a adopté une attitude radicale pour ce qui est de la question foncière.

Ces élections sont donc dominées par deux enjeux majeurs : la question assez traditionnelle de l'avenir institutionnel mais aussi, plus que lors des précédents scrutins, celle de la gestion de la Nouvelle-Calédonie.

La campagne Les listes candidates devaient être déposées au service des élections et de la réglementation de la direction de réglementation et de l'administration du Haut-commissariat de la République en Nouvelle-Calédonie entre le 12 et le « Provinciales : candidatures à déclarer entre le 12 et le 18 avril », Nouvelles Calédoniennes, 06/04/2004.

Finalement, 31 listes furent déposées sur l'ensemble de la Nouvelle-Calédonie, traduisant ainsi la forte division au sein des deux grandes familles politiques, puisqu'il n'y avait eu que 23 candidatures avancées en 1999. C'est surtout le cas en Province Sud, où 14 formations sont présentes, mais aussi dans les Îles Loyauté avec 8 listes pour seulement électeurs. Elles sont 9 en Province Nord« 31 listes en présence », Nouvelles Calédoniennes, 19/04/2004.

Seulement 5 mouvements se présentent dans les trois Provinces : le Rassemblement-UMP, l'UNI, l'UC, la FCCI ainsi que le petit parti du Mouvement chiraquien des démocrates-chrétiens. Ces forces politiques représentent alors à elles-seules 15 des 31 listes présentées.

Quatre autres partis briguent les voix des électeurs dans uniquement 2 Provinces : l'Avenir ensemble, le FN et le petit mouvement accordiste Calédonie mon pays en Provinces Sud et Nord, et le LKS dans le Nord et les Îles Loyauté.